Désir

= D. : Wunsch (parfois Begierde ou Lust). – En. : wish. – Es. : deseo. – I. : desiderio. – P. : desejo.

● Dans la conception dynamique freudienne, un des pôles du conflit défensif : le désir inconscient tend à s’accomplir en rétablissant, selon les lois du processus primaire, les signes liés aux premières expériences de satisfaction. La psychanalyse a montré, sur le modèle du rêve, comment le désir se retrouve dans les symptômes sous la forme de compromis.

◼ Il y a, dans toute conception de l’homme, des notions trop fondamentales pour pouvoir être cernées ; incontestablement c’est le cas du désir dans la doctrine freudienne. On se limitera ici à des remarques en rapport avec la terminologie.

1° Notons d’abord que le terme désir n’a pas la même valeur d’emploi que le terme allemand Wunsch, ou que le terme anglais wish. Wunsch désigne plutôt le souhait, le vœu formulé, alors que le désir évoque un mouvement de concupiscence ou de convoitise rendu en allemand par Begierde ou encore par Lust.

2° C’est dans la théorie du rêve que se dégage le plus clairement ce que Freud entend par Wunsch, permettant ainsi de différencier celui-ci d’un certain nombre de concepts voisins.

La définition la plus élaborée se réfère à l’expérience de satisfaction (voir ce terme) à la suite de laquelle « … l’image mnésique d’une certaine perception reste associée avec la trace mnésique de l’excitation résultant du besoin. Dès que ce besoin survient à nouveau, il se produira, grâce à la liaison qui a été établie, une motion psychique qui cherchera à réinvestir l’image mnésique de cette perception et même à évoquer cette perception, c’est-à-dire à rétablir la situation de la première satisfaction : une telle motion est ce que nous nommerons désir ; la réapparition de la perception est l' « accomplissement de désir » (1 a). Une telle définition incite à avancer les remarques suivantes :

a) Freud n’identifie pas le besoin au désir : le besoin, né d’un état de tension interne, trouve sa satisfaction (Befriedigung) par l’action spécifique* qui procure l’objet adéquat (nourriture par exemple) ; le désir est indissolublement lié à des « traces mnésiques » et trouve son accomplissement (Erfüllung) dans la reproduction hallucinatoire des perceptions devenues les signes de cette satisfaction (voir : Identité de perception). Cette différence n’est cependant pas toujours aussi nettement attestée dans la terminologie de Freud : on trouve dans certains textes le terme composé Wunschbefriedigung.

b) La recherche de l’objet dans le réel est tout entière orientée par cette relation à des signes. C’est l’agencement de ces signes qui constitue ce corrélatif du désir qu’est le fantasme*.

c) La conception freudienne du désir concerne par excellence le désir inconscient, lié à des signes infantiles indestructibles. Notons cependant que l’usage que fait Freud du terme de désir n’est pas toujours aussi rigoureux que celui qui ressort de la définition citée plus haut ; c’est ainsi qu’il parle de désir de dormir, de désir préconscient et même qu’il formule parfois l’aboutissement du conflit comme le compromis entre « … deux accomplissements de désir opposés, dont chacun trouve sa source dans un système psychique différent » (1 b).

J. Lacan s’est employé à recentrer la découverte freudienne sur la notion de désir et à remettre celle-ci au premier plan de la théorie analytique. Dans cette perspective, il a été conduit à la distinguer de notions avec lesquelles elle est souvent confondue comme le besoin et la demande.

Le besoin vise un objet spécifique et s’en satisfait. La demande est formulée et s’adresse à autrui ; si elle porte encore sur un objet, celui-ci est pour elle inessentiel, la demande articulée étant en son fond demande d’amour.

Le désir naît de l’écart entre le besoin et la demande ; il est irréductible au besoin, car il n’est pas dans son principe relation à un objet réel, indépendant du sujet, mais au fantasme ; il est irréductible à la demande, en tant qu’il cherche à s’imposer sans tenir compte du langage et de l’inconscient de l’autre, et exige d’être reconnu absolument par lui (2).

(1) Freud (S.). Die Traumdeutung, 1900. – a) G.W., II-III, 571 ; S.E., V, 565-6 ; Fr., 463. – b) G.W., II-III, 575 ; S.E., V, 569 ; Fr., 466.

(2) Cf. Lacan (J.). Les formations de l’inconscient, 1957-58, in But. Psycho.