Chapitre IV. Les méthodes

L’étude des groupes naturels

Approche clinique. – L’étude des groupes naturels s’effectue sur le terrain, c’est-à-dire au lieu habituel des activités propres à ces groupes : la classe, l’usine, le bureau, le terrain vague, le camp. L’approche clinique suppose que le psychologue acquière un statut d’observateur participant : il participe comme tout autre membre aux activités du groupe, s’étant fait accepter de celui-ci, ou en étant déjà membre au départ ; par ailleurs, il profite de sa participation pour observer le groupe en psychologue et pour noter régulièrement et systématiquement ses observations. Ici, deux possibilités se présentent :

a) L’enquête de type sociométrique : Le groupe sait que tel de ses membres est psychosociologue et il se prête à ses observations. C’est le processus de l’enquête ethnologique. Ce processus a été le plus utilisé pour connaître de l’intérieur les bandes en général, par exemple les bandes de délinquants. Cette méthode a à faire face à deux difficultés : d’une part, le groupe qui se sait observé peut présenter des réactions persécutives ou dépressives et modifier ses conduites habituelles ; d’autre part, l’objectivité du psychologue peut être mise à rude épreuve et son double rôle devenir un double jeu.

Le psychologue se prémunit de cette seconde difficulté en adoptant des techniques d’observation limitées, standardisées et quantitatives, qui sont l’équivalent de la clinique armée en psychologie individuelle. Encore faut-il inventer de telles méthodes compatibles à la fois avec la nature des phénomènes de groupe et avec le statut d’observateur participant. Un exemple démonstratif est fourni par le test sociométrique de Moreno (cf. supra, p. 78). Le promoteur du test est connu du groupe et il obtient (condition sine qua non) l’accord de celui-ci : c’est le maître dans sa classe, le médecin dans une institution de rééducation, le supérieur hiérarchique dans un groupe militaire ou industriel. L’application du test s’effectue dans le contexte social quotidien du groupe. L’investigation porte sur le sentiment subjectif (sympathie, antipathie, indifférence) que chaque membre éprouve envers les autres membres à l’occasion d’une activité déterminée (travail, loisir, cohabitation). « Enfin, il est convenu d’avance qu’il sera tenu compte des préférences exprimées dans toute la mesure du possible, c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas d’un jeu platonique. Car les sujets ne sauraient être réellement motivés que s’ils ont la perspective d’une application prochaine »36.

Une bonne observation est attentive à noter ses propres effets sur la situation observée. En psychologie des groupes, ceci fonde la recherche active (« action research »). Moreno se réclame ici à la fois de Freud et de Marx : la connaissance et la praxis sociales lui semblent indissociables. Par son intervention, c’est-à-dire par l’observation d’eux-mêmes à laquelle il les amène, à condition qu’elle soit probante, opportune et assimilée, le psychosociologue rend possible à des petits groupes et de là à une collectivité entière de surmonter certains préjugés. Un groupe amené à reconnaître les raisons profondes de ses actions (et de ses inactions) se trouve changé par là même dans sa structure psychosociologique et dans son rapport au monde.

Avec l’enquête sociométrique, la radiographie des interrelations affectives vécues au sein du groupe est l’opération technique essentielle, comportant des calculs précis ; la redistribution des membres en des groupes composés autrement est une conséquence éventuelle et comme un sous-produit ; d’autres actions peuvent être menées à partir des renseignements fournis par le sociogramme ; par exemple, des psychodrames destinés à intégrer les isolés ou à faire éclater et dépasser les conflits concernant les rejetés37.

b) L’observation participante : Le groupe ignore la présence d’un psychologue en son sein. Celui-ci se trouve par hasard dans ce groupe (prisonniers de guerre, personnes déplacées, réunions professionnelles diverses) et il en profite pour procéder à des observations aboutissant à une monographie du groupe ou de certaines de ses conduites typiques. C’est le cas de A. Lévy dans ses Portraits de meneurs38. S’il s’agit d’un groupe très fermé, du style société secrète, le psychologue n’a pas d’autre ressource que de dissimuler sa qualité et de déployer son habileté pour se faire admettre.

L’exemple scientifiquement le plus réussi a été fourni par la participation de Festinger à la vie et au drame d’une secte religieuse attendant une fin du monde qui ne vient pas. Là encore, le résultat est une monographie ; toute visée d’intervention psychosociologique dans le groupe disparaît ; par contre, le psychologue doit posséder au départ une ou plusieurs hypothèses directrices qui orientent ses observations. Dans le cas de Festinger [/95 J], il s’agissait de vérifier sa théorie de la dissonance cognitive39.

Que se passe-t-il lorsque les membres d’un groupe sont amenés à s’apercevoir que les faits sont en désaccord avec leurs croyances ? Lorsque de telles relations, que Festinger appelle « dissonantes », se manifestent, les gens éprouvent un besoin de réduire cette dissonance. Les deux phénomènes à étudier sont l’intensité de ce besoin et le type de comportement que le groupe va adopter afin de réduire la dissonance.

Festinger et ses collaborateurs40 étaient tombés ainsi sur un livre de Clara Endicott Sears, intitulé The days of delusicm. L’auteur y décrit la vie d’un groupe fondé par un certain William Miller, fermier de la Nouvelle-Angleterre, qui, après avoir étudié la Bible pendant 12 ans, crut découvrir en 1840 que la seconde venue du Christ et la fin du monde auraient lieu en 1843. Au début de l’année 1843, il réunit autour de lui un groupe nombreux d’adeptes qui tenaient des réunions, répandaient la bonne parole et, se préparant effectivement à la fin du monde, délaissaient leurs affaires et distribuaient leurs biens.

La fin de l’année 1843 arriva, mais non la fin du monde. Or la foi des « Millerites » ne fut pas brisée pour autant. Miller refit ses calculs et s’aperçut que ladite fin du monde devait se produire à la fin de l’année biblique, c’est-à-dire le 21 mars 1844. L’événement n’ayant toujours pas été présent au rendez-vous, Miller se remit à l’étude et s’aperçut qu’une interprétation correcte des textes bibliques amenait à retarder de six mois la date précédemment fixée pour le grand événement : ce devait donc être le 22 octobre 1844. Et c’est après seulement le troisième échec que le groupe perdit la foi et que ses membres finirent par se disperser.

Commentant ces faits, Festinger montre que, lors des premières déceptions, il y avait pour le groupe deux moyens de supprimer le désaccord entre la croyance et les faits. Le moyen le plus simple eût été de renoncer à la croyance, mais c’est Je contraire qui s’est produit. Le groupe a rétabli la « consonance » en réinterprétant les textes et en intensifiant le prosélytisme afin de multiplier les adeptes de sa croyance.

Par la suite, Festinger est parvenu à étudier sur le vif un phénomène du même ordre. Il a réussi, avec deux de ses collaborateurs, à se faire accepter dans un groupe de personnes qui se préparaient à la fin du monde. Au mois de septembre 1954, un journal publiait qu’une femme, nommée Marian Keech, de la banlieue de Sait Lake City, prédisait la destruction de la ville par un déluge, qui devait submerger toute l’Amérique. La catastrophe devait avoir lieu le 21 décembre 1954. La femme disait recevoir, sous forme d’écriture automatique, des messages adressés d’une planète nommée Clarion, par l’intermédiaire de soucoupes volantes. Il se forma autour d’elle un groupe, pas très nombreux d’abord, à peu près vingt-cinq personnes, pour accorder foi à ses messages. Le groupe n’était pas secret, mais ne se livrait alors à aucune propagande. Ses membres partageaient un certain nombre de croyances inspirées de la théosophie et observaient des règles de conduite ; en particulier, il leur était prescrit d’être végétariens. Se préparant sincèrement à la fin du monde, ils mirent leurs affaires en ordre, quittèrent leur travail, distribuèrent leurs biens et dépensèrent leur argent. On peut imaginer qu’après de telles actions, il ne leur serait pas aisé par la suite de renoncer à la croyance qui les avait dictées.

Quelques jours avant la date prévue, le groupe fut informé, par les messages de Mme Keech, qu’une soucoupe volante viendrait les chercher, quatre jours avant le déluge, à 4 heures de l’après-midi, dans la cour située derrière la maison où ils se réunissaient. Le manteau sur le bras, les adeptes attendirent en vain. Un nouveau message arriva, selon lequel la soucoupe viendrait à minuit. En grand secret, les adeptes attendirent, dans la neige et le vent. Point de soucoupe. À 3 heures du matin, ils renoncèrent, mais non sans interpréter cette nuit manquée : il devait s’agir d’un essai préparatoire pour le grand départ.

Trois jours durant, ils attendirent fiévreusement un message, qui arriva la veille de la date fixée pour le cataclysme : un homme viendrait les chercher à minuit et les conduirait à la soucoupe volante qui devait les sauver. Ce jour-là, du 20 au 21 décembre, une série de messages leur fut adressés qui leur précisaient le mot de passe et la conduite à tenir : enlever de leurs vêtements tout ce qui était métallique, se défaire des pièces d’identité, conserver le secret, etc. De minuit à 5 heures, ils attendirent leur sauveur… qui ne vint pas. S’il ne venait pas, sans doute fallait-il s’attendre à ce que le déluge ne se produisît point. Et le groupe d’en chercher l’explication.

À 5 heures moins le quart, Dieu leur envoya un message : le groupe avait manifesté une telle foi et de telles vertus qu’il décidait d’arrêter le déluge et de sauver le monde.

C’est alors que se produisit l’événement peut-être le plus intéressant de toute l’affaire : ces croyants qui, jusque-là, n’avaient fait à leur mouvement aucune publicité, se mirent à la rechercher avidement. Pendant quatre jours successifs, ils firent venir des journalistes pour leur faire des déclarations, ils invitèrent le public à leur rendre visite et à s’instruire, et ils recrutèrent de nouveaux adeptes. Le quatrième jour, il y avait 200 personnes pour les voir chanter, assemblés devant leur maison.

Ce passage du secret à la publicité s’explique de manière assez satisfaisante par le besoin de réduire la dissonance : devant le fait qui ne s’était pas produit – la fin du monde – le groupe adopta deux moyens pour préserver sa croyance : d’une part, il réinterpréta le fait : la fin du monde devenait le sauvetage du monde, en récompense des vertus du groupe ; d’autre part, il multipliait les adeptes : plus nombreux seraient les croyants, plus sa croyance était justifiée. D’ailleurs, le groupe subsista plusieurs mois encore après la fin du monde ratée.

L’approche clinique des groupes naturels ne manque pas d’inconvénients. La preuve que telle variable est cause de tel phénomène de groupe est difficile à établir par la simple observation. La méthode d’observation peut fonctionner comme substitut de la méthode expérimentale si le groupe observé se trouve dans une situation exceptionnelle qui majore ou supprime telle variable habituelle de l’existence du groupe : catastrophe (p. ex. tremblement de terre, explosion accidentelle), isolement physique et social (station d’hivernage en zone arctique ou antarctique, sous-marin nucléaire en plongée, religieux ou prisonniers reclus, etc.), perspective d’une mort prochaine (famine, guerre, révolution). La difficulté se trouve déplacée : comment savoir assez tôt qu’un groupe est dans une situation exceptionnelle, si celle-ci est due au hasard, et comment le rejoindre ? Et s’il s’agit d’une situation normale pour ce groupe, comment s’y faire admettre ? À défaut d’observation directe, le recueil des témoignages et des documents, s’il est systématique, varié et soigneux, peut permettre de reconstituer après coup des phénomènes de groupe, et d’en proposer des explications. C’est ainsi qu’a procédé Trasher (cf. p. 66) à Chicago pour étudier les bandes de délinquants. Marianne Hossenlopp41, en France, a utilisé cette même méthode dans le même domaine. Edgar Morin (1970) a décrit à la fois en journaliste et en sociologue les communautés de jeunes qui se répandent depuis quelques années sur la côte est des États-Unis. De tels témoignages et documents sont assez faciles à recueillir auprès des intéressés. Comme souvent, l’art a devancé la science en ce domaine. Des œuvres littéraires et artistiques de qualité ont été réalisées à partir de témoignages de ce type. Citons le film américain Douze hommes en colère de S. Lumet [1957] (qui se présente comme l’enregistrement audio-visuel intégral des délibérations d’un jury d’assises), le roman de W. Golding [1954] et le film anglais Lord of the Flies (qui décrivent la vie de groupe de jeunes garçons naufragés sur une île déserte et le conflit entre un leader démocrate et un despote sadique), le roman de Robert Merle, L’île [1962] sur la même situation entre adultes, les romans de F. Walder, Saint-Germain ou la négociation [1958] et de Bourbon-Busset, La grande conférence [1962] (où les auteurs condensent leur expérience de négociateurs dans des récits fictifs de négociations historiques)42.

Approche psychanalytique : Bion. – Le psychanalyste de l’école anglaise, Bion [1961] a transposé les règles de la cure analytique individuelle à la conduite d’un hôpital psychiatrique militaire pendant la dernière guerre mondiale. Bion a la charge de 400 hommes, qu’il est impossible de traiter individuellement et chez qui règnent l’indiscipline et la paresse. Il voit là une résistance collective et décide de s’en tenir aux seuls rapports verbaux avec eux. Il promulgue un règlement, équivalent des règles de la psychanalyse individuelle : les hommes se répartiront en groupes ; chaque groupe aura une activité différente ; chacun est libre de former un groupe ou d’adhérer à un groupe ; on peut cesser de participer à l’activité du groupe, à condition d’en faire la déclaration à la surveillante-chef avant de regagner sa chambre ; chaque jour à midi, la situation sera examinée au cours d’un rassemblement général. S’engager dans une activité de groupe libre équivaut pour la communauté à l’engagement de l’analysant dans le discours libre ; l’obligation morale de venir ici aux séances et là aux réunions est similaire ; enfin l’invitation à restituer ce qu’on pense et ce qu’on ressent dans la situation ainsi définie (c’est-à-dire l’expression des fantasmes, des affects et du transfert) est implicite dans la pratique du rassemblement quotidien, qui fournit l’occasion au médecin-directeur de donner d’éventuelles interprétations sur le sens de ce qui est vécu au fur et à mesure par la collectivité. La réussite de cette expérience pilote (la collectivité prit rapidement en charge ses propres affaires, s’ingénia à organiser les groupes autour d’activités destinées à relever la dignité personnelle et accéléra la réadaptation militaire de ces combattants inaptes) a encouragé de multiples tentatives de thérapie par les activités de groupe (sociothérapie) dans les hôpitaux psychiatriques. Mais sa portée est plus générale : tout groupe institutionnel peut être traité par une compréhension psychanalytique, à condition d’instaurer le cadre spécifique adéquat (cf. plus loin, p. 152).

Approche expérimentale. – L’approche expérimentale des groupes réels a été inaugurée par Elton Mayo (cf. p. 69). Mais le test-room appelle deux remarques. Il s’agit là d’un laboratoire installé sur le terrain, dans les conditions habituelles de travail pour les ouvriers : l’enquête sur le terrain et l’expérimentation de laboratoire sont mêlées. De même, méthode clinique et méthode expérimentale agissent en fait de concert. La présence permanente d’un observateur dans le test-room, la discussion avec les ouvrières des résultats de leur tâche et de l’expérience créent dans le groupe un climat nouveau qui, à son tour, produit des effets sur la tâche : l’expérimentation que l’on voulait pure a donc enclenché le processus, décrit plus haut, de la recherche active ; elle l’a fait, non par elle-même, mais en raison de l’état d’esprit clinique des enquêteurs.

Les expérimentations plus récentes sur les groupes naturels sont relativement peu nombreuses et confirment les remarques précédentes : l’expérience a lieu sur le terrain et une démarche clinique est associée à la recherche expérimentale. Un exemple est fourni par l’expérience rapportée plus loin (pp. 249 et 257) de Coch et French : la discussion libre en groupe, suivie d’une décision collective, s’avère plus efficace que la décision hiérarchique, même accompagnée d’échanges de vues après coup, pour surmonter la résistance aux changements technologiques, dans une usine textile américaine. La quasi-totalité de ces expérimentations a été réalisée par des disciples de Kurt Lewin (Likert, Floyd Mann) ; elles relèvent de la recherche active ; elles se limitent à la psychosociologie industrielle et commerciale ; elles étendent aux groupes de producteurs et de consommateurs les concepts théoriques et la méthodologie pratique élaborés par Lewin à l’occasion de ses recherches sur des groupes artificiels.

La distinction entre l’enquête sur le terrain auprès de groupes naturels et l’expérimentation en laboratoire sur des groupes artificiels est depuis un certain temps de plus en plus mise en question. Sous certaines conditions d’ingéniosité technique, d’assentiment épistémologique préalable de la part des responsables des groupes naturels et d’explicitation finale auprès des intéressés des buts et de la démarche de la recherche effectuée sur eux, la méthode expérimentale peut être appliquée sur des sites particuliers de la vie sociale ; nous avons analysé plus haut les recherches expérimentales de J.-P. Deconchy (cf. p. 96) sur le traitement de l’information dans des groupes « orthodoxes » comprenant des prêtres, des religieux et religieuses, des catéchistes, des séminaristes et réunis par la hiérarchie catholique en vue du perfectionnement de leur pédagogie catéchistique. Willem Doise43 propose de distinguer plutôt quatre niveaux d’explication en psychologie sociale, selon que les recherches, qu’elles soient en laboratoire ou sur le terrain, étudient des processus intra-individuels (niveau 1), des dynamiques interindividuelles mais intra-situationnelles (niveau 2), l’effet des positions sociales dans une interaction situationnelle (niveau 3) et l’intervention de croyances générales – (niveau 4) ; une caractéristique importante du travail expérimental étant la possibilité d’articuler différents niveaux d’analyse dans une même recherche.

L’analyse de l’interaction

Avant de passer aux modes d’approche des groupes artificiels, il faut signaler une méthode, ni clinique ni expérimentale, qui convient indifféremment aux groupes naturels et artificiels qu’elle se refuse à distinguer. C’est l’analyse des interactions, dont la classification la plus célèbre, à laquelle nous nous limiterons, est celle de Baies [1950]. Notons tout de suite que les méthodes de type Baies s’appliquent uniquement à des réunions-discussions, où elles retiennent seulement le phénomène des communications (y compris les mimiques), c’est-à-dire le comportement observable ; elles sont donc différentes des méthodes sociométriques, cliniques et psychanalytiques qui essaient d’atteindre, derrière les conduites exprimées, les désirs, les angoisses, les émotions et les fantasmes supposés responsables des phénomènes de groupe.

Les 12 catégories de Baies (cf. tableau 4) résument l’expérience de l’auteur comme observateur des discussions de groupe. Elles connotent le comportement de l’émetteur de chaque communication. Elles se regroupent selon 3 zones et selon 6 types de problèmes.

L’analyse des interactions comporte aussi le relevé du nombre d’unités de communication émises par chaque sujet : a) en direction de chacun des autres ; b) en direction du groupe en général. Les résultats sont inscrits dans un tableau à double entrée ayant n lignes (n étant le nombre des membres du groupe), une par émetteur, et n + 1 colonnes, une par récepteur et une pour le groupe. Cette grille des communications présente assez souvent la structure dite de Baies, ou encore structure centralisée : le classement des sujets en ordre décroissant donne la même liste, que ce

Tableau 4

Catégories de Baies

pour Vobservation des interactions dans un groupe

II.

L

I. Réactions positives

L

1 Réponses

y Questions

III. Réactions négatives

I.

Solidarité : fait preuve de solidarité, encourage, aide, valorise les autres.

 

 

 

2.

Détente : cherche à diminuer la tension, blague, rit, se déclare satisfait.

 

 

 

 

3-

Accord : donne son accord, accepte

 

 

tacitement, comprend.

 

 

 

4-

Donne des suggestions, des indica

 

 

 

tions respectant la liberté d’autrui.

 

 

 

 

5.

Donne son opinion, analyse, exprime

 

 

 

 

 

son sentiment, son souhait.

 

 

 

 

 

6.

Donne une orientation, informe, répète, clarifie, confirme.

1

 

 

 

f

 

 

a

 

7.

Demande une orientation, information, répétition, confirmation.

J

 

 

 

 

8.

Demande une opinion, évaluation,

 

 

 

 

 

 

analyse, expression d’un sentiment.

 

 

 

 

9-

Demande des suggestions, directives,

 

 

 

 

 

moyens d’action possibles.

 

 

 

10.

Désaccord : désapprouve, rejette

 

 

 

 

passivement, refuse l’aide.

 

 

11.

Tension : manifeste une tension, demande de l’aide, se retire de la discussion.

 

 

 

 

12.

Antagonisme : fait preuve d’opposition, dénigre les autres, s’affirme soi-même.

 

 

 

a Problèmes de communication ; b – d’évaluation ; c – d’influence ;

d Problèmes de décision ; e – de tension ;

/ – d’intégration.

b

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images8

Fig. i. – Courbe de Flament

classement soit effectué d’après le nombre total d’émissions en direction des autres membres, d’après le nombre d’émissions en direction du groupe, ou d’après le nombre des réceptions. Autrement dit, dans ce cas, plus un individu a un statut élevé dans le groupe, plus il émet et plus il reçoit de communications. Flament44 a construit un modèle mathématique qui rend compte de cette structure : si a mesure la tendance à émettre et b la tendance à recevoir, la courbe reliant a à b est une « fonction monotone croissante à accélération croissante » (cf. fig. i, p. 137).

La méthode de Baies a connu son heure de célébrité. Elle a permis le développement d’une école interactionniste et d’une théorie du groupe face à face, illustrée par Homans45 [1950]. Actuellement, abandonnée par son auteur, elle garde une utilité pédagogique : ceux qui veulent s’initier à la psychologie des groupes sont contraints, en l’utilisant, à une rigueur et à une précision inconnues des simples « amateurs ». Mais expérimentalistes et cliniciens sont d’accord pour la négliger. Les premiers la trouvent lourde à manier ; de plus, ils s’intéressent non pas à tout ce qui se passe ou pourrait se passer dans le groupe, mais aux effets sur les communications de variables expérimentales limitées. Les cliniciens sont gênés par tout guide d’observation a priori qui, voulant « ratisser » systématiquement les phénomènes, risque de laisser échapper à un moment donné le phénomène le plus important, qui n’aurait pas été prévu dans le guide ; le clinicien préfère être réceptif, en gardant l’attitude de présence et de disponibilité définie par Freud comme « attention flottante ».

Le recours aux groupes artificiels

Approche expérimentale. – Expérimentalistes et cliniciens ont recours à des groupes artificiellement réunis pour des raisons différentes. Pour les premiers, la constitution de petits groupes au laboratoire est la condition nécessaire pour appliquer la méthode expérimentale à l’étude du comportement groupal.

Avant Lewin, on compare ainsi la performance d’un individu isolé à celle d’individus travaillant soit simultanément au vu et au su les uns des autres, soit en équipe. L’arrière-pensée doctrinale est de savoir si le travail en groupe est supérieur ou non au travail individuel. Les tâches choisies sont celles qui sont familières au psychologue lorsqu’il expérimente en psychologie individuelle. L’expérience de Sherif (cf. p. 76) en fournit un exemple typique. Autrement dit, ces travaux n’étudient pas le petit groupe pour lui-même, mais le traitent comme une variable indépendante dont on étudie l’influence sur le comportement d’un individu ; la psychologie des groupes reste une annexe de la psychologie individuelle. De plus, les plans expérimentaux sont pauvres : une seule variable est manipulée. Aucune théorie d’ensemble ne préside aux interprétations.

Kurt Lewin effectue un progrès décisif. Le groupe est considéré comme une totalité dynamique qui détermine le comportement des individus qui en sont membres ; c’est le champ des forces au sein duquel se produisent les phénomènes d’influence, de cohésion, de normes, de tension, d’attraction ; tous ces phénomènes sont différents de ceux de la psychologie individuelle et sur eux portera l’expérimentation. La tâche donnée aux sujets n’a pas d’importance ; c’est un prétexte pour faire fonctionner le groupe ; il suffit de choisir une tâche qui motive réellement les sujets (fabrication de maquettes et de décors de théâtre pour les clubs d’enfants ; participation de dames de la Croix-Rouge à l’effort de guerre du pays en matière de consommation alimentaire par les civils) et apte à produire le phénomène de groupe voulu. L’expérimentation n’est plus tâtonnante, mais suit un schéma hypothético-déductif : de la théorie dynamique du groupe, on déduit que telle modification de la variable indépendante (qui est un phénomène de groupe) exercera telle conséquence sur la variable dépendante (qui est aussi un phénomène de groupe) : ainsi, la modification du style de commandement fait varier dans un sens précis le taux d’agressivité, et donc le climat social du groupe. L’expérience a pour but de confirmer la validité de la déduction, ou, en cas de divergence, d’obliger à affiner la théorie afin qu’elle prédise plus exactement le résultat expérimental trouvé. Il s’est même avéré possible d’utiliser le schéma de Lewin, Lippitt et White comme démonstration expérimentale particulièrement probante dans un séminaire de formation psychosociologique ou devant des étudiants (cf. l’expérience de Serraf rapportée plus loin p. 228).

Après K. Lewin, l’expérimentation sur des groupes artificiels a connu un grand engouement dans les laboratoires, en même temps qu’en réponse aux difficultés rencontrées, elle devenait de plus en plus complexe et d’un maniement délicat, sinon rebutant. Les plans expérimentaux permettent de manipuler simultanément plusieurs variables indépendantes, ce qui requiert l’utilisation d’un nombre croissant de sujets et le traitement des résultats par l’analyse de variance, voire par la construction de modèles mathématiques sur mesure.

Ainsi Schachter, en 195146, étudie l’influence : a) de la cohésion d’un groupe ; b) de la pertinence du thème de discussion relative aux buts du groupe ; c) des divergences d’opinion, sur a') l’évolution des communications et b') l’attitude à l’égard des opposants. Il recrute des étudiants pour composer 4 types de clubs selon que la pertinence et la cohésion sont respectivement fortes ou faibles. Il fait fonctionner 8 clubs dans chacun de ces types, soit 32 clubs et près de 300 sujets. Il construit à l’avance les 4 courbes théoriques de variation de la quantité de communications selon les 4 types de clubs. Les courbes correspondent à ses hypothèses : cette quantité croît avec la cohésion, croît puis diminue avec la divergence d’opinion, etc. L’expérience les confirme à peu près.

L’ingéniosité des expérimentateurs pour imaginer des techniques suscitant des phénomènes de groupe bien tranchés et des possibilités de mesures indiscutables a été grande. Limitons-nous à quelques-uns d’entre eux. Harold Leavitt47 invente un type de croquis géométrique qui met en évidence les différences entre les communications uni – et bilatérales adressées à un groupe. Claude Faucheux et Serge Moscovici [1958, 1960] utilisent des figures de l’algèbre topologique pour comparer la créativité individuelle et en groupe. Alex Bavelas met au point un dispositif (perfectionné en France sous le nom de synergomètre48) qui isole physiquement les membres d’un groupe et les oblige à communiquer entre eux par des messages écrits selon des canaux que l’on tient ouverts ou fermés, imposant ainsi en groupe telle structure de réseau de communications. En France, Roger Lambert [1957, 1960,1965], afin de mesurer les structures d’influence dans les « petits groupes de travail », « a réalisé un appareil permettant d’exécuter en commun une tâche du type vitesse-précision (cf. fig. 2). Celle-ci consiste à demander à 6 sujets réunis autour d’une table circulaire de déplacer un mobile à l’intérieur d’un dispositif à chicanes, le plus rapidement possible et sans toucher les bords du circuit, la même importance étant accordée à la vitesse et à la précision. Le travail devant être exécuté en formation de 5 sujets au cours de la phase expérimentale, le dispositif à chicanes est constitué de 5 secteurs circulaires identiques, de telle sorte que tous les itinéraires possibles soient équivalents. Chaque sujet commande le déplacement du mobile à l’aide d’un câble de nylon, mais ce déplacement ne peut être effectué correctement que par l’action conjuguée de

 

 

 

 

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Fig. 2. – Table de Lambert.

plusieurs sujets… La présentation circulaire maintient une répartition symétrique des sujets autour de la table, sans créer d’emplacement privilégié… Un dispositif électrique permet le contrôle du nombre et de la durée des erreurs… Après une courte période d’apprentissage chacun des 6 sujets est alternativement éliminé et chaque formation de 5 sujets exécute 3 allers et retours » [1957, pp. 367-368].

En comparant la performance moyenne réalisée par chacune des six formations possibles de 5 sujets, choisies au sein du groupe initial de 6, on obtient la mesure de l’influence relative d’un individu dans le groupe sur la performance. Un second dispositif (chaque formation vote pour désigner un de ses membres) permet d’établir la structure d’influence du groupe.

Les deux difficultés de toute expérimentation : maintenir constantes les variables que l’on ne veut pas étudier, manipuler d’une façon contrôlée les variables indépendantes, sont plus grandes avec des groupes qu’avec des individus. Les expérimentateurs ont de plus en plus cherché à résoudre cette difficulté non seulement en enregistrant le groupe à son insu, comme Lewin l’avait déjà fait, mais en « truquant » le groupe afin de se prémunir de toute évolution spontanée de celui-ci dans d’autres directions que celles que l’on veut étudier. Des compères sont entraînés d’avance à un rôle défini ; Lewin l’avait fait pour les moniteurs de ses clubs d’enfants ou pour des visiteurs chargés d’une intervention intempestive ; désormais, au sein des groupes mêmes, des faux participants se trouvent mêlés aux vrais, qui sont alors traités en véritables cobayes. Dans l’expérience déjà citée de Schachter, destinée entre autres à mesurer les pressions qui s’exercent dans un groupe à l’égard des déviants pour assurer l’uniformité des opinions, chaque groupe (de 8 à xo membres) recèle 3 compères ; l’un exprime l’opinion majoritaire ; deux sont chargés d’exprimer au début un point de vue minoritaire ; puis l’un se rallie à la majorité, l’autre reste extrêmement divergent. D’autres recherches utilisent des montages sonores qu’on fait entendre à un sujet à l’aide d’écouteurs en lui laissant croire qu’il s’agit d’une discussion réelle dans la pièce voisine (technique du « groupe simulé ») ; ou encore, chaque sujet isolé dans un box répond à des questions posées sur un tableau lumineux et sa réponse est vue par tous les autres sur leurs tableaux lumineux ; en fait, l’expérimentateur dispose seul des commandes et fait apparaître sur chaque tableau lumineux la réponse prévue à ce moment selon le plan d’ensemble de l’expérience ; les vraies réponses des sujets sont enregistrées par ailleurs automatiquement49.

Malgré la diversité des expériences rapportées par exemple dans les manuels de Newcomb et coll. [1970] ou de G. et J.-M. Lemaine50, l’expérimentation sur les groupes artificiels reste marquée par une disproportion entre l’importance des moyens matériels et intellectuels mis en œuvre et la relative minceur des résultats obtenus.

Deux objections fondamentales ont été formulées par Robert Pagès51.

I. L’enjeu d’un groupe expérimental et l’enjeu d’un groupe réel ne se situent pas sur un même plan. L’expérimentation n’engage pas les expérimentateurs et les expérimentés ; elle leur coûte peu du point de vue humain ; elle suppose que les uns et les autres reviendront à leur point de départ une fois l’expérience terminée. L’engagement dans un groupe réel possède une signification différente : de ce groupe, on attend une amélioration de son niveau de vie, de son statut social ; on attend le triomphe des idées auxquelles on adhère, une réforme ou une transformation radicale de la nature ou de la société, l’instauration de la Cité de Dieu sur terre, etc. Un tel engagement ne se fixe pas de limites temporelles à l’avance ; il opte pour un avenir incertain, qui rend possibles à la fois l’espoir et l’échec ; il assume des risques ; il change celui qui s’engage ainsi ; il atténue l’esprit critique, l’esprit d’observation et de contrôle à l’égard de ce qui se passe dans le groupe, qualités nécessaires à l’expérimentation, nuisibles à l’action. La différence des enjeux entraîne une différence dans la nature même des phénomènes de groupe. On ne peut pas, en conséquence, extrapoler du groupe expérimental au groupe réel. La mise entre parenthèses de la tâche est une faute : les phénomènes de groupe varient selon le sens que prennent pour les membres les buts du groupe. De plus, ajouterons-nous personnellement, l’expérience des groupes non directifs a montré que la tâche choisie par le groupe à un moment donné est symbolique de la situation du groupe à ce moment-là et constitue pour lui un biais pour aborder son problème actuel.

2. Dans un groupe expérimental, les sujets ressentent leur situation comme celle de cobayes. Ils réagissent à cette impression par des résistances, par une attitude non naturelle d’expectative réservée, « sur leurs gardes », voire par des canulars, des falsifications qui altèrent l’expérience. Le fait de se sentir observé, non seulement par l’expérimentateur, mais aussi par les autres membres du groupe, modifie le comportement, en général l’inhibe ou l’altère. Le psychosociologue expérimentaliste a, certes, des techniques à sa disposition pour pallier ces réactions, mais elles introduisent de nouvelles difficultés, au moins aussi grandes que celles que l’on supprime. « On a donc pensé annuler l’effet (de ces réactions) par des camouflages dont l’usage de « compères » de l’expérimentateur ou de glaces sans tain constitue le double et parfois discutable symbole. La psychosociologie expérimentale rencontre ici des obstacles déontologiques complexes, qui se traduisent à la limite par un ésotérisme essentiel. En effet, si une étude sur l’homme a pour condition l’ignorance chez les sujets étudiés, on voit à quelles restrictions sa diffusion est soumise. » Poussons l’objection jusqu’à la caricature : le psychosociologue devrait ne point avertir les sujets du but, ni même de l’existence de l’expérience, il devrait les réunir par surprise, les observer sans qu’ils le sachent, garder pour lui ses résultats, afin d’éviter que la connaissance des lois des phénomènes de groupe n’aille, chez des sujets futurs, perturber la réalisation naïve de ces phénomènes.

Le chimiste qui expérimente sur un corps en retire un savoir qui n’existait pas auparavant. Le psychosociologue est dans une position différente : le savoir sur les groupes préexiste de façon intuitive, confuse, partielle et partiale, chez les participants des groupes eux-mêmes. Ce savoir latent, il lui appartient de le dégager, de le décanter, de le formuler, de l’analyser, de le vérifier, non pas malgré les membres de ces groupes et en les maintenant à distance et dans l’ignorance, mais avec leur coopération active, en leur communiquant ce savoir afin d’en tester, par une première estimation dynamique globale, la validité. « De ce point de vue, la préhistoire fouriériste de la psychosociologie expérimentale offre au moins le modèle intentionnel d’une auto-expérimentation dans laquelle les sujets mêmes de l’expérience contribuent à sa conception, sont intéressés à ses résultats – et constituent parmi eux l’appareil de recherche » (ibid., p. 149).

Le problème se pose alors de réaliser une expérience de groupe, intensément vécue, où l’expérience soit transformable en connaissance, non pas de l’extérieur, mais par un travail d’élaboration psychique interne au groupe et à l’intérieur d’un cadre stable, uniforme et spécifiquement apte à déclencher un processus groupal.

Approche clinique : le « T-group » ou groupe de diagnostic.

— Quatre mois après la mort de Lewin, dans l’été 1947, ses disciples inventaient une méthode répondant à ces exigences : le T-group, ou groupe de base, ou groupe d’évolution, ou groupe centré sur le groupe, ou groupe de sensibilisation, ou groupe d’expression verbale, ou groupe de diagnostic, expérience privilégiée d’initiation à la dynamique des groupes.

Le récit de cette découverte se trouve dans le chapitre 4, rédigé par K. D. Benne, du livre de Bradford, Gibb et Benne [1964] : a) introduction accidentelle de participants aux réunions du staff d’un séminaire, au cours de l’été 1946, à New Britain : le séminaire, composé de 3 groupes de 10 personnes, fonctionnait en discussions de groupe libres et en jeux de rôle ; son objectif était de renforcer l’action locale des membres en faveur de la législation promulguant l’égalité raciale devant l’emploi ; les groupes étaient animés par Benne, Bradford, Lippitt ; K. Lewin y avait préparé un programme de recherches ; les discussions qui surgirent entre le staff et les participants, sur ce qui s’était passé dans les séances, s’avérèrent finalement avoir été la chose la plus utile pour amener les participants à une meilleure compréhension d’eux-mêmes et des groupes ; b) mise à l’essai, au cours de séminaires de formation aux relations humaines et au changement social, à Bethel, pendant les étés 1947 et 1948, du Basic Skills Training Group ; un observateur, membre du staff, est systématiquement chargé de renvoyer le feedback au groupe, feed-back que l’animateur aide ensuite le groupe à analyser ; le même staff que celui de 1946 s’y retrouvait, mais élargi, ainsi que les mêmes techniques de discussions libres et de jeux de rôle ; c) mise au point définitive, à partir de 1949, du séminaire de type Bethel par le N.T.L. (National Training Laboratory in Group Development) : durée de deux à trois semaines ; répartition différente des participants selon qu’il s’agit du T-group ou des groupes d’exercices et d’application (où les jeux de rôle restent essentiels) ; suppression de l’observateur chargé de renvoyer le feed-back au groupe ; adjonction au moniteur du groupe d’un associé qui vient pour se former à la conduite du groupe de diagnostic et servir de régulateur au moniteur ; introduction de réunions générales d’évaluation.

L’approche clinique avait déjà été appliquée aux groupes artificiels, car on s’était aperçu, à partir des années 1930, que de tels groupes constituaient un moyen efficace pour atteindre des buts éducatifs ou psychothérapiques. Ici, les participants vont à un groupe « pour de vrai ». La psychothérapie de groupes ne se réduit pas à un traitement simultané de plusieurs inadaptés sociaux ou mentaux : le groupe lui-même, s’il est convenablement mené, est thérapeutique. Au même moment, la formation des adultes aux relations humaines, à l’exercice des responsabilités, à l’innovation se développait par le biais de techniques variées : carrefours, confrontation d’expériences, études de cas, analyses de problèmes, jeux d’entreprises, brain-storming, panel, Phillips 66 (voir, dans les Annexes nos 4,5,6,7, des notes d’information sur plusieurs de ces techniques), qui rassemblent les participants en des groupes artificiels.

La formule du T-group (abréviation de basic skills Training-group) renouvelle l’approche clinique des groupes artificiels. Les variables suivantes s’y trouvent majorées :

— l’absence de liens antérieurs entre les participants (ceci rend possibles des phénomènes de groupe qui apparaissent rarement entre gens familiers ou habitués à œuvrer ou à vivre ensemble) ;

— la diversité des participants (des participants homogènes – par l’âge, le sexe, la profession, le niveau de responsabilité, la forme de culture – comme c’est généralement le cas dans les travaux expérimentaux, trouvent facilement entre eux une entente extérieure, fondée sur les intérêts qu’ils ont en commun ; la tâche qui en découle et les absorbe masque la dynamique du groupe) ;

— un nombre optimal de participants, entre huit et douze environ (pour que chaque membre puisse percevoir chacun des autres et entrer en interaction avec lui, il ne doit pas se trouver en face d’un nombre de personnes qui excède les possibilités de son champ d’appréhension ; le tableau 5 montre selon quelle loi le nombre des relations interpersonnelles possibles croît en fonction du nombre des membres) ;

— l’obligation d’échanges verbaux et la liberté complète de ces échanges ;

Tableau 5

(a) Nombre de membres du groupe

(b) Nombre de canaux de communication

(c) Nombre de relations interindividuelles

(d)

Quotient

c/a

2

1

2

1

3

3

6

2

4

6

12

3

5

10

20

4

6

15

30

5

7

21

42

6

8

28

56

7

9

36

72

8

10

45

90

9

12

66

132

11

14

91

182

13

16

120

240

15

18

153

306

17

20

190

380

19

30

435

870

29

40

780

1 560

39

50

1 225

2450

49

80

3 160

6 320

79

100

4950

9 900

99

Commentaires

— un canal de communication entre deux membres A et B permet deux relations interindividuelles : de A vers B, et de B vers A.

— la formule n (n – 1), où n est le nombre des membres du groupe, indique le nombre de relations interindividuelles possibles entre tous les membres.

— lorsque le nombre des membres du groupe croît, le nombre des relations interindividuelles possibles croît selon « une fonction monotone croissante à accélération croissante » (cf. p. 138). Les facteurs de cette dernière progression sont indiqués par la colonne (d). Ainsi, pour un groupe de 3 membres, le nombre des relations interindividuelles possibles est le double des membres ; pour 8, il est le septuple ; pour 12, il est de onze fois plus ; pour 20, de 19 fois plus, etc.

— un nombre relativement élevé de réunions consécutives du même groupe artificiel, une dizaine au moins (l’horizon temporel et le niveau d’engagement ne sont pas les mêmes lorsqu’on participe à une ou deux réunions éphémères ou à une activité verbale collective prévue pour plusieurs jours, voire pour plusieurs semaines).

Selon les théories et les tempéraments des praticiens, la conduite du groupe de diagnostic offre une grande diversité, dont les deux cas extrêmes sont les suivants : a) le moniteur, qui a une double formation psychanalytique, individuelle et groupale, y accomplit un travail d’interprétation de la résistance et du transfert ; b) le groupe fonctionne sans moniteur. C’est la variante introduite par Blake et Mouton en 1959 ; les organisateurs mettent à la disposition des membres, pour déclencher le feed-back, des listes de phénomènes de groupe à cocher quand ils se produisent, des feuilles d’estimation chiffrée à remplir portant sur certaines variables du groupe (cohésion, réussite, etc.) et sur des traits du comportement de soi-même et des autres.

Le groupe de diagnostic est pratiqué en France depuis 1956. Le lecteur trouvera, dans l’Annexe n° 8, une formulation à orientation psychanalytique des consignes du groupe de diagnostic52.

Si le moniteur a une orientation psychosociologique, le groupe de diagnostic sensibilise les participants aux principaux phénomènes de groupe tels qu’ils sont étudiés aux chapitres suivants V et VI.

Du point de vue de l’autorité, le groupe de diagnostic se caractérise par la vacance du pouvoir ; ceci permet d’y observer toutes les formes de leadership (autocratique, démocratique, laisser-faire), tous les styles de leader, les moments cruciaux de la vie du commandement (la prise, l’affermissement et la ruine du pouvoir), les problèmes de légitimité et d’usurpation, d’acquiescement, d’obéissance, de rivalité, de résistance passive et de révolte ouverte, les représentations imaginaires suscitées par l’exercice de l’autorité et l’ambivalence foncière des attitudes découlant de ces représentations.

Du point de vue des communications, le groupe de diagnostic constitue un véritable inventaire des difficultés de communiquer, depuis celles dues à l’égocentrisme humain jusqu’à celles inhérentes aux ambiguïtés sémantiques et aux subtilités rhétoriques ; il confronte les participants aux opérations requises pour l’élaboration d’un langage commun : recours au feed-back, élucidation des cadres de référence, établissement d’un lexique, coadaptation des styles53.

Du point de vue des affinités, le groupe de diagnostic met à jour les motifs des sympathies et des antipathies, leur mouvance, leurs effets sur le climat, le moral, la solidarité et le travail du groupe.

En France, les conceptions des buts et de la conduite du groupe de diagnostic se sont diversifiées. Pour les psychosociologues qui ont introduit cette méthode vers 1955-6, l’objectif était l’apprentissage de la négociation et de la concertation et l’entraînement au travail en groupe ; la technique consistait essentiellement de la part du moniteur à repérer les phénomènes de leadership, de clivage en sous-groupes, de lutte pour le pouvoir, à inviter les participants à l’explicitation mutuelle de leurs motivations, de leurs perceptions de la tâche et de leurs rôles, à faciliter la prise démocratique des décisions par la recherche du consensus, à aider à comprendre comment on peut améliorer le climat et le moral et surmonter la résistance au changement dans les groupes et les organisations.

Par réaction contre cette idéologie qualifiée d’ « américaine », un courant animé par G. Lapassade (cf. plus haut p. 27) et s’inspirant de l’idéologie anarchiste, a cherché à faire du groupe de diagnostic une technique de contestation interne des institutions sociales et d’instauration d’un spontanéisme autogestionnaire.

Un autre courant a adopté l’orientation non directive de Rogers (cf. plus haut p. 88). La pratique du groupe de diagnostic s’est trouvée freinée par le succès des techniques corporelles de groupe. Par contre, sur le plan théorique, la méthode du groupe d’expression verbale libre a permis le développement d’une école française de psychanalyse groupale (cf. plus haut p. 117).

Approche psychanalytique : règles et buts. – Les psychanalystes de groupe se sont attachés à définir les variables et les variations nécessaires du cadre psychanalytique pour le transposer de la cure individuelle à la situation de groupe formatif ou thérapeutique [cf. D. Anzieu, 1971]. La règle des associations libres devient une règle de libre parole et plus généralement de libre symbolisation (ce qui englobe par exemple la conduite des simulacres corporels propres au psychodrame). Cela entraîne deux conséquences. D’une part, chacun est implicitement invité à être attentif à l’expression verbale spontanée et authentique des autres et à veiller à son écoute, tout autant qu’à s’exprimer librement lui-même. D’autre part, les activités éventuelles en rapport avec des objets matériels et avec le corps (par exemple la relaxation) sont envisagées comme des systèmes de communications infra-linguistiques et demandent tôt ou tard à être élaborées en paroles signifiantes.

La règle d’abstinence ne comporte pas seulement l’interdiction de relations sexuelles et d’actes de violence entre le ou les psychanalystes d’un côté, les membres du groupe d’un autre côté ; elle est étendue à toutes les activités autres que les échanges verbaux pendant les réunions, et que les relations sociales de politesse découlant de la vie collective en dehors des séances. Ainsi le psychanalyste s’abstient-il de partager les repas avec les participants (c’est-à-dire d’entrer dans le jeu de l’illusion groupale) ou d’avoir des conversations privées avec tel ou tel d’entre eux.

Une troisième règle fondamentale, implicite dans la cure individuelle, demande à être explicitement énoncée en groupe : c’est la règle de discrétion. Elle s’applique autant aux psychanalystes qu’aux participants et elle définit une limite, qui est aussi une barrière protectrice, entre le groupe et l’extérieur : chacune des personnes présentes, si elle parle à l’extérieur de ce qui s’est passé dans le groupe, se doit de le faire en protégeant l’anonymat des personnes concernées. Si le groupe est composé de personnes travaillant ensemble dans une même institution, cette règle entraîne l’engagement de ne pas utiliser dans la vie professionnelle, à rencontre d’un collègue, ce qu’on a pu apprendre de lui au cours des séances d’un groupe formatif.

L’observation psychanalytique des phénomènes de groupe se centre sur les résistances (par exemple sur l’apparition d’un leadership spontané ou d’un clivage en sous-groupes) et sur les diverses formes de transfert mobilisées par la présence d’un ou de plusieurs psychanalystes se présentant comme tels (transfert central) et particularisées par le désir commun de faire un groupe (transfert sur l’objet-groupe), par la coprésence des autres membres (transferts latéraux) et par la présence plus ou moins discrète d’autres groupes rivaux ou complémentaires, ainsi que par celle, diffuse, de la société globale (transfert sur l’out-group). Comme dans la cure individuelle, le psychanalyste de groupe a une attitude d’attention flottante et de neutralité bienveillante. L’interprétation individuelle est généralement le fait des membres du groupe qui fonctionnent alors comme cothérapeutes éventuels les uns à l’égard des autres. Les psychanalystes groupaux donnent des interprétations d’une part en rapport avec l’ « ici et maintenant » et d’autre part centrées sur le groupe, non sur un individu, ce qui laisse une place libre à chaque membre pour procéder à un travail d’élaboration psychique personnelle. Si le groupe est conduit par une paire ou une équipe de psychanalystes, l’interprétation est polyphasique (R. Kaës), c’est-à-dire à voix multiple, chaque psychanalyste interprétant le processus inconscient auquel il a été sensible. S’il y a un seul psychanalyste, il pratique la multi-interprétation, c’est-à-dire qu’il tente de balayer par des interprétations diversifiées la complexité des processus inconscients survenant dans le groupe54.

L’explication psychanalytique des faits observés requiert une quadruple approche : dynamique (quels désirs sont en conflit avec quelles défenses ?), économique (quelles identifications et projections, quels investissements et contre-investissements sont en jeu ?), topique (quelle instance psychique, Moi, Surmoi, Idéal du Moi, Moi idéal, fonctionne-t-elle là ?), génétique (à quels stades de développement de l’appareil psychique et des pulsions y a-t-il régression ?).

Les méthodes de groupe formatives, quand elles sont appliquées selon un esprit psychanalytique, visent surtout une plus grande liberté intérieure des participants, une meilleure réalisation de leurs possibilités, une disponibilité accrue d’écoute des mouvements inconscients qui circulent entre les humains, et un meilleur respect des règles symboliques qui prémunissent contre l’aveuglement ou l’aliénation par ces mouvements inconscients.

Le petit groupe informel donne l’occasion aux participants, s’il est psychanalytiquement mené, d’être sensibilisés à l’existence en eux et chez les autres de ce que Melanie Klein a appelé les positions psychotiques, avec les angoisses, les fantasmes, les mécanismes de défense qui y sont liés. Il peut en ce sens amorcer un double effet, formateur et thérapeutique. Le travail psychanalytique dans les groupes se trouve particulièrement approprié au perfectionnement psychologique des personnels travaillant dans des institutions éducatives et soignantes pour enfants ou adultes perturbés, notamment psychotiques.

Le travail psychanalytique en petit groupe peut apporter également une expérience enrichissante du narcissisme humain (et des vécus dépressifs résultant des failles narcissiques) : diversité des formes, des niveaux de structuration et des modes d’investissement du Moi et du Soi ; fluctuation des limites entre Moi psychique et Moi corporel, entre Soi et autrui ; fragilité narcissique propre à chacun et danger ressenti à sa mise en question ; prédisposition à la blessure ou à la rage narcissiques et leurs contre-investissements défensifs ; jeu des identifications imaginaires, projectives, spéculaires, idéales, masochiques-héroïques, symboliques ; recherche d’un narcissisme primaire collectif, etc.

Les individus demandent aux groupes naturels dont ils font partie une sécurité narcissique de base ; éventuellement, ils la trouvent. Le groupe à orientation psychanalytique peut non seulement la garantir et permettre au participant de la retrouver et de l’affermir, mais lui faire reconnaître et respecter ce besoin chez les autres, tout en allégeant chez lui le coût de ses mécanismes de défense contre son défaut fondamental ou ses détresses primaires. Selon les particularités et la gravité des déficits narcissiques de chacun, ce n’est pas la même expérience de groupe qui en permet un dépassement relatif. Une session intensive de quelques jours peut suffire à certains ; d’autres ont besoin d’expériences de groupes répétées, ou alternées avec une psychothérapie personnelle ; d’autres encore ne retirent un bénéfice qu’au terme d’une participation continue pendant plusieurs années à un slow open group (groupe partiellement ouvert). En aménageant un cadre qui, par son dispositif, par ses règles, par le style des interprétations, crée une aire transitionnelle dans le groupe, le ou les psychanalystes qui le conduisent parviennent à assurer cette sécurité narcissique : le groupe devient un contenant des pulsions, des affects, des fantasmes qui circulent entre les membres ; il facilite la constitution d’une enveloppe psychique que chacun peut intérioriser à la place d’un « Moi-peau » [D. Anzieu, 1981] trop rigide, ou trop troué, ou trop inconsistant55. Par ailleurs, les participants ont l’occasion de revivre et de retrouver, par rapport aux autres, au psychanalyste, au groupe, les liens humains fondamentaux ; le lien de la bouche au sein (fantasme du groupe-bouche), le lien de la persécution et de la séduction quand on est en état de dépendance (fantasme du groupe-machine), le lien entre le dehors qui comprend et le dedans qui se sent reconnu, le lien entre le symbolisant et le symbolisé, etc.

Le lecteur trouvera plus loin, dans le chapitre IX, des informations sur l’approche psychanalytique à visée thérapeutique des groupes d’adultes (« la groupe-analyse »), des groupes d’enfants (« les groupes d’enfants par des activités ») et des familles (« les thérapies familiales »).

Le cadre spatio-temporel propre au travail psychanalytique dans les groupes suscite l’exploration, désormais bien connue, des espaces imaginaires internes. Plus récemment, la dimension temporelle a commencé d’être étudiée selon ses deux niveaux principaux d’a-chronie et de synchronie, avec leurs effets d’intertemporalité et de dyschronies56.


36 J. Maisonneuve, La sociométrie et l’étude des relations préférentielles, in P. Fraisse, J. Piaget [7965], P.U.F., t. IX, p. 220.

37 Le présent ouvrage contient plusieurs références à la sociométrie. Voir pp. 79-80 sur sa découverte ; pp. 213 et suiv. sur les réseaux d’affinités et le moral. Cf. également j. Maisonneuve, Psychosociologie des affinités, P.U.F., 1966.

38 Portraits de meneurs et psychologie du groupe, Enfance, 1949, 2, n° I, 7-41, rééd. in Bull. Psychol., 1953, 7, n° 1, 34-51.

39 Cf. J.-P. Poitou, La dissonance cognitive, A. Colin, 1974. Une réinterprétation de la dissonance cognitive se trouve dans Beauvois et Joule, Soumission et idéologies, P.U.F., 1981.

40 When Prophecy fails 1956, Trad. Franç. P.U.F., 1993

41 Essai psychologique sur les bandes de jeunes voleurs, Belles-Lettres, 1943

42 La section d de la Bibliothèque générale en fin de volume contient plusieurs autres références

43 Levels of explanation in « European Journal of social Psychology », Europ. J. soc. Psychol., 1980, 10, 213-231.

44 Les processus de communication, in Fraisse et Piaget [1965], t. IX, pp. 180-183.

45 Un bon exposé des travaux de l’école de Baies et de Homans se trouve dans un ouvrage anglais, traduit en français, de Joséphine Klein, La vie intérieure des groupes, E.S.F., 1970. Le Manuel de Psychologie sociale de Newcomb, Turner et Converse [1970] est consacré au groupe dans la perspective de l’interaction.

46 Déviation, rejet et communications, in A. Lévy [1965].

47 Quelques effets de divers réseaux de communication sur la performance d’un groupe, in A. LÉVY [1965].

48 L’article de Bavelas (1951) est cité dans la Bibliographie de la deuxième partie. Sur le synergomètre, cf. F. Avril, Manuel du synergomètre, Institut des Sciences et Techniques humaines, Paris, 1967, et R. Mucchielli, Modèles sociométriques et formation des cadres, P.U.F., 1963-

49 Crutchfield (1955), cité par G. de Montmollin, L’interaction sociale dans les petits groupes, in Fraisse et Piaget [1965, t. IX, p. 8].

50 Psychologie sociale et expérimentation, Mouton-Bordas, 1969 ; 2e partie : « Les problèmes de l’expérimentation sur les groupes. »

51 L’expérimentation en sociologie (publication ronéotée du Laboratoire de Psychologie sociale de la Sorbonne, 1959 ; paru en allemand in R. Kcenig, Handbuch der empirischen Socialforschung, t. 1, Stuttgart, Enke, 1962.

 

52 Les ouvrages américains essentiels sont ceux de Bradford et al. [1964] et de Thelen [1954]. L’ouvrage de Rice, Learning for leadership (Londres, Tavistock publ., Sweet Maxwell, 1962) apporte le point de vue anglais du Tavistock Institute. Le n° 1-2 de Connexions, en 1972, est consacré aux « groupes d’évolution ». R. Kaës et D. Anzieu [1976] ont publié l’observation, psychanalytiquement commentée, des 12 séances d’un groupe de diagnostic, Chronique d’un groupe. Cf. également en français Anzieu (1964), [1981], Anzieu et al. [1972], Faucheux [1959], Maisonneuve [1980], Max Pagès [1968] ; ainsi que J. Ardoino, Propos actuels sur l’éducation, Gauthier-Villars, 1965 ; et R. Meigniez, L’analyse de groupe, Ed. Universitaires, 1967.

53 Une approche des communications dans les groupes à partir de la théorie de l’information se trouve dans G. Amado, A. Guittet, La dynamique des communications dans les groupes, A. Colin, 1975.

54 Cf. le chapitre de D. Anzieu [1972] sur la fonction interprétante du moniteur.

55 Cf. D. Anzieu, Le Moi-Peau, Dunod, 1985.

56 Cf. le numéro sur « Le temps et les groupes » (réalisé par le C.E.F.F.R.A.P.) de la revue Psychothérapies (1985, 5, n° 1), avec des contributions d’A. Missenard, R. Kaës, E. Gilliéron, etc.