String (lingerie féminine)

L’affaire Monica Lewinsky n’a tenu qu’à un fil, celui d’une culotte minimaliste, dévoilée à la faveur d’un pantalon taille basse. L’air de rien, ce bout de tissu s’est révélé culotté, jusqu’à mettre le pouvoir masculin sens dessus dessous. L’homme le-plus-puissant-du-monde l’a appris à ses dépens, ficelé et précipité dans la chute… de reins. À l’heure de la lingerie féminine conquérante – ce sont les femmes qui portent la culotte –, Éros ne décoche plus sa flèche mais tire la ficelle.

Le string est un slip réduit à sa plus simple expression : une forme en triangle sur le devant, une simple bande de tissu très étroite derrière, il découvre les charmes postérieurs. À oser le minimum, le string se remarque : on le soupçonne parce qu’on ne le voit pas. Sa pudeur est son scandale. D’une discrétion respectueuse de l’intimité, ce dessous n’en déshabille pas moins l’intime. Est-il un avatar impudique du sous-vêtement à l’ère de la vie privée étalée en public ? Apparemment oui, mais dans le fond… le trouble suggestif du string joue du ressort érotique des dessous féminins : ils montrent ce qu’ils cachent, ils dissimulent pour mieux laisser deviner. « La femme peut tout montrer et ne laisser rien voir », disait Balzac. De ce jeu de dérobade propre à l’érotisme* féminin, la parure intime est le théâtre, toute en feinte et en trouble, afin d’égarer le regard. Dès sa première apparition, à la Renaissance, sous le nom de « brides-à-fesses », le caleçon des nobles cavalières s’expose à la vue en lieu et place du corps intime qu’il est censé protéger. Lors de son retour en force au XIXe siècle, sous la forme d’un pantalon fendu à l’entrejambe, ce qu’on appelait les « tuyaux de modestie » assure le succès des danseuses de cancan, autorisées à lever la jambe plus haut que la ceinture. Le mot dessous voit le jour, au moment même où les « linges de corps » s’exhibent comme des objets de spectacle et s’étalent, au bonheur des dames (et de quelques autres), dans des vitrines appelées : « alcôve publiquement ouverte ».

Le plaisir de l’œil serait-il le dernier mot des dessous féminins ? Le regard fétichiste des hommes aimerait s’en convaincre. Silence alors sur le « frou-frou » de la lingerie intime ? Entre la peau et le tissu se love la jouissance* féminine secrète, tout en frôlement et bruissement. Jadis condamné – la culotte fermée éveillait la crainte que les femmes s’enferment dans une trop grande chaleur et manquent d’air –, le plaisir du tact inspire aujourd’hui la passion du dessous satiné, caressant, à la manière d’une seconde peau. Plaisir moins en partage, davantage pour soi, comme le chuchote Jane Birkin : « les dessous chics, c’est se garder au fond de soi/fragile comme un bas de soie ».