Appendice. La question des résultats

Addendum ironique

Lorsqu’on essaie d’apprécier les « résultats » d’une expérience comme celle du Pavillon 21, on peut suivre deux méthodes. La premièreet c’est la méthode traditionnelleaboutit à une série de propositions exprimant des relations quantitatives, dont la présentation statistique est impressionnante, mais qui se révèlent soit dépourvues de sens, soit trompeuses, quand on considère ce qui est réellement arrivé aux personnes concernées. La seconde méthode est un essai de description phénoménologique des changements intervenus dans la complexité des mondes intérieurs et extérieurs des personnes, ces changements étant comparés avec d’autres changements possibles, définis préalablement comme désirables ou indésirables. Le point important étant qu’ici on se préoccupe de l’expérience réelle de personnes réelles et des champs individuels de possibilités.

L’approche phénoménologique ne signifie pas qu’on ne peut pas atteindre le niveau de la généralisation ; mais bien qu’il est nécessaire de commencer par le particulier et le concret avant d’aborder l’abstrait et le général. Cette approche, toutefois, ne rencontre pas une approbation unanime dans les journaux médicaux et scientifiques (voir les remarques de notre Introduction). De nombreuses « autorités », parmi les chercheurs en sciences humaines, semblent victimes d’un besoin obsessionnel de réduire la réalité des transactions entre personnes à des abstractions globales qui cachent plus qu’elles ne dévoilent.

En dépit de cela, il y a, me semble-t-il, des raisons, stratégiques, d’évaluer le travail fait selon l’un des critères « d’amélioration » les moins douteux en psychiatrie, à savoir la tendance chez les patients à n’être pas réinternés dans l’intervalle d’un an après leur sortie. C’est pourquoi j’ai placé dans l’appendice qui suit un tableau des résultats obtenus avec des schizophrènes par l’application d’une thérapie orientée sur la famille, tableau établi en collaboration avec le Dr A. Esterson et le Dr R. D. Laing. Je ferai cependant remarquer que ces résultats se réfèrent37 à une série de patients schizophrènes admis consécutivement en 1962. Ils ne donnent pas une image complète du Pavillon 21. Cela, pour une part, parce que près d’un tiers des patients du Pavillon n’étaient pas diagnostiqués schizophrènes : c’était tout banalement des « troubles émotifs de l’adolescence » ou « un comportement perturbé ». De plus, pendant les deux dernières années, les patients sortis furent activement encouragés à éviter d’avoir à l’extérieur des crises qui pourraient les faire invalider et, pour cela, à demander une réadmission informelle dans l’unité, souvent pour un jour ou deux seulement.

Résultats d’une thérapie orientée sur la famille, dans le cas de schizophrènes hospitalisés

Ce rapport présente des résultats d’une thérapie orientée à la fois sur la famille et sur le milieu, appliquée à des schizophrènes hospitalisés dans deux hôpitaux psychiatriques de la banlieue londonienne. Durant les dix dernières années, le milieu familial des schizophrènes a été activement étudié, aux États-Unis (par exemple, Bateson et al., 1956 ; Lidz et al., 1958 ; Wynne et al., 1958), et par nous-mêmes (Laing et Esterson, 1964). Ces études, qui ont montré comment la personne diagnostiquée schizophrène était prisonnière de schémas de communications gravement perturbés et perturbants, ont des conséquences importantes sur le plan de la prévention, du traitement et des soins ultérieurs.

Un des résultats de ce travail, ainsi que des travaux de psychothérapeutes ayant eu l’expérience de relations prolongées avec des schizophrènes, a été de jeter un doute croissant sur la conception qui veut que la schizophrénie soit un syndrome médical ou une entité, en quelque sens qu’on entende couramment ce terme dans la pratique médicale ordinaire. Ce travail a également rationalisé une forme de thérapie qui ne met pas l’accent sur le patient individuel, mais sur le groupe ou sur le système de communications auquel il appartient, que ce soit dans sa famille ou à l’hôpital psychiatrique.

Principes méthodologiques

Les détails de notre méthode d’étude et de traitement des familles ou des groupes auxquels appartiennent les personnes diagnostiquées schizophrènes, seront décrits dans des publications ultérieures.

Voici, brièvement, les principes que nous avons suivis :

1. Mise en lumière et dénouement systématiques des schémas de communications considérés comme « schizogènes » au sein de la famille.

2. Mise en lumière et dénouement des mêmes schémas de communications tant entre patients qu’entre soignants et patients.

3. Continuité du personnel en relation avec la famille pendant et après le séjour du patient à l’hôpital.

4. Nous n’avons eu recours à aucun des prétendus traitements de choc, pas plus qu’à la lobotomie. Les patients ont reçu des doses de tranquillisants relativement faibles. Ainsi, aucun patient homme n’a reçu plus que l’équivalent de 300 mg de chlorpromazine et 25 % des patients n’ont reçu aucun tranquillisant. Moins de 50 % des femmes et 15 % des hommes ont reçu des tranquillisants pendant la période ultérieure.

***

Un schizophrène interné dans un hôpital est handicapé, à un plus ou moins grand degré, pour ce qui est de son aptitude à vivre dans les conditions sociales ordinaires. Il est nécessaire de lui fournir une insertion sociale qui tienne compte de cela. En conséquence, nous avons réorganisé les services qui nous étaient confiés afin de créer un contexte humain à l’intérieur duquel seraient évitées, dans la mesure du possible, ces transactions dont nos études ont montré qu’elles pouvaient précipiter un comportement psychotique. Dans ce contexte on assurait à chaque patient une relation avec au moins une autre personne significative pour lui. Cette relation était aussi constante et sûre que possible.

À cette fin, nous avons formé une équipe de thérapeutes sociaux, sélectionnés dans le personnel infirmier – est un thérapeute social quiconque se propose d’établir avec le patient une relation de confiance constante. Nous avons également utilisé les patients eux-mêmes comme thérapeutes sociaux.

Le thérapeute social doit être prêt à tirer parti de n’importe quelle situation pour établir une relation avec un patient. Il doit être franc et honnête à tout moment, prêt à discuter honnêtement de n’importe quel sujet, qu’il se sente ou non concerné, et à reconnaître franchement son anxiété s’il se trouve incapable de discuter d’un sujet quelconque. Cette attitude, pensons-nous, est déterminante, que ce soit en privé ou en groupe, pour dénouer les réseaux de communications mystificateurs qui enserrent le patient.

Sélection

Notre série est composée de quarante-deux patients, vingt hommes et vingt-deux femmes, âgés de quinze à trente-cinq ans, provenant de deux hôpitaux psychiatriques de la région londonienne. Les patients ont été choisis parmi des patients hospitalisés consécutivement pour schizophrénie, selon les critères suivants (qui étaient les mêmes pour les hommes et pour les femmes) :

1. Ils devaient avoir été diagnostiqués schizophrènes38 par au moins deux psychiatres principaux ne faisant pas partie de notre équipe, et être considérés comme tels par le personnel.

2. Ils ne devaient pas être, ou avoir été, touchés par aucune de ces atteintes organiques (blessure au cerveau, épilepsie) qui sont susceptibles d’affecter les fonctions qu’on considère perturbées chez les schizophrènes.

3. Ils ne devaient pas être d’une intelligence manifestement inférieure à la normale.

4. Aucun ne devait avoir subi d’opération d’aucune sorte sur le cerveau.

5. Aucun ne devait avoir reçu plus de cinquante électrochocs dans l’année précédant le début du traitement, ni plus de cent cinquante électrochocs en tout.

6. En ce qui concerne la famille, un des parents au moins devait être en vie, et disponible pour l’entretien. Les patients pouvaient avoir ou non des frères et sœurs, être mariés ou célibataires, avec ou sans enfants. Ils pouvaient vivre dans leur famille ou seuls. Aucun patient, aucune famille ne refusa de coopérer. Une seule femme, qui satisfaisait à tous les autres critères, fut éliminée à cause de ses parents, qui vivaient trop loin (en Écosse) et étaient trop faibles pour voyager. Elle fut transférée dans un hôpital situé plus près d’eux, selon la coutume administrative. Deux de nos patients avaient été initialement hospitalisés dans d’autres régions du pays et avaient été transférés dans nos hôpitaux afin de se trouver plus proches de leurs familles. Cela en vertu d’une procédure administrative régulière et non par une conséquence de notre recherche. Un seul homme qui satisfaisait à nos critères fut éliminé parce que ses deux parents étaient morts. Il est probable que l’âge moyen, assez bas, de nos patients, s’explique par la nécessité de satisfaire à cette dernière condition.

Les patients sélectionnés étaient par ailleurs homogènes, sur le plan clinique, avec les schizophrènes admis dans les deux hôpitaux39.

Résultats

Nos résultats sont les suivants :

Tous nos patients quittèrent l’hôpital dans l’année qui suivit leur internement. Sept d’entre eux (soit 17 %) ont dû être réadmis environ une année après. La durée moyenne du séjour fut de trois mois. Nous n’avons trouvé aucune différence significative entre les hommes et les femmes à cet égard, pas plus qu’entre ceux qui vivaient chez eux, et ceux qui étaient dans des meublés, à l’hôtel, etc.

Trente-trois patients furent rendus à leurs familles, les autres allèrent vivre dans des meublés, à l’hôtel ou ailleurs. Parmi les sept patients réadmis, quatre vivaient chez eux, trois ailleurs. Encore une fois, nous n’avons trouvé aucune différence entre les sexes sur ce point.

Trente-deux patients prirent du travail après leur sortie de l’hôpital. Vingt-six travaillèrent pendant toute l’année qui suivit leur sortie ; deux travaillèrent moins d’un an, mais plus de six mois. Là non plus, aucune différence significative entre les sexes.

Vingt des patients étudiés en étaient à leur premier internement, treize hommes et sept femmes. Des vingt-deux patients antérieurement internés, sept étaient des hommes et quinze des femmes. Trois des sept patients qui furent réadmis en étaient à leur premier internement ; les trois étaient des femmes.

Patients réadmis* un an après leur sortie.

 

Sortis

Réadmis

%

Hommes

20

2

10 %

Femmes

22

5

23 %

Total

42

7

17 %

Appréciation

En général, l’appréciation des résultats d’un traitement psychiatrique présente de grandes difficultés théoriques et méthodologiques. Et cela tout particulièrement pour la schizophrénie. Il n’existe pas de méthode généralement admise pour apprécier les résultats d’un traitement de la schizophrénie, pas plus qu’il n’y a d’indices généralement admis de la morbidité ou de critères des soins.

Le taux de réadmission est peut-être le critère le plus répandu de l’efficacité persistante du traitement, et de nombreux travaux utilisant ce critère ont été publiés aux U.S.A. Ils font état de taux de réadmission variant considérablement. Une étude sur l’usage de la chlorpromazine menée par Tuteur (1959) a montré que 20,4 % des patients libérés retournaient à l’hôpital dans l’intervalle de trois ans, tandis que Pollack (1958), dans une autre étude sur la chlorpromazine, rapporte que sur 716 patients libérés, 19 % étaient réadmis. Dans un groupe traité avec des tranquillisants et par des entretiens psychothérapeutiques mensuels, Mendel et Rapport (1963) ont constaté que 21,6 % étalent réadmis dans l’intervalle d’un an. Free et Dodd (1961) dans leur étude de 596 patients, divisés en un groupe dit de contrôle (non surveillé régulièrement) et un groupe de surveillance (soumis à des visites régulières), constatèrent que 3,51 % des patients du premier groupe et 14,6 % du second étaient de retour après un an de libération. Récemment, Orlinski et d’Elia (1964), dans un rapport sur 13 036 schizophrènes sortis, ont constaté que 45,5 % de ceux qui n’avaient pas été placés sous surveillance et 25,7 % de ceux qui l’avaient été, avaient été réadmis dans l’intervalle d’un an.

Malheureusement, peu d’études comparables ont été publiées dans notre pays et il n’y a pas de chute significative dans les chiffres du Bureau général d’enregistrement.

Un rapport fait par Renton et al. (1963), qui suivit 132 schizophrènes des deux sexes, a montré que 18 % d’entre eux furent réadmis ou se suicidèrent dans l’intervalle d’un an. Tandis que récemment Kelly et Sargant (1965), dans un rapport sur quarante-huit schizophrènes des deux sexes traités par diverses combinaisons de ECT, de forme modifiée de coma insulinique profond, et de phénothiazines, ont montré que, sur une période de deux ans, 42 % étaient réadmis au moins une fois et 6 % lobotomisés. Cependant ces deux groupes ne peuvent pas être comparés au nôtre. En dehors du fait que, par exemple, le groupe étudié par Renton et ses collègues contient des patients âgés de plus de soixante-cinq ans, des problèmes d’échantillonnage tendent à rendre toute comparaison délicate. Ainsi, dans le cas de l’étude de Kelly et Sargant, on ne dit pas quels ont été les critères de sélection, et il ne semble pas que le diagnostic ait été vérifié par un autre psychiatre, que ce soit indépendamment ou sur accord. Dans le rapport de Renton et de ses collègues, le groupe était sélectionné parmi des patients hospitalisés dont les diagnostics enregistrés étaient désordres schizophréniques, numéros 300-0 à 300-7, et paranoïa ou états paranoïaques, numéro 303, dans la classification internationale des maladies. Ceux qui satisfaisaient aux critères diagnostics des chercheurs furent choisis sur examen des dossiers. Un nombre non spécifié de patients, tous diagnostiqués initialement à partir d’un examen clinique, furent ainsi exclus. De plus, il n’est pas dit si la décision d’exclusion fut vérifiée par accord ou autrement. Ainsi, le groupe peut ne pas être représentatif des patients normalement diagnostiqués comme schizophrènes dans un hôpital. Cela peut avoir joué un rôle sur le fait que le groupe connut deux suicides.

Cependant, l’équipe du Conseil de la recherche médicale du Maudsley a publié quatre articles qui offrent certains points de comparaison. Wing et al. (1959), en un rapport sur un groupe de 158 schizophrènes admis dans un hôpital de Londres en 1955-56 et libérés dans l’intervalle de deux ans, ont montré que 19,4 % des hommes et 30,9 % des femmes étaient réadmis dans les deux ans qui suivaient leur sortie. Cependant ces chiffres n’enregistrent que les réadmissions opérées dans le même hôpital. Un autre rapport du C.R.M., par Brown et al. (1961), a montré, entre autres choses, que, sur 625 schizophrènes des deux sexes admis dans trois hôpitaux mentaux en 1956 et sortis avant deux ans, 64 % étaient réadmis dans les trois ans qui suivaient leur admission principale.

Plus récemment, la même équipe (Brown et al., 1962, Wing et al., 1964) a fait un rapport sur un groupe de schizophrènes de sexe masculin, provenant de huit hôpitaux psychiatriques londoniens, qui ont été suivis pendant un an après leur sortie. Sur les 128 patients, 41 % (étude de 1962) ont été réadmis avant un an. Quand le groupe fut réduit (à 113) par l’exclusion de ceux sur le diagnostic desquels les chercheurs éprouvaient des doutes, le taux de réadmission resta substantiellement le même, 43 % (étude de 1964). Cependant ces quatre études non plus ne peuvent être rigoureusement comparées aux nôtres : les échantillons du CRM comprenaient des personnes âgées de plus de trente-cinq ans.

L’étude du CRM de 1964, à certains égards, se prête mieux à la comparaison, mais, encore une fois, des problèmes d’échantillonnage rendent celle-ci difficile. Par exemple, il est possible que les patients n’y représentent pas les personnes diagnostiquées schizophrènes par l’hôpital. Alors que dans notre étude le diagnostic de schizophrénie est établi de manière indépendante par au moins deux psychiatres peu de temps après l’admission, dans l’étude du CRM (1964) le diagnostic de l’hôpital, fait au moment de l’admission, alors que les symptômes étaient sans doute les plus marqués, fut corrigé dans 15 des 128 cas par l’une des équipes, qui vit le patient pour la première fois juste avant sa sortie. Ce diagnostic modifié ne fut pas confirmé par un autre psychiatre mais les quinze patients furent exclus des données finales.

Nous avons discuté de ces difficultés avec l’équipe du CRM et ils ont effectué une analyse supplémentaire de leurs données, pour trouver un groupe de patients libérés aussi comparable que possible au nôtre. Ces chiffres n’ont pas encore été publiés, mais l’équipe du CRM nous a aimablement autorisé à les reproduire dans ce rapport. Du groupe de 1956 (rapport de 1961), ils ont exclu les patients âgés de plus de trente-cinq ans et ceux qui étaient restés plus d’un an à l’hôpital, ne conservant ainsi que 374 hommes et femmes, parmi lesquels 193, soit 52 %, furent réadmis avant un an. Si dans ce groupe de réadmission on distingue entre hommes et femmes, et entre patients admis pour la première fois et patients ayant déjà été internés, nous trouvons les résultats suivants :

Réadmissions avant un an.

(patients nouvellement admis et préalablement admis).

 

Premières admissions

Réadmissions

%

Admissions répétées

Réadmissions

%

Hommes

26

 

44 %

68

 

59 %

Femmes

30

 

42 %

69

 

56 %

Total

56

 

43 %

137

 

56 %

Si, autant que faire se peut, nous comparons ces résultats avec les nôtres, nous trouvons certains points intéressants, bien qu’il faille se montrer très prudent avant de tirer des conclusions générales.

Nous ne pouvons pas comparer la réadmission des hommes, le nombre des hommes réadmis dans notre échantillon étant trop bas. Cependant, si l’on compare le total des patients des deux sexes réadmis dans notre échantillon avec le nombre des hommes réadmis dans le rapport du CRM de 1964, nous constatons : que 17 % de nos patients furent réadmis contre 43 % dans l’étude du CRM, et cette différence est statistiquement significative (X² = 8,34 p. <.005, en utilisant la correction de Yates). Puisque le pourcentage des réadmissions de femmes dans notre étude est plus du double de celui des hommes, ce chiffre peut aisément être rééquilibré contre nous.

12 % de la totalité des patients de notre groupe qui vivaient chez eux furent réadmis contre 44,4 % (hommes seulement) dans l’étude du CRM (1964). Cependant, le nombre total des patients réadmis est inférieur à cinq et par conséquent notre chiffre ne peut être considéré comme significatif sur le plan statistique, bien qu’une tendance se distingue (X² = 8,99 p. < 005, avec la correction de Yates).

Discussion

Dans ce rapport, nous ne prétendons pas que notre approche du problème de la schizophrénie soit la seule possible, ni même la meilleure. Nous tenons, en premier lieu, à montrer que cette forme de thérapie sociale orientée sur la famille, jusqu’à présent relativement négligée dans ce pays, est au moins efficace. Nous ne cherchons pas tant à rogner des chiffres de pourcentage, qu’à montrer que nos résultats supportent favorablement la comparaison avec ceux obtenus par les autres méthodes.

En ce qui concerne les taux de réadmission, nos chiffres apparaissent sur le plan statistique considérablement inférieurs à la tendance nationale, dans la mesure où une telle tendance peut être évaluée. On peut suggérer que la raison pour laquelle un si faible nombre de nos malades sont retournés à l’hôpital tient à nos services de soins communautaires perfectionnés (hôtels de surveillance, etc.). En fait, deux seulement de nos patients s’installèrent à l’hôtel après leur sortie. Tous les autres retournèrent chez eux ou dans des meublés. Dans tous les cas, nous fournissions des soins post-hospitaliers qui étaient une extension de la thérapie familiale et qui consistaient essentiellement pour nous à rester disponibles pour une consultation, à quelque moment que la famille, le patient ou les praticiens généraux le demandent. Le nombre moyen de consultations par famille, dans l’année qui suivait la libération, était de trois. Cela allait de la conversation téléphonique à la discussion avec la famille au complet. Brown et al. (1962) font état d’une tendance significative à plus fréquente réadmission chez les patients qui retournent dans des foyers où ils ont un engagement émotionnel élevé avec un parent déterminant. Sur les cinq femmes réadmises, deux ne vivaient pas dans leur famille et sur les deux hommes réadmis, un vivait en dehors de sa famille.

Étude du CRM

Notre étude

Rapport de 1959 (groupe de 1955)

Rapport de 1961 (groupe de 1956)

Groupe de 1956 Communication personnelle

Rapport de 1962

Rapport de 1964

Rapport de 1964

H

F

Total

H

F

Total

H

H

H

F

Total

  1. 1. Taille du groupe

123

75

715

 

 

 

 

 

20

22

42

  1. 2. Patients sortis à l’essai

103

55

625

176

198

374

128

113

20

22

42

  1. 3. Réadmis avant le délai de un an, %

 

 

 

53 %

50 %

52 %

41 %

43 %

10 %

23 %

17 %

  1. 4. Réadmis parmi ceux vivants chez eux, %

 

 

 

 

 

 

45,7 %

44,4 %

6 %

19 %

12 %

  1. 5. Réadmis parmi ceux vivant en meublés, à l’hôtel ou chez des frères ou des sœurs, %

 

 

 

 

 

 

29,4 %

39,1 %

33 %

33 %

33 %

  1. 6. Travaillant plus de la moitié du temps pendant l’année suivante de leur sortie, %

 

 

 

 

 

 

 

61,9 %

80 %

55 %

67 %

  1. 7. Travaillant toute l’année suivant leur sortie, %

 

 

 

 

 

 

 

 

70 %

55 %

62 %

  1. 8. 1ère admission en groupe, sorti avant deux ans, %

93,5 %

73,7 %

91 %

 

 

 

 

 

100 %

100 %

100 %

  1. 9. Préalablement admis, sortis avant deux ans, %

77,9 %

73,2 %

86 %

 

 

 

 

 

100 %

100 %

100 %

  1. 10. % du groupe qui sont en 1ère admission

37,4 %

25,3 %

33 %

 

 

 

 

 

65 %

32 %

48 %

  1. 11. Sortis de l’essai en admission, %

 

 

 

34 %

36 %

35 %

 

25,7 %

65 %

32 %

48 %

  1. 12. % du groupe âgé de moins de 35 ans

52 %

42,7 %

 

 

 

 

 

 

100 %

100 %

100 %

  1. 13. Âge moyen en années du groupe

 

 

 

 

 

 

 

 

22,6

25,4

24,1

  1. 14. Âge moyen en années des patients sortis à l’essai

 

 

 

 

 

 

 

33,2

22,6

25,4

24,1

 

 

Quant à la situation des patients qui ne furent pas réadmis, 72 % des hommes et 70 % des femmes se montrèrent capables d’un ajustement social suffisant pour pouvoir gagner leur vie pendant toute l’année qui suivit leur sortie.

Les tendances sont nettes. Les schizophrènes se « rétablissent » très rapidement à l’hôpital. Cependant, la plupart d’entre eux doivent retourner dans le contexte social où ils ont connu leur première crise. Dans la plupart des cas, ce contexte social est la famille d’origine. Au moins 50 % des schizophrènes en première admission qui retournent dans leur famille d’origine, sont de retour à l’hôpital avant un an (si l’on en croit la tendance nationale). Le chiffre croît à mesure que l’engagement émotionnel avec un membre déterminant de la famille devient plus intense.

Pour des raisons socio-économiques, longtemps encore, les patients devront retourner dans leur famille et ils devront s’accommoder les uns des autres. Nous essayons d’aider le patient et sa famille à être moins perturbants l’un pour l’autre, par un travail intensif avec toute la famille, y compris le patient, pendant le séjour de ce dernier à l’hôpital. Après avoir quitté l’hôpital, peut-être ont-ils appris à mieux se comprendre les uns les autres et en sont-ils venus à penser que quelqu’un d’autre les comprend. Nous les encourageons à sentir que dans tout moment de crise ils peuvent faire appel à nous, pour une consultation familiale d’urgence, soit à l’hôpital, soit, là où les dispositions hospitalières le permettent, dans leur propre foyer. Au cours des cinq dernières années, ces quarante-deux familles nous ont appelé sept fois en tout. Nous avons procédé à des réadmissions dans deux cas. En temps ordinaire, le patient aurait probablement été réhospitalisé dans trois des cinq autres cas. Des cinq cas de réadmission qui restent, il s’agissait, dans l’un, d’une femme qui avait besoin d’un logement dans une pension, mais qui fut réadmise parce qu’elle n’en trouvait pas de disponible immédiatement, et les quatre autres cas furent hospitalisés sans que nous en ayons eu connaissance. Cela parce que nous devions travailler en consultation et en visites à domicile, système dans lequel : a. un psychiatre inconnu du patient pouvait le voir dans une visite de routine à la consultation ; b. la famille n’est habituellement jamais vue ; c. le psychiatre, s’il est appelé pour une visite domicilière, n’a aucune connaissance de la famille et n’a pas le temps d’en acquérir une.

Résumé

Vingt schizophrènes hommes et vingt-deux schizophrènes femmes ont suivi une thérapie, orientée à la fois sur la famille et le milieu, dans deux hôpitaux psychiatriques, avec un usage réduit de tranquillisants. Aucune psychothérapie individuelle ne fut faite. Aucun des soi-disants traitements de choc ne fut administré et nous n’avons pas eu recours à la lobotomie non plus. Tous les patients quittèrent l’hôpital dans l’année qui suivit leur admission. La durée moyenne de leur séjour fut de trois mois. Dix-sept pour cent furent réadmis dans l’année qui suivit leur sortie. Nos résultats sont discutés. Ils nous semblent établir au moins une première approche sérieuse pour une révision radicale de la stratégie thérapeutique employée dans la plupart des unités psychiatriques, en relation avec le schizophrène et sa famille. Cette révision va dans la ligne des développements en cours de la psychiatrie sociale au Royaume-Uni.