Sex addict

Hanté par les rencontres sexuelles, le sex addict démultiplie le temps consacré à la recherche de situations sexuelles diverses (cybersex, multipartenariat, consommation compulsive de pornographie, fréquentation de prostituées, etc.). La logique est simple : premier feu rouge, regard complice échangé, « on baise ». Tel un toxicomane dans l’attente du prochain shoot, le sex addict est obsédé par la trouvaille d’un objet ou d’une situation sexuelle. Si au siècle dernier on aurait parlé de « monomanie » ou de « perversion », cette conduite addictive est aujourd’hui largement portée et banalisée par la société de consommation dans laquelle il faut pouvoir jouir sans entraves et pour laquelle le sexe peut être consommé au même titre que n’importe quelle autre marchandise. Le Web permet de faire son marché de façon très pragmatique : promotion sur les queues ! Je veux une paire de gros seins ! Une paire de fesses noires ! Je clique, échange quelques mots, et si tout se passe bien la rencontre a lieu dans l’heure… Dans la vie sexuelle des jeunes adultes, la sexualité addictive peut constituer un passage transitoire, une compensation après une adolescence sage, une solution anti-dépressive, une quête paradoxale de pureté – « une pratique débarrassée de l’aspect dégoulinant des liens » (dixit un pratiquant)… Plus largement, elle peut être entendue comme une stratégie phobique permettant d’éviter la rencontre avec l’autre. On trouve souvent à la base de ces pratiques compulsives deux types d’angoisses relationnelles : l’angoisse d’intrusion couplée à l’angoisse d’abandon. Dans une telle configuration, mieux vaut la certitude de la rupture que les affres de son incertitude ! Et pour « ne pas se prendre la tête », on pourra « zapper » d’un corps à l’autre.

Voilà le paradoxe : même s’il couche avec plusieurs partenaires par jour, le sex addict se sent isolé. En voulant éviter les sentiments, vient le moment où il crève de solitude.