Accomplissement de désir

= D. : Wunscherfüllung. – En. : wish-fulûlment. – Es. : realización de deseo. – I. : appagamento di desiderio. – P. : realização de desejo.

● Formation psychologique dans laquelle le désir est imaginairement présenté comme réalisé. Les productions de l’inconscient (rêve, symptôme et par excellence le fantasme) sont des accomplissements de désir où le désir s’exprime sous une forme plus ou moins déguisée.

◼ Il ne saurait être ici question d’exposer la théorie psychanalytique du rêve dont on sait que la proposition essentielle – le rêve est un accomplissement de désir – apparaît à Freud comme le signe inaugural de sa découverte (α). Il s’est attaché dans L’interprétation du rêve (Die Traumdeutung, 1900), à prouver l’universalité de cette proposition et à la vérifier dans tous les cas qui lui apportent un démenti apparent (rêves d’angoisse, de punition, etc.). Rappelons que dans Au-delà du principe de plaisir (Jenseits des Lustprinzips, 1920), le problème de la répétition des rêves d’accident dans la névrose traumatique conduit Freud à mettre en question la fonction du rêve comme accomplissement de désir et à chercher au rêve une fonction plus originaire (1) (voir : Compulsion de répétition ; Liaison).

L’analogie entre rêve et symptôme s’impose d’emblée à Freud ; il la note dès 1895 (2 a) et en comprend toute la portée après L’interprétation du rêve. Soit, par exemple, ces lignes adressées à W. Fliess : « Ma dernière généralisation tient bon et semble vouloir progresser à l’infini. Ce n’est pas seulement le rêve qui est un accomplissement de désir mais aussi l’accès hystérique. C’est exact pour le symptôme hystérique et sans doute aussi pour tous les faits névrotiques, ce que j’avais déjà reconnu (β) dans le délire aigu » (2 b).

On notera que l’idée selon laquelle le rêve accomplit un désir est présentée par Freud sous la forme d’une locution substantive ; c’est ainsi que le lecteur rencontre des formules comme : deux accomplissements de désir se retrouvent dans le contenu latent de tel rêve, etc. Le terme d’accomplissement de désir prend de ce fait une valeur autonome comme s’il ne désignait pas seulement une fonction du rêve mais une structure interne de celui-ci susceptible d’entrer en combinaison avec une autre. En ce sens, il devient pratiquement synonyme de fantasme*.

Cette remarque conduit à mettre l’accent sur le fait qu’aucune production de l’inconscient ne peut être dite accomplir un désir ; chacune apparaît comme le résultat d’un conflit et d’un compromis : « Un symptôme hystérique ne se produit que là où deux accomplissements de désirs opposés, dont chacun trouve sa source dans un système psychique différent, viennent concourir dans une expression unique » (3).

L’expression anglo-saxonne de wishful thinking qui correspond à la locution française de la langue courante : « prendre ses désirs pour des réalités », se réfère à la conception psychanalytique de l’accomplissement de désir. Il serait pourtant erroné de les confondre purement et simplement. En effet, quand on parle de wishful thinking, on met l’accent sur le réel que le sujet méconnaît, soit qu’il néglige les conditions qui lui permettraient de réaliser effectivement son désir, soit qu’il déforme son appréhension du réel, etc. Quand on parle d’accomplissement de désir, on met l’accent sur le désir et sa mise en scène fantasmatique ; généralement ici la dimension du réel n’a pas à être méconnue puisqu’elle n’est pas présente (rêve). D’autre part, wishful thinking est plutôt employé quand il s’agit de souhaits, de projets, de désirs à propos desquels la référence à l’inconscient n’est pas essentielle.

▲ (α) Cf. par exemple la lettre à Fliess du 12-6-1900 : « Crois-tu vraiment qu’il y aura un jour, sur la maison, une plaque de marbre sur laquelle on pourra lire : « C’est dans cette maison, que le 24 juillet 1895, le mystère du rêve fut révélé « au Dr Sigmund Freud ? » »

(β) Freud fait ici allusion à une conception soutenue dans Les psychonévroses de défense (Die Abwehr-Neuropsychosen, 1894).

(1) Cf. Freud (S.). G.W., XIII, 31 sq. ; S.E., XVIII, 31 sq. ; Fr., 35 sq.

(2) Freud (S.). Aus den Anfängen der Psychoanalyse, 1887-1902. – a) Cf. Ail., 419-20 ; Ang., 397-8 ; Fr., 352. – b) AU., 295-6 ; Ang., 277 ; Fr., 246.

(3) Freud (S.). Die Traumdeutung, 1900. G.W., II-III, 575 ; S.E., V, 569 ; Fr., 466.