Annexe III. Lettre au réseau international sur le pouvoir et la différence

Pues te daré

Porque no sepas que sé

Que sabes flazequas mias92.

Calderon.

La richesse du réseau international devrait, selon moi, résider dans deux principes de différence. Primo, en ce qui concerne le contexte du réseau, nous avons la différence entre, d’une part, les impuissants qui détiennent le pouvoir de l’État (leur impuissance étant le résultat de l’« hémorragie » de leur réalité personnelle dans les institutions abstraites, mais mécaniquement effectives, « qu’ils » dirigent), et d’autre part leurs opposants puissants, privés de tout pouvoir, si ce n’est la conscience de leur différence avec le système anonyme et le choix de combattre ce système à titre autonome en usant de toutes les ressources de leur réalité personnelle.

Secundo, la différence entre chaque personne participant au réseau (qui n’a pas de « membres » puisqu’il n’est pas un « corps », ni une organisation), et toutes les autres. L’idéal consiste au minimum en ce que la seule compétitivité existante soit entre chacun et lui-même. Les corollaires de la compétitivité sont l’envie, la jalousie, l’instinct possessif et de propriété, types de relations familiales et œdipiennes, dont la seule issue est le pouvoir impuissant ou la rupture imbécile. La compétitivité est d’importance vitale, mais la seule compétitivité qui ait un sens est l’auto-émulation – accomplir son « œuvre-propre » mieux qu’on n’aurait jamais pu l’imaginer. Cette autocompétition, non contente de se prêter au travail en commun avec autrui, est le postulat même de la collaboration.

De ce fait, le réseau, en tant qu’antiorganisation, constitue un ensemble pragmatique de projets autonomes autogestionnaires, dans différentes parties de l’Europe et du monde ; il ne se rassemble pas seulement une ou deux fois par an, mais la plupart du temps d’une manière plus personnelle, apparemment aléatoire et fragmentaire. C’est ainsi que s’est créée au cours de ces deux dernières années une forme de solidarité encore plus impressionnante si l’on se remémore (moi, tout au moins) combien, il n’y a que quelques années, on se sentait isolé dans la lutte contre la répression psychiatrique. Nous connaissons maintenant une expansion massive, même si nous ne sommes pas tous libres de nous réunir annuellement ou bisannuellement aux lieux et dates fixés. Parallèlement à cette solidarité, nous avons réussi à préserver jusqu’à présent une saine et prudente suspicion à l’égard de la formation de tout ce qui pourrait ressembler à une structure de « comité central ». Le charisme « rôde », avec son « autorité naturelle », mais je persiste à croire que l’aspiration originelle à la liberté (fondée sur tant d’amères expériences institutionnelles), qui était si visible à Bruxelles, annihilera toute velléité de dégénérescence de l’autorité en autoritarisme.

Après cette introduction quelque peu pompeuse et verbeuse, j’ajouterai que j’ai ressenti beaucoup de joie, quelque amusement et même un peu de folie dans mes rencontres avec des personnes travaillant dans le réseau. Je souligne l’aspect personnel de l’expérience, car c’est, approximativement, à ce niveau que se situe notre réelle rencontre. Mais ces sentiments de joie, d’amusement et de folie sont manifestement insuffisants. Au bout de deux ans, il nous incombe désormais de définir progressivement et de toute urgence, par nos rencontres, notre engagement politique – évidemment sans que cela implique affiliation spécifique à un parti.

Le réseau étant né dans les pays capitalistes (surtout latins) d’Europe occidentale, voici comment m’apparut son esprit originel : partant d’une base de lutte contre la répression psychiatrique, la lutte était dirigée essentiellement contre la répression dans les institutions médiatrices de la société, sur une base internationale (« réseau international »). Faute de quoi, le réseau, conçu simplement comme « alternative à la psychiatrie », serait précisément le reflet de ce clivage dont il accuse la psychiatrie – entre la folie et tous les autres aspects de la vie. Ces « institutions » médiatrices (« institution » signifiant étymologiquement : « être mis à sa juste place » – celle qui est juste pour les « autres » – dans l’intérêt « normalisateur » de la classe93 gouvernante de l’État) vont de la famille (par exemple, la généalogie, les rituels de séduction, le mariage, la nature de la procréation, la médecine prénatale et la manière de naître, mais aussi la formation préscolaire, la socialisation primaire, et encore les célébrations familiales de la mort et les rites d’héritage), à travers l’école, l’apprentissage, l’usine, l’université, les tribunaux, la prison, l’hôpital, le bureau, la publicité (toujours familialiste), les mass media (placées totalement sous la mainmise du capitalisme et plus ou moins subtilement censurées à des fins de mystification) et la retraite institutionnalisés, jusqu’à ce qu’on arrive au cimetière bien ordonné, enrégimenté (mode d’embaumement, taille et qualité de la matière du cercueil, etc.94).

En réfléchissant à ces institutions et en considérant sérieusement la merde dans laquelle nous sommes, la merde que nous avalons, que nous rejetons ou recrachons les uns sur les autres, nous arrivons à la conclusion que, tout au moins dans la société bourgeoise, la seule sorte d’amour possible entre nous est préconditionnée par une haine du système (de merde) dans lequel nous sommes. Il est hors de question de créer une société fondée sur l’amour, et moins encore sur « l’amour fraternel » ou « l’amour de son voisin ». Pour commencer à aimer un peu, il nous faut apprendre comment haïr beaucoup mieux95.

Nous l’apprenons en regardant simplement nos voisins – puis en nous regardant dans ce miroir que nous sommes censés transporter en notre for intérieur dès la première année de la vie.

Nous devons alors étudier ces institutions à partir du contexte d’ensemble dans lequel nous vivons, un contexte international, qui domine les États où nous sommes géographiquement situés. Je me souviens avoir écrit sur le tiers monde secret, dissimulé dans le cœur du premier monde – tous les marginaux de Marcuse, les Noirs aux États-Unis, les ratés, les minorités sexuelles, etc. —; mais aussi la plus vaste de toutes les « minorités », les femmes, dont la lutte est finalement un défi lancé à toutes les institutions répressives, puisqu’une double répression implique une conscience double – cela est sûr—; et puis la plus marginale de toutes, la marginalité de « toutes nos folies » aussi bien que des folies qui sont « piégées » par les grands ψ.

Le tiers monde « intérieur » de notre répression, nous ne pouvons le séparer du tiers monde opprimé, « au-dehors », en Afrique, Asie et Amérique latine. Mais comment tout cela se relie-t-il ? Il y a peut-être un mot qui fait le lien, et ce mot est « autonomie ». Cuba, l’Asie du Sud-Est, et maintenant l’Angola, ont, avec d’autres pays, lutté pour leur autonomie, par des luttes révolutionnaires autonomes ; mais il leur a fallu le soutien de l’Union soviétique, qui, de fait, n’a pas violé leur autonomie (ou ne l’a pas pu). Ils ont eu besoin de l’Union soviétique, comme tous les peuples, pour soutenir la cause de la révolution contre leur capitalisme, fascisme et impérialisme, ont besoin que les pays socialistes endiguent les violents sursauts de l’agonie du capitalisme – qui menace, comme le Samson de la Bible, de renverser les murs du temple de l’univers pour détruire ses ennemis aussi bien que lui-même. Pourtant, il leur faut aussi rester libres par rapport à l’Union soviétique, car nous devons faire notre propre communisme, qui sera en chaque lieu différent.

Puis, nous avons la contradiction (non antagonique, mais tout près d’abolir la transition entre antagonisme et non-antagonisme) que constitue l’existence permanente de la répression et, pour nous en particulier, la répression psychiatrique en Union soviétique. L’Union soviétique est assez forte pour s’en passer (d’un certain point de vue) et les organisations populaires (comme le réseau ?) du reste du monde n’en ont sûrement pas besoin.

C’est une masse résiduelle de répression qui reflète le fossé entre la révolution politique presque accomplie, et la révolution sociale. La réponse viendra avec ce démantèlement de tous les systèmes de quadrillage, de surveillance et de contrôle, qui est historiquement au cœur de la lutte révolutionnaire.

Léonid Pliouchtch nous a conté l’histoire de son châtiment psychiatrique pour cause de dissidence96 (il avait proposé une réforme communiste libérale à la Duběek, simple et nécessaire). Il a été « traité » à l’halopéridol97, au choc insulinique et à l’humiliation par l’interrogatoire psychiatrique. Ces formes de traitements sont pratiquées universellement sur des centaines de milliers de victimes dans tous les pays capitalistes. Tout délire est dissidence politique et subversion. Dites un mot de vérité sur la société sans le couvert de la respectabilité ou d’un masque littéraire, scientifique, philosophique, et vous en tâterez. On rencontre aisément ces techniques répressives dans tous les pays d’oppression impérialiste, et pas seulement appliquées à leurs victimes classiques. L’Amérique latine est le terrain de culture immédiatement disponible pour la psycho-expérimentation nord-américaine – et pas seulement l’Uruguay et le Chili, où l’on utilise un certain raffinement psychanalytique98 ainsi que la technique de modification comportementale de Skinner. La « Grande-Bretagne » (l’Angleterre anti-celtique) a utilisé des psychotechniques de privation sensorielle contre des victimes irlandaises99, violant l’article 3 de la Charte de la Protection des droits de l’homme et de ses libertés fondamentales – « nul ne doit avoir à se soumettre à la torture ou à un traitement inhumain ou dégradant ». Ajoutez-y le même traitement en « pré-interrogatoire » dans l’État social-démocrate d’Allemagne occidentale, et vous commencerez à connaître les résultats de ce lugubre jeu. Toutes les façades des grandes démocraties libérales avancées s’écroulent dans le cloaque accueillant du système capitaliste, essuyez-les une fois avec les pages de ses journaux, et tirez la chasse.

Il est possible de traiter de la répression psychiatrique en un (ou quelques) mots : l’antipsychiatrie100 était et est la lutte au sein des institutions publiques, hôpitaux et secteurs, visant à détruire ce système de l’intérieur. Il y a maintenant, par-delà l’antipsychiatrie, des émergences non-psychiatriques, qui non seulement « contiendraient » la folie au sein de la communauté, mais l’intégreraient à la communauté et en useraient comme d’une force révolutionnaire : afin d’aider à sa mutation en force créatrice personnelle (dès lors neuve et jamais dépréciée).

La dialectique inhérente à ce mouvement est opposée à la création idéaliste de « communautés » alternatives (nouvelles sortes de familles) pour faire de « bons voyages » à travers la folie ; elle est opposée à la conversion morale, religieuse, de « mauvais » en « bons » psychiatres, et elle est opposée à toutes les formes de « thérapie alternative » (famille, rencontre, sexologie, thérapie de naissance ou de renaissance, etc.). C’est une dialectique qui fait un tout avec la lutte de classes et la lutte nationale contre le capitalisme, contre les dégénérescences bureaucratiques du socialisme et contre l’impérialisme dans le monde entier.

Tout cela implique un double militantisme. Nombre d’entre nous travaillons dans et contre des institutions psychiatriques ; nombre d’entre nous sommes engagés dans le champ de la psychologie aux fins d’anéantir le caractère destructeur de son enseignement normalisateur (qui détruit les enseignants avant même de détruire les enseignés) ou de contrer l’invasion de la psychanalyse œdipienne, familiale, dans toutes sortes d’institutions. Nous écrivons des livres, ou bien nous enseignons sur tout cela. Mais il n’y a aucune manière d’éviter, en France ou en Allemagne occidentale, en Espagne ou au Mozambique, l’action nécessaire contre les reliquats (gonflés de pouvoir, bien qu’impuissants) du capitalisme et de l’impérialisme. Si le pouvoir est altérité pure, résidant quelque part mais pour personne, la puissance est l’expression totale unifiée d’un organisme en pleine liberté, en pleine présence. Recouvrer notre puissance est le préalable à la destruction du pouvoir impuissant de l’État bourgeois – le pouvoir eunuque –, à la destruction d’un contrôle qui réside dans les espaces qui nous séparent et puise sa substance dans notre seule soumission.

Finalement, nous affirmons et réaffirmons notre différence lorsque nous reconnaissons l’unité des besoins. Dans une société capitaliste pleinement développée, les besoins primaires de nourriture et d’abri ne sont pas plus vitaux – comme l’air que nous respirons – que les besoins radicaux101 de santé physique totale (ce n’est pas là uniquement un problème médical professionnel), de sexualité orgasmique (par opposition à un accouplement procréateur utile), de folie (comme réunification de ce qui a été divisé, notamment, par la psychiatrie) transformée en formes nouvelles, non figées, de force créatrice, art de l’existence quotidienne ; besoin d’une liberté qui n’a que faire d’un surcroît de libertés (par exemple au niveau des problèmes de nourriture et de logement), une liberté d’expression de l’individu qui respecte comme sa propre négation le droit de l’autre à dire « non », « assez », « il y a d’autres choses que je veux faire en ce moment » : une liberté autodisciplinante, celle qui en dernière analyse établit en même temps une distinction (celle de Marx à l’origine) et une unification entre la révolution politique et la révolution sociale ; la révolution politique, oui, est en cours ; mais si nous voulons éviter un réformisme purement fragmentaire et la perpétuation de toutes nos formes institutionnelles de répression, nous devons exiger la réalisation de tous nos « autres besoins », des besoins radicaux, maintenant.

La révolution sociale, la révolution « finale », achevée (celle qui mène à ses propres anti-pouvoirs en flux permanent), la révolution communiste ne suivra pas automatiquement la révolution politique (c’était le dogme de Staline, fondé sur une relation mécaniste de causalité entre infra – et superstructure).

Il me reste un sentiment de pessimisme ; c’est que le réseau pourrait se borner à demeurer un mouvement de libération autosatisfait « d’extrême gauche », un de plus, et rien de plus. Ce sentiment, je le surmonte parce que j’ai souvenir de suffisamment de moments significatifs dans nos rencontres et du défi parfois corrosif sous-jacent à nos échanges d’expériences personnelles au sein du travail de lutte, pour y puiser, non de l’espoir pour notre travail (un espoir facile, une attitude pontifiante), mais bien plutôt un autre espoir, celui qui trouve son expression dans notre approximative unité d’action, chaotique et opiniâtre. Nous ne dépasserons le sentimentalisme et l’utopisme que lorsque nous les aurons suffisamment pénétrés.

Le réseau, anti-familial, de par son essence même, ne fournit pas de matrice institutionnelle sécurisante102, de substance maternelle ; il fournit plutôt un élément que Félix Guattari pourrait qualifier de « rhizomatique », à tous ceux d’entre nous qui ont été isolés si longtemps ; il est devenu possible d’inventer des systèmes formant des bourgeons souterrains poussant, en direction de la surface, une nouvelle forme de solidarité.

Alors, chacun d’entre nous était une personne, qui s’efforçait de rester au moins cette personne.

Dès lors, nous sommes des « milliers », auxquels viennent s’ajouter d’autres milliers à tout moment. Ne nécessitant aucune religion ni même de conversion non-religieuse (thérapies alternatives pour le salut personnel), reconnaissant la nature historique de notre répression et de l’oppression, nous reconnaissons nos amis et, de par ce simple acte, commençons à mettre nos ennemis en fuite définitivement.

Mais on parle trop,

la lutte continue,

David.

***

Réflexions consécutives à cette lettre :

En écrivant cela, je participe à un autre congrès encore (sur la « Folie » à Milan, le 1er décembre 1976).

Il y a bien des mots, et bien des gens qui attendent. Je vois tous nos corps assemblés comme les corps des moutons, avec une queue, et chacun de nos visages exprime uniformément la politesse attentive, la colère impatiente, l’abasourdissement habituel et le perpétuel ensorcellement par les autres – les psychanalystes savent comment débuter leur exposé par une période sensée et une apparente justification de leur position, mais ils s’entendent aussi à la retourner finalement en une pure absurdité lamentable.

Tout le monde est bien entendu contre la masturbation intellectuelle, ainsi que contre la masturbation imbécile (puisque après tout il nous faut encore penser) – cela engendrerait au moins une certaine joie —; mais ce qui se produit en fait relève de la constipation intellectuelle et il semble que nous devions attendre que la merde atteigne les papilles gustatives de notre langue.

Il n’y a pas d’arrogance dans tout cela. Nous sommes tous dans le même bourbier. Je ne sais ce qu’il en est de vous, mais moi je n’écoute plus guère ce que les gens disent. Pourtant cela vaut encore la peine d’observer, de noter que ce que les gens veulent réellement dire sort rarement de leur bouche. Rompre l’hégémonie des langues et des oreilles peut également être révolutionnaire – comme désécrire les phrases pour décoder l’expérience. Infecter le monde par une injection des cellules de sa propre folie.


92 Je vais donc ici te donner la mort

Afin que tu ne saches pas que je sais

Que tu sais mes faiblesses. (La vida es un sueňo.)

93 Oui, il y a des ambiguïtés dans la notion de classe. Mais il y a aussi une réalité dans le « qui exploite qui ? ». En trouvant la relation d’exploitation, nous connaissons jusque dans notre corps l’existence de classes.

94 Prescrits par la législation dans nombre de pays : par exemple, sous la pression des entrepreneurs de pompes funèbres aux États-Unis.

95 En vue d’œuvrer dans le sens de la libération subjective et objective, il nous faut prendre exactement conscience de la nature de notre oppression (etc.). Il n’est pas dans l’esprit du « gauchisme » européen, fondé sur le XVIIIe siècle des Lumières, de haïr suffisamment le bourgeois, et le bourgeois en soi-même. Le bourgeois, c’est toujours l’autre : on peut le voir ; le voilà ! Or, la reconnaissance du bourgeois est basée sur la reconnaissance de soi-même, de sa propre nature bourgeoise.

96 J’ai étudié la question de la dissidence dans un livre intitulé « Qui sont les dissidents ? » (Galilée, 1977), dans lequel je parle du « méga-Goulag » de l’Ouest. C’est une imposture de la part des psychiatres occidentaux que d’essayer de faire absoudre leurs pratiques en accusant leurs semblables d’Union soviétique d’« abus » psychiatriques à des fins politiques ; c’est la psychiatrie qui abuse de l’humanité à des fins politiques.

97 Médicament neuroleptique non-phénothiazinique qui, à dose normale, réduirait quiconque à un état d’automatisme hébété en 24 heures. Mao Tsé-toung a suggéré que tous les médecins éprouvent leurs traitements sur leur propre personne. Quelques journées à l’halopéridol signifieraient qu’il n’y aurait plus de psychiatres, mais beaucoup plus de « schizophrènes chroniques » – des psychiatres chimiquement castrés et lobotomisés.

98 A. Vazquez (Chili), XXIe Congrès international de psychologie, Paris, 1976.

99 R. Daly (professeur de psychiatrie à Cork) a examiné treize prisonniers irlandais sur la personnalité de qui avaient été notés des effets négatifs à long terme à la suite de ce traitement (rapport Compton 1971 du gouvernement du Royaume-Uni, Parker, 1972) (APA, Miami).

100 Je ne crois pas (et ce non seulement dans l’intérêt d’une terminologie dialectique) que nous devions abandonner trop aisément ce terme que j’ai forgé dans les années soixante, bien qu’il ait été souvent employé à mauvais escient et qu’il y ait des secteurs de pointe du travail, par exemple chez Franco Basaglia en Italie, où une pratique anti-psychiatrique (la négation de l’institution) est déjà doublée d’une pratique non-psychiatrique.

101 Agnès Heller de l’École de Budapest, a souligné, après Lukács, par exemple dans Teoria dei Bisogni di Marx, Feltrinelli, 1974, la différence entre besoins primaires et besoins radicaux, suscitant une vive opposition officielle du parti, car ce qu’elle écrit, fondé sur une relecture en profondeur de Marx (manuscrits économico-philosophiques de 1844 et Grundrisse), est beaucoup plus subversif pour la bureaucratie qu’un socialisme « à visage humain » à la Duběek – le visage peut être un masque, ce qui compte c’est la réalité.

102 Cette régression dans le giron de la matrice institutionnelle est une régression « normale », difficile à reconnaître, mais c’est pour aller à l’encontre de cette mystification qu’est née la soi-disant régression spontanée de la folie.