Notes de lecture : « Contributions cliniques à la psychanalyse » du Dr Karl Abraham

Dans cet imposant volume se trouvent rassemblés vingt-huit articles de l’éminent psychanalyste viennois, le Dr Abraham. Ces articles sont importants non seulement par les multiples exemples cliniques qui informent en détail le lecteur de tous les progrès essentiels réalisés par la théorie freudienne des névroses entre 1907 et 1921, mais surtout par l’abondance des contributions originales et pleines d’intérêt dont notre science est redevable à ce chercheur infatigable. La plupart des impulsions données par Karl Abraham ont été confirmées et bon nombre d’entre elles sont devenues le bien commun de tous les psychanalystes. Enfin, plusieurs articles sont des œuvres franchement brillantes que nous devons à la grande expérience et à la finesse de cet auteur. Un simple compte rendu ne peut donner une idée, même grossière, de la moisson de connaissances nouvelles contenues dans ces essais et les plus curieux auront intérêt à se reporter à l’original. Cependant les titres de certains chapitres suffiront à mettre en évidence l’originalité et l’esprit universel de cet auteur.

« Les traumatismes sexuels comme forme d’activité sexuelle infantile »1 oblige à réviser complètement notre conception actuelle de la genèse de certaines névroses. Autrefois on croyait pouvoir ramener un certain nombre de ces états à des traumatismes sexuels infantiles. Mais cette étude d’Abraham montre que les enfants ont souvent une tendance à s’exposer à ces traumatismes, ce qui prouve par conséquent le rôle de la constitution sexuelle dans la pathologie de ces névroses, dont Freud avait déjà fait l’hypothèse. Deux articles, « Mariage entre personnes apparentées et psychologie des névroses » et « À propos de l’exogamie névrotique », traitent de la double relation des névrosés au parent du sexe opposé, vive attirance ou hostilité intense. La psychanalyse doit à cet auteur des observations capitales sur l’importance de certaines pulsions partielles, de zones érogènes et d’organisations sexuelles qui avaient plus ou moins été négligées jusque-là : « Le pavillon auriculaire et le conduit auditif, zone érogène », « L’angoisse locomotrice et son aspect constitutionnel », « Limitations et modifications du voyeurisme chez les névrosés. Remarques concernant des manifestations similaires dans la psychologie collective », « Sur l’éjaculation précoce » (première approche scientifique de l’érotisme uréthral).

Les « Recherches sur les premiers stades prégénitaux du développement de la libido » montrent l’importance de la phase orale (cannibale) de l’organisation sexuelle dans le déclenchement des troubles névrotiques ultérieurs et dans le choix de la névrose. Ce travail, si riche en conclusions, a d’ailleurs valu à son auteur le Prix International de Psychanalyse en 1920. Karl Abraham se révèle également être un clinicien de premier ordre dans ses articles « Une forme particulière de la résistance névrotique à la méthode psychanalytique » et « Le pronostic du traitement psychanalytique chez les sujets d’un certain âge ». Comme essai théorique important, nous retiendrons « Les différences psychosexuelles entre l’hystérie et la démence précoce », article qui a fait d’Abraham le précurseur de la conception de Freud sur les « névroses narcissiques ». Les autres articles traitent pour la plupart de cas cliniques tirés de la pratique analytique (états oniriques, hystériques, fétichisme, alcoolisme, psychose maniaco-dépressive, etc.). Ne manquons pas de citer la brillante critique qui est faite de la pseudo-psychanalyse de Jung. Enfin signalons que ce volume ne peut donner une image exhaustive des œuvres psychanalytiques de Karl Abraham ; en effet il contient seulement ses travaux médico-cliniques et laisse de côté ses incursions si passionnantes dans le domaine de l’esthétique et de la psychologie collective.


1 Tous les articles cités ici se trouvent dans : Œuvres Complètes de Karl Abraham, traduction de I. Barande et B. Grin, Ed. Payot, 2 vol. (N. d. T.).