Sodomie

Pédication, sodomie… deux mots pour la même chose, sinon pour le même sens. Le premier, hors d’usage, est grec : par la pénétration du « pais, le sperme de l’adulte transmettait la virilité à l’enfant » (Quignard). L’aimé se soumet à l’inspirator, l’élève au maître ; le verbe grec eispein pour dire cette pénétration est traduit par le latin inspirare. Le second est biblique, il sent le soufre et l’abomination, celle des hommes de Sodome qui veulent « connaître » à leur manière les anges de Dieu.

Les temps ont changé, au moins depuis 1971, Le Dernier Tango à Paris et l’inoubliable « passe-moi le beurre » de Marlon Brando à Maria Schneider. Non que « l’inspiration » l’ait emporté sur la « bestialisation », mais parce que la pratique du coït anal a bénéficié, comme le reste du sexe, de la démocratisation, du « tout est possible, tout est permis » d’aujourd’hui. Nulle relation qui l’ignore, homosexualité féminine comprise.

Dans l’intervalle, on a beaucoup brûlé – à l’image du chevalier de Hohenberg et de son valet, unis sur le bûcher comme dans l’amour, en 1482 devant Zurich – ou lapidé – du Soudan à l’Iran, le risque persiste. Sade, qui savait ce qu’il risquait en écrivant dans sa prison de la Bastille Les 120 Journées de Sodome, en dissimula le manuscrit dans le secret de son fondement – le geste au pied de la lettre. La Révolution libère Sade et abolit le crime. Pétain le rétablit, comme si l’accès au pouvoir de la virilité fasciste en rendait le péril à nouveau menaçant. Sodomiser est à l’occasion un acte de guerre, « saddamiser » dit le soldat américain.

« Un trou n’est pas un trou », sauf dans la psychose (et la pornographie), le fantasme* qui accompagne la sodomie possède ses particularités. Ce qu’Alexandre formule avec brutalité, « d’une immaculée faire une salope », est rarement absent : le désir de soumettre, salir, rabaisser, bestialiser (même si aux bêtes, l’idée ne viendrait pas). L’analité exige son dû. Du vieux « va te faire foutre » à « l’enculé » d’aujourd’hui, il est toujours question de se faire avoir.

Il n’y a que Pantagruel à qui cela permit de guérir, embroché par un Turc, il fut débarrassé de sa sciatique !