Avant-propos des éditeurs

Le présent volume se compose d’un choix de lettres écrites par Sigmund Freud à Wilhelm Fliess, médecin et biologiste berlinois. Cette correspondance se poursuivit de 1887 à 1902. Sous le régime nazi, ces lettres, ainsi que d’autres documents laissés par Fliess, tombèrent entre les mains d’un bouquiniste puis, par ce détour, entre celles des éditeurs (1). Les lettres de Fliess n’ont pas été retrouvées.

La préparation de la première édition a été menée à bien par Marie Bonaparte. Anna Freud et Ernst Kris ont assumé le choix des documents publiés. C’est à Ernst Kris que l’on doit l’Introduction, les notes et les commentaires.

La correspondance comprend 284 envois d’importance inégale (cartes, cartes postales, lettres, notes, plans). Tout ce qui se rapporte aux travaux et aux goûts scientifiques de Freud, ainsi qu’aux conditions politiques et sociales dans lesquelles la psychanalyse naquit, a été ici publié. Les passages qui risquaient de contrevenir à la discrétion médicale ou personnelle ont été abrégés ou supprimés. D’autres lettres et passages de lettres ont également été éliminés, ainsi les efforts que fit Freud pour saisir les théories scientifiques et les calculs de périodes élaborés par Fliess ; ainsi les répétitions, les nombreuses fixations de rendez-vous, les projets de rencontre, réalisés ou non, enfin, certaines circonstances familiales et certains incidents survenus dans le cercle de leurs amis. Le tableau page vu montre la proportion entre le nombre de manuscrits retrouvés et celui des lettres que nous publions.

Ce volume ne contient rien qui doive faire sensation et n’est publié qu’à l’intention des lecteurs ayant de l’œuvre de Freud une connaissance solide.

Dans l’Introduction et les notes, on a essayé de faciliter la com-

(1) Le manuscrit I publié dans le présent volume était resté en possession du Dr Robert Fliess après la mort de son père. En émigrant aux États-Unis, il l’avait emporté comme souvenir.

préhension des lettres et des manuscrits et d’établir leur lien avec les travaux de Freud écrits à la même époque ou plus tard.

Les lettres ont été chronologiquement numérotées, les notes et les plans sont alphabétiquement désignés. La date a presque toujours été mise par Freud ou révélée par le cachet de la poste. Les éditeurs se sont efforcés d’insérer les quelques plans ou notes non datés aux endroits qui, d’après le texte des manuscrits, semblaient convenir. Les omissions ont été signalées par des points de suspension (i).

L’auteur de ces lettres et esquisses n’aurait pas consenti à les faire éditer. Freud avait l’habitude de détruire, dès qu’ils avaient servi, ses travaux préliminaires, ses essais, ses esquisses. Il ne voulait rien publier d’inachevé, d’incomplet et ne livrait au public les faits qui le concernaient personnellement que s’ils constituaient des matériaux indispensables à la mise en lumière de connexions inconscientes. Malgré le scrupule qu’a fait naître en eux cette attitude de Freud, les éditeurs se croient autorisés à publier les lettres que le hasard a mises entre leurs mains. Plus que n’importe quel autre document, elles apportent un complément à la préhistoire et à l’histoire du développement de la psychanalyse. Elles nous donnent un aperçu de certaines phases de l’évolution intellectuelle de Freud, depuis ses premières impressions cliniques jusqu’à la formulation de sa théorie et nous font voir par quels détours et après quels errements, il est parvenu à établir ses hypothèses. Nous avons ainsi de lui une image vivante et pouvons le suivre pendant les dures années où, s’éloignant de la physiologie et de la neurologie, il se consacra de plus en plus à la psychologie et à la psychopathologie.

Depuis la publication de la première édition allemande de ce volume (Imago Publishing, London, 1950) certains lecteurs semblent avoir pensé qu’ils peuvent maintenant accéder à la « vie secrète » de Freud. Nous leur ferons observer que les faits ici publiés s’ajoutent, dans une certaine mesure, à ceux que Freud a décrits dans U Interprétation des rêves et dans d’autres travaux ; toutefois, ni ses lettres à Fliess, ni ce qu’il s’est vu obligé de dire de lui-même dans ses œuvres publiées, ne révèlent autre chose que certains aspects de ses préoccupations et de ses intérêts à l’époque où elles furent écrites.

Marie Bonaparte, Anna Freud, Ernst Kris.

Paris Londres New York.

(1) Les notes et addenda se trouvent entre parenthèses. Ceux qui ont été ajoutés par les traducteurs anglais ou français se trouvent entre crochets [].

Tableau numérique

Année

Nombre total de lettres, etc.

Lettres ici publiées

1887

2

2

1888

3

3

1889

1890

2

2

1891

4

2

1892

7

4

1893

15

6

1894

18

9

1895

37

21

1896

29

15

1897

39

29

1898

35

21

1899

44

26

1900

27

14

1901

17

11

1902

5

3

Total

284

168