Travesti, Drag-Queen

Si le profane ne les distingue pas forcément, ces deux termes ne désignent pourtant pas la même réalité. Pour le travesti il y a ce plaisir méticuleux de se transformer en femme : s’épiler, enfiler des collants, se raser, passer du cache-barbe, se maquiller, mettre les seins de silicone, choisir et se parer d’éléments de lingerie, s’habiller, se vernir les ongles, mettre les escarpins, puis les bijoux… Le tout sous la surveillance étroite du miroir. L’idéal : être pris pour une femme – élégante – et se fondre dans la masse. Contrairement aux idées reçues, le travesti est la plupart du temps hétérosexuel, marié ou pas, avec enfants ou pas. Le travestissement constitue une activité de plaisir pour soi, plaisir de prendre soin de la femme en soi. L’homme qui se maquille est séduit par la femme qu’il devient. Le but est de se plaire plus que d’attirer le regard des autres (Victor Victoria, 1982).

Le terme Drag-Queen Drag (acronyme de dressed as a girl) et Queen (« folle », littéralement « reine ») – provient du dialecte homosexuel londonien pour désigner un homme ayant un penchant pour le travestissement. Ici, le style est tout autre : celui de l’exubérance racoleuse. L’enjeu est de forcer l’attention. Fume-cigarette, faux ongles, faux cils, robe de soirée, boa, paillettes, bas résilles, perruque colorée, fond de teint et maquillage outrancier sont d’usage. Les escarpins s’apparentent plutôt à des échasses. Oiseaux de nuit, on les rencontre dans le monde gay (clubs, bars, discothèques) et festif (cabarets). Si vous passez devant la Reine sans lui accorder un regard, vous entendrez sans doute : « Hey chéri, viens voir par ici ! », et si vous persistez : « Ben alors elle est toute timide ? » Car souvent le « Elle » règne sur tous les objets, de sorte que même les malabars hypermusclés sont traités comme des fillettes. Cynisme et ironie sont de mise. Le drag est une caricature du féminin poussée à l’extrême, jusqu’à l’épopée (Priscilla folle du désert, road movie dans le désert australien par une caravane de Drag, 1994). Contrairement au travesti – pris pour une femme – le Drag-Queen ne dupe personne : c’est un homme homosexuel.