Sexualité infantile, sexualité de l’enfant

Souvenir d’enfance impromptu d’une femme mariée qui rit de ses siestes dans la grande maison d’été : une paire de chaussettes dans sa culotte, elle s’allongeait sur les cousines à peine plus jeunes, chacune son tour, et hop !

La sexualité de l’enfant ne se réduit pas à touche-pipi, seul ou à plusieurs dans les buissons. Elle prend toutes les formes : jouée (papa-maman, le docteur), fantasmée (l’affaire d’Outreau, en 2004-2005, a montré que des enfants peuvent aussi imaginer des adultes abuseurs et les dénoncer abusivement)… Tout est bon dans le corps pour la faire naître, pouce ou doudou, folles parties de balançoire et chatouilles à perdre haleine, bagarres dans la cour et martyres de mouches, « pipicacaboudin » d’aujourd’hui et bébés qui se font par les oreilles (c’était la théorie de Louis XIII enfant – aussi celle du Saint-Esprit –, le petit masturbateur observé par son médecin Héroard). Ces plaisirs intenses, ces excitations sans fin, ces recherches actives sur l’origine du monde, plus ou moins troublants pour l’adulte (et l’enfant en lui), sont pour la psychanalyse de nature sexuelle, un sexuel loin de l’instinct, de la nature et de la reproduction.

La sexualité infantile naît de cette efflorescence et de son refoulement. Les plaisirs sexuels d’enfant (suçoter, téter, caresser, retenir, maîtriser, à l’actif et au passif, parler, chercher, etc.) contribueront à la vie sexuelle adulte ; sublimés ils ouvrent la voie aux apprentissages et à la culture… du moins pour ceux dont l’entourage, parents et éducateurs, n’aura pas exigé et obtenu le refoulement, voire la destruction. « Fais pas ci, fais pas ça » : la liste des interdits supposés civilisateurs est aussi longue que celle des plaisirs premiers, et dès le début l’éducation s’efforce d’endiguer et de dompter l’inconvenante sauvagerie enfantine.

La sexualité infantile est chez l’enfant comme chez l’adulte ce qui reste inéducable, par et pour la civilisation. Ce reste, refoulé dans l’inconscient, ne passe pas avec le temps ; à condition d’être déformé, il est en partie utilisé par le symptôme (la petite siesteuse à la paire de chaussettes se plaint aujourd’hui de porter la culotte !), par les artistes aussi, pour notre plus grand plaisir.