Note de présentation

L’auteur, dans ses débuts d’exercice professionnel parisien, encore très inconnu dans la psychiatrie de la Capitale, caressa le projet d’explorer le système asilaire qui y était en vigueur, en « passant la barrière ». Il s’agissait de provoquer les forces du maintien de l’ordre à le conduire à la Tour Pointue (ainsi les fous de Paris nommaient-ils la Conciergerie du Palais de Justice, où siégeait l’infirmerie Spéciale de la Préfecture de Police) pour s’y livrer à un exercice de simulation.

Déjà confusément conscient de cette vérité clinique qu’« on ne simule que ce que l’on a », il cogita le certificat qu’avant son exploit il déposerait, accompagné de la photo de l’étonnant poste de police du Quai aux Fleurs prise dans ses explorations de Paris par l’étudiant toulousain, entre les mains d’amis sûrs, témoins irrécusables de son projet.

Celui-ci resta à l’état de fantasme ; il était trop imprudent d’infliger au système l’affront qui se paierait trop lourdement, appuyé d'« on ne simule que ce que l’on a ». Mais il resta le moment fécond d’une évolution chronique dans le cours de laquelle une poussée de réminiscences fortes, genre délire de rêve à rêve, amena à le coucher par écrit, aussi fidèlement que possible.

Il n’est pas inopportun de signaler que les symptômes de la maladie surréaliste étaient textuellement repris de la description publiée dans les Annales Médico-Psychologiques. Journal de l’aliénation mentale et de la médecine légale des aliénés en novembre 1929, pp. 358-359, dans l’exposé du Dr. G. de Clérambault, alors médecin-chef de l’infirmerie Spéciale en question.

13 mai 1990