Talons aiguilles

Marilyn allait jusqu’à raccourcir l’un des deux afin d’accentuer le déhanchement… Aux talons aiguilles, les femmes devraient-elles féminité et érotisme* ? Accessoires de séduction, ils font polémique : tour à tour encensés, dénoncés comme emblème du mauvais genre, interdits dans les avions, mais recommandés dans les bordels, signe de l’oppression machiste imposée aux femmes (années soixante-dix), ils sont devenus l’indispensable de toute séductrice (et fashionista) qui se respecte…

De l’Italie, où ils ont été créés il y a soixante ans, ils ont gardé la désignation de Stiletto pour les talons supérieurs à 10 cm : un même mot pour désigner le petit couteau à lame mince, et l’outil qui troue… Depuis, ils enflamment l’imagination phallique des créateurs (tous des hommes !) – qui de Ferragamo à Roger Vivier en passant par Louboutin, multiplient les propositions suggestives pour des clientes toujours plus exigeantes : talons épine, talons croupe, talons transparents laissant apparaître la nudité de la voûte plantaire, talons sur mesure pour Madonna qui les porte, car « ils durent plus longtemps que le sexe ».

C’est dire la charge sexuelle et érotique du pied chaussé. Car du cou-de-pied à la jambe, c’est tout le corps qui semble mis en tension, rappelant l’arc de jouissance pendant l’orgasme. La surenchère dans la hauteur (« Montez me voir un de ces jours » Mae West), et dans le nombre (Carrie Bradshaw dans Sex and the City) ne demande qu’à suivre. Sarah ne peut plus sortir « à plat », elle serait « comme nue ». Le fétichiste qui sommeille en tout homme (« elle n’a pas de pénis mais elle a des talons aiguilles ») y trouve son compte. La magie de l’artifice qui consiste « à lui mettre le cul sur un piédestal, là où il doit être », contribue à faire oublier ce qui lui manque… Pour un temps.