Ontogenèse de l'intérêt pour l'argent

Plus la psychanalyse progresse dans la connaissance de la psychologie des peuples et de ses productions (mythes, contes, folklore), plus elle confirme le fait d’une origine phylogénétique des symboles qui, tel un précipité des expériences vécues par les générations précédentes, émergent dans la vie psychique de chaque individu. Cependant il reste encore à la psychanalyse la tâche importante d’explorer séparément la phylogenèse et l’ontogenèse du symbolisme pour établir ensuite leurs relations mutuelles. La formule classique « Daimon kai tyche » dans l’usage qu’en fait Freud, à savoir le concours de l’héréditaire et de l’acquis dans la formation des tendances individuelles, pourra finalement s’appliquer aussi à la genèse de ces contenus psychiques ; ce qui remet d’ailleurs sur le tapis la vieille controverse des « idées innées », mais non plus, cette fois, sous la forme de spéculations creuses. Nous pouvons prévoir dès maintenant que la constitution d’un symbole nécessite, outre la prédisposition congénitale, des expériences individuelles qui servent de matériaux proprement dits à la formation symbolique, cette tendance congénitale n’ayant probablement, avant l’expérience, que la valeur d’un mécanisme héréditaire qui ne fonctionne pas encore.

Je voudrais examiner ici la question suivante : comment et dans quelle mesure l’expérience individuelle favorise-t-elle la transformation de l’érotisme anal en intérêt pour l’argent ?

Tout psychanalyste connaît bien la signification symbolique de l’argent découverte par Freud. « Partout où le mode de pensée archaïque a été dominant ou subsiste encore, dans les anciens cultes, les mythes, les contes et les superstitions, dans les pensées inconscientes, le rêve et les névroses, l’argent est mis en relation très étroite avec les matières fécales. »

Freud avance, en parallèle à ces phénomènes dans la psychologie individuelle, la relation profonde qui existe entre l’érogénéité fortement marquée de la zone anale dans l’enfance et un trait de caractère qui se développe plus tard, l'avarice. Des individus devenus particulièrement ordonnés, économes et entêtés nous apprennent, quand on fait l’investigation analytique de leur petite enfance, qu’ils faisaient partie de ces nourrissons « qui se refusent à vider leurs intestins parce qu’ils tirent de la défécation une prime de plaisir », à qui, quelques années plus tard, « retenir leurs selles procurait du plaisir » et qui se rappellent avoir fait dans leur enfance « toutes sortes de choses peu convenables avec les matières fécales quotidiennement exigées ». — « C’est entre des complexes apparemment aussi différents que la défécation et l’intérêt pour l’argent que semblent exister les relations les plus abondantes »1.

L’observation du comportement des enfants et l’investigation analytique des névrosés nous permettent donc de poser des jalons sur la voie suivant laquelle ce que l’être humain possède de plus précieux devient chez l’individu un symbole de « la chose la plus dénuée de valeur, que l’être humain rejette de lui-même comme déchet »2.

L’expérience tirée de ces deux sources montre qu’à l’origine l’enfant tourne son intérêt sans aucune inhibition vers le processus de la défécation et que retenir ses selles lui procure du plaisir. Les matières fécales ainsi retenues sont réellement les premières « économies » de l’être en devenir et comme telles restent en corrélation inconsciente permanente avec toute activité physique ou mentale qui a quelque chose à voir avec l’action d’amasser, d’accumuler et d’épargner.

Les fèces sont par ailleurs un des premiers jouets de l’enfant. La satisfaction purement auto-érotique que procurent à l’enfant la poussée et la pression exercée par le bol fécal, ainsi que le jeu des muscles sphinctériens, ne tarde pas à se transformer — du moins en partie — en une sorte d'amour objectal, son intérêt se déplaçant de la perception intransitive de certaines sensations organiques sur la matière même qui a provoqué ces sensations. Les fèces sont donc « introjectées », et à ce stade du développement, qui est essentiellement caractérisé par une plus grande acuité visuelle et par une habileté croissante des mains alors que persiste encore l’incapacité de marcher debout (il rampe à quatre pattes), elles sont considérées comme un jouet précieux dont seules l’intimidation et les menaces de punitions peuvent déshabituer l’enfant. L’intérêt de l’enfant pour ses déjections subit sa première distorsion du fait que l'odeur des fèces lui devient désagréable et même lui répugne. Ceci est probablement en rapport avec le début de la marche verticale3.

Les autres caractéristiques de cette matière : humidité, couleur, viscosité, etc., n’offensent pas provisoirement son sens de la propreté. Ainsi, pour peu qu’il en ait l’occasion, tripote-t-il et joue-t-il encore volontiers avec de la boue humide qu’il aime à ramasser en gros tas. Ce tas de boue est déjà, dans une certaine mesure, un symbole qui se différencie de la chose proprement dite par l’absence d’odeur. Pour l’enfant, la boue est en quelque sorte des matières fécales désodorisées.

À mesure que s’accroît son sens de la propreté, la boue — sans doute avec le concours des mesures pédagogiques — devient elle aussi désagréable à l’enfant. Les substances qui, du fait de leur viscosité, de leur humidité et de leur couleur, pourraient laisser des traces durables sur son corps ou ses vêtements, sont méprisées et évitées en tant que « choses sales ». Le symbole des fèces doit donc subir une nouvelle déformation, une déshydratation. L’intérêt de l’enfant va se tourner vers le sable, qui tout en ayant encore la couleur de la terre, est sec et plus propre. Les adultes, qui trouvent bien agréable de voir les petits, d’ordinaire indisciplinés, jouer paisiblement pendant des heures avec le sable, rationalisent et ratifient après coup la joie instinctive des enfants à ramasser, à entasser et à modeler du sable en déclarant ce jeu « sain », c’est-à-dire hygiénique4. Et pourtant le jeu avec le sable n’est rien d’autre qu’un symbole coprophile, des excréments désodorisés et déshydratés.

Du reste, dès ce stade du développement, « un retour du refoulé » n’est pas chose rare. L’enfant prend un plaisir infini à remplir d’eau des trous creusés dans le sable et à rapprocher ainsi la matière de son jeu de son stade aqueux primitif. Les garçons utilisent assez souvent leur propre urine pour cette irrigation comme s’ils voulaient ainsi souligner clairement l’affinité des deux matières. Même l’intérêt pour l’odeur spécifique des excréments ne cesse pas d’un seul coup, il est seulement déplacé sur d’autres odeurs plus ou moins analogues. Les enfants continuent à sentir avec prédilection des matières visqueuses au parfum caractéristique, notamment le produit décomposé à odeur forte qui provient de la chute des cellules épidermiques s’accumulant entre les orteils, la sécrétion nasale, le cérumen des oreilles et la saleté des ongles ; certains ne se contentent pas de pétrir et de humer ces substances, ils les mettent aussi dans leur bouche. On sait le vif plaisir que prend l’enfant à pétrir le mastic (couleur, consistance, odeur), la poix et le goudron. J’ai connu un garçon qui cherchait avec passion l’odeur caractéristique des substances en caoutchouc et qui pouvait flairer pendant des heures un morceau de gomme à effacer.

À cet âge — et à vrai dire même à un âge plus avancé —, les odeurs d’écurie et les émanations de gaz d’éclairage plaisent énormément aux enfants, et ce n’est pas un hasard si la croyance populaire préconise les endroits où flottent ces odeurs comme « sains », voire même comme remèdes aux maladies. Les odeurs de gaz d’éclairage, de goudron et de térébenthine sont le point de départ d’une voie spécifique vers la sublimation de l’érotisme anal : la prédilection pour les substances à l’odeur agréable, pour les parfums, avec laquelle s’achève le développement d’une formation réactionnelle (représentation par le contraire). Par ailleurs, ceux chez qui se réalise ce genre de sublimation deviennent souvent des esthètes, et nul doute que l’esthétique en général ait sa racine la plus profonde dans l’érotisme anal refoulé. L’intérêt esthétique et ludique, qui jaillit de la même source, contribue fréquemment au plaisir croissant de peindre et de modeler (sculpture)5.

Dès les périodes d’intérêt coprophile pour la boue et le sable, on est frappé par le fait que les enfants aiment à façonner des objets avec ces matières — autant que leur habileté rudimentaire le leur permet — ou plus exactement à reproduire des objets dont la possession a pour eux une valeur spéciale. Ils en font diverses denrées, des gâteaux, des bonbons, etc. L’étayage de la pulsion purement égoïste sur la coprophilie commence à cette période.

Peu à peu, les progrès du sens de la propreté rendent même le sable inacceptable à l’enfant, et c’est le début de l'âge de pierre infantile : la collecte de cailloux aux formes et aux couleurs aussi belles que possible, avec laquelle la formation substitutive atteint un degré plus élevé de développement. Le fétide, l’aqueux, le mou sont figurés par quelque chose d’inodore, de sec et aussi, désormais, de dur. Seul le fait que les pierres, comme la boue et le sable, se ramassent par terre nous rappelle encore l’origine proprement dite de cette marotte. La signification capitaliste des cailloux est déjà très importante. [Les enfants sont « cousus d’or » au sens étroit du terme6.]

Après les pierres, c’est au tour des produits manufacturés d’être objets d’accumulation, et le désintérêt pour le sol devient alors total. Des billes de verre, des boutons7, des noyaux sont collectionnés avidement — non plus, cette fois, pour leur seule valeur intrinsèque, mais comme valeur-étalon, en quelque sorte comme monnaie primitive qui va transformer le troc pratiqué jusque-là en un florissant trafic monétaire. Par ailleurs, le caractère du capitalisme, qui n’est pas purement utilitaire et pratique mais aussi libidinal et irrationnel, se révèle à ce stade : l’accumulation elle-même procure un plaisir incontestable à l’enfant8.

Il n’y a plus qu’un pas à franchir pour que l’assimilation des fèces à l’argent soit complète. Bientôt les cailloux commencent à blesser le goût de l’enfant pour la propreté — il aspire à quelque chose de plus propre — et cela lui est offert par les pièces de monnaie brillantes, à l’estime desquelles contribuent aussi, naturellement, le respect que les adultes témoignent pour l’argent, ainsi que la possibilité séduisante d’arriver à obtenir par ce moyen tout ce qu’un cœur d’enfant peut désirer. À l’origine, ce ne sont pourtant pas ces considérations purement pratiques qui interviennent mais la joie de rassembler, d’amasser et de contempler les pièces de métal brillantes ; de sorte qu’ici encore les pièces de monnaie sont estimées plus comme objets en eux-mêmes dispensateurs de plaisir que pour leur seule valeur économique. L’œil prend plaisir à voir leur éclat et leur couleur, l’oreille à entendre leur tintement métallique, le toucher à jouer avec ces petits disques lisses et ronds ; seul l’odorat reste bredouille, tandis que le goût doit se contenter de la saveur métallique faible mais bien particulière de la monnaie. À ce moment-là, le symbole de l’argent est en gros parvenu au terme de son développement. La jouissance liée au contenu intestinal devient plaisir procuré par l’argent qui, nous l’avons vu, n’est rien d’autre que des excréments désodorisés, déshydratés et devenus brillants. Pecunia non olet.

Entre temps la faculté de penser s’est développée, elle a progressé sur la voie de la logique, si bien que l’intérêt symbolique pour l’argent va s’étendre chez l’adulte non seulement aux objets possédant des caractéristiques physiques analogues mais à toutes sortes de choses qui, d’une certaine manière, signifient valeur ou possession (papier-monnaie, actions, livret de caisse d’épargne, etc.). Cependant, quelle que soit la forme prise par l’argent, le plaisir procuré par sa possession trouve sa source la plus profonde et la plus féconde dans la coprophilie. Toute sociologie ou économie nationale qui examinera les faits sans préjugés devra compter avec cet élément irrationnel. Les problèmes sociaux ne pourront être résolus qu’en produisant au jour la psychologie effective des êtres humains ; des spéculations sur les seules conditions économiques ne mèneront jamais à rien.

Une partie de l’érotisme anal n’est même pas sublimée et subsiste sous ses formes de manifestation primitives9. Même l’homme normal le plus civilisé porte à ses propres fonctions d’évacuation un intérêt qui se trouve en étrange contradiction avec l’horreur et le dégoût qu’il manifeste s’il vient à voir la même chose chez autrui ou à en entendre parler. Comme on sait, les étrangers et les races étrangères ne peuvent « se sentir ». Mais en plus de cette survivance, il y a aussi un retour de ce qui est à proprement parler dissimulé derrière le symbole de l’argent. Les troubles de la défécation consécutifs à une atteinte au complexe de l’argent, que Freud a été le premier à observer, en sont des exemples10. Un autre exemple, singulier mais que j’ai remarqué à maintes reprises, nous est fourni par certaines personnes qui se montrent économes en ce qui concerne le changement de leur linge de corps de façon disproportionnée à leur niveau de vie. Cette parcimonie recourt donc en définitive au caractère anal pour regagner une partie de l’érotisme anal (tolérance pour la saleté). L’exemple suivant est encore plus frappant : un patient qui prétendait n’avoir aucun souvenir de manipulations coprophiles racontait spontanément un peu plus tard  qu’il aimait particulièrement les pièces de cuivre étincelantes et qu’il avait inventé un procédé original pour les faire briller : il avalait la pièce puis fouillait ses matières fécales jusqu’à ce qu’il la trouve, devenue bien brillante durant son passage dans les intestins11. Le plaisir suscité par un objet propre devint dans ce cas le prétexte à la satisfaction de l’érotisme le plus primitif. Il est assez remarquable que ce patient ait pu se leurrer lui-même sur la signification réelle de son comportement, pourtant transparente.

Ces exemples étonnants mis à part, on peut fréquemment observer dans la vie quotidienne le plaisir érotique pris à accumuler, à amasser de l’or et autres pièces de monnaie, à « trifouiller » voluptueusement dans l’argent. Beaucoup de gens signent aisément un document qui les engage à payer d’importantes sommes d’argent et font facilement de grandes dépenses en billets de banque, mais ils se montrent étrangement réticents dès qu’il s’agit de débourser des pièces d’or ou même le moindre sou. Les pièces de monnaie leur « collent » littéralement aux doigts. (Cf. l’expression « capital liquide », et son contraire « argent sec » qui serait utilisé en Franche-Comté.)

Le développement ontogénétique de l’intérêt pour l’argent tel que nous l’avons esquissé ici présente sans doute des différences individuelles qui dépendent des conditions de vie ; on peut cependant le considérer comme un processus psychique propre aux hommes civilisés de notre époque, qui tend à se réaliser — d’une façon ou d’une autre — dans les circonstances les plus variées. On est donc tenté de voir dans cette tendance évolutive une caractéristique de l’espèce humaine et de supposer que le principe fondamental de la biogenèse est également valable pour la formation du symbole de l’argent. On peut s’attendre à ce qu’une comparaison dans le domaine de la phylogenèse et de l’histoire des civilisations fasse apparaître un certain parallélisme entre le développement individuel décrit ici et celui du symbole de l’argent dans l’espèce humaine. Peut-être trouvera-t-on alors la signification des petites pierres colorées de l’homme primitif, découvertes en grand nombre au cours des fouilles effectuées dans les grottes ; des observations sur l’érotisme anal des sauvages (les hommes primitifs de notre époque qui vivent encore fréquemment au stade du troc ou de l’argent-cailloux ou coquillages) pourraient faire avancer considérablement cette investigation de l’histoire des civilisations.

Cependant, notre exposé nous permet d’ores et déjà de supposer que l’intérêt capitaliste, qui progresse conjointement au développement, n’est pas seulement au service d’objectifs pratiques et égoïstes, donc du principe de réalité, mais que le plaisir procuré par la possession de l’or ou de l’argent représente, sous la forme d’une condensation réussie, le substitut symbolique et la formation réactionnelle de l’érotisme anal et de la coprophilie refoulés, autrement dit qu’il satisfait aussi au principe de plaisir.

La pulsion capitaliste contient par conséquent — selon notre conception — une composante égoïste et une composante érotique anale.


1 Freud, « Charakter und Analerotik », 1908 (Ges. Schr., t. VI).

2 Freud, op. cit.

3 Freud tient le refoulement de l’érotisme anal et du plaisir olfactif dans la race humaine pour une conséquence de la marche verticale, de l’éloignement du sol dans la posture debout.

4 Le penchant à dissimuler par euphémisme les tendances coprophiles sous le terme d’« hygiénique » est extrêmement répandu. On connaît le comportement — d’ailleurs inoffensif— de ces pointilleux de l’exonération qui portent une grande part de leur intérêt disponible à la régulation de leurs fonctions intestinales ; à vrai dire, ces sujets tombent assez facilement dans ce qu’on a appelé l’« hypocondrie de défécation ». Toute une série d’analyses m’ont d’ailleurs convaincu que l’hypocondrie est en réalité, dans de très nombreux cas, un produit de fermentation de l’érotisme anal, un déplacement des intérêts coprophiles non sublimés de leurs objets primitif sur d’autres organes et d’autres produits du corps avec, conjointement, une altération de l’indice de plaisir. Le choix de l’organe sur lequel se porte l’hypocondrie est en outre déterminé par des facteurs spécifiques (complaisance somatique, forte érogénéité de l’organe « malade », etc.).

5 J’ai déjà indiqué ailleurs le rôle que l’intérêt pour les flatulences durant l’enfance joue probablement dans le sens de la musique qui apparaît plus tard. Cf. Ferenczi, O. C., t. I, « Mots obscènes », 1910, p. 126.

6 Ferenczi joue ici sur la polysémie de l’adjectif allemand « steinreich », qui signifie d’une part « riche en pierres » et, d’autre part, « richissime » (N. d. T.).

7 Cf. Lou Andreas-Salomé : « Vom frühen Gottesdienst », Imago, II, 1913.

8 Le mot allemand « Besitz » (cf. franç. = possession) montre d’ailleurs que l’homme cherche également à figurer dans le langage la chose de valeur qui lui appartient par « ce-sur-quoi-il-est-assis ». Les rationalistes se contenteront sans doute de l’explication selon laquelle « ce-sur-quoi-il-est-assis » tente d’exprimer la volonté de cacher, de sauvegarder et de défendre l’objet précieux. Mais le fait que ce soient précisément les fesses et non les mains — ce qui serait plus naturel chez l’homme — qui servent ici à figurer la protection et la défense parle plutôt en faveur d’une conception où le mot « Besitz » (possession) serait aussi un symbole coprophile. Le fin mot de l’histoire est sans doute réservé à un philologue possédant une formation analytique.

9 La quantité d'érotisme anal donnée constitutionnellement se répartit donc chez l’adulte entre les formations psychiques les plus diverses. En dérivent : 1° Des traits de caractère anaux au sens de Freud ; 2° Des tendances esthétiques et des intérêts artistiques ; 3° De l’hypocondrie ; 4° Le reste demeure non sublimé. Selon la proportion de la part sublimée et de la part initiale d’érotisme anal et selon la préférence pour telle ou telle forme de sublimation se forment les types de caractère les plus variés, dont chacun dépend naturellement de conditions particulières. Les caractéristiques anales sont particulièrement adaptées à une orientation caractérologique rapide concernant un individu et même des races entières. Le caractère anal avec son amour de la propreté et de l’ordre, son entêtement et son avarice, contraste vivement avec un érotisme anal marqué, qui est tolérant pour la saleté, prodigue et bon.

10 « L’analyse découvre souvent que des troubles passagers de la défécation (diarrhée, constipation) correspondent à des régressions du caractère anal. Une de mes patientes présentait une violente diarrhée à la fin du mois, au moment d’envoyer les mensualités qu’elle consentait à ses parents. Un autre se dédommageait des honoraires versés par une abondante production de gaz intestinaux. » (Ferenczi : « Symptômes transitoires au cours d’une psychanalyse », O. C., t. I, p. 199, Payot.)

11 Ce cas me rappelle la plaisanterie coprophile dans laquelle on signifie au médecin, qui vient de réussir à faire sortir au moyen d’un laxatif la pièce de monnaie avalée par un enfant, qu’il peut garder la pièce en guise d’honoraires. Sur l’identification de l’argent et des fèces, voir aussi le conte « Eslein, streck’dich ». Le mot allemand « Losung » signifie bénéfices (en affaires) mais aussi crottin de gibier dans le vocabulaire des chasseurs.