Notes

Histoire de l'hôpital général

In L’Hôpital général, brochure anonyme de 1676

Malgré de nombreuses mesures, « cependant tout le reste des mendiants demeura dans sa pleine liberté dans toute la ville, et les faux-bourgs de Paris ; ils y abordaient de toutes les provinces du Royaume, et tous les Etats de TEurope, le nombre en croissait tous les jours et il s’en faisait enfin comme un peuple indépendant qui ne connaissait ni loi ni religion, ni supérieur, ni police ; l’impiété, la sensualité, le libertinage était tout ce qui régnât entre eux ; la plupart des assassinats, des larcins et des violences de jour et de nuit était l’ouvrage de leurs mains et ces gens que l’état de pauvres rendait l’objet de la compassion des fidèles étaient par leurs mœurs corrompues, par leurs blasphèmes et par leurs discours insolents les plus indignes de l’assistance du public.

« Tous ces prodigieux désordres eurent leurs cours jusqu’en l’année 1640, sans qu’on y fît beaucoup de réflexion. Mais alors quelques particuliers de grande vertu furent touchés du déplorable état où se trouvaient les âmes de ces pauvres malheureux chrétiens. Par leurs corps, quelque affligés qu’ils parussent, ils n’étaient pas de véritables objets de compassion ; car ils trouvaient dans les aumônes des peuples plus qu’il n’en fallait pour satisfaire à leurs besoins, et même à leurs débauches ; mais leurs âmes abîmées dans l'ignorance totale de nos mystères et dans l’extrême corruption de leurs mœurs donnaient de grands sujets de douleur aux personnes animées de zèle pour le salut de ces misérables » (p. 2).

Les premières tentatives et leurs succès initiaux (les magasins chari tables inventés en 1651) firent croire « qu'il n’était pas impossible de trouver la subsistance nécessaire pour renfermer et contenir dans le devoir une nation libertine et fainéante qui n’avait jamais reçu de règles » (p. 3).

« On publia aux Prônes de toutes les Paroisses de Paris que l’Hôpital général serait ouvert le 7 mai 1657 pour tous les pauvres qui y voudraient entrer de leur bonne volonté, et de la part des magistrats on fit défense à cri public aux mendiants de demander l'aumône dans Paris ; jamais ordre ne fut si bien exécuté.

Le 13, on chanta une messe solennelle du Saint-Esprit dans l’église de

la Pitié, et le 14, l’Enfermement des Pauvres fut accompli sans aucune émotion.

« Tout Paris ce jour-là changea de face, la plus grande partie des mendiants se retira dans les Provinces, les plus sages pensèrent à gagner de leur propre mouvement. Ce fut sans doute un coup de la protection de Dieu sur ce grand ouvrage, car on n'avait jamais pu croire qu'il dût coûter si peu de peine et qu'on en vînt si heureusement à bout.

« ... La prévoyance des directeurs avait été si éclairée et leur supputation si juste que le nombre des renfermés se trouva presque égal au projet qu’ils en avaient fait, les 40 000 mendiants furent réduits à 4 ou 5 000 qui tenaient à grand bonheur de trouver retraite à l'Hôpital, mais le nombre s’en est augmenté depuis ; il a passé souvent 6 000 et est à présent de plus de 10 000 ; c'est ce qui a obligé d'augmenter les bâtiments pour éviter les extrêmes incommodités qui arrivent aux Pauvres, lorsqu’ils sont trop pressés dans leurs chambres et dans leurs lits » (p. 5).

Édit du Roi portant établissement de l'Hôpital général pour le Renfermement des pauvres mendiants de la ville et Faux-bourgs de Paris

donné à Paris au mois d’avril 1657, vérifié en Parlement le premier septembre en suivant.

À Paris de l'imprimerie royale 1661.

Louis, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, à tous présent et à venir, salut. Les Rois nos prédécesseurs ont fait depuis le dernier siècle plusieurs ordonnances de Police sur le fait des Pauvres en notre bonne ville de Paris, et travaillé par leur zèle autant que par leur autorité pour empêcher la mendicité et l'oisiveté, comme les sources de tous les désordres. Et bien que nos compagnies souveraines aient appuyé par leurs soins l’exécution de ces ordonnances, elles se sont trouvées néanmoins par la suite des temps infructueuses, et sans effet, soit par le manquement des fonds nécessaires à la subsistance d’un si grand dessein, soit par le départ d’une direction bien établie et convenable à la qualité de l’œuvre. De sorte que dans les derniers temps et sous le règne du défunt roi, notre très honoré Seigneur et Père, d’heureuse mémoire, le mal s’étant encore accru par la licence publique et par le dérèglement des mœurs, l’on reconnut que le principal défaut de l’exécution de cette Police provenait de ce que les mendiants avaient la liberté de vaquer partout, et que les soulagements qui étaient procurés n’empêchaient pas la mendicité secrète et ne faisaient point cesser leur oisiveté. Sur ce fondement fut projeté et exécuté le louable dessein de les renfermer dans la Maison de la Pitié et lieux qui en dépendent et lettres patentes accordées pour cet effet en 1612, registrées en notre cour du Parlement de Paris, suivant lesquelles les Pauvres furent nfermés ; et la direction commise à de bons et notables Bourgeois, qui uccessivement, les uns après les autres, ont apporté toute leur industrie et benne conduite pour faire réussir ce dessein. Et toutefois quelques efforts qu’ils aient pu faire, il n’a eu son effet que pendant cinq ou six années, et encore très imparfaitement tant par le défaut d’emploi des Pauvres dans es Œuvres publics et manufactures, que pour ce que les directeurs n’étaient point appuyés ^es Pouvoirs et de l’autorité nécessaire à la grandeur de l’entreprise, et que par la suite des malheurs et désordres de guerres, le nombre des Pauvres s’est augmenté au-delà de la créance commune et ordinaire, et que le mal se soit rendu plus grand que le remède. De sorte que le libertinage des mendiants est venu jusqu'à l’excès par un malheureux abandon à toutes sortes de crimes qui attirent la malédiction de Dieu sur les Etats quand ils sont impunis. L'expérience ayant fait connaître aux personnes qui se sont occupées dans ces charitables emplois que plusieurs d’entre eux de l'un et l’autre sexe, beaucoup de leurs enfants sont sans Baptême et ils vivent presque tous dans l’ignorance de la religion, le mépris des Sacrements et dans l’habitude continuelle de toutes sortes de vices. C’est pourquoi, comme nous sommes redevables à la miséricorde divine de tant de grâces, et d'une visible protection qu’elle a fait paraître sur notre conduite à l’avènement, et dans l’heureux cours de notre règne par le succès de nos armes, et le bonheur de nos victoires, nous croyons être plus obligés de témoigner nos reconnaissances par une royale et chrétienne application aux choses qui regardent son honneur et son service ; considérons ces Pauvres mendiants comme membres vivants de Jésus-Christ et non pas comme membres inutiles de l’État. Et agissant dans la conduite d’un si grand œuvre, non par ordre de Police, mais par le seul motif de la Charité.

I.

... Voulons et ordonnons que les pauvres mendiants, valides et invalides, de l’un et de l’autre sexe, soient employés dans un hôpital pour être employés aux ouvrages, manufactures et autres travaux, selon leur pouvoir, et ainsi qu’il est amplement contenu au Règlement signé de notre main, attaché sous le contrescel des présentes, et que nous voulons être exécuté selon la forme et teneur

IV.

Et pour enfermer les Pauvres qui seront de qualité d’être enfermés, suivant le règlement, nous avons donné et donnons par ces présentes, la Maison et Hôpital tant de la grande que de la petite Pitié, que du Refuge, scis au faux-bourg Saint-Victor, la Maison et Hôpital de Scipion, et la Maison de la Savonnerie avec tous les lieux, Places, Jardins, Maisons et Bâtiments qui en dépendent ensemble, les Maisons et Emplacements de Bicêtre...

VI.

Entendons être conservateur et protecteur de cet Hôpital général et des lieux qui en dépendent comme étant de notre fondation royale ; et néanmoins qu’ils ne dépendent en façon quelconque de notre grand Aumônier ni d’aucuns de nos officiers ; mais qu’ils soient totalement exempts de la supériorité, visite et juridiction des Officiers de la générale Réformation, et aussi de la grande Aumosnerie et tous autres, auxquels nous en interdisons toute connaissance et juridiction en quelque façon et manière que ce puisse être.

IX.

Faisons très expresses inhibitions et défenses à toute personne de tous sexes, lieux et âges, de quelque qualité et naissance, et en quelque état qu’ils puissent être, valides ou invalides, malades ou convalescents, curables ou incurables, de mendier dans la ville et faux-bourgs de Paris ni dans les églises, ni aux portes d'icelles, aux portes des maisons ni dans les rues, ni ailleurs publiquement, ni en secret, de jour ou de nuit, sans aucune exception des fêtes solennelles, pardons, jubilés, ni d’Assemblées, Foires ou Marchés, ni pour quelque autre cause ou prétexte que ce soit, à peine du fouet contre les contrevenants pour la première fois, et pour la seconde des galères, contre les hommes et garçons, et de bannissement contre les femmes et les filles.

XVII.

Faisons inhibitions et défenses à toutes personnes de quelques conditions ou qualités qu’ils soient de donner l'aumône manuellement aux mendiants dans les rues et lieux ci-dessus, nonobstant tout motif de compassion, nécessité pressante ou autre prétexte que ce puisse être, à peine de 4 livres parisis d’amende applicable au profit de l'Hôpital.

XXIII.

Comme nous prenons soin du salut des Pauvres qui doivent être enfermés, aussi bien que de leur établissement et subsistance ayant dès il y a longtemps reconnu la bénédiction que Dieu a donnée au travail des prêtres Missionnaires de Saint-Lazare, les grands fruits qu'ils ont faits jusqu’à présent pour le secours des Pauvres, et sur l’espérance que nous avons qu’ils continueront et augmenteront à l’avenir, voulons qu'ils aient le soin et l’instruction du spirituel pour l’assistance et la consolation des Pauvres de l’Hôpital général, et lieux qui en dépendent, et qu’ils aient l’administration des sacrements sous l’autorité et juridiction spirituelle du sieur Archevêque de Paris.

LIII.

Permettons et donnons pouvoir aux Directeurs de faire et fabriquer dans l’étendue du dit Hôpital et des lieux en dépendant, toutes sortes de manu factures et de les faire vendre et débiter au profit des Pauvres d'iceluy.

Règlement que le Roy veut être observé pour l’Hôpital général de Paris

XIX. — Pour exciter les Pauvres enfermés de travailler aux manufactures avec plus d’assiduité et d'âffection, ceux qui auront atteint l’âge de

16 ans en l’un et l’autre sexe, auront le tiers du profit de leur travail, sans qu’il leur soit rien diminué.

XXII. — Pourront les Directeurs ordonner tous les châtiments et peines publiques ou particulières dans le dit Hôpital général et lieux qui en dépendent contre les pauvres en cas de contravention à l’ordre qui leur aura été donné ou aux choses qui leur auront été commises, même en cas de désobéissance, insolence ou autres scandales, les chasser avec défense de mendier...

Déclaration du Roi, pour l’établissement d'un Hôpital général en toutes les villes et gros-bourgs du royaume suivant les ordonnances des Rois Charles IX et Henry III

... Le grand désir que nous avons toujours eu de pourvoir aux nécessités des mendiants comme les plus abandonnés de procurer leur salut par les instructions chrétiennes et d’abolir la mendicité et l’oisiveté en élevant leurs enfants aux métiers dont ils seraient capables nous avait fait établir l’Hôpital général en notre bonne ville de Paris...

Néanmoins, la surcharge des mendiants arrivés de diverses provinces de notre Royaume est venue jusques à tel point que quoique les dits Directeurs n’aient pas la moitié du revenu qui est nécessaire pour la subsistance ordinaire de 4 à 5 000 pauvres, ils doivent de plus la nourriture en

6 endroits de la ville à 3 000 autres pauvres mariés. Outre lesquels on voit encore un très grand nombre de mendiants dans ladite ville...

Ordonnons, voulons et nous plaît qu’en toutes les villes et gros-bourgs de notre Royaume où il n’est point encore d’Hôpital général établi, il soit incessamment procédé à l’établissement d’un Hôpital et aux Règlements d’iceluy, pour y loger, enfermer et nourrir les pauvres mendiants invalides, natifs des lieux ou nés de parents mendiants. Tous lesquels mendiants seront instruits à la piété et religion chrétienne, et aux métiers dont ils pourraient se rendre capables...

Donné à Saint-Germain-en-Laye, au mois de juin 1662.

Règlement général de ce qui doit estre chacques jours dans la Maison de Saint-Louis de la Salpêtrière.

1° L’on sonnera la cloche du réveil à 5 heures, les officiers, officières, domestiques et tous les pauvres se lèveront exceptés les infirmes et les enfants au-dessous de 5 ans.

2° À 5 heures et un quart, l’on fera la prière dans les dortoirs, les officières y feront leurs tours pour contenir les pauvres et l’ordre néces saire.

3° À 5 heures et demy les pauvres feront leurs lits, se peigneront et jusqu’à 6 heures s’appliqueront à tout ce qui peut contribuer à la propreté...

4° À 6 heures chacques officières retrouvera à son dortoir celles qui ont soin de la jeunesse, feront le catéchisme et l’école, de jour en jour alterna tivement jusqu’à 7 heures... les autres officières rangeront les pauvres dont elles ont soin et avec les gouvernantes, les conduiront à l’église pour y entendre la messe.

6° À 7 heures, les enfants et les infirmes qui peuvent aller à la Messe s y rendront pour ''entendre.

8° À 8 heures, l'officière préposée aux ouvrages de la maison sonnera la cloche destinée pour avertir que chacun doit prendre ses places pour commencer le travail... Les officières feront ensuite leurs tours dans leurs emplois, prendront garde que tous les pauvres soient occupés et n’en souffriront point d’inutiles.

13° À 9 heures on chantera dans tous les dortoirs l'hymne de Veni Creator, l’on y ajoutera dans les dortoirs des enfants les commandements de Dieu et de l'Église et les actes de foy suivant l’usage ordinaire et l’on observera ensuite le silence dans toute la maison. L’officière ou la gouvernante fera dans chacques dortoirs sans interruption de travail la lecture du livre de Y Imitation de Jésus-Christ ou de quelques autres lives de piété pendant un quart d'heure.

14° À 10 heures le silence finira par le chant de l’hymne Ave Maris Stella et les litanies du Saint-Nom de Jésus, le jeudi on chantera l’hymne de Pange lingua et les litanies du Saint-Sacrement.

[15° ; 16°-17°-18°. — À midi le repas.]

19° À 1 heure et demy : le travail recommence : les officières si elles trouvent quelques pauvres rebelles, elles les feront enfermer trois ou quatre heures avec permission de la supérieure pour tenir les autres en règle par cet exemple.

20° À 2 heures, l’on observera le silence dans tous les dortoirs et dans les ouvroirs comme le matin sans interruption de travail.

21° À 3 heures, on fera dans le dortoir des femmes la lecture ou le grand catéchisme qui doit durer cinq quarts d’heures.

22° À 4 heures un quart, l’on dira le chapelet, les litanies de la Sainte Vierge ; les pauvres auront ensuite la liberté de se parler sans sortir de leurs dortoirs ni interrompre le travail jusqu’à 6 heures.

26° À 5 heures et demy sera le souper des femmes (à 6 heures pour celles qui travaillent dans les ouvroirs).

27° À 6 heures, la prière du soir se fera dans chaque dortoir... La prière étant finie, les pauvres pourront descendre dans les cours ou aller à l'É glise, et sera permis aux infirmes de se coucher.

29° À 8 heures... les officières feront leurs tours pour voir si tous les pauvres sont dans leurs lits.

32° Les dimanches et les fêtes, les officiers, officières, maîtres de boutiques, gouvernantes, et les pauvres, après avoir entendu la première messe qui se dira comme les autres jours à 6 heures un quart resteront à l'Église jusqu’à ce que le prône qui se dira ensuite soit fini.

33° Trois officières seront commises pour prendre le soin de placer les pauvres en ordre et les contenir dans une grande modestie.

36° Les pauvres, les ouvriers, les domestiques se confesseront au moins une fois le mois et les grandes fêtes.

38° À 9 heures et demy tous les pauvres retourneront à l’Église pour y entendre la grande messe.

39° A 11 heures, dîner, promenade au parloir.

41° À 1 heure, les pauvres iront à l’Église et y entendront Vespres, le Sermon, complies et le salut ; tout doit être fini à 4 heures.

[42 »-44<> Parloirs ou promenades ; puis souper et récréations.]

Extrait certifié conforme à l'original, le

8 août 1721.

Arsenal, ms. 2566, f“ 54-70.

Les quatre classes de maladies de l'esprit selon Doublet

1 ° La Frénésie : « La Frénésie est un délire furieux et continu, accompagné de fièvre ; tantôt elle est un symptôme alarmant qui se développe dans les maladies aiguës, tantôt elle est produite par une affection primitive du cerveau, et forme par elle-même une maladie essentielle. Mais de quelque espèce qu’elle soit, elle est souvent la source d’où découlent toutes les autres maladies qui affectent la tête, telles que la manie, et l’imbécillité qui en sont les suites fréquentes » (pp. 552-553).

La Manie : « La Manie est un délire constant sans fièvre ; car s’il survient quelque fièvre aux maniaques, elle ne dépend pas de l’affection du cerveau, mais de toute autre circonstance que le hasard fait naître. Les maniaques ont pour symptômes une force de corps surprenante, la possibilité de supporter la faim, la veille et le froid, beaucoup plus longtemps que les autres hommes sains ou malades ; leur regard est menaçant, leur figure sombre, desséchée et famélique ; les ulcères aux jambes leur sont familiers, leurs excrétions sont très souvent supprimées ; ils ont le sommeil rare, mais profond ; leur veille est agitée, turbulente, pleine de visions, d’actions déréglées, et souvent très dangereuses pour ceux qui les envi ronnent. Quelques-uns ont des intervalles assez tranquilles ; d'autres ont des accès continus, ou très fréquemment redoublés.

« On trouve le cerveau des maniaques sec, dur et friable ; quelquefois la partie corticale est jaune ; d’autres fois on y observe des abcès ; enfin les vaisseaux sanguins sont gonflés d’un sang noir, variqueux, tenace dans certains endroits et dissous dans d'autres » (pp. 558-559).

La Mélancolie : « La mélancolie est un délire continuel qui diffère de la manie en deux choses ; la première en ce que le délire mélancolique est borné à un seul objet qu'on appelle point mélancolique ; la seconde en ce que le délire est gai ou sérieux, mais toujours pacifique ; ainsi la mélancolie ne diffère de la manie que de plus ou moins, et si cela est vrai que plusieurs mélancoliques deviennent maniaques, et que plusieurs maniaques à demi guéris ou dans l'intervalle de leur accès sont mélancoliques » (p. 575).

L'Imbécillité : « L’imbécillité qui est le degré le moins effrayant et le moins dangereux de la folie en apparence, est cependant à juger bien sainement le plus fâcheux état d’esprit, puisqu’il est le plus difficile à guérir. Les imbéciles ne sont ni agités ni furieux ; rarement sombres, ils montrent un visage stupidement gai et sont à peu près les mêmes, soit qu’ils jouissent soit qu’ils souffrent. L’imbécillité est la suite de la frénésie, de la manie, de la mélancolie trop longtemps prolongée. La sécheresse du cerveau la produit dans les vieillards ; la mollesse ou l’infiltration de ce viscère la fait naître chez les enfants ; les coups, les chutes, l'abus des liqueurs spiritueuse, la masturbation, un virus répercuté en sont les causes journalières, et elle est une suite assez ordinaire de l'apoplexie » (p. 580).

Instruction sur la manière de gouverner les insensés et de travailler à leur guérison dans les asiles qui leur sont destinés (In Journal de médecine, 1785, pp. 529-583)

Plan idéal d'une maison de force pour les insensés

« 1° Il faut qu’il règne dans les lieux un air pur et que l’eau y soit salubre ; ces précautions sont d’autant plus essentielles que la plupart des insensés prennent fort peu d’aliments solides, et ne se nourrissent pour ainsi dire que d’air et d’eau.

« 2° Il faut y pratiquer des promenades qui leur procurent la douceur et la liberté de respirer un air libre... » (p. 542).

« 3° Le département sera divisé en plusieurs corps de logis ayant chacun leur cour.

« Chaque corps de logis formera un carré dont le centre sera la cour, et les quatre côtés seront les bâtiments élevés en un seul étage. Il régnera une galerie couverte le long des quatre faces du bâtiment intérieurement ; et cette galerie ainsi que les logements seront de plain-pied, mais élevés de

3 pieds au-dessus de la cour.

« On placera aux quatre angles du carré des chambres ou dortoirs pour rassembler les insensés pendant le jour ; et le reste des bâtiments sera divisé en loges de 8 pieds carrés, qui seront éclairées par une lanterne grillée, placée dans la voûte.

« Chaque loge aura son lit composé d’une couchette solide, scellée dans le mur, d’une paillasse remplie de paille d’avoine, d’un traversin de même qualité, et d’une couverture ; on attachera au lit quelques anneaux de fer, en cas de besoin.

« Près de la porte, il y aura un banc de pierre scellé et un autre plus petit dans la loge même.

« Au centre de la cour, il y aura un bâtiment dans lequel seront placées plusieurs baignoires de pierre, où l’eau arrivera froide et chaude » (pp. 542-544).

« Il y aura un département ou corps de logis pour les imbéciles, un second pour les fous violents, un troisième pour les fous violents, un quatrième pour ceux qui auront des intervalles lucides d’une certaine durée et qui paraissent dans le chemin de la guérison » (p. 544).

Instruction sur la manière de gouverner les insensés et de travailler à leur guérison dans les asiles qui leur sont destinés (In Journal de médecine, août 1785, pp. 529-583)

Les médications recommandées dans les diverses maladies de l’esprit

10 La Frénésie : « Cette terrible maladie est la moins difficile à guérir de toutes les affections du cerveau...

« Il faut débuter par de grandes saignées, et commencer par celle du pied qu’on répétera deux ou trois fois ; ensuite on passera à celle de l’artère temporale et de la jugulaire, en les faisant toujours plus grandes et copieuses » (p. 555).

« Les boissons seront abondantes, froides, délayantes et antiphlogis-tiques. Dans l'intervalle de chaque saignée, on donnera s’il est possible, deux lavements, l’un purgatif, l’autre émollient.

« Dès le moment de l'invasion de la maladie, on rasera la tête, ou on coupe ra les cheveux • on y appliquera ensuite un bandage, qu'on appelle bonnet d’Hip-pocrate, et on aura soin de le tenir toujours mouillé, en l’humectant avec des éponges trempées dans un mélange d’eau et de vinaigre froid » (p. 556).

La Manie : « Quoique les saignées doivent être faites avec hardiesse dans la manie, il faut pourtant y mettre plus de restriction que dans la frénésie qui est une maladie très aiguë et commençante ; cette restriction sera d’autant plus nécessaire que la maladie sera plus ancienne » (p. 560).

« L’administration des purgatifs est encore bien plus essentielle que la saignée ; car il est bien des manies qui peuvent se guérir sans tirer de sang, tandis qu'il en est fort peu qui n’aient besoin de purgations, même répétées pour abattre la raréfaction du sang, atténuer et expulser les humeurs poisseuses et épaissies » (p. 561).

« Les bains et les douches seront longtemps poursuivis pour les maniaques et le moyen de les rendre efficaces est de les alterner avec les purgatifs, c’est-à-dire de purger un jour et de baigner l’autre » (p. 564).

« Les cautères, les sétons, les ulcères artificiels seront utiles dans tous les cas en suppléant aux évacuations qui se font difficilement » (p. 565).

La Mélancolie : « Lorsque les accès sont violents, que le sujet est pléthorique ou dans une circonstance qui peut faire craindre un reflux sanguin... il faut saigner hardiment... Mais après la saignée, il faut bien se garder de passer subitement aux purgatifs quels qu’ils puissent être. . Avant de purger, il faut délayer, détremper, commencer à mettre en fonte cette humeur visqueuse qui est le principe de la maladie ; dès lors, la marche est connue. Des tisanes légères apéritives, le petit-lait, quelques prises de crème de tartre, des bains tièdes, un régime humectant ; on passera ensuite aux fondants plus actifs, comme aux sucs d'herbes, aux bols savonneux, aux pilules composées avec la gomme ammomoque, la crème de tartre et le mercure doux ; enfin quand l’humeur sera redevenue mobile, on pourra purger » (pp. 577-579).

L’Imbécillité'. « Lorsque cet état est la suite ou la dernière période d’une autre maladie, il offre peu d'espérance... La première chose à faire est de les restaurer par de bonnes nourritures ; ensuite on leur fera prendre des eaux thermales factices ; on les purgera avec la racine de bryone, et le jalap infusé dans l’eau-de-vie ; on essaiera ce que peuvent faire aussi les bains froids et les douches » (pp. 580-581).

« L'imbécillité produite par la masturbation ne pourra être attaquée que par les analeptiques, les toniques, les eaux thermales, les frictions sèches » (p. 581).

« Si l'on soupçonne qu’un virus répercuté est la cause de l'imbécillité, il n’est rien de meilleur que d’inoculer la gale, et ce moyen même pourrait être tenté sur tous les imbéciles, quand on n’aurait tiré aucun profit de celui qu'on aurait cru d’abord le plus efficace » (p. 582).

Instruction sur la manière de gouverner les insensés et de travailler à leur guérison dans les asiles qui leur sont destinés (In Journal de médecine, 1785, pp. 529-583)

État des « pensions de force » à Paris, à la veille de la Révolution

Pension du Sieur Massé, à Montrouge.

7    hommes aliénés.

9 qui ont l’esprit faible.

2 femmes qui ont l’esprit faible.

2    femmes sujettes à des accès de folie.

en totalité : 20. Point de fols furieux dans cette maison.

Pension du Sieur Bardot, rue Neuve Sainte-Geneviève.

4    femmes folles.

5    hommes fols.

en totalité : 9. Point de fols furieux dans cette pension.

Pension de la femme Roland, route de Villejuif.

8    femmes faibles d’esprit.

4 hommes faibles d’esprit.

en totalité : 12. Point de fols furieux dans cette maison.

Pension de la Demoiselle Laignel, Cul-de-sac des Vignes.

29 femmes folles.

7 femmes faibles d’esprit. en totalité : 36. Point de folles furieuses dans cette pension.

Pension du Sieur de Guerrois, rue Vieille Notre-Dame.

17 femmes en démence.

Point de folles furieuses dans cette pension.

Pension du Sieur Teinon, rue Coppeau.

1    femme faible d’esprit.

3    hommes faibles d’esprit.

2    hommes fols.

en totalité : 6. Point de fols furieux dans cette pension.

Maison de la Dame Marie de Sainte-Colombe, place du Trône, rue de Picpus. 28 pensionnaires mâles, tant en démence qu'imbéciles, point de femmes, point de furieux.

Maison du Sieur Esquiros, rue du Chemin-Vert.

12 hommes en démence.

9 femmes en démence.

2    épileptiques, dont l’un est quelquefois en démence à cause de son infirmité.

Maison de la veuve Bouquillon, au petit Charonne.

10 hommes en démence.

20 femmes en démence.

3    femmes furieuses.

Maison du Sieur Belhomme, rue de Charonne.

15    hommes en démence.

16    femmes en démence.

2 hommes furieux.

Maison du Sieur Picquenot, au petit Bercy.

5 hommes en démence.

1 femme furieuse.

1    furieux.

Maison de la femme Marcel, au petit Bercy.

2    hommes en démence.

2 femmes en démence.

1    épileptique.

Point de furieux.

Maison du Sieur Bertaux, au petit Bercy.

2    hommes en démence.

1 femme en démence.

3    furieux.

Maison des religieux Picpus, à Picpus

3 hommes en démence.

Maison du Sieur Comilliaux, à Charonne. i homme en démence.

1 femme en démence.

Maison du Sieur Lasmezas, rue de Charonne.

Il n'y a que des pensionnaires, et point en démence.

Maison Saint-Lazare, faubourg Saint-Denis.

17    folles.

Pension de la Demoiselle Douay, rue de Bellefond 15 folles.

5 furieuses

Pension du Sieur Huguet, rue des Martyrs.

6 fols.

3 folles.

In Tenon, Papiers sur les Hôpitaux, II, f“ 70-72 et 91. Ces chiffres ont été transcrits par Tenon d’après les rapports des commissaires Gallet, pour les faubourgs Saint-Jacques, Saint-Marcel et d’Enfer, Joron pour le faubourg Saint-Antoine, et Huget pour le quartier de Montmartre.

Secours et châtiment

Un des premiers textes, l'un aussi des plus caractéristiques, consacrés à la réforme de l'hospitalité, fut écrit par Baudeau en 1765. On y trouve, à l’état pur, la dissociation entre l’assistance aux malades, qui doit se faire à domicile relevant ainsi de la charité privée, et le renfermement à titre de punition, pour lequel Baudeau propose un équilibre rigoureux, presque mathématique, entre la mort et le travail.

« Nous ne balançons plus à proscrire entièrement les maisons d’infirmeries publiques. Leurs revenus et leurs édifices mêmes seront attribués à la Bourse commune de l’Aumône universelle en chaque diocèse, sous la direction du Bureau général de Charité ; et les pauvres malades ne seront plus contraints d'y venir chercher des secours humiliants, douloureux et souvent funestes ; la bienfaisance patriotique ira leur porter ces secours dans leurs maisons mêmes entre les bras de leurs proches, suivant le système des bureaux de miséricorde, préférable pour mille raisons à celui des hôpitaux. »

Pour les maisons de correction « les Hollandais ont inventé une méthode excellente : c'est d'attacher à la pompe ceux qu'ils veulent exercer au travail ; de leur faire désirer l’emploi de cultiver la terre et de les y préparer par un travail bien plus dur, mais que la nécessité fait pratiquer.

« On renferme seul le personnage qu’il s'agit d’accoutumer au travail dans un réduit que des canaux inondent de manière à le noyer, s’il ne tourne pas sans cesse la manivelle de la pompe. On ne lui donne qu’autant d’eau et d’heures d'exercice que ses forces le comportent les premiers jours ; mais on augmente toujours par gradation.

« Voilà le premier travail que nous infligeons aux coupables renfermés dans notre maison de correction. Il est tout simple qu’ils s’ennuient de tourner ainsi continuellement et d’être seuls occupés si laborieusement ; sachant qu’ils pourraient bêcher la terre de l’enclos en compagnie, ils désireront qu’on leur permette de labourer comme les autres. C’est une grâce qu’on leur accordera plus tôt ou plus tard suivant leurs fautes et 'eurs dispositions actuelles. »

Baudeau, Idées d’un citoyen sur les besoins, les droits et les devoirs des vrais pauvres (Amsterdam et Paris, 1765), t. I, pp. 64-65 et t. II, pp. 129-130

L'internement parmi les fous considéré comme une punition

Au cours de la discussion sur le projet de réforme de la législation criminelle, Le Peletier de Saint-Fargeau propose que tout homme qui s’est battu en duel soit exposé au regard du peuple pendant deux heures, revêtu d'une armure complète, et enfermé dans une maison de fous pendant deux ans.

« L’usage du duel était l’abus de la chevalerie, comme la chevalerie errante en était le ridicule. Emprunter ce ridicule pour en faire la punition de l’abus est un moyen plus répressif que les peines capitales prononcées vainement contre le crime, qui pas une fois n’ont empêché de le commettre et ont été si rarement appliquées. »

La proposition de Le Peletier fut rejetée.

(Rapport sur le projet du code pénal présenté à l’Assemblée nationale au nom des Comités de Constitution et de Législation criminelle, p. 105)