Introduction à la 11e édition

Au fil des rééditions précédentes de cet ouvrage, de nombreux ajouts et un certain nombre de modifications ont été apportés au texte initial. Ils portent sur la violence, sur la psychosomatique, les aspects institutionnels, les névroses, les psychoses, la pathologie infantile, l’homoérotisme et la vie fœtale, de manière à rendre compte des travaux les plus récents. Nous insisterons sur l’accent qui est mis tout au long de nos éditions successives sur l’importance de l’économie narcissique au cours de la croissance affective de tout sujet comme des premiers conflits rencontrés. Bien que l’importance déterminante de la problématique œdipienne sur l’évolution de la personnalité de chacun ne puisse se voir contestée, cette problématique ne saurait expliquer, à elle seule, la totalité de ce qui peut émailler une existence humaine (par exemple, les vicissitudes du choix d’objet au décours de l’adolescence).

Bien que ce livre soit rédigé par des psychiatres psychanalystes, il ne saurait s’agir d’un traité de psychiatrie et, encore moins, d’un ouvrage psychanalytique. L’objet de la psychologie pathologique ne peut être confondu avec celui de la psychiatrie ; il demeure l’étude de l’évolution et des avatars du psychisme humain, sans s’intéresser aux aspects techniques des thérapeutiques. C’est pourquoi, si nous nous référons obligatoirement à la pensée analytique, les méthodes de traitement psychanalytique elles-mêmes ne peuvent être que l’objet d’une étude particulière.

L’originalité avec laquelle nous avons cherché, de propos délibéré, à cerner notre objet apparaîtra d’emblée au lecteur. Le choix et le plus ou moins grand développement de nos différentes rubriques peuvent surprendre. Ils correspondent à nos options.

Notre Abrégé de Psychologie pathologique, en effet, écrit, à son origine, par des médecins, enseignant à des psychologues en formation à vocation clinique, a pour but essentiel de faire réfléchir ces derniers (comme d’autres étudiants et, d’une façon plus générale, tous ceux qui s’intéressent aux aléas de la psychologie humaine) sur la nature du dialogue qui les concerne et de mettre à leur disposition, de la façon la plus vivante possible, des connaissances de base, des sujets de réflexion, des éléments de recherche, des références bibliographiques et surtout les lignes directrices théoriques et pratiques que ces médecins eux-mêmes ont tirées de leurs expériences cliniques comme de leurs synthèses personnelles.

Nous estimons que nos efforts pour demeurer très ouverts dans le propos et très concis dans la forme pourront aider de nombreux lecteurs, et en particulier les étudiants en médecine et en psychiatrie, ou dans des disciplines humaines voisines, ainsi que nombre de médecins ou de membres, aux divers niveaux, de nos équipes soignantes dans leur recherche d’une meilleure compréhension de leurs problèmes relationnels.

En partant d’une unité de vue sur l’ensemble des options fondamentales, chaque rédacteur a conservé cependant sa liberté de style ou son mode de communication à l’occasion de ses développements particuliers.

Au niveau de nos chapitres théoriques, comme dans toute notre partie clinique, nous ne voulions ni ne pouvions, en un ouvrage aussi condensé, procéder à une étude exhaustive touchant aux multiples aspects de la psychologie générale ou de toutes les entités morbides décrites par la psychiatrie classique.

Nous avons choisi, quant à nous, d’insister surtout, dans notre première partie, sur ce qui constitue l’articulation ou l’interaction des principaux concepts théoriques entre eux, et, dans notre deuxième partie, sur ce qui distingue ou relie les différentes organisations pathologiques.

Aux non-analystes qui estimeraient hasardeux de manifester un attachement trop exclusif aux hypothèses psychanalytiques, nous pensons pouvoir répondre que les données analytiques (théoriques, et non techniques) auxquelles nous nous sommes cantonnés correspondent à ce qui se trouve admis comme très classique par le plus grand nombre des psychopathologues contemporains et ne constitue, en définitive, qu’une connaissance bien générale, indispensable à l’honnête homme du début du XXIe siècle.

Aux psychanalystes qui jugeraient téméraire de livrer ainsi, sans précautions, à de jeunes non-analystes un résumé des concepts freudiens, nous exprimons notre profonde conviction que l’originalité foncière du psychanalyste ne peut venir d’un savoir théorique, même très poussé, mais reste, au contraire, la marque indélébile et irremplaçable dans son psychisme d’une expérience personnelle menée à bien sur un divan, expérience qu’il demeure, de ce fait, capable (et lui seul) de faire revivre à d’autres humains.

Dans cette 11e édition, il nous a paru utile, en écoutant la clinique, de rendre compte d’hypothèses de nature à dépoussiérer nos facilités théoriques par trop répétitives. Freud lui-même reconnaissait, à la fin de sa vie, que toute tendance inlassablement répétitive s’avérait finalement mortifère.

Au registre clinique, certains d’entre nous ont été conduits à postuler qu’il n’existait qu’une seule forme de structuration névrotique : le modèle hystérique. Les syndromes obsessionnels semblant correspondre soit à un échec partiel d’une structuration de modèle hystérique soit à une opération défensive tentée pour masquer une structure psychotique sous-jacente et éviter (tout un temps au moins) de délirer de façon trop évidente. Quant aux « perversions » elles constituent soit une simple « perversité » caractérielle de nature antidépressive et narcissique, soit (le plus souvent) à des manifestations de nature psychotique centrées sur un secteur relationnel restreint et focalisé pour masquer le fond psychotique et éviter ainsi, au moins passagèrement, l’éclosion d’un évident délire. Parallèlement à ce qui se passe pour les patients psychosomatiques, si ceux qui souffrent d’obsessions ou de désordres pervers refusent de se confier à des thérapeutes vraiment compétents dans ces domaines bien précis, les évolutions tardives de leurs troubles sont le plus souvent fort sévères. Dans les cas d’obsessions graves ou de perversion confirmée, la détérioration psychotique devient de plus en plus en évidence et difficile alors à enrayer.