4. Le mythe grec de Marsyas

Cadre socioculturel

Le mythe de Marsyas (ce nom, qui dérive étymologiquement du verbe grec marnamaï, désigne « celui qui combat ») fait écho, selon les historiens des religions, aux combats des Grecs pour soumettre la Phrygie et sa citadelle Céléné (état d’Asie mineure situé à l’est de Troie) et pour imposer aux habitants le culte des dieux grecs (représentés par Apollon) en contrepartie de la conservation de leurs cultes locaux, notamment ceux de Cybèle et de Marsyas. La victoire d’Apollon sur Marsyas (qui joue de la flûte à deux tuyaux) est suivie et redoublée par la victoire du dieu grec en Arcadie sur Pan (l’inventeur de la flûte à un seul tuyau ou syrinx)5. « Les victoires d’Apollon sur Marsyas et Pan commémorent les conquêtes helléniques de la Phrygie et de l’Arcadie ainsi que le remplacement des instruments à vent par des instruments à corde dans ces régions, excepté chez les paysans. Le châtiment de Marsyas se rapporte peut-être au roi sacré qu’on écorchait rituellement de même Athéna retire à Pallas son égide magique ou à l’écorce d’une pousse d’aune que l’on découpe pour fabriquer un pipeau de berger, l’aune étant la personnification d’un dieu ou d’un demi-dieu. » (Graves R., 1958, p. 71.)

La compétition musicale entre Marsyas et Apollon condense toute une série d’oppositions : celle des Barbares et des Grecs ; celle de bergers montagnards aux mœurs à demi animales et des habitants cultivés de la Cité ; celle des instruments à vent (la flûte à un ou deux tuyaux) et des instruments à cordes (la lyre en possède sept) ; celle d’une succession monarchique et cruelle du pouvoir politique (par la mise à mort périodique du roi ou du grand prêtre et par son écorchage) et d’une succession démocratique ; celle des cultes dionysiaques et des cultes apolliniens ; celle de l’arrogance de la jeunesse ou des croyances périmées de la vieillesse appelées l’une et l’autre à s’incliner devant la maîtrise et la loi de la maturité. Marsyas est en effet représenté tantôt comme un silène, c’est-à-dire un satyre vieux, et tantôt comme un jeune compagnon de la grande déesse-mère de la Phrygie, Cybèle, inconsolable de la mort de son serviteur et sans doute fils et amant Attis6. Marsyas apaise son chagrin en jouant de la flûte. Ce pouvoir réparateur-séducteur de Marsyas sur la mère des dieux le rend ambitieux et prétentieux, ce qui provoque Apollon à le défier pour savoir lequel des deux produira avec son instrument la plus belle musique. Cybèle a donné son nom au mont Cybélé, d’où jaillit le fleuve Marsyas et au sommet duquel était construit la citadelle phrygienne de Céléné.

Un mythe j’ai déjà énoncé ce principe (Anzieu D., 1970) obéit à un double codage, un codage de la réalité externe, botanique, cosmologique, socio-politique, toponymique, religieuse, etc., et un codage de la réalité psychique interne par sa mise en correspondance avec les éléments codés de la réalité externe. Dans ma pensée, le mythe de Marsyas est un codage de cette réalité psychique particulière que j’appelle le Moi-peau.

Ce qui retient en effet mon attention dans le mythe de Marsyas et qui fait sa spécificité par rapport aux autres mythes grecs, c’est premièrement le passage de l’enveloppe sonore (fournie par la musique) à l’enveloppe tactile (fournie par la peau) ; et deuxièmement le retournement d’un destin maléfique (s’inscrivant sur et par la peau écorchée) en un destin bénéfique (cette peau conservée préserve la résurrection du Dieu, le maintien de la vie et le retour de la fécondité dans le pays). Je ne retiendrai, dans mon analyse de ce mythe grec, que les éléments de base, ou mythèmes se rapportant directement à la peau (et qu’on retrouve figurés dans des expressions courantes de la langue actuelle : on triomphe complètement d’un adversaire quand on a sa peau ; on est bien dans sa peau quand on la conserve entière ; et encore les femmes peuvent être le mieux ensemencées par les hommes qu’elles ont dans la peau). La comparaison avec d’autres mythes grecs où la peau intervient seulement de façon accessoire me permettra de vérifier et compléter la liste des mythèmes fondamentaux de la peau et de faire entrevoir la possibilité d’une classification structurale de ces mythes selon la présence ou l’absence de tel ou tel de ces mythèmes et selon leur succession et combinaison.

Première partie du mythe

Je rappelle d’abord brièvement l’histoire de Marsyas avant que la peau n’entre en scène, histoire assez commune de rivalité ouverte et de désirs incestueux voilés : cela me semble manifester le fait que les fonctions originaires du Moi-peau sont, dans l’ontopsychogenèse, recouvertes, occultées et altérées par les processus primaires puis secondaires liés au développement prégénital et génital et à l’Œdipification du fonctionnement psychique.

Un jour, Athéna fit une flûte à deux tuyaux avec des os de cerf et en joua à un banquet des dieux. Elle se demandait pourquoi Héra et Aphrodite riaient en silence, le visage caché derrière leurs mains, alors que les autres dieux étaient ravis par la musique. Elle se retira seule dans un bois de Phrygie au bord d’une rivière et elle regarda son image dans l’eau pendant qu’elle soufflait dans la flûte : ses joues gonflées et son visage congestionné lui donnaient un aspect grotesque7. Elle jeta la flûte en lançant une malédiction sur qui la ramasserait. Marsyas trébucha sur cette flûte et il ne l’eut pas plus tôt portée à ses lèvres que la flûte, se souvenant de la musique d’Athéna, se mit à jouer toute seule. Il parcourut ainsi la Phrygie comme suivant de Cybèle, qu’il consolait du deuil d’Attis, enchantant les paysans qui s’exclamaient que même Apollon sur sa lyre n’aurait pu jouer mieux. Marsyas eut l’imprudence de ne pas les contredire. D’où la colère d’Apollon, qui lui proposa le concours évoqué plus haut, concours dont le vainqueur infligerait au vaincu le châtiment de son choix. L’orgueilleux Marsyas accepta. Le jury était composé des Muses8.

Le concours se déroulait sans qu’un vainqueur s’imposât ; les Muses étaient charmées par l’un et l’autre instrument. Alors Apollon défia Marsyas de faire comme lui, tourner son instrument à l’envers, en jouer et chanter en même temps. Marsyas évidemment échoua tandis qu’Apollon jouait de sa lyre renversée et chantait des hymnes si merveilleux en l’honneur des dieux de l’Olympe que les muses ne purent que lui donner le prix (Graves, op. cit., p. 67-68). Là commence la deuxième partie du mythe, celle qui concerne spécifiquement la peau. Ici, je suis le récit donné par Frazer (op. cit., p. 396-400) dont je dégage au fur et à mesure les mythèmes sous-jacents.

Seconde partie : les neuf mythèmes

Premier mythème : Marsyas est pendu à un pin par Apollon. Il ne s’agit pas de pendaison par le cou provoquant la mort par strangulation, mais de suspension par les bras à une branche d’arbre, permettant de découper ou de saigner facilement la victime. Frazer a réuni une série impressionnante d’exemples de dieux pendus (voire de prêtres ou de femmes qui se pendent volontairement ou rituellement). Ces sacrifices, humains à l’origine, furent peu à peu remplacés par des sacrifices d’animaux puis d’effigies.

Ce mythème me semble en rapport avec la verticalité de l’homme, par opposition à l’horizontalité de l’animal. Sorti de l’enfance et de l’animalité, l’homme se tient debout en s’appuyant sur le sol (comme le bébé s’appuie sur la main de sa mère pour se redresser). C’est la verticalité positive (redoublée par le pin, arbre le plus vertical qui soit). Le châtiment consiste à infliger la verticalité négative : la victime reste verticale mais suspendue en l’air (parfois la tête en bas), position douloureuse et humiliante qui expose sans défense à tous les sévices et qui reproduit la détresse originaire du nourrisson non ou mal tenu par sa mère.

Second mythème : La victime suspendue nue a sa peau entaillée ou percée à coups de lance, afin qu’elle se vide de son sang (soit pour fertiliser la terre, soit pour attirer les vampires en les détournant de s’attaquer aux proches, etc.). Ce mythème, absent du mythe de Marsyas, est universellement répandu en conjonction avec le précédent : Œdipe nouveau-né a les chevilles trouées et il est suspendu horizontalement à un bâton ; Œdipe Roi se crève les yeux à la vue du cadavre de Jocaste qui pend étranglée à une corde ; le Christ est cloué à une croix ; saint Sébastien, ligoté à un arbre, est percé de flèches ; telle sainte, dans la même position, a les seins coupés ; les prisonniers des Aztèques sont renversés le dos contre une grosse pierre et leur cœur est arraché, etc.

Ce mythème me semble en rapport avec la capacité de la peau de contenir le corps et le sang, le supplice consistant à détruire la continuité de la surface contenante en la criblant d’orifices artificiels. Cette capacité contenante est donc respectée chez Marsyas par le dieu grec.

Troisième mythème : Marsyas est écorché vivant et entièrement par Apollon et sa peau vide reste suspendue ou clouée au pin. Le propriétaire du prisonnier sacrifié par les prêtres aztèques revêtait pendant vingt jours la peau de celui-ci. Saint Barthélémy fut écorché vivant mais sa peau ne fut pas conservée. Octave Mirbeau a décrit dans Le Jardin des supplices (1899) un homme dépiauté traînant derrière lui sa peau comme une ombre, etc.

À mon sens la peau arrachée au corps, si son intégrité est conservée, figure l’enveloppe protectrice, le pare-excitation, qu’il faut fantasmatiquement prendre à l’autre pour l’avoir à soi ou pour redoubler et renforcer le sien propre, mais au risque d’une retaliation9.

Cette peau pare-excitation est précieuse. Telle est la Toison d’or gardée par un redoutable dragon et que Jason a mission de conquérir, peau d’or d’un bélier sacré et ailé offert autrefois par Zeus à deux enfants menacés de mort par leur marâtre ; Médée, la sorcière, protège son amant en lui fournissant un baume dont il s’enduit tout le corps et qui le met pour vingt-quatre heures à l’abri des flammes et des blessures. C’est encore la peau d’Achille rendue invulnérable par sa mère, une déesse, qui suspend l’enfant par un talon (mythème n° un) et le plonge dans l’eau infernale du Styx.

C’est avec ce mythème que le destin jusque-là maléfique de Marsyas s’inverse en bénéfique, grâce au maintien de l’intégrité de sa peau.

Quatrième mythème : La peau intacte de Marsyas était, encore à l’époque historique, conservée au pied de la citadelle de Céléné ; elle pendait dans une grotte d’où jaillissait le fleuve Marsyas, un affluent du Méandre. Les Phrygiens y voyaient le signe de la résurrection de leur dieu pendu et écorché. Il y a sans doute là l’intuition qu’une âme personnelle un Soi psychique subsiste tant qu’une enveloppe corporelle en garantit l’individualité.

L’égide de Zeus condense les mythèmes un, trois, quatre, cinq, six. Sauvé par une ruse de sa mère de la dévoration paternelle, Zeus est allaité par la chèvre Amalthée, qui le cache en le suspendant à un arbre et qui, en mourant, lui lègue sa peau pour s’en faire une armure. Protégée à son tour par cette égide, sa fille Athéna vainc le géant Pallas et lui prend sa peau. L’égide fait non seulement un bouclier parfait dans les combats mais permet à la force de Zeus de s’épanouir et de lui faire accomplir son destin singulier qui est de devenir le maître de l’Olympe.

Un cinquième mythème, fréquent dans les rites et les légendes de diverses cultures apparaît, à une première lecture, absent du mythe de Marsyas. C’est en quelque sorte le complément en négatif du quatrième mythème. La tête de la victime est coupée du reste du corps (lequel peut être brûlé, mangé, enterré) ; la tête est précieusement conservée soit pour effrayer les ennemis, soit pour s’attirer les faveurs de l’esprit du mort en multipliant les soins à tel ou tel organe de cette tête, la bouche, le nez, les yeux, les oreilles…

Ce cinquième mythème me semble construit sur l’antinomie suivante : ou la tête seule est conservée après avoir été retranchée du corps, ou la peau globale est conservée, visage et crâne compris. Ce n’est pas seulement le lien entre la périphérie (la peau) et le centre (le cerveau) qui est ici détruit ou reconnu, c’est d’abord le lien entre la sensibilité tactile, éparse sur toute la surface du corps, et les quatre autre sens externes localisés au visage. L’individualité de la personne, énoncée par le mythème quatre qui met l’accent sur sa résurrection (c’est-à-dire par exemple le retour régulier de la conscience de soi au réveil), cette individualité requiert la mise en rapport des différentes qualités sensorielles sur ce continuum de fond fourni par la représentation de la peau globale.

Si la tête coupée est gardée prisonnière, alors que le reste du corps est jeté ou détruit, l’esprit du mort perd toute volonté propre ; il est aliéné à la volonté du propriétaire de sa tête. Être soi-même, c’est en premier lieu avoir une peau à soi et en second lieu s’en servir comme d’un espace où mettre en place ses sensations.

L’égide de Zeus non seulement l’abritait des ennemis, mais la tête horrible de la Gorgone fixée sur elle les médusait. Guidé par un bouclier de bronze poli qu’Athéna tenait au-dessus de sa tête, Persée avait pu vaincre la hideuse Gorgone et la décapiter ; il avait donné en remerciement la tête à Athéna, qui l’avait utilisée pour renforcer le pouvoir de l’égide.

Sixième mythème : Sous l’emblème de cette peau suspendue et immortelle du dieu flûtiste Marsyas, jaillit, impétueux et bruyant, le fleuve Marsyas aux eaux abondantes, promesses de vie pour la région et dont les grondements répercutés par les parois de la caverne produisent une musique qui enchante les Phrygiens.

La métaphore est claire. D’une part, ce fleuve représente les pulsions de vie, avec leur force, leurs charmes. D’autre part, l’énergie pulsionnelle n’apparaît disponible qu’à quiconque a préservé l’intégrité de son Moi-peau, étayé à la fois sur l’enveloppe sonore et sur la surface cutanée.

Septième mythème : Le fleuve Marsyas est également une source de fécondité pour la région : il assure la germination des plantes, la reproduction des animaux, l’enfantement des femmes.

Là aussi la métaphore est explicite : l’accomplissement sexuel requiert l’acquisition d’une sécurité narcissique de base, d’un sentiment de bien-être dans sa peau.

Le mythe de Marsyas reste muet sur les qualités de la peau qui stimulent le désir sexuel. D’autres mythes, contes ou récits de fictions nous renseignent : la peau de la mère désirable pour le garçon est vécue comme Vénus à la fourrure (Sacher-Masoch) ; la peau du père qui a des projets incestueux est vécue par la fille comme Peau d’Âne (Perrault).

L’excès de désir sexuel est aussi dangereux pour la fécondité que sa carence. Œdipe, qui a eu la démesure de faire quatre enfants à sa mère, plonge Thèbes dans la stérilité.

Huitième mythème : La peau de Marsyas pendue dans la grotte de Céléné restait sensible à la musique du fleuve et aux chants des fidèles ; elle tressaillait au son des mélodies phrygiennes, mais elle demeurait sourde et immobile aux airs joués en l’honneur d’Apollon.

Ce mythème illustre le fait que la communication originaire entre le bébé et l’environnement maternel et familial est un miroir à la fois tactile et sonore. Communiquer, c’est d’abord entrer en résonance, vibrer en harmonie avec l’autre.

Le mythe de Marsyas s’arrête là, mais d’autres mythes m’amènent à proposer un ultime mythème.

Neuvième mythème : La peau se détruit elle-même ou est détruite par une autre peau. Le premier cas a pour allégorie la Peau de chagrin (Balzac) ; la peau individuelle se rétrécit symboliquement d’une façon proportionnelle à l’énergie qu’elle rend possible de dépenser pour vivre et paradoxalement son bon fonctionnement se rapproche et nous rapproche de la mort par un phénomène d’auto-usure. Le second cas est celui de la peau meurtrière, illustrée par deux mythes grecs célèbres : la robe et les bijoux volontairement empoisonnés que Médée fait porter à sa rivale brûlent celle-ci dès qu’elle en recouvre sa peau et avec elle son père accouru à son secours et tout le palais royal ; la tunique involontairement empoisonnée par Déjanire dans le sang et le sperme du perfide centaure Nessos (qui a abusé d’elle physiquement et moralement), cette tunique colle à la peau de son infidèle mari Héraklès et le poison ainsi réchauffé pénètre l’épiderme du héros et le ronge ; en essayant d’arracher cette seconde peau corrosive, Héraklès enlève des lambeaux de sa propre chair ; fou de douleur, il n’a pas d’autre solution pour se délivrer de cette enveloppe autodestructrice que de s’immoler par le feu, sur un bûcher que par miséricorde son ami Philoctète accepte d’allumer.

Quel est le correspondant psychologique de ce mythème ? Aux attaques fantasmatiques éventuellement accompagnées de passage à l’acte ; contre les contenus du corps et de la pensée, il convient d’ajouter les notions d’attaques contre le contenant, de retournement sur le contenant des attaques contre le contenu, voire de retournement du contenant, contre lui-même, notions sans lesquelles la problématique masochiste ne peut pas être expliquée. Les huit premiers mythèmes, dont l’enchaînement constitue le mythe particulier de Marsyas sont, chacun à leur façon, le lieu d’un combat analogue, d’un conflit interne dont le concours entre Apollon et Marsyas fournit une figuration.

Ce retournement destructeur me semble avoir pour pendant un retournement créateur, qui consiste, comme l’a montré Guillaumin (1980), à retourner imaginairement la peau comme un gant, en faisant du contenu un contenant, de l’espace du dedans une clé pour structurer le dehors, du ressenti interne une réalité connaissable.

Revenons au roman de Sacher-Masoch. L’épisode final de la Vénus à la Fourrure présente une variante du premier mythème de Marsyas. Séverin a assisté, caché, au commerce sexuel entre sa maîtresse, Wanda, et l’amant de celle-ci, le Grec : ainsi, c’est le désir voyeuriste qui va être puni chez Séverin, comme le désir exhibitionniste l’a été chez Marsyas. Wanda livre alors Séverin, solidement attaché à une colonne, aux coups de cravache du Grec, tout comme Athéna, par son imprécation, a remis Marsyas pour écorchage à Apollon. Il est d’ailleurs sous-entendu par les textes grecs qu’elle assiste au supplice. L’analogie est renforcée par deux autres détails. Sacher-Masoch décrit la beauté du Grec en le comparant à une statue d’éphèbe antique ; c’est une façon indirecte de dire qu’il est beau comme Apollon. Les dernières phrases du roman explicitent le renoncement de Séverin à son rêve masochiste : être fouetté par une femme, même déguisée en homme, passe encore ; mais « être écorché par Apollon » (telle est l’avant-dernière ligne du texte), par un Grec robuste sous une apparence ambiguë de femme travestie, par un Grec qui y va trop fort, cela ne va plus. La jouissance a atteint son point d’horreur insoutenable.

Les neuf mythèmes du mythe grec de Marsyas apportent une confirmation indirecte à la théorie (que j’expose au chapitre 7. Fonctions du Moi-peau) des neuf fonctions du Moi-peau.