Le personnage du psychiatre

« Lors de la présentation des malades aux étudiants, le professeur Claude lui demande :

— Qu’avez-vous pris pour vous tuer ?

— Un peu de tout, répond-elle avec un sourire où, malgré la macabre gourmandise, pétille l’espièglerie d’une très peu lointaine enfance.

Le professeur doit en convenir : elle n’est pas folle. Son cas est un cas social et non un cas médical. Que faire ?

Et, d’abord, monsieur le professeur, messieurs les médecins, messieurs les juges, ces messieurs et dames de la famille, de toutes les familles, prière de ne pas empoisonner la victime d’un ordre ou plutôt d’un désordre général.

De tous ses bagnes, l’État bourgeois nie la personne humaine, l’individu dont il se réclame. Ses asiles valent ses casernes, ses usines et autres geôles.

Une fille de vingt ans saine de corps et d’esprit à Sainte-Anne, comment ne pas évoquer la Bastille, les lettres de cachet ? »

(René Crevel, Un cas social à Sainte-Anne, Commune n° 22, juin 1935)