Névrose familiale

= D. : Familienneurose. – En. : family neurosis. – Es. : neurosis familiar. – I. : nevrosi familiare. – P. : neurose familial.

● Terme employé pour désigner le fait que, dans une famille donnée, les névroses individuelles se complètent, se conditionnent réciproquement, et pour mettre en évidence l’influence pathogène que peut exercer sur les enfants la structure familiale, principalement celle du couple parental.

◼ Ce sont essentiellement les psychanalystes de langue française, à la suite de René Laforgue, qui ont utilisé le terme de névrose familiale (1). Au dire même de ces auteurs, la névrose familiale ne constitue pas une entité nosologique.

Le terme regroupe de façon quasi imagée un certain nombre d’acquisitions essentielles de la psychanalyse : rôle central, dans la constitution du sujet, de l’identification aux parents ; complexe d’Œdipe comme complexe nucléaire de la névrose ; importance que prend, dans la formation de l’Œdipe, la relation des parents entre eux, etc. René Laforgue insiste en particulier sur l’influence pathogène d’un couple parental constitué en fonction d’une certaine complémentarité névrotique (couple sado-masochique par exemple).

Mais parler de névrose familiale revient moins à souligner l’importance de l’entourage que le rôle joué par chaque membre de la famille dans un réseau d’interrelations inconscientes (ce qu’on appelle souvent la « constellation » familiale). Le terme prend surtout sa valeur dans l’abord psychothérapique des enfants, ceux-ci étant situés d’emblée dans cette « constellation ». Du point de vue pratique, ceci peut conduire le psychothérapeute, non seulement à chercher à agir directement sur l’entourage, mais même à rapporter à la névrose familiale la demande, formulée par les parents, de traiter l’enfant (enfant envisagé comme « symptôme » des parents).

Selon R. Laforgue, la notion de névrose familiale découlerait de la conception freudienne du surmoi telle qu’elle s’exprime dans ces lignes : « Le surmoi de l’enfant ne se forme pas à l’image des parents, mais bien à l’image du surmoi de ceux-ci ; il s’emplit du même contenu, devient le représentant de la tradition, de tous les jugements de valeur qui subsistent ainsi à travers les générations » (2).

Le terme de névrose familiale n’est plus guère utilisé en psychanalyse ; s’il a l’intérêt d’attirer l’attention sur les fonctions complémentaires des divers sujets au sein d’un champ inconscient, il ne doit pas conduire à minimiser le rôle des fantasmes propres à chaque sujet au profit d’une manipulation de la situation réelle tenue pour facteur déterminant de la névrose.

(1) Cf. Laforgue (R.). A propos de la frigidité de la femme, in R.F.P., 1935, VIII, 2, 217-26. La névrose familiale, in R.F.P., 1936, IX, 3, 327-55.

(2) Freud (S.). Neue Folge der Vorlesungen zur Einführunq in die Psuchoanalyse, 1932. G.W., XV, 73 ; S.E., XXII, 67 ; Fr., 94-5.