Conclusion

Nous voilà donc au terme de cette troisième et dernière partie de ce travail sur les rapports entre clinique et structuralisme. Nous avons discuté un ensemble de points différentiels, de pièges cliniques, de subtilités de repérages, qui me paraissent avoir leur place en clinique, et peut-être aussi en clinique psychiatrique, parallèlement à la démarche sémiologique, que nous n’oserons pas qualifier de classique, tant ce classicisme reste pour nous attaché aux maîtres aliénistes et post-aliénistes, de Pinel à Ey en passant pas de Clérambault, Régis, Esquirol, Briquet, Séglas, etc., et tant la sémiologie moderne et consensuelle interdit tout engagement clinique du thérapeute, du simple fait que l’étroitesse du cadre, comme sa logique, colorent de suspicion tout élément qui l’outrepasserait. Là où la grandeur clinique des anciens ne s’est jamais départie d’une subversion constitutive, ne serait-ce que par le questionnement toujours à l’œuvre, il est vrai que ce que devient la sémiologie peut inquiéter par son appauvrissement. Néanmoins, quelque soit la valeur qu’on lui attribue, il reste fondamental de toujours savoir opérer une lecture double, sémiologique, et structurale, sans jamais mêler les deux approches, et surtout pas en utilisant l’autre approche lorsque l’on peine avec la première (ou inversement).

En ce qui concerne la démarche structurale, il reste à repréciser l’exigence qu’elle suppose : celle de la précision. Préciser les articulations du discours, la place des signifiants tels le signifiant phallique, etc. Cette exigence est celle de la belle clinique, de cette discipline de chaque instant obligeant à repérer l’incertitude comme telle, plutôt qu’à la recouvrir de signifiants mal repérés.

J’ai défendu dans cette troisième partie l’idée d’un diagnostic structural qui ne devait reposer que sur le dégagement d’éléments positifs de structure. Ces éléments dits positifs, sont censés converger vers une seule conclusion, faute de quoi il ne sera possible que de conclure à une erreur de lecture clinique, ce qui nécessitera la reprise de la clinique afin de repérer où se situe l’erreur. D’ailleurs, lorsque tous les éléments convergent sauf un, très souvent, l’élément qui, en définitive, s’avérera valide sera celui qui seul plaidait une cause contre tous les autres éléments. Il y a des petits éléments positifs isolés qui se comportent, en clinique, comme ces paranoïaques isolés et vindicatifs qui n’en ont pas moins raison.

Ainsi, cela interdit à priori de poser un diagnostic sur des éléments négatifs : l’absence d’éléments en faveur de la névrose ne signe pas la psychose, et vice versa. Mais, cela quelquefois est très complexe, et il semble utile de relativiser cet aspect. Souvent, lorsque deux éléments importants de la structure manquent, sans qu’il n’apparaisse d’élément positif de l’autre structure, bien souvent ces deux éléments absents s’avèrent effectivement non-symbolisés, et des critères positifs de l’autre structure apparaissent ultérieurement. On ne peut pas ici proposer de grille, ni même de liste d’items à additionner, permettant de conclure à l’une ou l’autre structure. Cela ne serait pas si idiot de s’y essayer, mais nécessiterait un processus de validation complexe.

Enfin, si la structure se déploie, elle ne le fait qu’au sein d’un discours adressé, d’une relation, d’un transfert. Ainsi, la méthode structurale ne peut en rien être purement évaluative, elle implique le clinicien comme participant à la structure.