Protocole original du cas

[Cette partie, jusqu'à la date du 10 octobre, provient de l'édition PUF de 1974. Celle-ci n'étant pas présente dans la Revue Française de Psychanalyse vol. 35, n° 4 de 1971, il nous a semblé important de l'ajouter. Elle est reproduite sans le texte allemand. La traduction est de Elza Ribeiro Hawelka. Nous avons supprimé les notes faisant référence à une introduction qui n'est pas présente dans cette nouvelle édition.]

7er octobre 1907 [mardi]

Le Dr Lehrs3, âgé de 29 ans et demi, dit souffrir d’obsessions, particulièrement intenses depuis 1903, mais datant4 de son enfance. Contenu principal : des craintes que quelque chose n’arrive à deux personnes qu’il aime beaucoup, son père et une dame qu’il vénère5. En outre, des impulsions obsessionnelles, par exemple, de se trancher la gorge avec un rasoir, et des interdictions se rapportant aussi bien à des choses indifférentes. Pendant ses études, il a perdu des années à lutter contre ses idées, et c’est pourquoi il n’est devenu attaché-stagiaire au tribunal que tout récemment. Dans son activité professionnelle, ces idées n’apparaissent que lorsqu’il s’agit de droit pénal6. Il dit souffrir aussi de l'impulsion à faire du mal à la dame vénérée, impulsion qui, la plupart du temps, se tait lorsqu’elle est présente, mais vient en avant7 lorsqu’elle est absente. Cependant, être loin d’elle — elle habite Vienne — lui a toujours fait du bien8. Parmi les traitements essayés, aucun ne lui a profité, sauf une hydrothérapie à Munich9, qui lui a fait grand bien précisément parce qu’il .y a fait une connaissance qui l’a conduit à avoir des rapports sexuels réguliers10. Ici il n’a pas d’occasions de ce genre ; il n’a que des rapports très rares et irréguliers, lorsque par hasard quelque chose se présente. Quant aux prostituées, elles le dégoûtent. Sa vie sexuelle a été très pauvre, la masturbation n’a joué qu’un rôle très réduit vers sa 16e, 17e année. Puissance normale. Premier coït à 26 ans11.

Il donne l’impression d’un esprit clair et sagace. Après que je lui ai indiqué mes conditions, il dit qu’il lui faut en parler à sa mère, revient le lendemain et accepte12.

Première séance [mercredi 2 octobre]

Après lui avoir communiqué les deux conditions principales13 du traitement, je l’ai laissé libre de son commencement14 :

Il a, dit-il, un ami pour qui il a une estime extraordinaire, le Dr Guthmann15 ; c’est lui qu’il va toujours trouver lorsqu’une impulsion criminelle le tourmente, et à qui il demande s’il le méprise comme un criminel16. Cet ami le réconforte en l’assurant qu’il est un homme irréprochable qui, probablement dès sa jeunesse, s’est habitué à considérer sa vie de ces points de vue-là. Une influence semblable avait jadis été exercée sur lui par quelqu’un d’autre, un certain Monsieur Lewy, étudiant en médecine, qui avait à peu près 19 ans quand lui-même en avait 14 ou 15, qui se plaisait auprès de lui et de son frère, et avait relevé extraordinairement sa confiance en lui-même, au point qu’il avait pu se prendre pour un génie. Devenu par la suite son précepteur, Lewy modifia son comportement, en le rabaissant au rang d’un imbécile. Un jour qu’ils se promenaient avec un camarade de Lewy, ce dernier incita son camarade à lui faire avaler des blagues de carabin17 et, comme il les crut, tous deux se moquèrent de sa bêtise. Il s’aperçut plus tard que Lewy s’intéressait à une de ses sœurs et n’était entré en contact avec les deux frères que pour avoir accès à la maison. Ce fut là le premier grand choc de sa vie18. Il continue sans transition19 : « Ma vie sexuelle a commencé de très bonne heure. Je me souviens d’une scène de ma quatrième ou cinquième année (à partir de 6 ans20 mes souvenirs sont d’ailleurs absolument complets), qui a resurgi clairement dans ma mémoire quelques années plus tard. Nous avions une jeune gouvernante très jolie, Mlle Robert » (le nom me frappe21). « Un soir, étendue sur le canapé, légèrement vêtue, elle lisait : ; allongé à côté d’elle, je lui demande la permission de me glisser sous ses jupons. Elle y consent à condition que je n’en dise rien à personne. Elle n’avait presque rien sur elle ; je tâte ses parties génitales et son ventre, qui me paraît “curieux”22. Depuis lors je n’ai cessé d’être tourmenté par une curiosité23 brûlante de regarder le corps des femmes. Je me souviens avec quelle tension, ayant encore le droit d’aller au bain avec la demoiselle et mes sœurs, j’attendais que la demoiselle, déshabillée, entrât dans l’eau24. À partir de ma sixième année25 je me rappelle un plus grand nombre de choses. Nous avions alors une autre gouvernante, jeune et jolie aussi, qui avait aux fesses des abcès qu’elle pressait tous les soirs. Je guettais le moment de satisfaire ma curiosité : de même aux bains ; et pourtant Mlle Rosa » (il cite aussi son nom de famille) « était plus réservée que la première. » Questionné : « Non, je ne dormais pas régulièrement dans sa chambre, le plus souvent dans celle de mes parents. Je me souviens d’une scène — je devais avoir 7 ans » (plus tard il admet la probabilité d’un âge plus tardif). « Nous étions tous assis, un soir, la demoiselle, la cuisinière Resi, une autre fille, moi et mon frère d’un an et demi plus jeune que moi. Au cours de la conversation des filles je saisis brusquement un mot de Mlle Rosa : “Avec le petit on pourrait bien faire ça, mais Ernst” (lui-même) “est trop maladroit, il raterait sûrement son coup”26. Je ne compris pas clairement ce que cela voulait dire, mais je compris que j’étais évincé, et je me mis à pleurer. Rosa me consola, et me raconta alors qu’une domestique, ayant fait une chose semblable avec un garçon qui lui était confié, avait été en prison pendant plusieurs mois. Je ne crois pas qu’elle ait abusé sexuellement de moi, mais je me permettais beaucoup de libertés avec elle. Quand je me mettais auprès d’elle dans son lit, je la découvrais et la touchais, et elle se laissait faire avec complaisance. Elle n’était pas très intelligente et avait apparemment de grands besoins sexuels. Âgée de 23 ans, elle avait déjà eu un enfant, et avait peu d’occasions de rencontrer son amant. Celui-ci l’épousa par la suite, et elle est maintenant la femme d’un fonctionnaire assez haut placé. Je la rencontre encore souvent. »

Je reviens sur Mlle Robert et veux savoir son prénom ; mais il l’ignore. Ne s’étonne-t-il pas d’avoir oublié le prénom, qui, comme on le sait, est seul employé pour désigner une femme, et de n’avoir remarqué que son nom de famille ? Il ne s’en étonne pas, mais d’après ses premières paroles et le compromis « Robert » je l’identifie comme homosexuel27.

« Dès l’âge de six ans j’ai souffert d’érections et je sais qu’un jour je suis allé trouver ma mère pour m’en plaindre28. Je sais aussi que pour cela j’ai eu à surmonter des scrupules, car je soupçonnais qu’elles avaient un rapport avec mes représentations et ma curiosité, et pendant quelque temps j’ai eu l’idée maladive que mes parents savaient29 mes pensées, ce que je m’expliquais en supposant que je les prononçais30 à haute voix, mais sans les entendre moi-même. Je vois là le début de ma maladie. Il y avait des personnes, des jeunes filles, qui me plaisaient beaucoup et qu’avec une extrême impatience je désirais voir nues. Mais à propos de ces désirs j’éprouvais un sentiment d’une inquiétante frayeur, comme s’il devait arriver quelque chose si je pensais cela, et je me disais que je devais tout faire pour l’empêcher. » Pour illustrer ces premières craintes, il indique : « Par exemple, que mon père ne vienne à mourir » (l’exemple est la chose même). « Des pensées sur la mort de mon père m’ont occupé de bonne heure et pendant de longues années, et m’ont conduit à un sombre état d’âme. »

Son père est mort (quand ?)31.

Deuxième séance [Jeudi 3 octobre]

« Je pense qu’aujourd’hui je vais commencer par la vivance32 qui a été pour moi l’occasion décisive de venir vous trouver. C’était en août, pendant les grandes manœuvres en Galicie33. J’étais auparavant mal en point et toute sorte de pensées obsédantes me tourmentaient ; elles n’ont pas tardé à se dissiper pendant les exercices. J’ai trouvé intéressant de montrer aux officiers que nous étions capables non seulement d’apprendre quelque chose, mais aussi de faire preuve d’endurance. — Un jour, partant de Spas34, nous fîmes une petite marche. Pendant une halte, je perdis mon pince-nez ; j’aurais pu facilement le retrouver mais, ne voulant pas retarder le départ, j’y renonçai ; je préférai télégraphier à mon opticien de Vienne de m’en envoyer un autre par retour du courrier. Lors de ce même arrêt je m’assis entre deux officiers, dont l’un, un capitaine au nom tchèque, mais Viennois, allait prendre pour moi de l’importance. J’éprouvais une certaine peur devant cet homme, car manifestement il aimait la cruauté. Je ne veux pas prétendre qu’il fût méchant, mais au cours du repas des officiers il avait à plusieurs reprises prôné l’introduction35 des châtiments corporels, et j’avais eu l’occasion de le contredire énergiquement. Or, pendant cette halte, nous entrons en conversation et le capitaine raconte qu’il a lu quelque chose sur un châtiment particulièrement terrible, employé en Orient »36.

Ici il s’interrompt, se lève et me prie de lui faire grâce de la description des détails. Je l’assure que, quant à moi, je n’ai aucun penchant pour la cruauté37 et n’ai certainement pas envie de le tourmenter, mais que, bien entendu, je ne peux le dispenser d’une chose sur laquelle je n’ai pas de pouvoir. Il pourrait tout aussi bien me prier de lui dispenser38 deux comètes39. Surmonter des résistances est un commandement40 du traitement, auquel nous ne pouvons naturellement pas nous soustraire. (Cette notion de résistance, je la lui avais communiquée au début de la séance, comme il faisait valoir qu’il aurait beaucoup de choses à surmonter en lui s’il devait communiquer sa vivance.) Je poursuis : cependant je ferai tout ce qu’il me sera possible pour deviner exactement ce à quoi il fera allusion. Veut-il, par hasard, parler de l’empalement41 ? — Non, pas de cela. Mais le condamné est attaché — il s’exprime de façon si indistincte que je ne comprends pas tout de suite dans quelle position —, et sur son derrière on fixe un pot renversé, dans lequel on fait entrer des rats, et alors... — il se lève de nouveau et donne tous les signes de l’horreur et de la résistance — ceux-ci pénètrent en vrille... — « Dans l’anus », me suis-je permis de compléter. N’avais-je pas reconnu la composante homosexuelle dès ses déclarations de la première séance42 ?

À tous les moments du récit qui ont une certaine importance, on remarque chez lui une expression étrange, que je ne peux interpréter que comme l’horreur d’une volupté qu’il ignore lui-même43. Il poursuit avec la plus grande difficulté. « À ce moment-là je fus tout entier secoué par une représentation : cela arrivait à une personne qui m’est chère. » Il dit « représentation », mais le mot « souhait », plus fort et plus exact, est sans aucun doute caché par la censure. Je ne peux malheureusement pas rendre sa manière singulièrement44 vague de s’exprimer. En réponse à une question directe il confirme45 que ce n’est pas lui-même qui applique le châtiment à cette personne, mais que le supplice lui est — impersonnellement — infligé. J’ai bientôt deviné qu’il s’agit de la dame vénérée.

Nous nous interrompons pour échanger des propos sur ses idées obsédantes46. Il insiste sur la façon étrangère et hostile dont ces pensées se dressent devant lui, et sur la rapidité extraordinaire avec laquelle elles se déroulent, ainsi que tout ce qui vient s’y rattacher. Avec l’idée elle-même, la « sanction » aussi est là ; c’est ainsi qu’il appelle la mesure de défense, c’est-à-dire, ce qu’il lui faut faire pour qu’un tel fantasme ne se réalise pas. 11 ne mentionne pas quelles sanctions lui sont simultanément venues à l’esprit ; mais il a réussi à se défendre pendant assez longtemps contre les deux47 à l’aide de ses formules habituelles : un « Aber » [« mais »], accompagné d’un geste méprisant de la main, et un « Qu’est-ce qui te prend donc ? »

Ce soir-là48, le capitaine lui remit un paquet arrivé par la poste et lui dit : « Le lieutenant David a avancé le prix du paquet ; il faut que tu le lui rembourses. » Le paquet contenait le pince-nez commandé. À ce moment-là une sanction prit forme en lui : ne pas restituer l’argent, autrement cela arrivera ; il voulait dire que sa maladie deviendrait réelle. Et, selon une réaction typique bien connue de lui, il lui vint un commandement, comme un serment, pour combattre cette sanction : « Il faut que tu rendes les 3 couronnes 8049 au lieutenant David », murmura-t-il pour-lui-même.

Il s’interrompt ici pour se plaindre du manque de compréhension des médecins qu’il a consultés50. Alors qu’il n’avait donné à Wagner von Jauregg51 que quelques vagues indications sur le contenu de ses pensées obsédantes, celui-ci avait eu un sourire compatissant ; et lorsqu’il avait cité comme exemple qu’il y avait en lui des idées le forçant à se présenter à une session déterminée d’examen, bien qu’il n’eût pas encore achevé sa préparation et qu’il fût sans importance de le passer dix jours plus tard, Wagner lui avait dit : « Bienfaisante obsession ! » Or, il n’existe pas, dit-il, d’obsessions bienfaisantes ; toute contrainte, même celle qui le forcerait à faire ce qui convient, lui est odieuse parce que maladive.

Il a passé par une époque où, beaucoup plus que maintenant, il était tourmenté par des impulsions obsessives impérieuses52 telles que : « Tu vas maintenant, à l’instant même, t’enfoncer un couteau dans le cœur ! », et où le combat contre ces obsessions et contre les défenses s’opposant à elles l’épuisait à l’extrême. Un jour lui était venue cette idée : si jamais le commandement aboutissait à une contrainte comme : « Tu ne céderas à aucun moment à une idée obsédante... » (Il omet de dire que celle-ci aurait pu devenir son salut53.) Mais il l’avait rejetée aussitôt, car il préférait combattre et souffrir plutôt que d’être forcé à faire quelque chose, même à se protéger. Cependant une autre fois cette idée54 prit quand même possession de lui, alors qu’il se trouvait dans un état d’épuisement. Quelles modifications étaient liées à cela, il n’en parle pas.

Cette intercalation55 se réfère évidemment à sa révolte contre la dernière idée obsédante positive concordant entièrement avec la saine raison. Il doit encore poursuivre, mais il fait de nouvelles difficultés ; en effet, comme soumis à une interdiction, il trouve difficile de parler de ce qui vient maintenant, comme si cela devait arriver s’il parlait. Cette interdiction existait déjà avant le traitement ; lorsque je lui avais parlé des conditions du traitement, elle s’était accentuée. Son idée avait été tout de suite : « Comment l’homme aux rats surmonteras-tu cette difficulté ? »56. — Je lui dis que c’est là un raffinement particulier de la maladie de se protéger ainsi contre l’agression venant de ses forces mentales. — « Rusée est le terme exact », dit-il, « mais parfois on dirait que les conditions extérieures aussi sont rusées »57.

« Je suis allé trouver mon sous-officier comptable et lui ai donné l’ordre d’apporter les 3 couronnes 80 au lieutenant David ; mais en faisant cela je transgressais le commandement qui avait force de serment, car sa teneur était : “C’est toi qui rendras les 3,80 à David”, c’est-à-dire moi-même et personne d’autre. Il revint et m’annonça que ledit David était à un poste avancé ; alors j’en fus soulagé, je n’avais pas eu à transgresser le serment. Un officier qui allait se rendre à la petite ville m’offrit d’aller à la poste payer pour moi ; mais là je m’y opposai, car je m’en tenais à la lettre du serment. » (Le rapport de David avec la poste n’est pas clair.) « Je finis par rencontrer David et lui offris les 3 couronnes 80 qu’il avait déboursées pour moi. Il déclina l’offre : “Je n’ai rien déboursé pour toi.” À ce moment-là je fus saisi par cette pensée : il va y avoir des difficultés, tous seront voués à subir cette peine » (parce qu’il ne pourrait pas tenir son serment). « Tous » signifie surtout son père défunt et cette dame58.

Il éprouve le besoin de préciser. Il dit qu’il doit faire remarquer que dès le début — même lorsque, antérieurement, il craignait que quelque chose n’arrivât aux personnes qui lui sont chères — il n’avait pas confiné ces punitions dans le temporel, mais les avait prolongées dans l’au-delà, dans l’éternité. Il avait été très scrupuleusement religieux jusqu’à l’âge de 14 ou 15 ans, âge à partir duquel il avait évolué jusqu’à devenir le libre-penseur qu’il est à présent. Il compense la contradiction en se disant : « Que sais-tu de la vie dans l’au-delà ? Qu’en savent les autres ? Peut-on jamais en savoir quoi que ce soit ? Alors, puisque tu ne risques rien, vas-y ! » II met ainsi à profit l’incertitude de la raison59. Je lui fais remarquer l’importance de l’élément infantile dans sa religiosité, et lui indique que c’est précisément dans son enfance qu’on trouvera les rapports entre sa pensée involontaire et sa pensée consciemment normale ; là-dessus, il signale que, lorsqu’il était enfant, les récits bibliques lui plaisaient beaucoup, mais que tout ce qui s’y rapporte à des punitions avait déjà pour lui un caractère obsessionnel60.

Il mentionne encore que, après la communication de David, il avait subtilement excogité le moyen suivant pour pouvoir rester fidèle à l’énoncé de son serment : il irait avec David à la poste, là, celui-ci verserait les 3,80 au guichet, et il les lui rendrait sur-le-champ.

À un moment donné61, comme je lui fais remarquer que je ne suis pas cruel moi-même, il réagit en m’appelant « Mon capitaine »62. Tout en se plaignant de l’incompréhension des médecins, il me loue discrètement et mentionne qu’il a lu un extrait de ma théorie sur les rêves63.

3e séance [vendredi 4 octobre]

À mes questions il répond que son père est mort quand lui-même avait 21 ans64. L’adjonction sur l’au-delà ne lui est venue que quelque temps après.

L’obscurité qui entourait l’offre de payer à la poste à sa place, il la dissipe par un récit assez détaillé. Je peux ainsi corriger moi-même ce que j’avais mal noté65.

L’officier qui voulait effectuer le paiement à sa place était un médecin auxiliaire. Il avait hésité à lui donner l’argent, mais l’avait fait quand même. Le destin se manifesta de nouveau. Il [le médecin auxiliaire] revint : il avait été retenu et n’avait pas pu payer. Je lui demandai si alors il n’avait vraiment pas [sic] cru que l’argent devait être remis, non pas à la poste, mais à David ; il répondit qu’il avait eu des doutes, mais que, dans l’intérêt de son serment, il avait cru à la dernière hypothèse. Ici subsistent une obscurité et une incertitude du souvenir, comme s’il avait arrangé quelque chose après coup66. Au fond, le début de l’histoire, qu’il ajoute après coup, était qu’un autre capitaine, à qui il s’était présenté, lui avait raconté qu’on lui avait demandé à la poste s’il connaissait un certain sous-lieutenant Lehrs, pour qui il y avait un paquet envoyé contre remboursement. Ce capitaine avait dit « non », et n’avait donc pas retiré le paquet. Alors seulement se place l’épisode du capitaine Nemeczek67. En outre, il expose plus en détail la rencontre avec David, qui lui dit que ce n’était pas lui qui avait la charge du courrier, mais le lieutenant Ehrlich. Ici, un oubli de ma part. C’est pendant son sommeil de l’après-midi, pour ainsi dire en rêve, qu’il avait excogité le moyen de se tirer d’affaires, qui était énoncé ainsi : il irait à la poste avec les deux officiers, David et Ehrlich ; là, David remettrait 3,80 à la postière, celle-ci les passerait à Ehrlich et lui-même, conformément à la teneur du serment, les restituerait alors à David68.

Puis il reprend son récit. Dans la soirée qui suivit cette sieste avait eu lieu la dernière rencontre des officiers, à l’occasion de la fin des grandes manœuvres. C’est à lui qu’il incomba d’exprimer les remerciements pour le toast adressé aux officiers de la réserve. Il parla bien, mais comme un somnambule, car à l’arrière-plan la pensée de son serment le tourmentait sans cesse. La nuit fut épouvantable, arguments et contre-arguments se combattaient les uns les autres, l’argument principal étant naturellement que...

(3e séance, suite) l’hypothèse déterminant son serment — à savoir, que David avait déboursé l’argent pour lui — était fausse, comme on le sait. Mais il s’en consola en se disant que ce n’était pas encore fini et que le lendemain, pendant qu’on irait à cheval à Przemysl, David étant de la partie jusqu’à un certain endroit, il aurait bien encore le temps de le prier d’aller avec lui à la poste. Or, il n’en fit rien, il laissa David partir de son côté, mais chargea quand même son ordonnance d’aller lui dire qu’il irait le voir dans l’après-midi. Quant à lui, il arrive à la gare de Przemyél à 9 heures 1/2 du matin, met ses bagages en consigne, fait encore diverses courses dans la ville et se propose d’aller ensuite voir David. Le lieu où se trouvait David était à environ une heure de voiture de Przemyél69. Aller par chemin de fer jusqu’à l’endroit où était la poste aurait pris 3 heures ; il pense qu’il aurait encore eu largement le temps de revenir prendre le train de nuit pour Vienne. Les pensées qui se combattaient étaient les suivantes. D’un côté, il y a de sa part une lâcheté70 : il est clair qu’il veut seulement éviter le désagrément d’exiger de David ce sacrifice et de passer à ses yeux pour un fou, et c’est pour cela qu’il n’obéirait pas à son serment. De l’autre côté, c’est au contraire une lâcheté que de tenir son serment, car par là il veut uniquement trouver la paix face à son obsession. Lorsque, dans un raisonnement, les arguments se contrebalançaient de la sorte, il se laissait d’ordinaire entraîner par des événements fortuits comme par des jugements de Dieu. C’est pourquoi, quand à la gare un porteur lui demanda : « Pour le train de 10 heures ? », il répondit « oui », puis fit ses courses en ville. À 10 heures, il partit et se trouva ainsi devant un fait accompli71, ce qui le soulagea beaucoup. En outre, il retint auprès du contrôleur du wagon-restaurant une place à la table d’hôte. À la première station il lui vint soudain à l’esprit qu’il pourrait très bien descendre là, attendre le train qui allait dans la direction opposée, et retourner à l’endroit où se trouvait le lieutenant David. Seule la considération de l’engagement pris avec le garçon du wagon-restaurant l’en détourna, et il remit à une prochaine station son projet de descendre. À une autre station, il lui sembla impossible de descendre parce qu’il avait là des parents, et il décida de continuer jusqu’au terminus. À Vienne il irait trouver son ami, soumettrait l’affaire à sa décision et retournerait alors par le train de nuit. Il aurait eu une demi-heure entre les deux trains. Cependant, à Vienne il ne trouve pas son ami dans l’hôtel où il s’attendait à le rencontrer, mais seulement quelqu’un de sa connaissance, qui l’invite à passer la nuit chez lui. Il décline l’offre, car il veut coucher chez son ami Guthmann ; il y sonne encore à 11 heures, tout en ayant des scrupules, car il craint de déranger la vieille mère72, et lui expose l’affaire cette même nuit. L’ami lève les bras au ciel ! Comment peut-il encore douter qu’il s’agit d’une obsession ? Il le calme pour cette nuit, si bien qu’il dort splendidement ; le lendemain matin ils vont ensemble à la poste pour expédier les 3 couronnes 80 au bureau de poste en Galicie. Il quitte alors son ami ; une fois qu’il est de retour chez les siens, dans la Brühl73, son souci revient au premier plan ; les arguments de son ami n’avaient-ils pas été justement les siens propres ? Il ne s’y trompait pas : seule l’influence personnelle de son ami lui avait fait retrouver le calme. Il décida d’aller voir un médecin, de se faire donner par lui une attestation selon laquelle sa guérison exigeait la mise en scène avec David, comme il l’avait imaginée ;

il ne doutait pas que, en vertu de cette attestation, David n’acceptât alors de recevoir l’argent de ses mains. Un hasard orienta son choix sur moi74. Un étudiant en philosophie, qui habitait la même maison et qui leur avait prêté des livres, les redemanda. Il trouva encore moyen de feuilleter l’un d’entre eux ; c’était La psychopathologie de la vie quotidienne, où il tomba sur des choses qui lui rappelaient ses propres démarches de pensées, et il décida de venir me voir.

Pas bien reproduit ; beaucoup est manqué, s’est estompé, parmi les beautés singulières75 du cas.

Quatrième séance [samedi 5 octobre]

« Comment allez-vous continuer maintenant76 ? — Je me suis décidé à vous raconter ce que je tiens pour très important et qui me tourmente depuis le début. » Il raconte alors très longuement ce qui peut être résumé ainsi : l’histoire de la maladie de son père, mort d’un emphysème en 1899, alors que lui-même avait 21 ans, l’évolution progressive de son état jusqu’au danger, et, l’essentiel, comment un soir, supposant qu’il ne s’agissait que d’une crise, il demanda au docteur quand on pourrait considérer le danger comme écarté77. La réponse fut : « Après-demain soir », et il ne lui vint pas à l’esprit que son père pourrait ne pas atteindre ce terme78.

C’est pourquoi il se mit au lit à 11 heures 1/2 pour une heure et, lorsqu’il se leva à 1 heure79, il rencontra un médecin ami de la maison, qui lui annonça que son père était décédé. Il se reprocha de ne pas avoir été présent au moment de la mort, et ce reproche s’accentua lorsqu’une garde-malade lui apprit que, au cours des derniers jours, son père avait une fois prononcé son nom comme s’il désirait sa présence, et avait demandé à l’infirmière qui s’approchait : « Est-ce vous, Ernst80 ? » Il croit avoir remarqué que, de leur côté, sa mère et ses sœurs81 se faisaient des reproches semblables, mais il n’en fut pas question. Cependant, au début, son reproche ne le tourmentait pas, et pendant longtemps il ne se rendait pas compte du fait : chaque fois qu’il entendait une bonne blague, il lui arrivait de se dire : « Ça, il faut que je le raconte à mon père. » En outre, son imagination s’occupait de son père, au point que souvent, quand on frappait à la porte, il pensait : « Voilà mon père qui arrive » ; de même, entrant dans une pièce, il s’attendait à y rencontrer son père, et bien qu’il n’oubliât jamais le fait de sa mort, l’attente d’une pareille apparition spectrale, loin de l’effrayer, avait quelque chose d’intensément désiré82. Ce n’est qu’un an et demi plus tard, en mai 190283, que le souvenir de sa négligence s’éveilla en lui et commença à le tourmenter de la façon la plus épouvantable, si bien qu’il se prit pour un criminel84. Le motif en fut le décès d’une tante par alliance85, suivi de sa visite à la maison mortuaire, à Baden86. C’est à partir de ce moment-là qu’il ajouta à son édifice d’idées un prolongement dans l’au-delà. La première conséquence en fut une grave incapacité de travail.

Là-dessus j’interviens et, enchaînant sur les tentatives de son ami pour le calmer, j’expose qu’il y a mésalliance entre le contenu de la représentation et l’affect, donc entre le motif du reproche et son ampleur. Un profane dirait : « L’affect est trop grand par rapport à la représentation, donc exagéré, et la conclusion tirée de ce reproche — je suis un criminel — est fausse. » Le médecin, au contraire, dirait : « Non, l’affect est justifié, la conscience de la culpabilité n’est pas à critiquer en elle-même, mais elle se rattache à un autre contenu, qui n’est pas conscient, à un contenu qu’il faut d’abord chercher ; ce n’est que par une connexion fausse que la représentation consciente est allée échouer à cet endroit87. » Nous ne sommes pas habitués à des affects intenses sans contenu représentatif et, pour cela, faute d’un contenu, nous lui en substituons un autre qui convienne plus ou moins, à peu près comme le fait la police qui, quand elle ne réussit pas à attraper l’assassin, arrête quelqu’un d’autre à sa place88. Impuissance du travail logique due à cette fausse connexion. Je conclus en le renvoyant aux grandes énigmes qui résultent de cette nouvelle conception, d’autant plus qu’il doit bien savoir qu’au fond il n’a jamais rien fait de criminel.

Cinquième séance [lundi 7 octobre]

Très intéressé, il se permet d’émettre des doutes. Au fond, comment le fait d’avoir appris que le reproche, c’est-à-dire, la conscience de culpabilité, est justifié, peut-il guérir ? — Ce n’est pas ce fait qui agit ainsi, mais la découverte du contenu inconnu du reproche. — Oui, c’est ce qu’il veut dire. — Différence entre conscient et inconscient ; usure du conscient et inaltérabilité de l’inconscient. J’attire son attention sur les objets antiques de mon bureau, trouvailles faites dans des tombeaux, et dont l’ensevelissement conditionne la conservation : Pompéi ne périt que maintenant, depuis sa mise au jour89. — A-t-on une garantie sur la façon dont on se comportera envers ce qu’on aura découvert ? L’un, probablement en surmontant le reproche, l’autre, non.

— Non, il est dans la nature des choses que l’affect soit toujours surmonté, et déjà pendant le travail90. On fait bien effort pour conserver Pompéi, alors qu’on fait effort pour se débarrasser d’idées aussi torturantes. — Il s’est dit qu’un reproche ne peut surgir qu’en raison de la transgression des lois morales personnelles les plus intimes, et non pas de celle des lois morales extérieures. (Je confirme : celui qui viole celles-ci ne se voit-il pas souvent comme un héros ?) On sait, ajoute-t-il, qu’un tel processus n’est possible que dans le cas d’une désagrégation de la personnalité, qui est donnée dès le début91. Récupérera-t-il l’unité de sa personnalité ? Dans ce cas il se fait fort d’accomplir beaucoup de choses, plus que d’autres, qui lui seraient présentés comme des modèles92. — D’accord avec ce clivage de la personnalité93 ; il n’a qu’à souder ce nouveau contraste entre la personne morale et le mal avec le précédent contraste entre le conscient et l’inconscient ; l’une est le conscient, l’autre, l’inconscient94. — Il peut se souvenir, dit-il, que, tout en se considérant comme une personne morale, il a sans aucun doute dans son enfance fait des choses qui auraient émané de l’autre personne. -— Il a, dis-je, découvert en passant un caractère principal de l’inconscient, l’INFANTILE ; l’inconscient est l’infantile, et cette partie de la personne qui s’est alors séparée d’elle, n’en a pas accompagné l’évolution ultérieure et a donc été refoulée. Les rejetons de cet inconscient refoulé sont les éléments qui entretiennent la pensée involontaire constituant sa maladie. Maintenant il reste encore à découvrir un [autre] caractère, je veux dire le sexuel95, mais il ne trouve pas ce caractère. En échange, il exprime un doute : serait-il encore possible d’annuler des altérations existant depuis si longtemps, notamment l’idée sur l’au-delà, qui pourtant ne peut pas être réfutée logiquement ? — Je ne conteste pas la difficulté du cas ni l’importance de ces constructions, mais son âge est très favorable, et beaucoup de choses dépendent de l’intangibilité de la personnalité ; à ce propos j’émets sur lui un jugement très favorable, qui manifestement le réjouit beaucoup96. — Il raconte encore que le caractère de son état s’est beaucoup modifié. Début 1903 et pendant quelque temps, c’étaient des accès : l’idée s’emparait de lui subitement et se maintenait aiguë pendant 8 à 10 jours, puis était surmontée et il en était complètement libéré pour quelques jours jusqu’à l’apparition de l’accès suivant. Maintenant il en est autrement ; il s’est en quelque sorte résigné, suppose qu’il a déjà commis la chose en question et se dit alors dans sa lutte défensive : « Tu ne peux de toute façon plus rien faire, puisque tu as déjà perpétré la chose. » Cette supposition d’une culpabilité antérieure est pour lui plus terrible que la tentation, qui existait au début, de faire quelque chose qui le rendrait coupable. — Je lui fais compliment de la clarté avec laquelle il exprime ces états. — Il ne sait pas si cette modification est en rapport avec une nouvelle vivance, quelle qu’elle soit97.

Sixième séance [mardi 8 octobre]

Il faut qu’il raconte un fait réel de son jeune âge98. Il se souvient que, à l’âge de 8 ans peut-être, il avait craint que ses parents ne devinent ses pensées. Au fond, cette idée lui est restée fidèle tout au long de sa vie. À 12 ans il aimait une petite fille, sœur d’un ami, mais qui n’était pas envers lui aussi tendre qu’il le désirait. (Répondant à une question : non, pas sensuellement, il ne désirait pas la voir nue, elle était trop petite.) Et là il se souvient avec certitude de l’idée qu’elle serait affectueuse envers lui s’il lui arrivait un malheur ; or, la condition qui s’imposa à lui avec force fut : si son père mourait. Il la rejeta tout de suite, et combat maintenant l’idée qu’un tel souhait ait pu s’exprimer ainsi ; mais voilà, ce n’avait été qu’un « enchaînement de pensées ». — J’objecte : « Si ce n’était pas un souhait, à quoi bon la révolte ? — Soit, mais seulement à cause du contenu de cette représentation, c’est-à-dire, que mon père pourrait mourir. » — Moi : il traite cet énoncé comme celui d’un crime de lèse-majesté, où l’on applique la même peine lorsque quelqu’un dit : « Notre empereur est un âne », que lorsqu’il revêt sa pensée ainsi : « Si quelqu’un dit... alors il aura affaire à moi. » Je pourrais tout simplement insérer cette condition99 dans un contexte contre lequel une résistance comme la sienne ne serait sûrement pas nécessaire, par exemple : « Si mon père meurt, je me tue sur sa tombe »100. — Très frappé, il se souvient maintenant de l’exemple d’une jeune fille, à Tebach101, qui rêve de la mort de son neveu (il dit : nièce102), alors qu’il n’y avait là aucun souhait de sa part. — Correct, mais dans ce cas le véritable souhait a été passé sous silence, et pour cette raison le caractère du souhait s’est déplacé sur la condition tout à fait inadaptée au souhait. Dans son cas, le souhait est nettement désigné et on a l’impression que quiconque veut atteindre un but en désire aussi les moyens103. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’idée de la mort de son père s’est manifestée ; elle remonte à une époque antérieure, et c’est là que nous allons essayer de la retrouver. — Il poursuit en racontant qu’une deuxième fois une pensée tout à fait semblable lui était venue, comme un éclair, six mois avant la mort de son père. Il était amoureux de cette dame, mais on n’avait pas pu envisager une union à cause de difficultés matérielles ; l’idée s’énonçait alors sous cette forme : Par la mort de son père il deviendrait peut-être tellement riche qu’il pourrait se marier104. Dans sa défense il alla si loin que son seul désir était que son père ne laissât pas le moindre héritage, afin que nul gain ne vînt compenser une perte aussi épouvantable. Une troisième fois, la veille de la mort de son père, l’idée revint, mais très atténuée : « Je peux maintenant perdre ce que j’ai de plus cher »105. Contre elle s’éleva l’objection : « Non, il y a une autre personne, dont la perte te serait encore plus douloureuse. » Cela est d’autant plus merveilleux106, dit-il, qu’il est sûr de n’avoir jamais pensé qu’il pût souhaiter la mort de son père. — Après ces paroles prononcées avec une vigueur accrue, je crois nécessaire de lui donner un fragment de la théorie. La théorie affirme que, puisque toute angoisse correspond à un ancien souhait refoulé, on doit supposer exactement le contraire. Il est certain aussi que l’inconscient est alors juste le contraire du conscient. — Il est très ébranlé, très incrédule, et continue à s’étonner qu’un tel souhait soit possible, puisque précisément son père était pour lui l’être le plus cher. Aucun doute : il aurait, sans hésiter, renoncé à tout bonheur personnel pour lui conserver la vie107. — Je réponds que précisément cet amour intense est la condition du refoulement de la haine. À l’égard de personnes indifférentes il lui serait sûrement facile de maintenir, l’un à côté de l’autre, les motifs de penchants et d’aversions modérés ; par exemple, envers son chef de bureau, s’il est un supérieur agréable mais un juriste tatillon et un juge inhumain. D’une façon semblable, Brutus dit chez César108..., et cependant cela produit déjà un effet étrange parce que nous nous représentons comme plus grande l’affection de Brutus pour César. Dans le cas d’une personne qui lui serait plus proche, sa femme par exemple, il s’efforcera d’avoir un sentiment plus uniforme ; pour cela — trait normal chez l’homme — il négligera ses défauts qui pourraient provoquer son aversion et, dans son aveuglement, il ne les verra pas. Donc, c’est justement l’amour intense qui ne permet pas à la haine (caricaturalement désignée ainsi) de rester consciente : or, cette haine doit bien avoir une source quelconque. Un seul problème subsiste : d’où provient cette haine ? Ses dires mêmes suggèrent l’époque où il craignait que ses parents ne devinent ses pensées109. D’autre part, on peut se demander pourquoi l’amour intense n’a pas tout simplement éteint la haine, comme on le constate si souvent dans le cas de mouvements opposés. C’est que cette haine doit être en rapport avec une source, une cause, qui la rend invulnérable à son tour. Ainsi, d’une part, ce contexte protège la haine à l’égard du père contre l’anéantissement ; d’autre part, l’amour intense l’empêche de devenir consciente, de sorte qu’elle garde tout juste son existence inconsciente, d’où, par moments, elle surgit comme un éclair. — Il concède que cela est exact, mais, bien entendu, n’en est pas convaincu le moins du monde. Il demande s’il peut poser une question : Comment se fait-il qu’une telle idée puisse être tellement intermittente, puisqu’elle s’est manifestée pendant quelque temps à l’âge de 12 ans110, puis de 20 ans111, et est revenue 2 ans plus tard112 pour ne plus disparaître113 ? Il ne peut vraiment pas croire qu’entre-temps l’hostilité ait été éteinte. Et pourtant, aucun reproche ne se serait fait sentir pendant ces pauses. — Je réponds en citant la règle : lorsque quelqu’un pose une telle question, c’est qu’il tient la réponse toute prête et n’a qu’à continuer à parler. — Il poursuit sans lien étroit114 : Il a été le meilleur ami de son père, comme celui-ci le sien ; et, sauf dans de rares domaines, où père et fils s’évitent mutuellement (que peut-il bien vouloir dire115 ?), l’intimité entre eux a été plus grande que celle qu’il a maintenant avec son meilleur ami. Cette dame, pour laquelle il a relégué son père au second plan dans sa pensée, il l’a certes beaucoup aimée, mais non pas d’une façon proprement sensuelle. Ses élans sensuels ont été beaucoup plus forts à l’époque de son enfance qu’à celle de sa puberté. — Il a maintenant donné la réponse, dis-je, et découvert en même temps le troisième grand mystère. La source où l’hostilité puise son indestructibilité est manifestement du genre des convoitises sensuelles ; d’une certaine façon il aurait alors ressenti son père comme un gêneur, et ce conflit entre la sensualité et l’amour filial est finalement tout à fait typique. Il y a eu des pauses parce que sa sensualité, en raison de son explosion prématurée, a été très étouffée dans la période intermédiaire. Ce n’est que lorsque des sentiments amoureux très intenses avaient reparu, bien que consciemment ils fussent restés loin du caractère sensuel, que cette hostilité, s’accordant bien à la situation, s’était fait de nouveau sentir. Je me fais confirmer que ce n’est pas moi qui l’ai amené sur le sujet de son enfance ni sur celui de la sexualité, mais qu’il y est arrivé de lui-même116. — Maintenant il demande encore117 pourquoi, à l’époque de cette dame, il n’a pas tout simplement décidé en lui-même que la gêne apportée à son amour par son père n’était pas incompatible avec son amour pour lui. — Il reçoit la réponse : « Parce que la présence est absolument nécessaire pour qu’on tue quelqu’un. » Pour cela118, le souhait qu’il conteste aurait dû lui venir alors pour la première fois ; mais c’était un souhait depuis longtemps refoulé, face auquel il ne pouvait pas se comporter autrement qu’auparavant, et qui est donc resté soustrait à une telle119 destruction. Le souhait a dû naître à des époques où les circonstances étaient tout autres, où il n’aimait pas le père plus que la personne aimée120, ou bien en un temps où il n’était capable d’aucune décision claire, donc pendant une enfance très reculée, avant l’âge de 6 ans, âge à partir duquel nous savons que ses souvenirs sont demeurés frais, et cela est précisément resté tel quel pour toujours.

Mais c’est le moment maintenant d’abandonner la théorie et de retourner à l’observation de soi et aux souvenirs.

Septième séance [mercredi 9 octobre]

Il reprend le même sujet. Il ne peut pas croire qu’il ait jamais eu ce souhait contre son père. Il se souvient d’un roman de Sudermann (Deux sœurs121), qui lui avait fait une impression très profonde, et dans lequel une sœur, au chevet du lit de mort de l’autre, souhaite cette mort afin d’épouser son mari, puis se suicide, parce qu’après une telle bassesse elle ne mérite pas de vivre. Il comprend cela et trouve tout à fait juste de périr à cause de ses pensées, car il est sûr qu’il ne mérite rien d’autre (donc, contradiction avec ses paroles du début : « Non »122, il n’avait jamais eu ce souhait). — Je sais très bien, dis-je, que chez les malades il arrive que la souffrance leur apporte de l’apaisement, et qu’au fond ils se refusent en partie à guérir. Je lui demande de ne pas perdre de vue que le déroulement du traitement s’accompagne d’une résistance continuelle ; je le lui rappellerai encore. — Il veut maintenant raconter une action criminelle, dans laquelle il ne se reconnaît pas, mais dont il se souvient avec une entière certitude. Nietzsche dit (phrase que je dois chercher) : « [...] finalement, c’est la mémoire qui cède »123. — « En cela, la mienne n’a donc pas cédé. — Précisément parce que vous êtes un bourreau de vous-même124, et que, des reproches, vous tirez de la jouissance. — Avec mon frère cadet (je suis maintenant vraiment bien avec lui, il me cause en ce moment un grand souci, il veut faire un mariage que je tiens pour la pire des sottises, j’ai déjà pensé faire le voyage là-bas et tuer la personne pour qu’il125 ne puisse pas l’épouser), je me suis beaucoup bagarré étant petit. À côté de cela, nous nous aimions beaucoup et nous étions inséparables, mais moi, j’étais en proie à une jalousie manifeste, car de nous deux il était le plus fort, le plus beau, et pour cela le plus aimé de tout le monde. — En effet, vous m’avez déjà parlé d’une telle scène de jalousie, à l’âge de 8 ans, à propos de Mlle Rosa. — Donc, après cette histoire, sûrement avant 8 ans126, car je n’étais pas encore à l’école, où je suis entré à l’âge de 8 ans, voici ce que j’ai fait : Nous avions des fusils de jeu, j’ai chargé le mien avec la baguette et lui ai dit de regarder dans le canon127, il y verrait quelque chose, et alors j’ai appuyé sur la gâchette. Il a été atteint au front, mais n’a rien eu du tout ; cependant mon intention avait été de lui faire très mal. J’ai alors été tout à fait hors de moi et me suis demandé : “Comment ai-je bien pu faire cela ?”, mais je l’avais fait »128. — Je profite de l’occasion pour plaider : s’il a conservé dans sa mémoire une action aussi étrangère à lui-même, on peut imaginer facilement qu’une chose semblable, bien qu’il ne s’en souvienne pas et qu’il la conteste maintenant, aurait quand même pu se produire contre son père, quelques années auparavant. — Il a aussi connu d’autres élans de vengeance morbide contre la dame qu’il vénère tellement. Des détails sur elle, dont il tient le nom encore secret. C’est une parente, il l’a connue en 1898129 ; en 1899 son père est mort. Il la décrit comme étant une personne d’un caractère entier ; elle n’est sans doute pas capable d’aimer facilement et se réserve toute pour celui qui l’épousera. Lui, elle ne l’aime pas ; dès qu’il en a eu la certitude, il s’est laissé aller à une rêverie. Il deviendrait très riche, épouserait une autre femme, puis irait avec elle rendre visite à la dame, pour la vexer. Mais ici son imagination tourna court, car il lui fallut s’avouer que l’autre, l’épouse, lui était complètement indifférente ; ses pensées se troublèrent et ce n’est qu’à la fin qu’il eut l’idée claire qu’elle devait mourir130. Dans cette rêverie aussi il trouve, comme dans l’action contre son frère, la marque de la lâcheté, qui pour lui est si épouvantable, ce qui ne me semble pas très clair131.

En m’entretenant avec lui, je lui fais remarquer que logiquement il doit se considérer comme entièrement irresponsable, car tous ces élans répréhensibles proviennent de son enfance et en sont des rejetons qui survivent dans l’inconscient ; or, il sait que dans le cas de l’enfant on ne peut pas parler de responsabilité. On sait que l’homme moralement responsable ne se forme qu’au cours de son développement, à partir de l’ensemble des prédispositions de l’enfant. Il doute que toutes ses mauvaises pensées proviennent de là, mais je lui promets que le traitement le lui prouvera dans chaque cas particulier132.

Il mentionne encore que depuis la mort de son père sa maladie a pris des proportions énormes, et je lui donne raison dans la mesure où je reconnais que ce qui a contribué principalement à son intensité, c’est le deuil de son père, qui a ainsi trouvé ici une expression pathologique. Explication de la phrase précédente : Tandis qu’un deuil normal atteint son terme au bout d’un an et demi, un deuil pathologique comme le sien dure, au contraire, un temps illimité.

Des séances suivantes, je ne veux retenir que quelques faits essentiels, sans reproduire la démarche de l’analyse133.

En ce qui concerne les séances qui suivent, je noterai seulement quelques faits essentiels sans reproduire le cours de l’analyse.

[Suite : Revue Française de Psychanalyse > vol. 35, n° 4 (1971)]

10 oct.Il annonça qu’il désirait parler du début de ses idées obsédantes. Il s’est avéré qu’il voulait dire le début de ses « commandements ». /Ils débutèrent/ 134 pendant qu’il travaillait à son examen d’État. Ils étaient en rapport avec la dame, au début de petits ordres absurdes (par exemple compter jusqu’à un certain nombre entre le tonnerre et l’éclair, faire le tour de la pièce à une minute précise, etc.). En rapport avec son intention de maigrir, il était forcé par un commandement, lors de ses promenades à Gmunden, de se mettre à courir en pleine canicule. Sur le conseil de son ami, il résista au commandement qui le sommait de passer son examen en juillet ; or, plus tard il obéit à un commandement qui lui disait de le passer à la première occasion en octobre. Il s’encourageait dans ses études avec le phantasme qu’il devait se dépêcher afin de pouvoir épouser135 la dame. Tout se passe comme si ce phantasme constituait le motif de son commandement, il semble avoir attribué ces commandements à son père. Une fois, il perdit plusieurs semaines à cause de l’absence de la dame, partie en raison de la maladie de sa grand-mère, une très vieille femme. Il lui proposa de lui rendre visite, mais elle refusa. (« L’Oiseau Charognard » /voir p. 1 ; 487/.) Alors qu’il avait du travail par-dessus la tête, il pensa : « Il se peut que tu parviennes à obéir au commandement qui t’ordonne de passer ton examen à la première occasion en octobre. Mais si tu recevais l’ordre de te couper le cou, que ferais-tu ? » Il s’aperçut tout de suite que cet ordre venait déjà d’être donné, se précipita vers l’armoire pour prendre le rasoir, lorsqu’il se ravisa : « Non, ce serait trop simple. Il faut que tu ailles tuer la vieille femme. » Là-dessus, il s’écroula par terre, horrifié. — Qui lui a donné cet ordre-là ?

La dame reste très mystérieuse. Des serments qu’il a oubliés. Sa lutte contre eux est explicite, mais également oubliée.

11 oct. — Violent combat, mauvais jour. Résistance, due à ma demande d’hier de m’apporter une photographie de la dame — c’est-à-dire de renoncer à sa réticence à son sujet. Conflit : devait-il abandonner le traitement ou révéler ses secrets. Son Cs était loin d’avoir maîtrisé l'oscillation de ses pensées. Il décrivit sa manière de tenter d’écarter ses idées obsessionnelles. Pendant sa période religieuse il avait imaginé des prières qui lui prenaient de plus en plus de temps et qui finissaient par durer une heure et demie, la raison étant que quelque chose venait toujours s’insérer à l’intérieur de phrases simples et leur donnait un sens contraire. Par exemple, « Que Dieu — ne — le protège ». (Un Balaam inversé136). Je lui expliquai l’incertitude fondamentale de toute mesure de réassurance, ce qui devait être combattu s’y glissant peu à peu. Il le confirma. Une fois, l’idée lui était venue de proférer des malédictions : ce qui ne tournerait sûrement pas en une idée obsessionnelle. (C’était là la signification originelle de ce qui avait été refoulé.) Soudain, il y a 18 mois, il avait renoncé à tout cela ; c’est-à-dire, il avait fabriqué un mot avec les initiales de quelques-unes de ses prières, — quelque chose comme « Hapeltsamen » (il faudra lui demander des précisions à ce sujet) /cf. p. 280 ; 1/, et le dit si vite que rien ne put s’y glisser. Tout ceci était renforcé par un certain nombre de superstitions, vestige de sa toute-puissance, comme si ses vœux malveillants possédaient un pouvoir, ce que des expériences réelles confirmaient. Ainsi la première fois qu’il alla au sanatorium de Munich, /p. 255 ; 1/, sa chambre était voisine de celle de la jeune fille avec qui il eut des rapports sexuels. En y retournant une deuxième fois, il hésitait à reprendre la même chambre, puisqu’elle était très grande et chère. Lorsque finalement il dit à la jeune fille qu’il avait opté pour cette chambre-là, elle lui dit que le Professeur l’avait déjà prise. « Que sa mort s’ensuive ! » pensa-t-il. Quinze jours plus tard il fut troublé dans son sommeil par l’idée d’un cadavre. Il écarta cette idée ; or, le lendemain matin, il apprit que le Professeur avait en effet eu une apoplexie et avait été conduit dans la chambre à peu près à la même heure. Il possède aussi, dit-il, le don de faire des rêves prophétiques. De ceux-ci, il me raconta le premier.

12 oct. — Il ne me dit pas le deuxième, mais raconta comment il avait passé sa journée. Il était devenu de meilleure humeur et était allé au théâtre. En rentrant il rencontra par hasard sa servante, qui n’est ni jeune ni jolie mais qui lui a témoigné quelques attentions ces derniers temps. Il ne sait pas pourquoi, mais soudain il l’embrassa, puis se précipita sur elle. Bien qu’elle n’offrît sans doute qu’une résistance feinte, il reprit ses esprits et s’enfuit dans sa chambre. Avec lui, les choses se passaient toujours de la même manière : quelque chose de vilain venait toujours gâcher ses moments de bonheur. J’attirai son attention sur l’analogie entre ce phénomène et les assassinats suscités par des agents provocateurs137.

Poursuivant ses associations, il en vint à la masturbation dont l’histoire en ce qui le concernait était assez étrange. Il s’y était mis à l’âge de 21 ans environ — après la mort de son père, comme je le lui fis confirmer — parce qu’il en avait entendu parler et éprouvait une certaine curiosité. Il revint rarement à ces pratiques, à cause de la forte honte qui s’ensuivait. Un jour, sans y être nullement provoqué, il pensa : « Je jure sur mon âme bénie d’y renoncer. » Sans attacher une valeur quelconque à ce vœu, dont la particulière solennité le faisait rire, il y renonça toutefois pour le moment. Quelques années plus tard, à l’époque où mourut la grand-mère de la dame et où il voulut rejoindre celle-ci, sa mère lui dit : « Sur mon âme, tu n’iras pas. » Frappé par la similitude des deux vœux, il se reprocha de mettre en péril le salut de l’âme de sa mère. Il se dit qu’il ne devait pas être plus lâche pour son propre compte que pour celui d’autrui et que s’il persistait dans son intention d’aller rejoindre la dame, il reprendrait la masturbation. Par la suite, il renonça à l’idée de partir, ayant reçu une lettre qui l’en dissuadait. À partir de ce moment-là, la masturbation réapparut de temps à autre. Elle fut provoquée par des instants de particulier bien-être ou par des lectures qui lui plaisaient. Ainsi, par exemple, lors d’un bel après-midi lorsqu’il entendit un postillon sonner du cor dans la Teinfaltstrasse138 /au centre de Vienne/ — jusqu’à ce qu’un agent de police intervint pour faire cesser ce bruit, probablement en référence à un ancien décret prohibant le son du cor dans le centre de la ville. Et une autre fois, cela se produisit alors qu’il lisait dans Wahrheit und Dichtung139 comment Goethe se libéra dans un mouvement de tendresse des effets d’une malédiction prononcée par une maîtresse contre quiconque l’embrasserait sur la bouche ; longtemps il avait laissé cette malédiction le retenir, mais à ce moment il en brisa les chaînes et embrassa gaîment, à maintes reprises, sa bien-aimée (Lilli Schœnemann ?)140. À ce passage, il se masturba, me raconta-t-il, étonné.

À Salzbourg, en outre, il s’était senti attiré par une jeune servante, qu’il devait être amené d’ailleurs à revoir. En cette circonstance aussi il se masturba ! En me le racontant il faisait allusion au fait que cette masturbation avait gâché un bref voyage à Vienne qu’il avait envisagé avec plaisir.

Il me donna d’autres précisions concernant sa vie sexuelle. Les rapports avec les puellae le dégoûtaient. Une fois il avait posé comme condition à l’une d’elles qu’elle se déshabillât et lorsqu’elle demanda 50 % de supplément pour ce faire, il paya et s’en alla indigné. Dans les rares occasions où il eut des rapports avec des jeunes filles (à Salzbourg et plus tard avec la serveuse à Munich), il ne se sentait jamais porté à se faire des reproches. Quelle ne fut pas son exaltation141 quand la serveuse lui fit le récit émouvant de son premier amour auprès duquel elle fut appelée alors qu’il agonisait. Il regretta de s’être arrangé pour passer la nuit avec elle et seuls ses scrupules à elle l’obligèrent à faire du tort au mort. Il essayait toujours de faire une nette distinction entre les relations qui consistaient seulement à copuler et tout ce qui s’appelait amour, et l’idée que cette femme avait été l’objet d’un si profond amour la rendait à ses yeux impropre à sa convoitise sensuelle.

Ici, je ne pus me retenir de reconstruire le matériel à notre disposition en un événement : comment avant l’âge de six ans il avait dû avoir l’habitude de se masturber et comment son père le lui avait sans doute interdit, utilisant à titre de menace la phrase « ce serait ta mort », et peut-être menaçant même de lui couper le pénis. Ce qui expliquerait sa masturbation lors de la levée de la malédiction, les ordres et les interdictions dans son inconscient et la menace de mort retournée contre le père. Ses idées actuelles de suicide correspondraient aux reproches qu’il se faisait d’être un assassin. Ceci, dit-il, à la fin de la séance, lui fit venir à l’esprit un tas d’idées.

Addenda. — Son intention, me dit-il, de se suicider avait été sérieuse. Seules le retenaient deux considérations. L’une étant qu’il ne peut supporter l’idée que sa mère trouve sa dépouille sanglante. Le phantasme de commettre le suicide à Semmering142 et de laisser une lettre réclamant que son beau-frère soit le premier informé lui permit de l’éviter. (J’ai assez curieusement oublié la deuxième considération.)

Je n’ai pas mentionné, provenant de séances antérieures, trois souvenirs interdépendants, datant de sa quatrième année et qu’il décrit comme étant ses souvenirs les plus précoces et qui se réfèrent à la mort de sa sœur Catherine. Le premier : elle est portée dans son lit. Deuxième souvenir : il demande « Où est Catherine ? », va dans la chambre et trouve son père assis dans un fauteuil en train de pleurer. Le troisième : son père se penche sur sa mère qui pleure. (Il est curieux que je ne sois pas sûr si ces souvenirs sont à lui ou à Ph.)143.

14 oct.Mon incertitude et mon oubli à propos de ces deux derniers points semblent intimement liés. Ces souvenirs étaient bien à lui et la considération que j’avais oubliée était celle-ci : étant très jeune et une fois que sa sœur et lui parlaient de la mort, elle lui dit : « Sur mon âme, si tu meurs, je me tuerai. » Ainsi, dans les deux cas, il fut question de la mort de sa sœur (leur oubli est imputable à mes propres complexes). Du reste, ses plus anciens souvenirs, lorsqu’il avait 3 ans 1/2 et sa sœur 8 ans, s’intègrent bien à ma reconstruction. La mort le toucha de près et il put vraiment croire que l’on meurt si on se masturbe.

Les idées qui lui vinrent à l’esprit /à la fin de la séance précédente/ étaient celles-ci : l’idée que son pénis pût être coupé l’avait tourmenté à un degré extrême et avait surgi alors qu’il était en plein dans ses études. La seule raison qu’il put imaginer pour expliquer ce tourment fut le désir de se masturber à ce moment-là. En second lieu, et ce qui lui semblait beaucoup plus important, cette pensée lui était venue, par deux fois dans sa vie ; à l’occasion de son premier coït (à Trieste) et une autre fois à Munich — il avait des doutes en ce qui concerne la première fois encore que ce soit vraisemblable pour des raisons intérieures — la pensée suivante lui vint après coup : « Mais c’est une sensation extraordinaire ! Pour éprouver cela on serait capable de faire n’importe quoi — assassiner son père, par exemple ! » Dans ce cas, c’était absurde, son père étant déjà mort. Troisièmement, il décrivit une scène que différentes personnes, y compris son père144, lui avaient souvent racontée, mais dont il ne gardait, quant à lui, aucun souvenir personnel. Toute sa vie, il a toujours eu très peur de recevoir des coups, si bien qu’il se sent très reconnaissant à son père de ne l’avoir jamais battu (pour autant qu’il se souvienne). Lorsque d’autres enfants étaient battus, il se retirait en tapinois, se cachant, rempli de terreur. Mais tout petit (3 ans), il semble avoir commis quelque vilaine action pour laquelle son père le frappa. Le petit garçon se mit dans une colère terrible et hurla des injures contre son père. Ne connaissant pas de mots grossiers, il lui cria tous les noms d’objets usuels qui lui vinrent à l’esprit : « Toi lampe ! Toi serviette ! Toi assiette ! », etc. Son père aurait alors déclaré : « Cet enfant sera un grand homme ou un grand criminel. » Cette histoire, le patient l’admettait, témoignait de sentiments de colère et de vengeance qui remontaient à un passé fort reculé.

Je lui expliquai le principe de l’Adige à Vérone145, qu’il trouva fort éclairant. Il me raconta encore autre chose en rapport avec son désir de se venger. Une fois, lorsque son frère se trouvait à Vienne, il pensa avoir des raisons de croire que la dame le préférait à lui. Il devint si furieusement jaloux qu’il eut peur de lui faire du mal. Il proposa à son frère un combat de lutte et ne se sentit tranquille qu’après avoir essuyé la défaite.

Il me raconte un autre phantasme de vengeance qui vise la dame et dont il n’a pas besoin d’avoir honte. Il pense qu’elle fait grand cas du rang social. En conséquence, il imagine qu’elle a épousé un homme ayant une position en vue au gouvernement. Ensuite il entre dans le même service et fait une carrière plus rapide que celle du mari. Un jour cet homme commet quelque action malhonnête. La dame se jette à ses pieds et l’implore de sauver son mari. Il lui promet de le faire tout en lui apprenant qu’ayant prévu cet événement c’est par amour pour elle qu’il est entré dans ce service. Maintenant, mission accomplie, son mari sauvé, il va démissionner de son poste. Plus tard, il alla plus loin, préférant être son bienfaiteur et lui rendre un grand service sans qu’elle sache que c’était lui qui en était l’auteur. Dans ce phantasme il ne voyait qu’une manifestation évidente de son amour et non une grandeur d’âme à la Monte-Cristo qui servait à refouler sa vengeance.

18 oct.Mise à jour. — Il commença par avouer un acte malhonnête de l’âge adulte. Il jouait au vingt-et-un et venait de gagner beaucoup. Il annonça qu’il allait jouer son va-tout à la prochaine partie, puis s’arrêter de jouer. Arrivé à 19, il se demanda un instant s’il allait poursuivre ; il feuilleta ensuite le jeu comme si de rien n’était, et s’aperçut que la prochaine carte était bel et bien un deux, de sorte qu’en la retournant, il obtint vingt-et-un. Vint ensuite un souvenir d’enfance : son père l’avait poussé à sortir de la poche de sa mère son porte-monnaie et à en prélever quelques kreuzer146.

Il parla de ses scrupules depuis cette époque et dit combien il était prudent avec l’argent. Il n’a pas pris sa part de l’héritage, mais l’a laissée aux mains de sa mère, qui lui verse régulièrement de petites sommes pour son argent de poche. Ainsi commence-t-il à se conduire en avare, alors qu’il n’a pas de tendance de ce genre. Il trouvait difficile également de donner de l’argent à son amie. Il lui était aussi très pénible d’égarer un objet quelconque ayant appartenu soit à son père, soit à la dame.

Le lendemain, poursuivant ses associations, il parla de son attitude vis-à-vis d’une personne du nom de Reserl, qui est fiancée, mais apparemment très attachée à lui ; comment en l’embrassant il eut en même temps l’idée compulsive et affligeante que quelque chose n’arrive à la dame — quelque chose d’analogue au phantasme relatif au capitaine Novak /le capitaine « cruel »/. Son rêve de la nuit dit beaucoup plus clairement ce qui ne fut ainsi qu’effleuré à l’état de veille :

I. — Reserl était descendue chez nous. Elle se leva comme si elle était hypnotisée, vint derrière ma chaise, le visage pâle, et m’entoura de ses bras. C’est comme si j’essayais de me dégager de son étreinte, comme si chaque fois qu’elle caressait ma tête quelque malheur allait arriver à la dame — quelque malheur dans l’autre monde aussi. Cela se fit d’une manière automatique, comme si le malheur avait lieu à l’instant même de la caresse.

(Ce rêve ne fut pas interprété. Car il n’est en fait qu’une version plus claire de l’idée obsessionnelle qu’il n’osa amener à la conscience durant le jour.)

Il était très affecté par le rêve de ce jour, car il attache beaucoup de prix aux rêves qui ont joué un rôle important dans son histoire et qui ont même conduit à des crises.

II. — En octobre 1906 — peut-être après s’être masturbé à l’occasion de la lecture du passage dans Wahrheit und Dichtung /p. 262 ; 1/.

La dame était comme emprisonnée. Il prit ses deux épées147 japonaises et la libéra. Il les empoigna et se précipita vers l’endroit où elle devait se trouver. Il savait qu’elles voulaient dire « mariage » et « coït ». Et maintenant les deux choses se réalisaient. Il la trouva appuyée contre un mur, les mains liées par des poucettes. À ce moment-là, le rêve semblait devenir ambigu. Ou bien il la libérait de cette situation à l’aide de ses deux épées, « mariage » et « coït », ou bien — et ce fut là une autre idée — c’était à cause d’elles qu’elle se trouvait dans cette situation. (Il était manifeste que lui-même ne comprenait pas cette alternative, bien que ces paroles n’aient pu avoir un autre sens.)

Les épées japonaises existent réellement. Elles sont suspendues au-dessus de son lit et sont faites d’un grand nombre de monnaies japonaises. Elles lui ont été offertes à Trieste par sa sœur aînée qui (me dit-il en réponse à une question) est très heureuse en ménage. Il est possible que la servante, qui a l’habitude de faire le ménage dans sa chambre alors qu’il dort encore, ait touché les monnaies, faisant ainsi un bruit qui a traversé son sommeil.

III. — Déc.-janv. 1907. Il chérissait ce troisième rêve comme son plus précieux trésor. Je me trouvais dans une forêt, pleine de mélancolie, la dame venait à ma rencontre, l’air très pâle. « Paul, viens avec moi avant qu’il ne soit trop tard. Je sais que nous sommes tous les deux des compagnons d’infortune. » Elle glissa son bras sous le mien et m’entraîna avec elle de force. Je me débattais, mais elle était trop forte. Nous arrivions à un large fleuve et elle s’y arrêtait. J’étais habillé de misérables haillons qui tombèrent dans le courant qui les emporta. J’essayais de les rattraper à la nage, mais elle me retenait : « Laisse partir les haillons. » Je me trouvais là somptueusement paré.

Il savait que les haillons signifiaient sa maladie et que tout le rêve lui promettait la santé grâce à la dame. Il était très heureux à ce moment-là... jusqu’à ce que d’autres rêves viennent le plonger dans un profond désarroi.

Il ne pouvait s’empêcher de croire en la vertu prémonitoire des rêves, car plusieurs expériences troublantes l’attestaient. Consciemment, il n’y croit pas vraiment. (Les deux points de vue existent côte à côte, mais le point de vue critique demeure stérile.)

IV. — En été 1901, il avait écrit à un de ses collègues lui demandant de lui faire parvenir pour la valeur de 3 Kronen de tabac à fumer. Trois semaines passèrent sans réponse et sans tabac. Un matin il se réveilla et se dit qu’il avait rêvé de tabac. Le facteur lui aurait-il par hasard apporté un colis ? Non. — Au bout de dix minutes, on sonne à la porte : le facteur apportait le tabac.

V. — Pendant l’été 1903, quand il préparait son troisième examen d’État.

Il rêva qu’on lui demandait à l’examen d’expliquer la différence entre un Bevollmächtigter et un Staatsorgan148. Quelques mois plus tard, lors de l’épreuve finale, cette question lui fut effectivement posée.

Il est tout à fait sûr de son rêve, et rien ne prouve qu’il en ait parlé dans l'intervalle /entre le rêve et sa réalisation/.

Il tentait d’expliquer le rêve précédent par le fait que son ami n’avait pas d’argent et que lui-même savait peut-être à quelle date il en aurait. Aucune date précise ne put être déterminée.

VI. — Sa sœur aînée a de très belles dents. Il y a trois ans, elles se mirent à lui faire mal, jusqu’à ce qu’il fallût les lui arracher. Un dentiste de l’endroit où elle habite (un ami) lui dit : « Vous allez perdre toutes vos dents. » Un jour il /le patient/ pensa soudain : « Qui sait ce qui arrive aux dents de Hilde ? » Il avait peut-être eu mal aux dents lui-même. Il s’était encore masturbé ce jour-là et, comme il s’endormait, il eut, dans un demi-sommeil, une vision de sa sœur gênée par ses dents. Trois jours plus tard, il reçut une lettre lui apprenant qu’une autre dent s’était mise à lui faire mal ; elle là perdit par la suite.

Il s’étonna quand je lui expliquai que sa masturbation en était responsable149.

VII. — Rêve pendant son séjour chez Marie Steiner. Il me l’avait déjà raconté, mais il ajouta quelques précisions. Elle est en quelque sorte un de ses amours d’enfance. À l’âge de 14 ou 15 ans il lui vouait une passion sentimentale. Il insista sur son étroitesse d’esprit et sa suffisance. En septembre 1903, il lui rendit visite et vit son frère idiot, âgé de 7 ans, qui lui fit une impression épouvantable. En décembre il rêva qu’il allait à son enterrement. À peu près à la même époque l’enfant mourut. Il ne fut pas possible de préciser davantage les dates. Dans ce rêve, il se tenait à côté de Marie Steiner et l’aidait à surmonter cette épreuve. (« L’Oiseau Charognard »150 /p. 235 ; 252/ comme sa sœur aînée le surnommait. Il n’arrête pas de tuer les gens afin de s’attirer par la suite les bonnes grâces de quelqu’un). Le contraste entré l’amour gâteux de la mère pour l’enfant idiot et sa conduite avant la naissance. Elle semble avoir été responsable de l’infirmité de l’enfant, en serrant trop fort son corset durant sa grossesse parce qu’elle avait honte d’avoir un bébé à un âge si avancé.

Pendant son séjour à Salzbourg, il était sans cesse l’objet de prémonitions qui se réalisaient de manière étonnante. Il y avait par exemple l’homme dont il avait surpris la conversation avec la serveuse au sujet d’un vol — ce qu’il prit pour l’augure qu’il allait revoir cet homme comme criminel. Ce qui arriva quelques mois plus tard, lorsqu’il fut muté à la Section criminelle. — À Salzbourg il rencontrait sur le pont des personnes à qui il venait juste de penser. (Sa sœur avait déjà expliqué ces rencontres en termes de vision indirecte /périphérique/.) — Il lui vint encore à l’esprit une scène survenue à Trieste lors d’une visite à la Bibliothèque municipale en compagnie de sa sœur. Un homme leur avait adressé la parole d’une manière stupide et, s’adressant à lui : « Vous êtes encore au stade des Flegeljahre151 /« Les années de gourme » de Jean Paul/. Une heure plus tard /après avoir pensé à cet épisode/ il était à la Bibliothèque de prêt de Salzbourg et l’un des premiers livres qui lui tombe sous la main est précisément les Flegeljahre. (Pas le premier. Une heure plus tôt il avait décidé d’aller à la Bibliothèque, ce qui lui avait rappelé l’épisode de Trieste.)

À Salzbourg il se prenait pour un visionnaire. Mais les coïncidences n’étaient jamais ni d’importance ni en rapport avec son attente, mais simplement banales.

(L’histoire relative à Marie Steiner s’intercalait entre deux histoires concernant ses sœurs. Il est remarquable de voir à quel point ses idées obsessionnelles manquent de clarté ; dans ses rêves, elles sont plus claires.)

18 oct. — Deux rêves reliés à rien de moins qu’à des crises /p. 267 ; 1/. Il avait déjà eu une fois l’idée de ne plus se laver. Elle lui était venue sous la forme que revêtaient habituellement ses prohibitions : «  À quel sacrifice suis-je préparé afin de... ? » Mais il l’avait vite repoussée. En réponse à ma question, il me dit que jusqu’à sa puberté, il était un vrai petit cochon. Depuis il tendait à être d’une propreté excessive qui, avec le début de ses troubles, avait pris un caractère fanatique, etc. (en rapport avec ses commandements). Or, un jour il faisait une promenade avec la dame — il avait l’impression que ce qu’il me disait était sans importance. La dame salua un homme (un docteur), elle était très aimable avec lui, trop aimable — il admettait avoir été un peu jaloux, ce dont il avait d’ailleurs parlé. De retour chez la dame, ils avaient joué aux cartes ; le soir il se sentait triste ; le lendemain matin il fit ce rêve :

VIII. — Il était avec la dame. Elle était très gentille avec lui et il lui faisait part de son idée compulsive et de l’interdiction à propos des épées japonaises — dont le sens était qu’il ne pouvait ni l’épouser, ni avoir avec elle des rapports sexuels. Mais cela est absurde, dit-il, je pourrais aussi bien m’être interdit à jamais de me laver. Elle lui sourit et lui fit un petit signe de la tête. Dans le rêve cela voulait dire qu’elle convenait avec lui que les deux choses étaient absurdes. Mais au réveil, il eut l’impression qu’elle avait voulu dire qu’il n’avait plus besoin de se laver. Il fut saisi d’une émotion très violente et se cogna la tête contre le montant du lit. Il eut l’impression d’avoir un caillot de sang dans la tête. En de pareilles occasions, l’idée lui était déjà venue de se faire un trou en forme d’entonnoir dans la tête afin de faire sortir ce qu’il y avait de maladif dans son cerveau ; la perte serait compensée d’une manière ou d’une autre. Il ne comprend pas cet état. J’expliquai : l’entonnoir de Nuremberg152 — dont son père avait en effet souvent parlé. Et /poursuivit le patient/ son père disait souvent « tu finiras bien par avoir des choses dans la tête un jour ». J’interprétai : la colère, la vengeance contre la dame par jalousie, le lien avec la cause déclenchante /du rêve/ — l’incident lors de la promenade — qu’il tenait pour si banal. Il confirma sa colère à l’égard du docteur. Il ne comprenait pas son conflit : l’épouser ou ne pas l’épouser. Il eut dans le rêve un sentiment de libération — libération de la dame, ai-je ajouté.

Il remit à plus tard l’ordre de ne plus se laver et ne l’exécuta pas Cette idée fut remplacée par quantité d’autres, notamment celle de se couper le cou.

27 oct.Mise à jour. — Tant qu’il fera des difficultés pour me livrer le nom de la dame, son récit restera incohérent. Des incidents divers :

Un soir de juin 1907, il rendait visite à son ami Braun dont la sœur, Adela, joua devant eux. Elle lui prêtait beaucoup d’attention. Il se sentait très accablé et préoccupé par le rêve des épées japonaises — la pensée d’épouser la dame, s’il n’y avait pas eu l’autre jeune fille.

Rêve de la nuit : Sa sœur Gerda était très malade. Il se rendait à son chevet. Braun s’approchait de lui. « Tu peux sauver ta sœur à la seule condition de renoncer à tout plaisir sexuel », à quoi il répliqua — étonné — (à sa honte) « tout plaisir ».

Braun s’intéresse à sa sœur. Il y a quelques mois, il l’avait raccompagnée à la maison, quand elle ne se sentait pas très bien. L’idée devait être que s’il épousait Adela, le mariage de Gerda avec Braun devenait tout aussi probable. Ainsi il se sacrifiait pour elle. Dans le rêve il se plaçait dans une situation compulsive pour être obligé de se marier.

Son opposition à la dame et son penchant pour l’infidélité sont manifestes. À l’âge de 14 ans, il avait eu des rapports homosexuels avec Braun — chacun regardant le pénis de l’autre.

À Salzbourg en 1906, il avait eu cette idée à l’état vigile. Si la dame lui disait « il ne faut pas que vous preniez un plaisir sexuel avant de m’avoir épousée », ferait-il alors le serment de ne pas en prendre ? Une voix en lui disait que oui. (Serment d’abstinence dans son Ics.) La nuit suivante, il rêvait d’être fiancé avec la dame, et en se promenant bras dessus bras dessous avec elle, il dit, débordant de joie : « Jamais je n’aurais pu imaginer que ceci pût se réaliser si rapidement. » (Ceci se réfère à son abstinence compulsive. C’était à la fois très remarquable et juste ; et confirmait mon point de vue exprimé plus haut.) À ce moment il vit la dame faire une tête comme si les fiançailles ne l’intéressaient pas. Son bonheur en fut gâché. Il se dit à lui-même « tu es fiancé et pas du tout heureux. Tu fais semblant d’être un peu heureux afin de te persuader que tu l’es ».

L’ayant convaincu de révéler le nom de Gisa Hertz ainsi que tous les détails la concernant, son récit se fit clair et systématique. Celle qui l’avait précédée s’appelait Lise O..., une autre Lise. (Il avait toujours plusieurs intérêts simultanés, de même qu’il avait plusieurs courants d’attachements sexuels, dérivés de ses différentes sœurs.)

Eté 1898 (20 ans). — Rêve : Il discutait un sujet abstrait avec Lise II. Soudain l’image du rêve disparut, il était en train de regarder une grande machine avec une énorme quantité de roues153, à tel point que sa complexité l’étonnait. — Ceci est en rapport avec le fait que cette Lise lui avait toujours paru très complexe en comparaison avec Julie qu’il admirait également à cette époque et qui est morte récemment154.

Il poursuivit en me donnant un long compte rendu de ses relations avec la dame. Le soir où elle lui avait opposé un refus, il fit ce rêve (déc. 1900) :

« Je marchais le long d’une rue. Une perle se trouvait au milieu de la chaussée. Je me penchais pour la ramasser, mais chaque fois que je me penchais, elle disparaissait. Tous les deux ou trois pas elle réapparaissait. Je me disais « tu ne dois pas ». Il s’expliquait cette interdiction comme voulant dire que son orgueil ne le lui permettait pas puisqu’elle l’avait rejeté une fois. En réalité, il était probablement question d’une interdiction venant de son père et remontant à son enfance et qui s’était étendue au mariage. Il se rappela alors une remarque faite par son père qui allait dans le même sens : « N’y monte pas si souvent. » « Tu te rends ridicule » était une autre remarque humiliante du père. Au sujet du rêve : Peu de temps avant, il avait vu un collier de perles dans une vitrine et il avait pensé que s’il avait eu de l’argent, il le lui aurait acheté. Il disait souvent qu’elle était une perle parmi les jeunes filles. C’était une phrase qu’ils utilisaient souvent. « Perle » lui allait bien, pensait-il, puisque la perle est un trésor caché qu’il faut chercher à l’intérieur de la coquille.

Un soupçon que c’était ses sœurs qui l’avaient amené à la sexualité, peut-être pas de sa propre initiative — qu’il avait été séduit.

Il n’est pas besoin de rapporter les discours prononcés dans ses rêves à des paroles réellement prononcées. Ses idées les — comme des voix intérieures — ont la valeur de paroles réelles qu’il n’entend que dans ses rêves. /Voir plus haut, p. 223 ; 244./

27 oct. — La maladie de la grand-mère de la dame /p. 259 ; 1/ était une maladie du rectum.

Sa maladie à lui avait commencé à la suite d’une plainte exprimée par son oncle qui était veuf : « Je n’ai vécu que pour cette seule femme, alors que d’autres hommes s’amusent ailleurs. » Il avait pensé que son oncle faisait allusion à son père, une pensée qui ne lui est pas venue tout de suite, seulement au bout de quelques jours. Quand il en parla à la dame, elle se moqua de lui, et en une autre occasion, en sa présence à lui et en présence de son oncle, elle réussit à amener le sujet de la conversation sur son père dont l’oncle fit alors les louanges. Cela ne lui suffisait pas. Quelque temps après, il se sentit obligé de poser une question directe à son oncle, lui demandant s’il avait parlé de son père, ce que l’oncle, étonné, nia. Cet épisode surprit particulièrement le patient, étant donné que lui-même n’aurait jamais critiqué son père le moins du monde, celui-ci eût-il fait un écart à l’occasion.

À ce propos il fit mention d’une remarque mi-plaisante de sa mère au sujet de la période que son père avait été obligé de passer à Pressbourg, ne venant à Vienne qu’une fois par semaine. (En me la racontant la première fois il omit cette importante connexion.)

Coïncidence remarquable pendant la préparation de son deuxième examen d’État. Il omit la lecture de deux passages, chacun de quatre pages, et l’examen porta justement sur ces passages. Plus tard, lors de la préparation de son troisième examen, il fit un rêve prophétique /voir plus loin/. Cette période vit le début à proprement parler de sa piété et des phantasmes où son père était encore en contact avec lui. Il laissait la porte ouverte sur le couloir la nuit, étant convaincu que son père s’y trouvait. Les phantasmes qu’il avait pendant cette période étaient directement rattachés à cette faille dans le savoir accessible. Il finit par se ressaisir, en essayant d’avoir raison de lui-même à l’aide d’un argument rationnel — que penserait son père de ces procédés s’il était encore en vie ? Cette pensée ne l’impressionna pas, c’est la forme délirante du phantasme qui seule y mit fin — son père pourrait souffrir de ses phantasmes jusque dans sa vie posthume.

Les compulsions relatives à la nécessité de passer son troisième examen au mois de juillet semblent avoir été en rapport avec l’arrivée, de New York, d’un oncle de la dame, X..., dont il était terriblement jaloux ; et peut-être même avec son soupçon (confirmé ultérieurement) que la dame ferait le voyage en Amérique.

29 oct. — Je lui dis que je me demandais si sa curiosité sexuelle n’avait pas été éveillée à propos de ses sœurs. Le résultat fut immédiat. Il se souvenait d’avoir remarqué pour la première fois la différence entre les sexes en voyant sa sœur morte, Catherine (de cinq ans son aînée), assise sur le pot, ou quelque chose d’analogue.

Il me raconta le rêve qu’il fit pendant son travail pour le troisième examen /voir plus haut/. Grünhut155 avait l’habitude, chaque troisième ou quatrième fois qu’il faisait passer l’examen, de poser une question spécifique relative à des effets payables en un lieu précis, ayant obtenu la réponse, il poursuivait en demandant « et quel est le motif de cette loi ? », la bonne réponse étant « un moyen de protection contre des Schicanen de la partie adverse »156. Son rêve suivait justement ces lignes, mais sa réponse fut « un moyen de protection contre les Schügsenen »157, etc. C’était une plaisanterie qu’il aurait aussi bien pu faire à l’état de veille.

Le prénom de son père n’était pas David mais Friedrich. Adela n’était pas la sœur de Braun ; il fallait laisser tomber l’idée des doubles noces.

8 7tov. — Enfant, il souffrait beaucoup de vers /p. 213 ; 238/. Il mettait probablement ses doigts dans son derrière, étant comme son frère, dit-il, un effroyable cochon. Maintenant il exagère sa propreté.

Phantasme avant de s’endormir : il était marié avec sa cousine /la dame/. Il lui embrassait les pieds ; mais ils n’étaient pas propres. Ils étaient couverts de marques noires qui lui firent horreur. La veille il n’avait pas pu se laver assez consciencieusement et avait remarqué la même chose sur ses pieds à lui. Il avait opéré un déplacement sur la dame. La nuit il rêvait qu’il lui léchait les pieds, qui étaient propres, cependant. Ce dernier élément est un désir du rêve. La perversion est exactement la même que celle qui nous est familière sous sa forme non déguisée.

Que le derrière avait pour lui des vertus particulièrement excitantes, se voit démontré par la réponse qu’il fit à sa sœur quand celle-ci lui demanda ce qui lui plaisait chez sa cousine. Il répondit en plaisantant « son derrière ». La couturière qu’il avait embrassée aujourd’hui excita sa libido pour la première fois lorsqu’elle se pencha en avant, mettant ainsi particulièrement en évidence les courbes de ses fesses.

Post-scriptum à l’aventure des rats. Le capitaine Novak disait que cette torture devait être appliquée à certains membres du Parlement. Puis l’idée lui vint qu’il ne fallait pas qu’il /N./ mentionne Gisa et à sa stupéfaction il prononça immédiatement après le nom du Dr Hertz158, ce qui lui parut d’une occurrence prophétique. Sa cousine s’appelle en effet Hertz et il songea tout de suite que le nom de Hertz allait lui faire penser à sa cousine, et il en perçut les implications. Il tente de tenir sa cousine à l’écart de tout ce qui est sale.

Il souffre de compulsions sacrilèges, comme les religieuses. Un rêve avec des injures humoristiques par son ami V. — « Fils de putain », « Fils de singe borgne » (Arabian Nights, Nuits d’Arabie).

À l’âge de onze ans il fut initié aux mystères de la vie sexuelle par son cousin, qu’il déteste maintenant et qui lui laissait entendre que toutes les femmes étaient des putains, sa mère et ses sœurs y compris. Il répliqua par la question « Penses-tu de même de ta mère à toi ? »

11 nov. — Une fois, alors que sa cousine était malade (troubles de la gorge et du sommeil) — à une époque où son affection et sa sympathie pour elle étaient à leur comble — et qu’elle était couchée sur un canapé, l’idée suivante lui vint tout à coup : « Qu’elle gise ainsi pour toujours. » Il interpréta ceci comme un désir de la voir malade en permanence, pour son propre soulagement, pour qu’il soit libéré de sa crainte qu’elle ne tombe malade. Un malentendu super astucieux ! Ce qu’il m’a déjà raconté prouve que ceci est en rapport avec son désir de la voir sans défense pour lui avoir résisté en rejetant son amour ; et cela correspond crûment à un phantasme nécrophile qu’il a déjà eu consciemment mais qui ne va pas au delà du souhait de voir le corps tout entier.

Il est fait de trois personnalités — l’une pleine d’humour et normale, l’autre ascétique et pieuse et la troisième immorale et perverse.

L’inévitable malentendu entre l’Inconscient et le Conscient ou plutôt, distorsion de la forme du désir inconscient.

Les pensées hybrides qui en résultent.

17 nov. — Jusque-là il s’est trouvé dans une période sthénique. Il est gai, dégagé, actif et s’intéresse activement à une jeune fille, une couturière. Une bonne idée à lui : que son infériorité morale méritait vraiment la punition par la maladie. Suivirent des confessions relatives à ses rapports avec ses sœurs. Il fit, dit-il, des attaques répétées sur la personne de sa sœur Julie — celle qui le suit —, après la mort de son père ; et ces attaques — il l’avait une fois réellement assaillie — doivent expliquer ses changements pathologiques.

Il avait une fois rêvé qu’il faisait l’amour avec Julie. Il fut envahi de remords et de craintes d’avoir rompu son vœu de ne pas l’approcher.

Au réveil il fut ravi de constater que ce n’était qu’un rêve. Là-dessus il entra dans sa chambre à coucher et lui donna une tape sur le derrière, sous les couvertures. Il ne comprenait pas son geste et ne put que le comparer à sa masturbation en lisant le passage de Dichtung und Wahrheit /p. 262 ; 1/. Nous n'avons conclu que le fait d’avoir été châtié par le père /p. 265 ; 1/ était en rapport avec ses attaques contre ses sœurs. Mais de quelle manière ? D’une manière purement sadique ou déjà dans un sens nettement sexuel ? Ses sœurs plus âgées ou les plus jeunes ? Julie a trois ans de moins que lui et comme les scènes que nous cherchons ont dû avoir lieu quand il avait trois ou quatre ans, il ne peut guère s’agir d’elle. Catherine, la sœur qui est morte ?

La sanction qui le frapperait par le fait que quelque chose arriverait à son père dans l’autre monde ne peut être comprise que comme une ellipse. Le sens en est : « Si mon père était encore vivant et l’apprenait, il me punirait à nouveau et une fois de plus je me mettrais en colère contre lui, ce qui provoquerait sa mort, puisque mes affects sont tout-puissants. » Cette ellipse fait ainsi partie de la catégorie : « Si Kraus lit ceci, il sera giflé »159.

Encore, il y a fort peu d’années, lorsque sa plus jeune sœur dormait dans sa chambre à lui, le matin, il retirait ses couvertures pour pouvoir la regarder tout entière. Puis sa mère entra en scène en tant qu’obstacle à son activité sexuelle, rôle qu’elle assumait depuis la mort de son père. Elle le protégeait contre les tentatives bienveillantes de séduction de la part d’une femme de chambre du nom de Lise. Une fois, il s’était exhibé dans son sommeil devant elle en faisant preuve de beaucoup d’ingéniosité. Il s’était endormi épuisé à la suite d’une crise et s’était découvert. Le matin quand la jeune fille lui adressa la parole elle lui demanda, soupçonneuse, s’il avait ri dans son sommeil. Il avait ri — à propos d’un très joli rêve dans lequel était apparue sa cousine. Il avouait qu’il s’agissait d’un artifice. Plus jeune il s’exhibait franchement. À l’âge de treize ans il s’exhibait encore devant /Fräulein/ Lina qui était revenue pour un bref séjour. Il se justifiait avec raison par le fait qu’elle savait exactement de quoi il avait l’air depuis sa première enfance. (Elle était chez eux quand il avait entre, six et dix ans.)

18 nov. — Il se mit à parler de la névrose de sa cousine qui lui apparaissait plus claire et dans laquelle joue un rôle son beau-père, entré en scène quand elle avait douze ans. Officier, bel homme, il est maintenant séparé de sa mère. Gisa se conduit très mal avec lui quand parfois il vient leur rendre visite et il tente alors de l’apprivoiser. Tels que les détails me furent racontés, ils ne me laissent que peu de doutes qu’il ait commis une attaque sexuelle contre la jeune fille et que quelque chose en elle qu’elle ignorait a fait la moitié du chemin vers lui — l’amour transféré de son vrai père qui lui manquait depuis l’âge de six ans. Ainsi, la situation entre eux est, pour ainsi dire, gelée à bloc. Tout se passe comme si le patient lui-même le savait. Car il était dans tous ses états pendant les manœuvres quand le capitaine N... prononça le nom d’une certaine Giséla Fluss ( ! ! !)160, comme s’il voulait empêcher tout contact entre Gisa et un officier. Un an auparavant il avait fait un curieux rêve au sujet d’un lieutenant bavarois dont Gisa repoussait les avances. Ceci se rapportait à Munich et à son aventure avec la serveuse, mais il ne fournit aucune association au sujet du lieutenant, et ce qu’il ajouta à son rêve concernant les ordonnances des officiers ne pouvait se rapporter qu’au beau-père lieutenant.

21 nov. — Il admet qu’il ait pu avoir lui-même des soupçons analogues concernant sa cousine. Il était de très bonne humeur et avait eu une récidive de masturbation qui ne l’avait presque pas dérangé (période de latence intercalée). Les premières fois qu’il se masturbait, il eut l’idée qu’il pourrait en résulter une blessure infligée à quelqu’un qu’il aimait (sa cousine). C’est pourquoi il prononçait une formule protectrice composée, comme nous le savons déjà /p. 260 ; 1/ d’extraits de différentes prières brèves, terminées par un « amen » isolé. Nous l’avons examiné. C’était Glejisamen :

gl = glückliche [heureux], c’est-à-dire que L [Lorenz] soit heureux ; aussi [que] tout le monde [soit heureux],

e = (sens oublié).

j — jetzt und immer /maintenant et toujours/,

i = (à peine audible à côté du j).

s = (sens oublié).

Il est facile de voir que le mot est fait de

GISELA

S AMEN

et que le patient mettait ses Samen /sa semence/ en contact avec le corps de sa bien-aimée, i. e., pour le dire carrément, il s’était masturbé avec son image. Naturellement, il fut convaincu, et ajouta que la formule prenait parfois la forme de Giselamen, ce qu’il avait considéré seulement comme une assimilation au nom de la dame (un malentendu à l’envers).

Le lendemain il arriva dans un état de dépression profonde et voulait parler de choses indifférentes ; il admit bientôt qu’il était en pleine crise. La chose la plus épouvantable lui était venue à l’esprit hier, dans le tramway. Elle était impossible à dire. Sa guérison ne valait pas un tel sacrifice. Je le mettrais à la porte car cela concernait le transfert. Pourquoi est-ce que je supporterais une chose pareille ? Aucune des explications que je lui fournis au sujet du transfert (qui ne lui paraissait pas du tout étrange) n’eut d’effet. Ce ne fut qu’au bout de quarante minutes de combat — du moins me semble-t-il — et après que je lui eus révélé l’élément de vengeance à mon égard, lui ayant montré que s’il refusait de me le dire et s’il abandonnait le traitement il prendrait une revanche plus directe sur moi qu’en me le racontant — ce n’est qu’après tout cela qu’il me laissa entendre que ma fille était en cause. La séance se termina là-dessus.

On n’en était pas venu à bout pour autant. Après une lutte et des affirmations de sa part que tous mes efforts pour lui montrer que le matériel ne concernait que lui-même ressemblaient à de l’anxiété de ma part, il finit par livrer la première de ses idées.

(a) Un derrière de femme nue avec des lentes161 (œufs de poux) dans les poils.

Provenance. — Une scène avec sa sœur Julie qu’il avait oubliée dans les aveux qu’il m’avait faits. Après leurs ébats, elle s’était jetée en arrière de telle manière qu’il aperçût de face ces parties-là de son anatomie — sans poux, bien entendu. Pour ce qui est des poux, il confirma ma suggestion que le mot /nits/ 162 « lentes » indiquait qu’un incident analogue avait eu lieu il y a longtemps dans la chambre des enfants.

Les thèmes sont clairs. Châtiment pour le plaisir éprouvé à cette vision, ascétisme utilisant la technique du dégoût, colère contre moi qui le forçais /à en prendre conscience/, d’où la pensée de transfert : « Aucun doute que les mêmes choses arrivent à vos enfants. » (Il a entendu parler d’une de mes filles et il sait que j’ai un fils. Nombreux phantasmes d’infidélité à Gisa avec ma fille et représentation de la punition qui s’ensuit.)

Après s’être calmé et au bout d’un bref combat, il eut à nouveau un départ difficile relatif à toute une série d’idées qui cependant l’impressionnaient différemment. Il se rendait compte qu’il n’y avait pas lieu, à leur sujet, d’avoir recours au transfert, mais sous l’influence du premier cas, elles s’étaient toutes glissées dans le transfert. .

/ ? (b)/ Le corps nu de ma mère. Deux épées enfoncées dans sa poitrine par le côté (comme une décoration, dit-il, plus tard — comme dans le motif de Lucrèce)163. Les parties inférieures de son corps et particulièrement les organes génitaux ont été entièrement dévorés par moi et par les enfants.

Provenance, facile. La grand-mère de sa cousine (il se souvient à peine de la sienne). Il entra une fois dans sa chambre alors qu’elle était en train de se déshabiller et elle s’était mise à crier. Je lui dis qu’il avait certainement ressenti la curiosité de voir son corps. En réponse, il me raconta un rêve. Il l’avait fait à l’époque où il pensait que sa cousine était trop âgée pour lui. Dans ce rêve, sa cousine l’amenait auprès du lit de sa grand-mère à lui, dont le corps et les organes génitaux étaient découverts, et elle lui fit voir à quel point elle était encore belle à l’âge de quatre-vingt-dix ans (accomplissement du désir).

Les deux épées étaient les épées japonaises de ses rêves : le mariage et le coït. Le sens en est clair. Il s’était laissé égarer par une métaphore. Le contenu de l’idée n’était-il pas que la beauté d’une femme était consommée — dévorée — par les rapports sexuels et les accouchements ? Cette fois-ci, il en rit lui-même.

Il eut une représentation d’un des substituts du juge, un sale type. Il se l’imaginait nu, une femme pratiquant la minette164 /fellation/ avec lui. Encore ma fille ! Le sale type, c’était lui-même — il espère devenir bientôt substitut afin de pouvoir se marier. C’est avec horreur qu’il a entendu parler de la « minette » ; mais une fois, lorsqu’il était avec la fille de Trieste, il était monté si haut sur elle que c’en était une invitation à la lui faire, mais cela n’eut pas lieu. J’ai répété mon cours de samedi dernier sur les perversions.

22 nov. — De bonne humeur, il se déprima quand je le ramenai au sujet. Un transfert tout frais : ma mère était morte. Il tenait à me faire ses condoléances, tout en craignant de laisser passer un rire impertinent, comme cela lui était arrivé plusieurs fois déjà à l’occasion de décès. C’est pourquoi il préférait me laisser une carte avec « p.c. » écrit dessus ; ce qui se transforma en « p.f. » /p. 193 n. ; 225, n. 1/.

« Ne vous est-il jamais venu à l’esprit que la mort de votre mère pourrait vous libérer de tous vos conflits, puisqu’elle vous permettrait de vous marier ? » « Vous vous vengez de moi », dit-il. « Vous me forcez la main, parce que vous voulez vous venger de moi. »

Il convint que s’il faisait les cent pas dans la pièce pendant qu’il me faisait ses confessions c’est qu’il avait peur que je ne le frappe. La raison qu’il avait invoquée était de l’ordre de la délicatesse de sentiments — il ne pouvait rester confortablement étendu alors qu’il me disait ces choses atroces. En plus, il n’arrêtait pas de se frapper en me faisant ces aveux qui lui semblaient encore si difficiles.

« Maintenant vous allez me mettre dehors. » Il s’agissait d’une image qui me représentait avec ma femme au lit et un enfant mort entre nous deux. Il en connaissait l’origine. Alors qu’il était petit garçon (âge incertain, peut-être 5 ou 6 ans), il était couché entre son père et sa mère et son père l’avait battu et renvoyé après qu’il eût mouillé le lit. L’enfant mort ne peut être que sa sœur Catherine, il a dû profiter de sa mort. Il confirma que la scène était survenue après sa mort.

Sa conduite pendant tout ce temps était celle d’un homme à bout et qui essayait d’éviter des coups d’une extrême violence ; il se cachait la tête entre les mains, s’éloignait précipitamment, se couvrait le visage de son bras, etc. Il me raconta que son père était d’un caractère passionné et que dans ces états-là, il ne savait plus ce qu’il faisait.

Une autre idée horrible — celle de me donner l’ordre d’amener ma fille dans la pièce, pour qu’il puisse la lécher, exprimé par les mots « faites venir la Miessnick »165. En association, l’histoire d’un ami qui voulait passer par les armes les gens d’un café qu’il fréquentait, mais qui tenait d’abord à sauver l’excellent et très laid garçon en disant « Sors, Miessnick ». Comparé à son plus jeune frère il était un Miessnick /p. 184 ; 218 sq./.

Aussi un jeu de mots avec mon nom : « Freudenhaus-Mädchen » /« filles d’une maison de joie » —, c’est-à-dire des prostituées/.

23 nov. — La séance suivante était remplie des transferts les plus effroyables qu’il éprouvait des difficultés énormes à rapporter. Ma mère assistait, désespérée, à la pendaison de tous ses enfants. Il me rappela la prophétie de son père selon laquelle il deviendrait un grand criminel /p. 265 ; 1/.

Je n’étais pas en mesure de deviner l’explication qu’il donnait pour avoir produit ce phantasme. Il savait, dit-il, qu’un grand malheur avait une fois frappé ma famille : un de mes frères, garçon de café, avait commis un meurtre à Budapest, pour lequel il fut exécuté. Je lui demandai en riant comment il l’avait appris, à la suite de quoi tout son affect s’effondra. Il m’expliqua que son beau-frère qui connaît mon frère le lui avait raconté pour fournir la preuve que l’éducation n’était rien, seule comptait l’hérédité. Il ajouta que son beau-frère avait l’habitude d’inventer des histoires et qu’il avait trouvé la notice dans un vieux numéro de la Presse /le célèbre quotidien de Vienne/. Je savais qu’il faisait allusion à un certain Leopold Freud, l’assassin du train, dont le crime remonte à ma troisième ou à ma quatrième année. Je l’assurai que nous n’avions jamais eu de parents à Budapest.

Il en fut très soulagé et avoua qu’il avait commencé son analyse avec beaucoup de méfiance à cause de cette histoire.

25 nov. — Il avait pensé que s’il y avait des impulsions meurtrières dans ma famille, j’allais lui tomber dessus comme une bête féroce pour rechercher ce qu’il y avait de mal en lui. Il était tout à fait joyeux et de bonne humeur aujourd’hui, me racontant que son beau-frère ne cessait pas d’inventer des histoires de ce genre. Il enchaîna directement en découvrant l’explication — le beau-frère n’avait pas oublié le stigmate attaché à sa propre famille, son père s’étant enfui en Amérique à cause de ses dettes frauduleuses. Le patient pensait que c’était là la raison pour laquelle il n’avait pas été nommé maître de conférences en botanique à l’Université. Au bout d’un moment il trouva la raison de son hostilité vis-à-vis de ma famille. Sa sœur Julie avait une fois fait la remarque qu’Alex /le frère de Freud/ était le mari qu’il fallait à Gisa. De là sa fureur. (Comme celle à l’égard des officiers.)

Puis un rêve. Il se trouvait en haut d’une colline, en train de s’exercer à tirer avec un fusil contre une ville qu’il voyait de l’endroit où il se tenait, ville entourée d’une quantité de murs horizontaux. Son père était à ses côtés et ils discutaient de l’époque à laquelle la ville avait été construite — l’Antiquité orientale ou le Moyen Age germanique. (Il est certain que tout cela n’était pas tout à fait réel.) Puis les murs horizontaux se transformèrent en murs verticaux qui se dressaient vers le haut comme des cordes. Il essayait de démontrer quelque chose sur elles, mais les cordes n’étaient pas assez raides et ne cessaient de tomber. Addendum : l’analyse.

26 nov. — Il interrompit l’analyse du rêve pour me raconter quelques transferts. Des enfants étaient couchés par terre, il s’approchait de chacun d’eux et leur faisait quelque chose dans la bouche. L’un d’eux, mon fils (son frère qui avait mangé des excréments à l’âge de deux ans) qui avait encore des taches brunes autour de la bouche, se léchait les lèvres comme s’il s’agissait de quelque chose de très bon. Puis la représentation se transformait : c’était moi, et je le faisais à ma mère.

Il se souvint d’un phantasme dans lequel il avait pensé qu’une de ses cousines, mal élevée, ne méritait même pas que Gisa lui fasse ses affaires dans la bouche, l’image ayant été inversée. Derrière se cachaient de la fierté et un grand respect. Il se rappelait aussi que son père avait été très grossier et aimait utiliser des mots comme « cul » et « merde » au sujet desquels sa mère manifestait toujours des signes d’horreur. Une fois il essaya d’imiter son père, ce qui l’entraîna dans un crime qui était reste sans châtiment. Il était un sale cochon, ce qui décida sa mère quand il avait onze ans à lui faire subir une fois un sérieux nettoyage. Il pleura de honte, disant « Où vas-tu encore me frotter ? Sur le cul ? » Ce qui aurait dû provoquer de la part de son père le châtiment le plus sévère, si sa mère ne l’avait pas sauvé.

Son orgueil familial, dont il convenait en riant, allait probablement de pair avec son amour-propre. « Après tout, il n’y a de gens sympathiques que les Lorenz », disait une de ses sœurs. Son beau-frère aîné s’y était fait et en plaisantait. Cela l’ennuierait s’il lui fallait mépriser ses beaux-frères uniquement à cause de leurs familles. (Contraste entre son propre père et ceux de ses beaux-frères.) Son père était le cousin germain de sa mère, les deux de condition très modeste, et il avait l’habitude de donner en plaisantant une image très exagérée de leurs conditions d’existence quand ils étaient jeunes. La haine qu’il me vouait était, par conséquent, un cas spécial de sa haine pour ses beaux-frères.

Hier, après avoir secouru un épileptique, il eut peur d’avoir un accès de rage. Il était furieux contre sa cousine et blessa ses sentiments par une série d’allusions malveillantes. Pourquoi cette rage ? Plus tard, il eut une crise de larmes devant elle et devant sa sœur.

Un autre rêve à ce propos.

(À l’âge de 29 ans.) Un phantasme anal tout à fait merveilleux. Il était couché sur le dos, étendu sur une fille (ma fille), la coûtant à l’aide d’un excrément qui pendait de son anus. Le phantasme devait concerner Julie à qui il disait « rien de toi ne pourrait me dégoûter ». Durant la nuit il fut en proie à une lutte sévère. Il ignorait à quel sujet. Il s’est avéré qu’il s’agissait de savoir s’il allait épouser sa cousine ou ma fille. On peut facilement faire remonter cette oscillation à celle qu’il connut entre deux de ses sœurs.

S’il gagnait le gros lot à la loterie, il épouserait sa cousine et me cracherait à la figure ; ce phantasme montre qu’à son avis je désirais l’avoir pour gendre. Il avait probablement été un de ces enfants qui retiennent leurs fèces.

Aujourd’hui il était invité à un rendez-vous. La pensée « rats » lui vint aussitôt à l’esprit. À ce propos, il m’a appris que le lieutenant D..., le beau-père, lui avait raconté, lors de leur première rencontre, que lorsqu’il était enfant, il se promenait toujours avec un pistolet Flaubert166 sur lui, tirait sur tout ce qui vivait, et avait blessé son frère ou lui-même à la jambe. Il s’en était souvenu lors d’une visite ultérieure, en voyant un gros rat, mais le lieutenant pas. Il disait toujours : « Je vais vous tirer une balle dans la peau. » Le capitaine Novak a dû lui faire penser au lieutenant D..., d’autant plus qu’il était dans ce régiment auquel avait appartenu D... et que ce dernier avait l’habitude de dire : « À l’heure qu’il est je devrais être capitaine. » C’était un autre officier qui prononçait le nom de Gisela ; Novak avait mentionné le nom de Hertz /p. 277 ; 1/. D... est syphilitique et c’est pour cette raison qu’il y a eu rupture de mariage. La tante du patient a encore peur d’avoir été contaminée. Les rats veulent dire crainte de la syphilis.

29 nov. — Il a eu pas mal d’ennuis d’argent avec ses amis (donnant des cautions, etc.). Cela lui déplairait beaucoup si les associations prenaient le chemin de l’argent. Il y a un rapport particulier entre les rats et l’argent. En empruntant hier deux florins à sa sœur, il pensa « pour chaque florin, un rat ». Quand, lors de notre premier entretien, je lui fis part de mes honoraires, il s’était dit : « Pour chaque krone, un rat pour les enfants. » Or, Ratten des rats/ équivalait vraiment pour lui à Raten /acomptes/. Il prononçait les deux mots de la même manière 167 affirmant à titre de justification que le « a » de « ratum » (de « reor ») est court ; une fois il s’était fait corriger par un avocat qui lui signalait que « Ratten » et « Raten » ne sont pas la même chose. L’année d’avant il avait donné sa caution à un ami qui devait effectuer un paiement en vingt acomptes et il avait fait promettre au créditeur de le tenir au courant de chaque échéance pour qu’il ne soit pas obligé par les termes de l’accord de payer tout le montant en une seule fois. Donc l’argent et la syphilis convergent dans les « rats ». Il paye maintenant en « rats ».

— Monnaie de rats.

Encore autre chose au sujet de la syphilis. C’est de toute évidence l’idée que la syphilis ronge et dévore qui lui a rappelé les rats. Il citait en fait plusieurs sources à cet effet, surtout du temps de son service militaire, où le sujet fut discuté. (Analogie avec des transferts concernant les organes génitaux qui avaient été dévorés /p. 282 ; p. 1/.) Il avait toujours entendu dire que tous les soldats étaient syphilitiques, d’où sa crainte d’entendre l’officier prononcer le nom de Gisela.

La vie militaire ne lui rappelait pas seulement D... mais aussi son père qui était resté si longtemps dans l’armée. L’idée que son père aurait été syphilitique ne manquait pas de lui être familière. Il y avait souvent pensé. Il me raconta plusieurs histoires de la vie joyeuse que son père avait menée en faisant son service. Il avait souvent pensé que les troubles nerveux dont ils souffraient tous pouvaient être dus à la syphilis attribuée à son père.

L’idée des rats, appliquée à la cousine, prenait un cours analogue : peur qu’elle n’ait été infectée par son beau-père ; à l’arrière-plan, qu’elle ne soit rendue malade par son propre père et encore à l’arrière-plan de ceci, la crainte logique et rationnelle qu’étant l’enfant de quelqu’un atteint de paralysie générale, elle ne soit malade elle-même (il connaissait cette corrélation depuis des années). Il est maintenant possible de comprendre d’une autre façon comment sa maladie a débuté à la suite de la plainte de son oncle /p. 274 ; 1/. Cela équivaut à l’accomplissement du désir que son propre père soit lui aussi syphilitique, il n’aurait ainsi rien à reprocher à sa cousine et pourrait après tout l’épouser.

30 nov. — Encore des histoires de rats ; mais, comme il finit par l’avouer, il les avait réunies à seule fin d’éviter des phantasmes transférentiels surgis entre temps et qui exprimaient, il s’en rendait compte, des remords au sujet de son rendez-vous de ce jour.

Post-scriptum. Sa cousine et son oncle X... de New York trouvèrent, au cours d’un voyage en chemin de fer, une queue de rat dans un saucisson et tous les deux vomirent pendant des heures. (S’en réjouissait-il maintenant ?)

Du matériel neuf. Des histoires de rats dégoûtantes. Il sait que les rats transmettent de nombreuses maladies infectieuses. De la Fugbachgasse168 il était possible de voir, à travers une cour, l’intérieur du bâtiment des machines des bains romains. Il voyait attraper les rats et entendait qu’on les jetait dans la chaudière. Il y avait aussi beaucoup de chats qui faisaient un épouvantable charivari et une fois il aperçut un homme en train de frapper contre le sol un sac contenant quelque chose dont il apprit après enquête qu’il s’agissait d’un chat qu’on avait ensuite jeté dans la chaudière.

Suivirent d’autres récits cruels qui finirent par converger sur le père. En voyant le chat il avait imaginé que c’était son père qui était dans le sac. Quand son père était à l’armée les châtiments corporels étaient encore en vigueur. Il racontait comment une fois, mais une fois seulement, dans un accès de colère, il avait frappé une recrue à la tête avec la crosse de son fusil, et l’homme s’était écroulé par terre.

Son père jouait beaucoup à la loterie. Un de ses camarades soldats dépensait tout son argent de cette manière. Son père trouva un soir un bout de papier que cet homme avait jeté et sur lequel étaient inscrits deux chiffres. Il joua son argent sur ces chiffres et gagna sur les deux. Il retira son gain au cours d’une marche et rattrapa la colonne en courant, avec les florins qui tintaient dans sa cartouchière. Quelle ironie cruelle que l’autre ne gagnât jamais rien ! Une fois, son père eut en main dix florins de l’argent du régiment pour faire face à certaines dépenses. Il en perdit une partie au jeu de cartes avec d’autres hommes, se laissa tenter de continuer le jeu et perdit tout. Il se lamentait devant un de ses camarades, disant qu’il n’avait plus qu’à se tirer une balle dans la tête. « Qu’à cela ne tienne, faites donc », lui dit l’autre, « un homme qui fait une chose pareille doit se tuer », puis il lui prêta l’argent en question. Après la fin de son service militaire, son père tenta de retrouver cet homme, mais n’y parvint pas. (Lui a-t-il jamais rendu cet argent ?)

Sa mère fut élevée chez les Rubensky comme leur fille adoptive, mais y subissait de fort mauvais traitements. Elle racontait qu’un des fils était si sensible qu’afin de s’endurcir il coupait la tête aux poulets. Ce n’était manifestement qu’une excuse et cela l’excitait beaucoup. — Une image de rêve d’un grand et gros rat qui portait un nom et se conduisait comme un animal domestique. Il se rappela aussitôt un des deux rats (c’est la première fois qu’il dit qu’il n’y en avait que deux) qui, d’après le récit du capitaine Novak, furent mis dans le pot. C’était d’ailleurs les rats qui étaient responsables de son départ pour Salzbourg. Sa mère racontait du même Rubensky qu’il avait une fois rendu un chat cachère en l’écorchant après l’avoir mis au four. Cela le rendit si mal à l’aise que son beau-frère lui avait amicalement conseillé de faire quelque chose pour sa santé. Son attention est tellement tournée vers les rats qu’il en trouve partout. À son retour des manœuvres, il trouva le Dr Springer169 accompagné d’un de ses collègues qui lui fut présenté sous le nom de Dr Ratzenstein.

La première représentation à laquelle il assista était les Meistersinger170 où il entendit prononcer à plusieurs reprises le nom de David. Il avait utilisé le motif de David comme exclamation dans sa famille171.

Quand il répète sa formule magique « Gleijsamen », il y ajoute maintenant « sans rats » bien qu’il l’imagine écrit avec un seul « t » /p. 288 ; 1/. Il livrait ce matériel et d’autres choses encore sans hésitation. Les liens sont superficiels et ceux qui sont plus profonds restent cachés ; ce matériel fut de toute évidence préparé pour servir d’aveu afin de recouvrir autre chose. Il semble faire état d’un lien entre l’argent et la cruauté, d’une part avec les rats, d’autre part avec son père, et doit viser le mariage de son père. Il raconte une autre anecdote. Quand son père était revenu de Gleichenberg172 — il y a peu d’années — il dit à sa mère, au bout de trente-trois ans de vie commune, qu’il avait vu tellement de mauvaises épouses qu’il était obligé de lui demander de l’assurer qu’elle ne lui avait jamais été infidèle. Devant ses protestations il dit qu’il ne la croirait que si elle le jurait sur la vie de leurs enfants ; quand elle l’eut fait, il se calma. Il tient son père en haute estime pour cela, comme un témoignage de sa franchise, de même que pour son aveu d’avoir maltraité le soldat ou de son écart aux cartes. — Il y a un matériel important derrière tout cela. L’histoire des rats s’avère de plus en plus comme le point nodal.

8 déc. — Beaucoup de changement en une semaine. Son moral s’améliore considérablement grâce au rendez-vous avec la couturière, bien qu’il se soit terminé par une éjaculation précoce. Peu après il devint morose, état qui se manifestait par des transferts dans le traitement. Pendant sa rencontre avec la jeune fille, il n’y eut que des manifestations minimes de la sanction par les rats. Il se sentit enclin à ne pas se servir des doigts qui avaient touché la jeune fille, en prenant une cigarette dans l’étui que lui avait offert sa cousine, mais il résista à ce mouvement. D’autres détails concernant son père et sa grossièreté. Sa mère disait de lui qu’il était très « ordinaire » à cause de son habitude de lâcher des vents ouvertement.

Notre poursuite des transferts liés au traitement nous fit faire de nombreux détours. Il décrivit une tentation dont la signification semblait lui échapper. Un parent de Rubensky s’était offert à lui ménager un bureau dans le voisinage du Marché au Bétail dès qu’il aurait son doctorat — il s’agissait à l’époque d’un délai de quelques mois seulement — et à lui trouver des clients dans le quartier. Ce qui allait dans le sens du vieux projet de sa mère de lui faire épouser l’une des filles de Rubensky, une charmante jeune fille qui a maintenant 17 ans. Il ne se rendait pas compte que c’est pour éviter ce conflit qu’il prit la fuite dans la maladie — fuite facilitée par son problème infantile d’avoir à choisir entre une sœur plus âgée et une sœur plus jeune et par sa régression vers l’histoire du mariage de son père. Son père avait l’habitude de faire un récit humoristique de la cour qu’il fit à sa mère, et sa mère le taquinait en lui rappelant qu’il avait été amoureux de la fille d’un boucher. L’idée que son père ait pu renoncer à son amour pour assurer son avenir grâce à une alliance avec les R... lui était intolérable. Son irritation à mon égard fut grande et il l’exprimait par des injures qu’il lui était très pénible de dire. Il m’accusait de me curer le nez, refusait de me serrer la main, pensait qu’à un sale cochon comme moi il fallait apprendre les bonnes manières, considérait que la carte postale que je lui avais envoyée, signée « cordialement », était bien trop intime.

Il se débattait manifestement contre des phantasmes qui exprimaient d’une part la tentation d’épouser ma fille de préférence à sa cousine, d’autre part des injures contre ma femme et ma fille. Un de ses transferts était carrément que l’épouse de M. le Pr F... devait lui lécher le cul — en révolte contre une famille plus distinguée. Une autre fois il vit ma fille avec deux pièces de crotte à la place des yeux. Ce qui veut dire qu’il est tombé amoureux d’elle, non pas pour ses beaux yeux mais pour son argent. Emmy /la fille que sa mère voulait lui faire épouser/ a des yeux particulièrement : beaux. Ces jours-ci, il s’est vaillamment opposé aux lamentations de sa mère qui lui reprochait d’avoir dépensé 30 florins en argent de poche le mois passé au lieu de 16.

Le thème des rats a manqué d’éléments dirigés contre sa mère, de toute évidence à cause d’une très grande résistance173 relative à elle. En mettant en équation « Ratten » et « Raten », il se moquait, entre autres choses, de son père. Son père avait une fois dit à son ami X... :

« Je ne suis qu’un Laue au lieu de Laie »174. Ceci, comme tout autre signe d’absence d’éducation chez son père, l’embarrassait énormément. Son père essayait de temps en temps de faire des économies, en s’efforçant de faire régner un régime Spartiate, mais renonça toujours à ces tentatives qui ne furent jamais de longue durée. C’est sa mère qui est la personne économe, mais elle tient beaucoup à ce que la maison soit confortable. La façon dont le patient subvient en secret aux besoins de son amie est une identification à son père qui se conduisait de la même manière avec leur premier locataire dont il avait l’habitude de payer le loyer, ainsi qu’à d’autres d’ailleurs. En fait, c’était un homme très spontané, direct, bienveillant, possédant le sens de l’humour, toutes qualités que normalement le patient appréciait vivement. Néanmoins, avec sa sensibilité délicate à l’excès, il avait manifestement honte de la nature simple et militaire de son père.

9 déc. — Joyeux, il est en train dé tomber amoureux de la fille — bavard — un rêve contenant un néologisme, carte d’état-major de WLK (mot polonais)175. Il va falloir voir cela de plus près demain. Vielka = /en polonais/ « vieille »176, L — Lorenz, Gl = abréviation de Gleijsamen /p. 280 ; 1/ = Gisela Lorenz.

10 déc. — Il me raconte le rêve en entier, mais n’y comprend rien ; mais par contre il me donne quelques associations à propos de WLK. Mon idée que cela voulait dire W.C. n’est pas confirmée ; mais à W /prononcé v/ il associait une chanson chantée par sa sœur In meinem Herzen sitzt ein grosses Weh177 /aussi prononcé v/. Cela l’avait souvent frappé comme étant très comique et il ne pouvait pas s’empêcher de se représenter un grand W.

Sa formule défensive contre les compulsions est, me dit-il, un aber /mais/ énergique. Depuis peu (seulement depuis le traitement ?) il l’accentue « abér » /l’accent est normalement porté sur le « a » — « aber »/. — Il s’était expliqué cette prononciation erronée comme servant à renforcer l’« e » muet qui offrait une protection insuffisante contre les intrusions. Il lui apparut maintenant que le « abér » s’était peut-être substitué à « Abwehr » /« défense »/, le W qui faisait défaut se retrouvait dans le WLK.

Le mot « Glejsamen » par lequel il fixa dans un moment d’inspiration heureuse en une formule magique ce qui dorénavant devait rester inchangé, avait tenu bon, dit-il, pendant pas mal de temps. N’empêche qu’elle était menacée par l’ennemi, à savoir le retournement en son contraire, et pour cette raison, il cherchait à la raccourcir encore et l’avait remplacée — pour des motifs inconnus — par un bref « Wie » /« comment », prononcé « vi »/.

Le K correspond au « vielka » = « vieille ». Cela lui rappelait aussi son angoisse lorsque, en classe, la lettre K /c’est-à-dire les garçons dont le nom commençait par un K/ était interrogée, car cela voulait dire que son L à lui s’approchait de très près. Un désir que le K suive le L, le L serait alors déjà dépassé.

Grande réduction chez le patient des transferts liés au traitement. Il a très peur de rencontrer ma fille. Me raconte tout à fait inopinément qu’un de ses testicules n’était pas descendu, sa puissance étant néanmoins très bonne. Dans un rêve il avait rencontré un capitaine qui ne portait les insignes de son grade que sur le côté droit, et l’une des trois étoiles pendait. Il souligna l’analogie avec l’opération de sa cousine /pp. 216-217 ; 240/.

12 déc. — Ses transferts « sales » continuent et d’autres sont à prévoir. Il s’avère être un renifleur. Dans sa jeunesse il était capable de reconnaître les gens à l’odeur de leurs vêtements ; il savait distinguer les odeurs familières et l’odeur des cheveux des femmes lui procurait un plaisir franc. Il apparaît en outre qu’il a opéré un transfert du combat inconscient qui est à l’origine de sa maladie en déplaçant l’amour pour sa cousine sur la couturière ; et maintenant il met cette dernière en compétition avec ma fille qui représente la moitié riche et respectable. Avec la couturière sa puissance est excellente. Aujourd’hui, il s’est risqué à s’attaquer au problème de sa mère. Il eut d’elle un souvenir très précoce où elle est allongée sur un canapé ; elle s’est assise, a sorti quelque chose de jaune de sous sa robe et l’a mis sur une chaise. À ce moment-là, il avait voulu le toucher ; mais dans son souvenir c’était quelque chose d’horrible. Plus tard la chose s’est avérée être pour lui une sécrétion, ce qui amena un transfert selon lequel tous les membres féminins de ma famille étouffaient dans une mer de diverses sécrétions écœurantes. Il supposait que toutes les femmes avaient des sécrétions dégoûtantes et s’étonnait plus tard de leur absence chez les deux femmes de ses deux liaisons. Sa mère a souffert d’une affection abdominale et ses organes génitaux dégagent une mauvaise odeur, ce qui le met très en colère actuellement. Elle dit elle-même qu’elle sent mauvais si elle ne prend pas des bains fréquents mais qu’elle n’en a pas les moyens, ce qu’il trouve épouvantable.

Il me raconta deux charmantes histoires d’enfants. L’une a pour sujet une petite fille de cinq ou six ans très intriguée par le Père Noël. Elle faisait semblant de dormir et vit son père et sa mère remplir ses chaussures et ses chaussettes de pommes et de poires. Le lendemain matin elle dit à sa gouvernante : « Il n’y a pas de Père Noël. C’est Papa et Maman qui font ça. Maintenant je ne crois plus à rien, même pas à la cigogne. C’est aussi Papa et Maman qui font ça. » L’autre anecdote concernait son petit neveu de 7 ans. Il est très peureux et les chiens l’épouvantent. Son père lui dit : « Que ferais-tu si deux chiens s’amenaient ? — Je n’ai pas peur de deux chiens. Ils vont se sentir le derrière si longtemps que j’aurai le temps de m’échapper. »

14 déc. — Il s’entend bien avec la jeune fille, elle est naturelle, ce qui lui plaît, et il est très puissant avec elle ; mais il ressort à travers des exemples de compulsions moins sévères dont il a permis l’émergence qu’il existe un courant de sentiments hostiles à l’égard de sa mère, contre lesquels il réagit en exagérant sa considération pour elle et qui dérivent de son éducation contraignante, notamment au sujet de sa saleté. Anecdote à propos des éructations de sa mère ; et il avait dit, à l’âge de douze ans, qu’il ne pouvait pas manger à cause de ses parents.

16 déc. — Quand il était avec la couturière, il pensait « pour chaque coït, un rat pour ma cousine ». Ce qui montre que les rats sont quelque chose avec quoi on paie. La phrase est le produit d’un compromis entre des courants de sentiments amicaux et hostiles ; car (a) chaque coït de ce genre fraye le chemin à un rapport avec la cousine, et (b) chaque coït est un défi contre elle et vise à la faire enrager.

Le tableau est fait d’idées claires et conscientes, de phantasmes, de délires /p. 222 ; 243/, d’associations compulsives et de transferts.

Il me raconta une expérience « terrifiante » en rapport avec l’histoire des rats. Une fois, avant sa maladie, comme il visitait la tombe de son père, il vit passer derrière la tombe une bête qui ressemblait à un rat. (C’était probablement une belette comme il y en a tant à cet endroit.) Il supposait — ce qui semblait très probable — que l’animal venait de faire un repas de son père. Lès idées de son les relatives à la vie après la mort sont aussi solidement matérialistes que celles des anciens Égyptiens. Ceci est en rapport avec son hallucination après le discours du capitaine N... au sujet des rats lorsqu’il voyait le sol se lever devant lui comme s’il y avait un rat en dessous, ce qu’il prit pour un augure. Il ne soupçonnait pas cette relation.

19 déc. — Nous avons compris son avarice. Une remarque que sa mère avait laissé échapper disant que ses liens avec Rubensky valaient plus qu’une dot, l’avait convaincu que son père avait renoncé à son amour et épousé sa mère pour obtenir un avantage matériel. À cela vint s’ajouter le souvenir des embarras financiers de son père pendant son service militaire, le tout lui ayant fait détester la pauvreté qui pousse les gens à commettre de tels crimes. De cette façon la piètre opinion qu’il avait de sa mère se trouvait satisfaite. C’est pourquoi en faisant des économies il n’aurait pas à trahir son amour. Pour la même raison, il confie tout son argent à sa mère, car il ne veut rien recevoir d’elle ; cet argent appartient à sa mère et ce n’est pas de l’argent béni.

Tout ce qui est mauvais en lui, dit-il, lui vient du côté de sa mère. Son grand-père maternel était un homme brutal qui maltraitait sa femme. Tous ses frères et sœurs ont été l’objet, comme lui, d’un grand processus de transformation, devenant, de mauvais enfants qu’ils étaient, des gens de grande valeur. C’était moins vrai pour son frère, un véritable parvenu.

21 déc. — Dans sa conduite et dans ses transferts fiés au traitement il s’est identifié à sa mère. Conduite : des remarques stupides tout le long de la journée, s’appliquant à dire des choses désagréables à toutes ses sœurs, à faire des commentaires critiques sur sa tante et sa cousine. Transferts : l’idée lui était venue de me dire qu’il ne me comprenait pas et il avait pensé « 20 kronen sont assez pour le Parch »178, etc. Il confirma ma construction en disant qu’il utilisait exactement les mêmes mots que sa mère en parlant de la famille de sa cousine. Il semble probable qu’il s’identifie aussi à sa mère quand il critique son père, entretenant ainsi à l’intérieur de lui-même les différences entre ses parents. Dans un rêve (ancien) qu’il me raconta il faisait un parallèle direct entre ses propres raisons de haïr son père et celles de sa mère : — Son père était de retour. Il n’en était pas surpris (la force de son désir). II était immensément content. Sa mère disait, réprobatrice : « Friedrich, pourquoi nous as-tu laissés sans nouvelles de toi depuis si longtemps ? » Il pensa qu’après tout il faudrait réduire les dépenses, puisqu’il y aurait une personne de plus à la maison. Cette pensée était une vengeance contre son père, qui, paraît-il, était au désespoir à sa naissance, comme il l’était à l’arrivée de chaque nouveau bébé. Il y avait autre chose à l'arrière-plan : son père aimait qu’on demande toujours sa permission, comme s’il avait l’intention d’abuser de son autorité, alors qu’en fait il trouvait peut-être seulement plaisir à avoir l’impression que tout venait de lui. La plainte de sa mère remontait à une histoire à elle : elle se trouvait à la campagne et son père écrivait si rarement qu’elle revint à Vienne pour voir ce qui se passait. En d’autres termes, elle se plaignait d’être mal traitée.

23 déc. — Très bouleversé par la nouvelle maladie du Dr Pr. Le caractère du Dr Pr. ressemble à celui de son père, un homme de bien malgré sa rudesse. Le patient revit exactement ce qu’il a vécu lors de la maladie de son père. Par hasard, il s’agit de la même maladie — un emphysème. De plus, ses regrets ne sont pas exempts de sentiments de revanche. Il s’en rend compte grâce à des phantasmes où Pr. est déjà mort. Ces sentiments peuvent être dus au fait que dans sa famille on lui a longtemps reproché de n’avoir pas assez insisté pour que son père prenne sa retraite. La sanction par les rats s’étend également à Pr. Il lui vint à l’esprit que quelques jours avant la mort de son père, Pr. dit qu’il se sentait malade lui-même et qu’il avait l’intention de confier le cas au Dr Schmidt. C’était manifestement parce que le cas était désespéré et qu’il en était trop profondément affecté en raison de leur vieille amitié. Le patient avait alors pensé : « Les rats quittent le navire qui sombre. » Il s’était mis dans la tête que son désir allait tuer Pr. et qu’il était en mesure de le maintenir en vie — idée qui venait de sa toute-puissance. Il pensait qu’il avait réellement maintenu sa cousine en vie à deux reprises par son vœu. Une fois l’année dernière, lorsqu’elle souffrait d’insomnies, il était resté debout toute la nuit et elle avait en effet mieux dormi cette nuit-là pour la première fois. En outre, quand elle souffrait de ses crises, chaque fois qu’elle était à la limite de perdre connaissance, il parvenait à la tenir éveillée en lui disant quelque chose qui l’intéressait. Même dans cet état elle réagissait à ses remarques.

Quelle est l’origine de cette idée de toute-puissance ? Je crois qu’elle remonte au premier décès dans la famille, celui de Catherine — au sujet duquel il avait trois souvenirs /p. 264 ; 1/. Il corrigea et compléta le premier. Il voyait qu’elle était portée au lit, ce n’était pas par son père, et c’était avant qu’on sache qu’elle était malade. Car son père grondait et elle fut emportée du lit de ses parents. Cela faisait longtemps qu’elle se plaignait d’être fatiguée, sans qu’on en ait tenu compte. Mais une fois, alors que le Dr Pr. était en train de l’examiner, il avait pâli. Il avait diagnostiqué un carcinome ( ?) auquel elle devait plus tard succomber. Quand je discutai des raisons qu’il avait de se sentir coupable de sa mort, il souleva un autre point, également important, car encore une fois il avait omis de se rappeler une idée de toute-puissance. Quand il avait vingt ans, ils avaient employé une couturière à qui il faisait sans cesse des avances agressives, mais qui ne l’intéressait pas vraiment parce qu’elle avait des prétentions et un désir excessif d’être aimée. Elle se plaignait de ce que les gens ne l’aimaient pas ; elle lui demandait de l’assurer qu’il l’aimait et était désespérée quand il refusait carrément. Quelques semaines plus tard, elle se jeta par la fenêtre. Il dit qu’elle ne l’aurait pas fait s’il avait accepté une liaison avec elle. Ainsi la toute-puissance se manifeste quand on donne ou retient son amour dans la mesure où l’on possède le pouvoir de rendre quelqu’un heureux.

Le lendemain il fut surpris de ce qu’après avoir fait cette découverte il n’en ait pas ressenti de remords mais il se dit qu’en réalité ils étaient déjà présents. (Excellent !)

Il se proposa ensuite de faire un compte rendu historique de ses idées obsessionnelles. La première datait de déc. 1902 alors qu’il pensa tout d’un coup qu’il fallait qu’il passe son examen à une date donnée, en janvier 1903, ce qu’il fit. (Après la mort de sa tante et les reproches qu’il s’adressait à la suite des critiques de son père.) Il l’entend parfaitement comme un zèle différé. Son père s’était toujours inquiété de son manque d’application. Son idée était donc que si son père vivait, il souffrirait de sa paresse, et c’est toujours vrai. Je lui ai fait remarquer que cette tentative de nier la réalité de la mort de son père était le fondement de toute sa névrose. En février 1903, après la mort d’un de ses oncles, qui lui était indifférent, ses auto-reproches reprirent de plus belle parce qu’il avait dormi toute la nuit /de la mort de son père/. Extrême accablement, idées de- suicide, horreur à l’idée de sa propre mort. Que veut dire mourir ? se demande-t-il. Tout se passe comme si le son du mot devait le lui dire. Cela devait être épouvantable de ne plus rien voir ou entendre ou sentir. Le caractère erroné de sa conclusion lui échappait totalement et il évitait ces pensées en supposant qu’il y avait un monde dans l’au-delà et une immortalité. Pendant l’été de la même année, 1903, il eut, en traversant le Mondsee en bateau, l’idée de se jeter à l’eau. Il revenait en compagnie de Julie d’une visite chez le Dr E... dont elle était amoureuse. À force de se demander ce qu’il pouvait faire pour son père, il finit par émettre l’hypothèse, « s’il fallait que tu te jettes à l’eau afin qu’il ne lui arrive rien de mal... », hypothèse immédiatement suivie d’un ordre effectif /allant dans le même sens/. Jusque dans ses formulations mêmes ces réflexions étaient analogues à celles qui précédèrent la mort de son père lorsqu’il se demandait s’il ne devait pas renoncer à tout pour le sauver. De là un certain parallèle avec sa cousine qui l’avait maltraité une deuxième fois cet été-là. Sa fureur contre elle avait été terrible, il se rappelle avoir pensé soudain, couché sur le canapé, « c’est une putain », ce qui Phorrifia. Il ne doute plus qu’il ait eu à expier des sentiments similaires de fureur contre son père. En ce temps-là, ses craintes oscillaient déjà entre son père et sa cousine (« putain » semble impliquer une comparaison avec sa mère). L’ordre de se jeter à l’eau n’a donc pu venir que de sa cousine — il était son amoureux éconduit.

27 déc. — Il commença par une rectification. C’était en déc. 1902 qu’il avait parlé à son ami des reproches qu’il se faisait. Il avait passé son examen en janvier et ne s’était donné, à ce moment-là, aucune daté limite comme il l’avait imaginé à tort ; ce n’est qu’en 1903 qu’il l’avait fait, la date fixée étant juillet.

Au printemps /1903 ?/ il avait éprouvé de violents remords (pourquoi ?). Un détail apporta la réponse. Il s’était soudain agenouillé, avait évoqué des sentiments pieux et pris la décision de croire en un monde et une vie dans l’au-delà, ce qui l’entraîna vers le christianisme et l’engagea à aller à l’église à Unterach après avoir traité sa cousine de putain. Son père n’avait jamais consenti à se faire baptiser, tout en regrettant que ses ancêtres ne lui aient pas épargné cette affaire déplaisante. II avait souvent dit au patient qu’il ne ferait pas d’objection à sa conversion au christianisme, s’il y tenait. Serait-ce, lui ai-je demandé, parce qu’à ce moment-là une jeune fille chrétienne s’est présentée comme la rivale de sa cousine ? « Non ». « Les Rubensky sont juifs, n’est-ce pas ? » — « Oui, et pratiquants. » Devenir chrétien, c’était donc mettre un point final à tout le projet Rubensky. Ainsi, lui dis-je, le fait de s’agenouiller devait être dirigé contre le projet R... et il devait donc être au fait de ce projet avant la scène de l’agenouillement. Il ne le pensait pas, mais convenait qu’il y avait là quelque chose qui ne lu était pas clair. Par contre, il se rappelait nettement comment le projet avait commencé — il était allé avec son cousin (et futur beau-frère) Bob St. rendre visite chez les R... où le projet de leur installation près du Marché au Bétail fut mentionné, St. comme avocat et lui comme son clerc. St. l’avait insulté à ce sujet. Au cours de la conversation il avait dit « à condition que tu sois prêt à ce moment-là ». Il est toujours possible que sa mère lui ait parlé de ce projet plusieurs mois auparavant.

Il me raconta que pendant le printemps 1903 il n’avait étudié que mollement. Il établissait un emploi du temps, mais ne travaillait que le soir, jusqu’à minuit ou 1 heure du matin. Il lisait des heures durant, n’en retenant rien. À ce moment il intercala le souvenir d’un serment fait en 1900 de ne plus jamais se masturber — le seul dont il se souvienne. À cette époque, toutefois, il avait l’habitude, une fois sa lecture terminée, d’allumer toutes les lampes dans le hall et dans l’entrée, de retirer tous ses vêtements, et de se regarder dans la glace. Il se demandait avec quelque inquiétude si son pénis était trop petit, mais comme au cours de ces scènes il atteignait un certain degré d’érection, il se sentait rassuré. Parfois il se mettait aussi une glace entre les jambes. En plus, il avait à ces moments-là l’illusion que quelqu’un frappait à la porte d’entrée. Il pensait que c’était son père qui essayait d’entrer dans l’appartement, et que si la porte ne s’ouvrait pas il aurait le sentiment de ne pas être désiré et s’en irait. Il pensait qu’il venait souvent frapper à la porte. Il poursuivit ces pratiques jusqu’à ce que leur caractère pathologique finisse par lui faire peur et il s’en débarrassa en pensant « si je fais cela, mon père en pâtira ».

Tout ce matériel était décousu et inintelligible. Mais il se met en place si l’on suppose que, pour des raisons superstitieuses, il attendait une visite de son père entre minuit et 1 heure du matin et s’arrangeait pour travailler la nuit afin que son père le surprenne en train de travailler ; mais qu’alors — après un laps de temps à fin d’isolation et un /—/179 d’incertitude concernant le temps — il réalisait ce qu’il considérait lui-même comme un équivalent masturbatoire, mettant ainsi son père au défi. Il confirma le premier point et quant au deuxième il dit le sentir lié à quelque obscur souvenir d’enfance, qui, cependant, ne parvint pas à émerger.

La veille de son départ pour la campagne, au début ou au milieu du mois de juin, eut lieu la scène d’adieu de sa cousine qui était rentrée avec X..., scène où il avait le sentiment d’avoir été désavoué par elle. Lors des premières semaines de son séjour à Unterach180 il risqua un coup d’œil à travers les fentes de la cabine de bains et vit une très jeune fille toute nue. Plongé dans un état de grande détresse par les reproches qu’il se faisait, il se demandait comment elle serait affectée, si elle se savait épiée.

Le récit de cette suite d’incidents absorbe toute allusion aux événements actuels.

28 déc. Il avait faim et on lui a donné à manger.

Suite de son histoire. Compulsion à Unterach. Soudain il eut l’idée qu’il devait se faire maigrir. Il quitta la table — laissant là bien entendu son pudding — et se mit à courir au soleil jusqu’à ce qu’il ruisselle de transpiration. Alors il s’arrêta pour se remettre à courir à plusieurs reprises. Il se lançait à l’assaut des montagnes de la même manière. Au bord d’un précipice abrupt il eut l’idée de le traverser en sautant. Ce qui de toute évidence eût été sa mort. Il poursuivit en mentionnant un souvenir de son service militaire, pendant lequel il n’avait pas trouvé les ascensions faciles. Lors des manœuvres d’hiver dans le Exelberg181, il était resté à la traîne et avait essayé de se donner du courage en imaginant que sa cousine l’attendait en haut de la montagne. Cela fut sans effet, il continuait à rester à la traîne et finit par se retrouver parmi les hommes qui avaient quitté les rangs. Il pensait que lors de son service militaire — l’année où son père mourut — ses premières obsessions prenaient toutes des formes d’hypothèses : « Si tu commettais un acte d’insubordination. » Il se figurait des situations telles qu’elles puissent donner la mesure de son amour pour son père. S’il marchait dans les rangs et voyait son père s’affaisser devant ses yeux, quitterait-il son rang pour courir à son secours ? (Souvenir de son père empochant ses gains et courant-pour rattraper la colonne) /p. 290 ; 1/. Ce phantasme avait pris son origine en une occasion où, lors d’une marche, parti des casernes, il était passé devant sa maison. Au cours des premières semaines difficiles qui suivirent la mort de son père, il n’avait pas pu voir sa famille puisqu’il était alors confiné dans les casernes pendant trois semaines. Son séjour à l’armée n’avait pas été un succès. Il avait été apathique et inefficace et son lieutenant était une brute qui les frappait avec le plat de son sabre s’ils échouaient à exécuter certains mouvements. Souvenir de St. qui une fois s’était enhardi jusqu’au point de dire : « Nous pouvons nous passer du sabre, mon lieutenant. » L’homme s’était éloigné, gêné, puis s’approcha de lui et dit : « La prochaine fois j’apporterai une cravache. » Le patient devait réprimer une colère considérable à ce propos ; il eut plusieurs phantasmes dans lesquels il le provoquait en duel, mais finit par y renoncer. À certains égards, il était content que son père ne soit plus en vie. En tant qu’ancien soldat, il eût été très bouleversé. Son père lui avait donné une lettre d’introduction. Quand le patient lui avait présenté une liste des officiers, son père reconnut un des noms — le fils d’un officier sous les ordres duquel il avait lui-même servi —, et lui écrivit. Suivait une histoire concernant le père de cet officier. Une fois, de sérieuses chutes de neige avaient empêché le train d’entrer en gare à Pressbourg, et le père du patient avait armé les juifs de pelles, bien que l’accès du marché leur fût en principe interdit. L’officier qui, à l’époque, était chargé de l’Intendance, s’approcha de lui et dit : « Félicitations, vieux camarade, ça, c’est du bon travail », sur quoi son père rétorqua : « Espèce de raté182 !

Vous m’appelez « vieux camarade » maintenant parce que je vous ai tiré d’affaire, mais vous me traitiez autrement dans le temps. » (La course constitue manifestement un effort pour plaire à son père.)

À Unterach, une autre compulsion, influencée par le désaveu de sa cousine : une compulsion à parler. En général, il ne parle pas beaucoup à sa mère, mais, là, il s’obligeait, quand il se promenait avec elle, à lui parler sans cesse. Il faisait des coq-à-l’âne et disait un tas de bêtises. Il en parla comme s’il s’était agi d’un phénomène général, mais son exemple montrait que cela avait commencé avec sa mère. — Une banale obsession de compter, c’est-à-dire compter jusqu’à 40 ou 50 dans l’intervalle entre le tonnerre et l’éclair /p. 259 ; 1/. — Une sorte d’obsession de protéger. Quand il se trouvait avec elle en bateau et que la brise était forte, il fallait qu’il lui mette sa casquette sur la tête. C’était comme s’il avait reçu l’ordre de faire en sorte qu’il ne lui arrive rien. — Obsession de comprendre. Il s’obligeait à comprendre chaque syllabe de ce qu’on lui disait comme si quelque trésor inestimable eût pu lui échapper. Par conséquent il demandait sans arrêt : « Qu’avez-vous dit ? », et la chose répétée lui semblait différente de la première entendue, ce qui l’amusait183 beaucoup.

Il est nécessaire de mettre ce matériel en rapport avec sa cousine. Elle lui avait expliqué que ce qui lui avait semblé être une manière de le décourager, n’était en réalité qu’une tentative de sa part de le sauver184 du ridicule devant X... Cette explication a dû fondamentalement modifier la situation. L’obsession de protéger exprimait de toute évidence le remords et l’expiation. L’obsession de comprendre prenait également sa source dans la même situation ; car c’était précisément ces paroles qu’elle avait prononcées qui lui étaient si précieuses. En réalité, il n’avait pas eu cette obsession-là avant l’arrivée de sa cousine. On comprend facilement comment elle s’est généralisée. Les autres formes d’obsessions étaient présentes avant l'éclaircissement avec sa cousine, autant qu’il s’en souvienne. Son besoin de compter à l’occasion des orages tenait de l’oracle et va dans le sens d’une peur de la mort — le nombre d’années qu’il lui restait à vivre. Et encore, ses courses sous le soleil tenaient du suicide, à cause de son amour malheureux. Tout ceci, il le confirma.

Avant de quitter Unterach, il confia à son ami Y..., qu’il avait un sentiment de certitude étrange qu’il ne retournerait pas à Vienne.

Depuis son enfance, des idées nettes de suicide lui étaient familières. Notamment, quand il rentrait de l’école avec de mauvaises notes, dont il savait qu’elles feraient de la peine à son père. Une fois, cependant, qu’il avait dix-huit ans, la sœur de sa mère leur rendit visite. Son fils s’était tué d’un coup de revolver dix-huit mois auparavant à cause d’un amour malheureux, disait-on, et le patient pensait que c’était encore pour Hilde, de qui le jeune homme avait été très amoureux dans le temps, qu’il s’était tué. Cette tante avait l’air si triste et si abattue, qu’il fit le serment, à cause de sa mère, de ne jamais se suicider, quoi qu’il lui arrive, même s’il était déçu en amour. Sa sœur Constanze lui dit, à son retour de sa course : « Tu verras, Paul, un de ces jours tu auras une attaque. »

S’il à eu des impulsions suicidaires avant l'’éclaircissement, elles n’ont pu servir qu’à le punir pour avoir souhaité, dans sa colère, la mort de sa cousine. Je lui donnai à lire la Joie de vivre, de Zola185.

Il poursuivit en me racontant que le jour où sa cousine quitta U... il trouva une pierre au milieu de la route et eut le phantasme que la voiture de sa cousine pourrait s’y heurter et qu’elle pourrait avoir un accident. Il l’écarta donc, mais au bout de vingt minutes l’idée lui vint que c’était absurde et il revint sur ses pas et remit la pierre en place. Ainsi, nous avons encore une fois une impulsion hostile envers sa cousine parallèlement à une impulsion de protection.

2 déc.186 / ? janv./. — Interruption due à la maladie et à la mort du Dr Pr. Il le traitait comme son père, arrivant ainsi à des relations personnelles avec lui, dans lesquelles se faisaient jour toutes sortes d’éléments hostiles. Des vœux-de-rats, dérivés du fait qu’il était leur médecin de famille et recevait de l’argent de leur part. « Autant de kreuzers, autant de rats », se dit-il, en mettant de l’argent dans le plateau de quête pendant l’enterrement. En s’identifiant à sa mère, il trouvait même des motifs pour lui vouer une haine personnelle ; car elle lui avait reproché de n’avoir pas persuadé son père de prendre sa retraite. Sur le chemin du cimetière, il se surprit encore une fois à sourire de ce sourire étrange qui le gênait chaque fois qu’il assistait à un enterrement. Il fit aussi mention d’un phantasme dans lequel le Dr Pr. attaquait sexuellement sa sœur Julie. (Probablement une jalousie relative à des examens médicaux.) Puis il évoqua le souvenir de son père faisant à sa sœur, quand elle avait dix ans, quelque chose qu’il n’aurait pas dû lui faire. Il avait entendu des cris venant de la chambre et quand son père en sortit, il dit : « Cette fille a un cul comme un roc. » Assez curieusement sa conviction d’avoir vraiment nourri des sentiments de rage à l’égard de son père n’a fait aucun progrès bien qu’il soit conscient de pouvoir logiquement penser qu’il avait bien eu de tels sentiments.

Dans ce contexte, il y a eu, mais on ne voit pas clairement à quel propos, un phantasme de transfert. Entre deux femmes — ma femme et ma mère — un hareng était tendu, allant de l’anus de l’une à celui de l’autre. Une fille le coupa en deux et les deux morceaux tombèrent (comme pelés). Tout ce qu’il put d’abord en dire était qu’il avait horreur des harengs \ lorsque récemment on lui a donné à manger /cf. p. 303 ; 53/, il avait eu un hareng et l’avait laissé sans y toucher. La fillette était celle qu’il avait vue dans l’escalier et qu’il avait prise pour ma fille de douze ans.

2 janv. [1908]. — (Expression non déguisée.) Il s’étonnait d’avoir été si fâché ce matin quand Constanze l’avait invité à aller au spectacle avec elle. Il lui fit promptement le vœu des rats, puis commença à se demander s’il devait y aller ou non et laquelle des deux décisions frayerait le chemin à une compulsion. Cette invitation avait perturbé un rendez-vous avec la couturière et une visite chez sa cousine qui est malade (ce sont ses propres mots). Sa dépression de ce matin est probablement due à la maladie de sa cousine.

À part cela, il n’avait apparemment que des trivialités à me rapporter aujourd’hui et j’étais en mesure de lui dire pas mal de choses. En souhaitant les rats à Constanze, il avait eu la sensation qu’un rat lui rongeait l’anus et en avait eu une image visuelle. J’établis un lien qui éclaire les rats d’un jour nouveau. Tout compte fait, il avait eu des vers. Qu’est-ce qu’on lui a donné contre eux ? « Des comprimés. » Pas de lavements ? Il pensait se souvenir qu’il avait dû en avoir aussi. Si oui, il a dû s’y opposer avec vigueur, étant donné qu’ils recelaient un plaisir refoulé. Il en convint aussi. Avant cela, il a dû avoir une période de prurit anal. Je lui dis que l’histoire du hareng me rappelait beaucoup les lavements. (Il venait juste d’utiliser la phrase « wächst ihm zum Hais heraus ». /« Il en avait assez. » Littéralement : « cela lui poussait en dehors de la gorge »/.) N’avait-il pas eu d’autres vers encore — des ténias — contre lesquels on vous donne des harengs, ou n’en avait-il pas du moins entendu parler ? Il ne le pensait pas, mais continuait à parler de vers. (Quand il était à Munich il découvrit un gros ver annelé dans ses selles après avoir rêvé qu’il se trouvait debout sur un tremplin qui tournait dans un mouvement circulaire. Ce qui correspondait aux mouvements du ver. Il ressentit un besoin irrésistible de déféquer, aussitôt réveillé). Une fois, alors qu’il avait dix ans, il avait vu son cousin déféquer et celui-ci lui avait montré un gros ver dans ses selles ; il en avait été très dégoûté. En association il évoqua une frayeur qu’il décrivait comme la plus forte de son existence. Quand il avait moins de six ans, il emprunta pour jouer un oiseau empaillé qui venait d’un chapeau de sa mère. Il courait avec l’oiseau dans la main et les ailes se mirent à bouger. Il eut terriblement peur que l’oiseau ne se soit remis à vivre et le laissa tomber. Je pensai à la relation avec la mort de sa sœur — la scène a sûrement eu lieu après — et je lui fis remarquer que cette pensée (au sujet de l’oiseau) lui avait facilité la croyance ultérieure en la résurrection de son père.

Comme il n’y réagit pas, je lui donnai une autre interprétation, à savoir, une érection obtenue à l’aide de ses mains. Je dépistai un lien avec la mort, puisqu’à une époque préhistorique, il avait été menacé de mort s’il se touchait et obtenait une érection, et suggérai l’idée qu’il attribuait la mort de sa sœur à la masturbation. Il me suivit jusqu’à se demander comment il se faisait qu’il n’avait jamais été amené à se masturber à la puberté alors qu’il avait été tourmenté par de constantes érections, même étant petit. Il décrivit une scène où il avait effectivement montré une érection à sa mère. Sa sexualité s’était résumée à la satisfaction de seulement regarder /Mademoiselle/ Peter et d’autres femmes. Il lui suffisait de penser à une femme séduisante sans vêtements pour avoir une érection. Il se souvenait nettement de s’être trouvé dans une piscine réservée aux femmes et d’y avoir vu deux filles de douze et de treize ans dont les cuisses lui plaisaient tant qu’il eut le désir précis d’avoir une sœur avec de si jolies cuisses. Puis succédait une période d’homosexualité avec des amis garçons ; le contact se limitait à des regards et, tout au plus au plaisir qu’il en tirait. Voir se substituait chez lui au toucher. Je lui rappelai les scènes devant le miroir après ses lectures nocturnes /p. 302 ; 1/ au cours desquelles, d’après l’interprétation, il s’était masturbé pour mettre son père au défi, après avoir étudié pour lui plaire — de même que son « Que Dieu le protège » était suivi d’une négation. On en est resté là.

Puis il me raconta le rêve de vers qu’il avait fait à Munich, ensuite quelques renseignements concernant ses selles précipitées du matin, ce qui était lié à son phantasme transférentiel au sujet du hareng. Il associait la fille qui accomplissait avec une « virtuosité tranquille » la difficile tâche /de couper le hareng en deux/ à Mizzi Q..., une charmante petite fille, qui avait huit ans quand il fréquentait sa famille, avant qu’il ne passe son doctorat. Il devait prendre le train de 6 heures pour Salzbourg. Il était très grincheux, car il savait qu’il allait bientôt avoir envie de déféquer et lorsqu’en effet il en ressentit le besoin, il s’excusa et alla à la gare. Il manqua le train et Mme Q... le surprit en train d’arranger son pantalon. Toute la journée il se sentit déshonoré à ses yeux. À ce moment il pensa à un taureau, puis laissa tomber /le cours de ses associations/. Il poursuivit avec une association ostensiblement hors de propos. Lors d’une conférence, faite par Schweninger et Harden187 il rencontra le Pr Jodl, qu’il admirait beaucoup en ce temps-là, et échangea en effet quelques mots avec lui. Mais Jodl veut dire taureau188, comme il le sait fort bien. À peu près à cette époque Schônthan189 avait écrit un article où il décrivait un rêve dans lequel il était à la fois Schweninger et Harden, étant ainsi en mesure de répondre à toutes les questions qu’on lui posait, jusqu’au moment où quelqu’un lui demanda pourquoi les poissons n’ont pas de poils. Il transpira de peur jusqu’à ce qu’une réponse lui vienne, et dit que tout le monde savait bien entendu à quel point les écailles entravaient la croissance des poils, et c’était pourquoi les poissons n’en avaient pas. Voilà ce qui détermina l’apparition du hareng dans le phantasme de transfert. Une fois il m’avait raconté que son amie s’était couchée sur le ventre et il avait pu voir ses poils pubiens par derrière, et je lui avais dit alors que c’était grand dommage que les femmes d’aujourd’hui n’en prennent pas soin et les considèrent comme disgracieux ; et pour cette raison il avait tenu à ce que les deux femmes /de son phantasme/ n’aient pas de poils.

Ma mère semble avoir pris la place de sa grand-mère qu’il n’a jamais connue personnellement, mais il pensait à la grand-mère de sa cousine. Une maison tenue par deux femmes. Lorsque je lui apportai quelque chose à manger, il pensa tout de suite que cela avait été préparé par deux femmes /p. 303 ; 1/.

3 janv. — Si le rat est un ver, c’est aussi un pénis. Je décidai de le lui dire. Si oui, sa formule n’est autre que la manifestation d’une poussée libidinale à des rapports sexuels — une poussée caractérisée et par la rage et par le désir, et exprimée en termes archaïques (datant de la théorie sexuelle infantile des rapports par l’anus). Cette poussée libidinale est aussi ambiguë que le juron utilisé par les Slaves du Sud relatif à l'enculement /p. 215 ; 239/. Auparavant, il me raconta, de très bonne humeur, la solution de son dernier phantasme. C’était ma science qui était l’enfant qui résolvait le problème avec cette joyeuse supériorité d’une « virtuosité souriante », épluchant les déguisements de ses idées, libérant ainsi les deux femmes de ses vœux de hareng.

Après que je lui eus dit que le rat était un pénis, en passant par le ver (à ce point il intercala tout de suite « un petit pénis ») — queue de rat — queue190, il eut tout un fleuve d’associations, dont toutes n’étaient pas dans le contexte et dont la plupart émanaient de l’aspect désir de sa structure. Il rapporta un incident qui se référait à la préhistoire de l’idée des rats et qu’il avait toujours considéré comme étant lié à celle-ci. Quelques mois avant de former l’idée des rats, il avait rencontré dans la rue une femme qu’il reconnut aussitôt comme prostituée ou en tout cas comme quelqu’un qui avait des rapports sexuels avec l’homme qui l’accompagnait. Elle avait un sourire singulier et il eut l’idée étrange que sa cousine se trouvait à l’intérieur de son corps et ses organes génitaux derrière ceux de cette femme, de telle manière que chaque fois que cette femme faisait l’amour, la cousine y trouvât son compte. Puis sa cousine, à l’intérieur de la femme, se gonflait jusqu’à la faire éclater. Ceci peut, bien entendu, seulement vouloir dire que la femme en question était la mère de la cousine, la tante Laura du patient. À partir de ces pensées, qui faisaient d’elle rien de moins qu’une putain, il finit par arriver à son frère, son oncle Alfred, qui insultait sa sœur sans ambages en lui disant : « Tu te poudres le visage comme une chonte »191. Cet oncle mourut dans des souffrances terribles. Après son inhibition il se faisait peur avec la menace qu’il serait lui-même puni de la même manière pour ces pensées. Ensuite lui vinrent différentes idées prouvant qu’il avait vraiment souhaité que sa cousine ait des rapports sexuels ; c’était avant la théorie des rats qui l'obligea, de temps en temps, à l’attaquer à l’aide des rats. Plus loin, une série d’associations en relation avec l’argent et avec l’idée que son idéal avait toujours été de se trouver dans un état de disponibilité sexuelle constante, même tout de suite après avoir fait l’amour. Peut-être qu’il pensait à une transposition dans le monde de l’au-delà ? Deux ans après la mort de son père, sa mère lui avait dit qu’elle avait juré sur la tombe de son père de remplacer rapidement, et à force d’économies, le capital qu’il avait dépensé. Il ne croyait pas qu’elle eût fait ce serment, qui était pourtant la principale raison de ses propres économies. Ainsi, il avait juré (à sa manière habituelle) de ne pas dépenser plus de 50 florins par mois à Salzbourg. Plus tard il rendit incertaine l’inclusion des mots « à Salzbourg » de manière à ne plus jamais pouvoir ni dépenser davantage, ni épouser sa cousine. (Comme le phantasme de hareng, cette idée remontait, en passant par la tante Laura, au courant hostile de ses sentiments pour sa cousine.) Il eut cependant une autre association qui impliquait que si seulement sa cousine s’offrait à lui en dehors du mariage, il n’aurait pas besoin de l’épouser, mais qu’en contrepartie, il serait dans ce cas obligé de payer chaque rapport sexuel en florins comme avec une prostituée. Il revint ainsi à son délire « tant de florins, tant de rats » : c’est-à-dire « tant de florins, tant de queues (coïts) ».

Il va sans dire que tout le phantasme concernant les putains remonte à sa mère — : les suggestions faites quand il avait douze ans par son cousin qui lui dit méchamment que sa mère était une putain et qu’elle en faisait les gestes /p. 277 ; 1/. Les cheveux de sa mère sont maintenant très clairsemés et quand elle se les peigne, il a l’habitude de les lui tirer en disant que c’est une queue de rat. — Une fois quand il était enfant, sa mère était couchée et en bougeant dans le lit, sans, y prendre garde, elle lui a montré son derrière ; il avait pensé que le mariage consistait à se montrer le derrière. Au cours des jeux homosexuels avec son frère, il fut saisi d’horreur, parce qu’une fois pendant leurs ébats dans le lit, le pénis de son frère avait effleuré son anus.

4 janv. — De bonne humeur. Un grand nombre d’autres associations, de transferts, etc., que nous n’avons pas interprétés à ce moment-là. À propos de l’enfant (ma science) qui résolut la calomnie hareng, il avait le phantasme de lui donner un coup de pied, puis celui de son père brisant le carreau d’une fenêtre. À ce propos il raconta une anecdote qui fournissait une explication à sa rancune contre son père. Il avait séché sa première leçon sur la Bible au lycée, ce qu’il avait maladroitement nié. Son père en avait été très contrarié et quand le patient s’était plaint que Hans l’avait frappé, son père avait dit : « C’est bien fait, aussi ; donne-lui un coup de pied. » Autre histoire de coups de pied au sujet du Dr Pr. Le beau-frère du patient, Bob St., hésita longtemps entre Julie et la fille du Dr Pr. qui, mariée, s’appelle maintenant Z... Lorsqu’il devint nécessaire de prendre une décision, il fut convié à un conseil de famille et il proposa que la fille qui l’aimait lui posât directement la question : oui ou non l’épouserait-il ? Le Dr Pr. dit /à elle/ : « Très bien, si tu l’aimes, c’est entendu. Mais si ce soir (après son rendez-vous avec lui) tu peux me montrer la marque de son derrière sur la semelle de ta chaussure, je te prendrai dans mes bras. » Il ne l’aimait pas du tout. Le patient pensa soudain que cette histoire de mariage rappelait beaucoup sa propre tentation Rub. La femme de Pr. était née Rubensky et si Bob avait épousé sa fille, il aurait été le seul candidat au soutien de la famille Rubensky. Poursuivant au sujet de son beau-frère, il /le patient/ dit qu’il /Bob/ était très jaloux de lui. Hier, il y a eu une scène avec sa sœur où il l’a dit carrément. Même les domestiques disaient qu’elle l’aimait et l’embrassait /le = le patient/ comme un amoureux plutôt que comme un frère. Après être resté un moment avec sa sœur dans la pièce à côté, il dit lui-même à son beau-frère : « Si Julie a un bébé dans neuf mois, ne pense surtout pas que c’est moi le père ; je suis innocent. » Il avait déjà pensé qu’il avait le devoir de se conduire très mal pour permettre à sa sœur de n’avoir aucune raison de le préférer en choisissant entre le mari et le frère.

Je lui avais déjà dit, afin de tirer au clair un transfert, qu’il jouait le rôle d’un mauvais homme à mon égard — c’est-à-dire le rôle de son beau-frère. Ce qui voulait dire, lui dis-je, qu’il regrettait de n’avoir pas Julie pour épouse. Ce transfert était le plus récent de ces délires de mauvaise conduite et il l’amena sous une forme très compliquée. Dans ce transfert, il pensait que j’avais fait mon profit du repas que je lui avais donné /p. 303 ; 1/ ; car celui-ci lui avait fait perdre du temps et le traitement en serait plus long. En me remettant mes honoraires, il lui vint à l’esprit qu’il devait me régler également ce repas, c’est-à-dire 70 kronen. Il s’était inspiré d’un sketch (vu dans un music-hall de Budapest) dans lequel un marié maladif offrait à un garçon de café 70 kronen s’il voulait se charger, à sa place, du premier rapport sexuel avec la mariée.

D’après certains signes il avait peur que les commentaires que faisait son ami Springer au sujet du traitement ne le rendent hostile à celui-ci. Chaque fois que je faisais l’éloge d’une de ses idées, il était toujours très content, disait-il, mais une autre voix disait d’autre part, « Je fais la nique à ses louanges », ou bien, moins déguisé, « Je chie dessus ».

La signification sexuelle des rats n’apparut pas aujourd’hui. Son hostilité était beaucoup plus nette, comme s’il avait des remords à mon égard. Les poils pubiens de la jeune femme lui rappelaient la peau d’une souris et cette souris, lui semblait-il, avait quelque chose à voir avec les rats. Il ne se rendait pas compte que c’était là la signification du diminutif « Mausi »192 qu’il utilisait lui-même. Quand il avait quatorze ans, un cousin dépravé lui avait montré son pénis ainsi qu’à son frère /du patient/ en disant : « Le mien demeure dans une forêt » /Meiner hauset in einem Vorwald/ mais il avait compris qu’il disait « Mausel » /petite souris/.

6 et 7 janv. — Il avait un sourire amusé et malicieux, comme s’il avait plus d’un tour dans son sac.

Un rêve et des rogatons. Il avait rêvé qu’il allait chez le dentiste pour se faire arracher une mauvaise dent. Il en arracha une, qui n’était pas celle qu’il fallait, mais celle d’à côté qui n’avait qu’un léger défaut. Une fois extraite, elle l’étonna par ses dimensions. (Deux addenda plus tard.)

Il avait une dent cariée ; elle ne lui faisait pas mal, elle était seulement un peu sensible de temps en temps. Il était allé chez le dentiste pour la faire plomber. Le dentiste, cependant, dit qu’il n’y avait rien d’autre à faire que de l’extraire. D’habitude, il n’était pas peureux, mais l’idée que cette douleur allait d’une façon ou d’une autre faire souffrir sa cousine, le retint et il refusa l’extraction. Il avait sûrement, ajouta-t-il, éprouvé à la dent quelques légères sensations qui donnèrent lieu à ce rêve.

Mais, dis-je, les rêves peuvent négliger des sensations plus fortes que celles-là et même une vraie douleur. Connaissait-il la signification des rêves de dents ? Il se souvenait vaguement que cela avait quelque chose à voir avec la mort des parents proches. « Oui, dans un sens. Les rêves de dents impliquent un déplacement des parties du corps d’en bas vers le haut. » « Comment cela ? » « Le langage assimile le visage aux organes génitaux. » « Mais il n’y a pas de dents en bas. » Je lui fis remarquer que c’était précisément pour cela et qu’arracher la branche d’un arbre avait la même signification. Il connaissait, dit-il, l’expression « s’en tailler une » /pulling one down/193. Mais, objecta-t-il, il ne s’était pas arraché la dent lui-même, elle avait été arrachée par quelqu’un d’autre. Il admettait toutefois avoir éprouvé avec la couturière la tentation de lui faire tenir son pénis et d’avoir su comment y parvenir. En réponse à ma question de savoir s’il commençait déjà à se lasser d’elle, il dit « Oui » avec étonnement. Il avoua avoir peur qu’elle ne le ruine et qu’il ne lui donne ce qui revenait de droit à sa dame bien-aimée. Il s’avéra qu’il avait été très négligent en matière d’argent. Il n’avait pas tenu de comptes et ne savait pas combien elle lui avait coûté par mois. Il avait de surcroît prêté 100 florins à son ami. Il avoua que je l’avais surpris en train de s’arranger pour prendre sa liaison en grippe et retourner à l’abstinence. Je lui dis que je pensais à d’autres interprétations possibles, mais je ne voulais pas lui dire lesquelles. Que pourrait bien vouloir dire le fait qu’il ne s’agissait pas de la bonne dent ?

7 janv. — Il avait lui-même le sentiment que sa sournoise maladie cachait quelque chose. Il était revenu à de meilleurs sentiments envers la couturière. Son deuxième coït ne parvint pas à le faire éjaculer ; une crainte subite l’avait envahi d’uriner au lieu d’éjaculer. Quand il était en classe de 7e à l’école primaire, un de ses camarades lui avait appris que la procréation humaine était assurée par l’homme « faisant pipi » dans la femme. Il avait oublié son préservatif. Il cherchait manifestement les moyens qui lui permettraient de gâcher sa liaison (éprouvant des sentiments inconfortables ?), c’est-à-dire par le coïtus interruptus — impuissance.

Hier il avait quelque chose à ajouter à son rêve. La dent n’avait pas du tout l’air d’une dent, mais d’un bulbe de tulipe /« Zwiebel »/s ce qui lui fit penser à des rondelles d’oignons /également « Zwiebel »/.

Il n’accepta pas les associations qui suivaient — « orchidée » — sa cryptorchidie /testicule non descendu, cf. p. 295 ; 1/ — l’opération de sa cousine /cf. pp. 216-17 ; 240/. À propos de l’opération, il me dit qu’à l’époque il était hors de lui de jalousie. Quand il se trouvait avec elle à la clinique (en 1899), un jeune docteur faisant sa visite était passé la voir et avait mis sa main sur elle sous les couvertures. Il ne savait pas si cela était convenable. En apprenant combien elle avait été courageuse lors de l’opération, il eut l’idée extravagante qu’il en était ainsi parce qu’elle avait pris du plaisir à montrer la beauté de son corps aux docteurs. Il s’étonna de ce que cette idée ne me parût pas si extravagante.

Il avait entendu sa sœur Hilde parler de cette beauté quand il tomba amoureux d’elle en 1898. Il en était d’autant plus impressionné que Hilde a elle-même un très joli corps. Il se peut que son amour y ait pris racine. Sa cousine avait parfaitement compris de quoi ils parlaient et avait rougi. La couturière T..., qui se tua par la suite, disait qu’elle savait qu’il considérait officiellement sa cousine comme la plus belle des femmes tout en sachant parfaitement qu’il y en avait d’autres plus belles qu’elle.

Oui, la dent était un pénis, il s’en rendait compte. Puis il ajouta autre chose : un liquide dégouttait de la dent. — Que signifiait alors le fait que le dentiste lui arrache « la dent » ? Ce n’est que laborieusement qu’il fut amené à voir que l’opération visait l’extraction de sa queue. De même pour ce qui est de l’autre fait évident — que le très grand pénis ne pouvait être que celui de son père ; il convint finalement que c’était là un tu quoque et une revanche contre son père. Les rêves ont beaucoup de mal à mettre à jour des souvenirs aussi pénibles.

20 janv. — Une longue interruption. D’humeur très joyeuse. Beaucoup de matériel. Des progrès. Pas de solution. Une explication au hasard révéla que sa manie de courir pour éviter de grossir /gros = « dick »/ était en rapport avec le prénom de son cousin américain, Dick (diminutif de Richard) — Passwort194 — qu’il détestait /voir pp. 188-9 ; 221/. Mais cette idée venait de moi et il ne l’accepta pas. Cinq rêves aujourd’hui dont quatre où il fut question de l’armée. Le premier révélait une rage contenue contre les officiers et les efforts qu’il faisait pour s’empêcher de provoquer l’un d’eux pour avoir frappé le sale serveur, Adolph, sur le derrière. (Cet Adolph c’était lui.) Ce qui conduisait à la scène avec les rats en passant par le pince-nez perdu (pinces /Kneifer/) et était également en rapport avec une expérience qui datait de sa première année à l’Université. Un ami le soupçonna d’avoir peur de se faire « pincer » /Kneifen/ parce que, s’étant fait gifler par un camarade étudiant, il l’avait provoqué en duel sur l’instigation moqueuse de Springer, puis avait fait comme si de rien n’était. Il avait contre son ami Springer une colère rentrée, source de l’autorité de celui-ci, et également contre un autre homme qui l’avait trahi et qu’en retour, il avait plus tard secouru, au prix de sacrifices. Nous trouvons ainsi une répression sans cesse croissante de la pulsion coléreuse, accompagnée du retour de la pulsion érogène pour la saleté.

[Ici s'interrompt le MS.]


3 Selon une tradition ancienne, plusieurs langues — surtout les germaniques — emploient le titre de docteur pour désigner les personnes ayant passé le doctorat dans une Université, quelle que soit la Faculté. Une des phrases suivantes faisant voir que le patient est juriste, l'équivalent français de son grade serait plutôt « licencié en droit ». Tout au long de ce texte, plusieurs personnages ont leur nom précédé de l’abréviation Dr. Il peut s’agir d’autres juristes ou de médecins.

4 La forme datiere suggère un sujet sie, représentant un singulier, qui pourrait être Zwangsvorstellung (« obsession »). Dans la première publication du cas, in Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschungen, 1909, on trouve « er leide an Zwangsvorstellen », mot qui, comme infinitif substantivé, est normalement un singulier. Le pluriel nous vient du texte publié dans les G.W., p. 384, Zwangsvorstellungen, qui est donc repris par le pronom sie au pluriel, d’où datieren.

5 Notons que le jeune homme nous présente cette personne comme « une dame qu’il vénère » et non pas comme ein Mädchen ou ein Fräulein, das er liebe (« une jeune fille » ou « une demoiselle qu’il aime »).

6 Cf., p. 1, un renseignement du patient sur les récits bibliques. — Cette phrase est omise dans le cas publié.

7 Étant donné l’attention que Freud portait aux images auditives et visuelles chez les malades, nous pensons qu’il a reproduit celles-ci telles quelles.

8 Cette phrase, en contradiction avec la précédente, est modifiée dans le cas publié : G.IV. VII, 417 ; S.E. X, 195 ; fr. 226. — Désormais, les abréviations G. W. et S.E. sans indication du volume signifieront, respectivement, vol. VII et vol. X.

9 Dans le cas publié, München est remplacé par deux astérisques.

10 Complaisance envers Freud, de qui il avait lu un extrait de la théorie sur les rêves (cf. p. 1) et avait feuilleté La psychopathologie de la vie quotidienne (cf. p. 1).

11 Cf. p. 1, où il est spécifié que cela s’est passé à Trieste.

12 Ce passage, à partir de « et sagace », est omis dans le cas publié.

13 Ce début est modifié dans le cas publié : « les deux conditions principales » deviennent « la seule condition à laquelle l’engage la cure », G.W. 385 ; S.E. 159 ; fr. 202.

14 Cette phrase est d’un intérêt historique. Selon Otto Rank (Minutes of the Vienna Psychoanalytic Society, I, 227), c’est ici que, pour la première fois, nous avons un compte rendu d’une analyse menée d’après la technique de l’association libre. Cf. Freud (1925), G.W. XIV, 65 ; S.E. XX, 39 ; fr. 61-2 ; Freud (1923-1924), G.W. XIII, 410 ; S.E. XIX, 195.

15 Cf. note 3, à propos du titre de docteur. Ici il doit s’agir aussi d’un juriste, ancien condisciple à l’Université (p. 1).

16 Les mots verbrecherisch (adj. « criminel ») et Verbrecher (« le criminel ») se rapportent au crime et non au délit, ce qui, pour un juriste, n’est pas sans importance. Cf., p. 1, la prédiction du père.

17 L’expression [Jemandem] Bär en aufbinden, littéralement « attacher des ours [sur quelqu’un] », signifie « raconter des bobards [à quelqu’un] ». L’idée de qualifier ces ours de « médicaux » ne manque pas de saveur. — Cette phrase est omise dans le cas publié.

18 Déception concernant une amitié masculine.

19 Après avoir fait allusion à ce « premier choc », le patient « continue sans transition », comme le remarque Freud, et passe du récit où sa sœur avait été la véritable raison de cette amitié, à celui de sa vie sexuelle, commencée « de très bonne heure ». Cf. p. 1, où Freud se justifie d’un oubli concernant une sœur.

20 Dans ce manuscrit il y a une confusion fréquente : nous ne savons pas si le patient voulait parler de sa 6e ou de sa 7e année (soit, l’âge de 5 à 6 ou de 6 à 7 ans).

21 Cf. le cas publié : G.W. 386 n. 1 ; S.E. 160 n. 1 ; fr. 202 n. 2.

22 Dans le texte allemand, curios se trouve entre guillemets. Bien que n’étant pas germanique, ce mot est assez employé sous l’influence du français. Il est cependant senti, même par des personnes de culture moyenne, comme d’origine étrangère. On conserve ici les guillemets pour respecter l’intention de Freud, quelle qu’elle ait été : la notion de Fremdwort (« mot d’emprunt », littéralement « mot étranger »), ou la reproduction textuelle du mot employé par le patient, quoique son discours soit déjà entre guillemets.

23 « Curiosité » est l’équivalent courant de Neugierde, textuellement « vif désir du nouveau ».

24 Ici, Freud décale pudiquement le centre d’intérêt du petit voyeur sensuel. Il allait écrire « jusqu’à ce que la demoiselle se fût déshabillée », mais il se ravise.

25 Cf. l’imprécision commentée à la note 20.

26 danebenfahren. Expression courante, dont la traduction choisie rend sans doute le sens général sans pouvoir cependant exprimer, dans toute sa plénitude, l’idée concrète du terme. Fahren signifiant normalement « aller, se déplacer [en véhicule] », on aurait ici à peu près littéralement « en avançant, aboutir à côté », tour particulièrement plastique dans ce contexte.

27 Cf. G.W. 386 n. 1 ; S.E. 160 n. ; fr. 202 n.2. Cf aussi ce texte, pp. 1 et  1

28 Cf., p. 1, le rappel de cette même scène.

29 C’est seulement dans un discours transcrit indirectement qu’il y a le mot erraten (« deviner ») au lieu de wissen (« savoir »).

30 La fin de la forme verbale allemande est si peu lisible qu’on pourrait hésiter entre les subjonctifs ausspreche (présent) et ausspräche (imparfait), alors qu’on s’attendrait plutôt à aussprach (imparfait de l’indicatif). Dans le cas publié, la phrase a pris une autre structure, qui exige la forme subjonctive ausspreche.

31 Phrases supprimées dans le cas publié, où Freud dit avoir appris « à cette occasion » que le père était mort depuis plusieurs années (G.W. 388 ; S.E. 162 ; fr. 204). Cf cependant, p. 1, le renseignement sur la date de la mort du père et, p. 1, l'année exacte, 1899. Dans le cas publié, au début de la 4e séance, une erreur de calcul de Freud place cette mort un peu avant (G.W. 398 ; S.E. 174 ; fr. 212).

32 « Expérience vécue » ou « vécu » (substantif) rendent imparfaitement l’allemand Erlebnis, mot de la langue courante signifiant aussi « événement », employé également en psychanalyse. Le verbe allemand erleben est rendu par Flournoy (apud Lalande, 1951) par « expériencer », d’après l’anglais to experience ; il reste que le substantif « expérience » recouvre à la fois Erlebnis et Erfahrung (« expérience acquise [dans la vie]) ». Néologisme pour néologisme, nous proposons « vivance » qui, par sa consonance, ne choque pas plus (cf. survivance), et pour lequel nous nous inspirons de deux langues ibéro-romanes : esp. vivencia ; port, vivência.

33 Dans le cas publié, le mot Galizien est remplacé par deux astérisques.

34 Nous avons consulté, dans la Nationalbibliothek de Vienne, la collection de cartes d’état-major remontant au début du siècle, à l’époque où la Galicie faisait partie de l’Autriche-Hongrie. La localité de Spas se trouve à 35 km au sud-est de Przemyél, dans le district de Stary Sambor. Actuellement Przemyél se trouve en Pologne, tout près de la frontière soviétique ; la localité de Spas se trouve donc en Ukraine. — Dans le cas publié, le nom de cette localité est remplacé par un astérisque.

35 Ce serait, en réalité, la « réintroduction ». Cf. p. 1, où il est question d'un châtiment corporel infligé par le père du patient à un inférieur.

36 Grâce à l’article de Léonard Shengold paru dans l'International Journal of Psycho-Analysis, vol. 52, p. 277, nous avons eu l’attention attirée sur le fameux livre d’Octave Mirbeau (1898), Le jardin des supplices. En effet, il n’est pas exclu que le capitaine ait lu cette œuvre, dont la dédicace aurait pu le frapper : « Aux prêtres, aux soldats, aux juges, aux hommes qui éduquent, dirigent, gouvernent les hommes, je dédie ces pages de meurtre et de sang. » Dans ce livre on trouve décrit, avec un raffinement terrifiant, le supplice du rat. Il s’agit d’un très gros rat qu’on aurait privé de nourriture pendant deux jours. — Cf. p. 1, où Freud manifeste sa surprise lorsque le patient se réfère à deux rats.

37 Freud veut rassurer le patient. Il refuse d’être pris pour le « capitaine cruel » (expression employée dans le cas publié : G.W. 297 ; S.E. 173 ; fr. 211). Plus loin, p. 1, nous apprenons qu’à la suite de cette dénégation le patient appelle Freud « mon capitaine ».

38 Le terme employé en allemand [jemandem etwas] schenken veut dire aussi bien « dispenser [quelqu’un de quelque chose] » que « dispenser [quelque chose à quelqu’un] ».

39 Nous nous demandons pourquoi Freud parle de deux comètes : une seule aurait suffi pour exprimer son incapacité de faire un tel don. S’agit-il d’une allusion à un événement astronomique (une comète dédoublée), d’un fait linguistique, ou d’un fantasme contre-transférentiel (deux... quoi ?) ?

40 Ce mot pourrait être rendu par un autre, comme impératif ou exigence. Nous avons préféré maintenir le mot « commandement » (Gebot), introduit ici par Freud, le même que le patient emploiera à propos de ses compulsions. Cf. aussi note 52.

41 Freud est le premier à faire allusion à l’anus, alors que le patient n’a encore rien dit de précis sur le châtiment.

42 Cf., p. 1, la première mention de l’homosexualité du patient.

43 Sur la volupté anale du patient, cf. aussi p. 1.

44 L’adjectif eigentlich (« propre, particulier »), très fréquent dans ce texte, est généralement abrégé par eigentl. ; cet l manquant ici, nous avons interprété que le mot abrégé cachait eigentümlich (« singulier »).

45 Ce mot « confirme » nous autorise à penser que la question de Freud était : « Ce n’est pas vous qui appliquez le châtiment ? »

46 Cette phrase est modifiée dans le cas publié, où on lit : « Il interrompt son récit pour m’assurer combien ces pensées lui répugnent [...] » (G.W. 392 ; S.E. 167 ; fr. 207).

47 Contradiction entre le manuscrit et le texte publié. Celui-ci (G. W. 392 ; S.E. 167 ; fr. 207) fait allusion à deux idées, tandis que le manuscrit se réfère à une idée et à une sanction, puis à « sanctions » au pluriel.

48 Am nächsten Abend (littéralement « le prochain soir ») figure aussi dans le cas publié (393 ; 168 ; 208). Cf. cependant la note de Freud (436 ; 217 ; 241).

49 Dans la lettre à FlieB du 8-1-1900, on apprend que la Krone (« couronne ») vint remplacer le Gulden (« florin ») à partir du 1-1-1900. (Le centième du florin était le Kreuzer, celui de la couronne s’appellera Heller.)

50 Ici nous pensons qu’il n’y a pas eu d’interruption dans les idées du patient. Le nom de David, personnage des Maîtres-Chanteurs de Nuremberg (cf. p. 1), a entraîné, à partir du nom de l’auteur de cet opéra, celui de Wagner von Jauregg.

51 Julius Wagner von Jauregg (1857-1940) a reçu le prix Nobel pour avoir découvert la malariathérapie appliquée à la paralysie générale. Il s’est acquis en outre de grands mérites dans le traitement des maladies de la thyroïde, dont le goitre, et en faisant réformer la législation sur les aliénés.

52 gebieterisch (« impérieux »). Même racine que le si fréquent Gebot (« commandement ») et son contraire, Verbot (« interdiction »). La traduction ne peut malheureusement pas grouper ces notions autour d’un même étymon.

53 Ici Freud pense comme Wagner von Jauregg, mais il « omet » de le dire à son patient.

54 Le texte allemand est obscur aussi : on ne sait pas de quelle idée il est question.

55 Ce mot quelque peu inattendu peut se référer à la phrase de Freud mise entre parenthèses quelques lignes plus haut.

56 Cf. p. 1, où l’on apprend plus sur ce que le patient avait pensé déjà à ce moment-là.

57 Ce passage, à partir de « Il s'interrompt ici [...] », p. 9, est omis dans le cas publié.

58 Ces deux dernières phrases sont omises dans le cas publié.

59 Dans le cas publié le mot Vernunft (« raison ») est changé en Gedàchtnis (« mémoire ») : G.W. 450 ; 458-9 ; S.E. 233, 243 ; fr. 251, 257. Dans la deuxième référence, Freud parle de Unverläßlichkeit des Gedächtnisses (« non-fiabilité de la mémoire »).

60 Cf., p. 1, ce que le patient dit à propos du droit pénal. — Ce passage, à partir de « Je lui fais remarquer [...] », est omis dans le cas publié.

61 Le cas publié dit : « à plusieurs reprises » (G.W. 394 ; S.E.169 ; fr. 209).

62 Cf. note 37.

63 Il n’est pas sans intérêt que Freud ait fait ici ces deux remarques. En effet, nous voyons encore une fois ce qui nous a été indiqué dès le début, l’homosexualité latente du patient. Pour payer la postière, celui-ci a besoin de passer par David, comme certains homosexuels latents ont besoin, pour avoir des rapports avec des femmes, de passer par le truchement de rêveries homosexuelles. Et, pour finir, le patient « loue discrètement » son analyste. — Cette dernière phrase est omise dans le cas publié.

64 Cf. p. 1, où nous apprenons que ce fut en 1899.

65 Ce début est omis dans le cas publié, mais l'idée de l'obscurité y est (G.W. 394 ; S.E. 169 ; fr. 208).

66 Phrase omise dans le cas publié.

67 Le capitaine au nom tchèque, appelé dans le cas publié « capitaine cruel », est ici nommé pour la première fois. Son nom signifie « petit Allemand », diminutif de Nëmec (« Allemand »), tiré de nëmÿ (« muet ») : celui qui ne parle pas notre langue serait muet ! — La graphie correcte de ce nom, Nëmeëek, a subi la polonisation courante dans l’ancienne Autriche.

68 Dans ce circuit économique, Ehrlich fait une affaire et la postière n’est toujours pas payée. En outre, le patient joue, auprès de la postière, le rôle de témoin oculaire du rapport entre elle et les deux lieutenants, ses supérieurs.

69 Dans le cas publié, le nom de cette ville (cf. note 35) est indiqué par P. — Ne perdons pas de vue qu’à cette époque il s’agissait de voiture hippomobile.

70 Cf., p. 1, une autre « lâcheté », et aussi note 129.

71 Ces deux mots en français dans le texte (de même que, plus loin, « table d’hôte »). — Dans le cas publié, Freud dit qu’ « il a créé un fait accompli ». C’est en effet ce qui se passe chez les obsessionnels. N’ayant pas la possibilité de décider, ils se donnent l’impression de se laisser guider par un événement fortuit, souvent inconsciemment provoqué par eux-mêmes. En amour, l’obsessionnel se décide rarement ; en général il se laisse « attraper malgré lui ». Il est difficile de savoir à quel point il est dupe de son propre stratagème, et cela soulève tout le problème de la « croyance » et du « doute » chez le névrosé.

72 Le cas publié ne mentionne pas cette mère ; on n’est donc pas informé des égards du patient envers elle.

73 Dans les environs de Vienne. — Ce nom est omis dans le cas publié.

74 Une fois qu’il est arrivé chez Freud, il n’est plus question d’une telle attestation : il a trouvé un nouvel objet pour sa composante homosexuelle.

75 Cf., note 45, notre interprétation du mot abrégé en eigent. — Phrase omise dans le cas publié.

76 Dans le cas publié, Freud explique pourquoi il pose cette question au patient. Le lecteur (comme l’analyste) doit perdre tout espoir d’apprendre tout de suite quelque chose au sujet de cette étrange obsession : « la technique psychanalytique correcte impose au médecin de réprimer sa curiosité et de laisser le patient libre de choisir l’ordre des sujets pendant le travail. » La réaction du patient fut à la hauteur : il tient Freud en haleine et parle d’autre chose, tout en répondant aux questions posées sur son père à la 3° séance. (Cf. aussi note 15.)

77 D’après ce discours indirect, on ne sait pas si le mot danger est du patient ou de Freud. On peut cependant se demander si « le danger » auquel le patient s’attendait n’était pas, justement, que son père surmonte cette crise. (Cf. p. 1 et n. 107.)

78 En allemand, ce mot Termin (« terme ») est le même qui revient plusieurs fois à propos de la date déterminée que le malade s’impose pour se présenter à son examen.

79 On verra plus loin la place que cette heure de la nuit prendra dans les fantasmes du patient.

80 Il est peu probable que le père ait dit : « Est-ce vous, Ernst ? » et non pas : « C’est toi, Ernst ? » Il doit s’agir ici des paroles gauchement reproduites par la garde-malade : tout en disant respectueusement « Sind Sie [...] », elle ne peut s’empêcher de continuer par une formule plus familière, « der Ernst », que le français pourrait rendre seulement par le régionalisme, d’ailleurs parallèle, « le Ernest ».

81 Ce pluriel sœurs a été mis d’après le cas publié : G.W. 399 ; S.E. 174 ; fr. 212.

82 On peut souvent observer, non seulement chez des malades en traitement, mais aussi chez des personnes qui n’ont pas pu être présentes aux derniers moments d’un être cher, cette même difficulté à accepter l’événement. Elles se plaignent de ne pas pouvoir combler un « trou » existant entre avant et après. Pour combler cette lacune, elles peuvent recourir à des mécanismes divers, depuis la négation de la mort jusqu’à la mise en scène, par transfert, d’un adieu très émouvant.

83 La date de la mort du père : 1899. Il doit s’agir ici de mai 1901. Cf. aussi dans le texte allemand l’hésitation de Freud quant au mois.

84 Cf. note 16.

85 Cf. G.W. 399 n. ; S.E. 175 n. ; fr. 212 n.

86 Ville autrichienne non loin de Vienne. — Ce nom est omis dans le cas publié.

87 Cette idée de « mésalliance » se trouve déjà en 1895 dans les Etudes sur l'hystérie, à propos du cas Frau Emmy von N. Freud y emploie le terme falschen Verknüpfungen (« fausses connexions ») : G.W. I, 121 n. ; S.E. II, 67 n. ; fr. 52 n., où l’expression est traduite par « liens causaux fictifs ». Dans la Psychothérapie de l'hystérie (1895 ; cf. lettre à Fließ du 4-3-95) figure le même terme pour expliquer le transfert. C’est d’ailleurs là que cette expression apparaît pour la première fois (G.W. I, 308-9 ; S.E. II, 302-3 ; fr. 245-6). Dans ce même texte se trouve le mot Mesalliance, pris au français, comme dans l’article écrit en français, Obsessions et phobies (G.W. I, 347 ; S.E. III, 71). Dans son article Refoulement (1915), Freud développe cette idée en étudiant, du point de vue économique, le destin de la représentation et de l’affect (Affektbetrag, « quantum d’affect ») : G.W. X, 254-5 ; S.E. XIV, 152-3 ; fr. 79-80.

88 L’original dit textuellement : « à peu près comme la police, au cas de non-attrapage, arrête un faux assassin. » Le texte du cas publié (G.W. 400 ; S.E. 176 ; fr. 213) précise un peu mieux, mais il reste toujours le fait que la personne finalement arrêtée est aussi un assassin, mais pas le vrai. Notre traduction s’efforce de rendre la pensée de Freud.

89 Freud a repris cette image de fouilles archéologiques dans son article de 1937, Konstruktionen in der Analyse, où il compare le rôle de l’analyste à celui de l’archéologue. Quoique le mot construction (ou reconstruction) soit moins employé en analyse que le mot interprétation, on en trouve beaucoup d’exemples chez Freud, dans ses histoires de cas. Cf., plus loin ; cf. aussi G.W. 406-7, 426 ; S.E. 182, 205, fr. 217, 232 (dans ce dernier passage, le mot Konstruktion est traduit par « hypothèse »). Cf. la note de l’éditeur dans S.E. XXIII, 256 ; et Freud (1918), G.W. XII, 79 sqq. ; S.E. XVII, 50 sqq. ; fr. 361 sqq.

90 Cet optimisme de Freud provient de sa confiance dans le processus analytique, confiance qui est à l’origine de la nouvelle technique qu’il s’efforce d’inaugurer avec ce patient. Cf. note 14.

91 Cette phrase, après la parenthèse de Freud, est encore du patient. Cf. le cas publié : G.W. 401 ; S.E. 177 ; fr. 214.

92 En l’occurrence, Freud est son modèle, qu’il se fait fort de dépasser. La dernière proposition de cette phrase est omise dans le cas publié (G.W. 401 ; S.E. 177 ; fr. 214).

93 Freud reprend ici son discours et atténue le mot du patient : Zerfall (« désagrégation »), en disant : Spaltung (« clivage »). G.W. 401 ; S.E. 177 ; la traduction française, p. 214, ne respecte pas cette nuance.

94 Dans le manuscrit, une faute de syntaxe rend la phrase incompréhensible. La correction en a été apportée d’après le cas publié. Dans celui-ci, d’ailleurs, la rédaction primitive a été modifiée : au lieu de die eine (« l’une ») il y a Die sittliche Person (« La personne morale ») ; au lieu de die andere, erreur pour das andere (« l’autre », au neutre), il y a Das Böse (« le mal »). En outre, la « personne morale » est appelée « le conscient », tandis que « le mal » est qualifié par l’adjectif « inconscient ». Les traducteurs de la S.E. et de l’édition française ont établi un autre équilibre (cf. G.W. 401 ; S.E. 177 — où le mot Person est traduit par self — ; fr. 214).

95 Cf. l’original, où un début de mot Infa[ntile] est barré et remplacé par Sexuelle. Cette explication, entre virgules, est omise dans le cas publié.

96 Cf., un peu plus loin, un autre compliment de Freud. Cf. aussi p. 1, où nous voyons que le patient reçoit ces compliments de façon très ambivalente.

97 Ce passage, à partir de « II raconte encore [...] », est omis dans le cas publié.

98 Le passage publié dit Kindheit (« enfance »), tandis que le manuscrit dit Jugend (« jeunesse »). G.W. 402 ; S.E. 178 ; fr. 214.

99 Cf. G.W. 402, où on lit : « den Vorstellungsinhalt [...] in einen Zusammenhang bringen [...] »(« insérer ce contenu représentatif [...] dans un contexte [...] ») : S.E. 179 ; fr. 215.

100 Le patient avait exprimé, en d’autres termes, des idées suicidaires (p. 1).

101 Il s’agit probablement d’une localité, mais l’orthographe de ce mot est peu lisible (Tebach ou Tebuch). Aucune de ces deux formes ne figure dans le registre, remontant au début du siècle, qui énumère tous les lieux de l’ancien Empire austro-hongrois. — Ce passage est omis dans le cas publié.

102 Freud ne commente pas ce lapsus du patient. Cependant, dans le cas publié, nous apprenons quelque chose sur sa « délicieuse » (herzig) petite nièce Ella, qui entre dans un de ses fantasmes (G.W. 444 ; S.E. 226 ; fr. 246). Cette nièce n’est pas mentionnée dans le manuscrit.

103 Ce passage, à partir de « il se souvient maintenant [...] », est omis dans le cas publié : G.W. 402 ; S.E. 179 ; fr. 215.

104 Cf. quelques lignes plus loin et note 105.

105 Voir note 77.

106 wunderbarer (« plus merveilleux ») est mis pour wunderlicher (« plus étonnant »). Lapsus du patient ou de Freud ? Cf. le cas publié, où le discours est indirect : Er verwundere sich (« Il s’étonne, dit-il ») : G.W. 403 ; S.E. 179 ; fr. 215.

107 Cf. pp. 1 et 1, où cette certitude ne semble pas se confirmer.

108 Cf. G.W. 404 ; S.E. 180 ; fr. 216, où Freud dit : « Chez Shakespeare, à propos de César », et où il cite le passage en question (Julius Cœsar, III, 2). Freud mentionne à plusieurs reprises ce même passage (p. ex., G.W. II-III, 426-7 ; S.E. V, 424 ; fr. 361-2), mais il ne s’est jamais référé aux phrases qui le précèdent et qui auraient peut-être expliqué ce qui lui semble être « les paroles étranges de Brutus » : « S’il y a dans cette assemblée quelque grand ami de César, je lui dis que Brutus n’avait pas pour César moins d’amitié. Si cet ami demande alors pourquoi Brutus s’est dressé contre César, je lui réponds : Ce n’est pas que j’aimais moins César, c'est que j'aimais Rome davantage » [c’est nous qui soulignons]. « AÀimeriez-vous mieux voir César vivant, et mourir tous esclaves, que de voir César mort et vivre tous libres ? César m’aimait et je le pleure ; il était heureux et je m’en réjouis ; il était brave et je le respecte ; mais il était ambitieux et je l’ai tué. Voilà donc des larmes pour son amitié, de la joie pour ses succès, du respect pour sa bravoure, et la mort pour son ambition. » — Notons aussi que, un peu plus loin, dans le passage de L'interprétation des rêves, cité ci-dessus (487 ; 483 ; 412), Freud dit qu’étant enfant il avait joué le rôle de Brutus dans Schiller, devant un auditoire d’enfants. Il s’agissait du drame Die Ràuber (« Les Brigands » ; cf. Grinstein, 1968, pp. 297 sqq.).

109 À propos de cette expression « deviner », cf. note 29 et p. 1.

110 Cf., pp. 1, son souhait de mort envers le père à propos de son amour pour une petite fille : il avait 12 ans.

111 Cf. p. 1, où il dit avoir connu la dame en 1898, donc, quand il avait 20 ans.

112 Cf., p. 1, un autre souhait de mort dirigé contre son père, six mois avant la mort de celui-ci.

113 Cf. le cas publié, où le verbe employé (anhalten) a deux sens antithétiques, soit « continuer sans arrêt », soit « s’arrêter ». Les traductions anglaise et française se contredisent : G.W. 405 ; S.E. 181 ; fr. 217. Seul ce manuscrit peut les départager.

114 Dans le texte du cas publié, Freud modifie cette phrase en y ajoutant l’adverbe anscheinend (« apparemment »). La suite, en effet, nous montre l’étroite liaison entre ce qui précède et ce que le patient dit maintenant, en même temps qu’elle confirme la conviction de Freud que la réponse devrait être déjà toute prête (G.W. 405 ; S.E. 182 ; fr. 217).

115 Et qu’est-ce que Freud peut bien conjecturer lui-même ? Penserait-il à un fantasme d’homosexualité entre eux ? Dans le cas publié on lit le même mot : Gebiete (« domaine ») : G.W. 405 ; S.E. 182 ; fr. 217.

116 Freud éprouve le besoin de vérifier sa propre application de la règle fondamentale. Cf. note 14.

117 Cf. l’original, où nous avons reproduit la répétition de ce début de phrase.

118 Dans le cas publié, Freud explicite : au lieu de Dazu (« en outre » ou « pour cela »), il dit : Um jene Entscheidung zu ermôglichen [...] (« Pour rendre possible cette décision [...] »). G.W. 406 ; S.E. 182 ; fr. 217.

119 Dans le cas publié, le mot solcher (« à [une] telle ») est remplacé par der (« à la »). G.W. 406 ; S.E. 183 ; fr. 217.

120 Dans le cas publié, « la personne aimée » devient : die sinnlich begehrte Person (« la personne sensuellement désirée »). G.W. 406 ; S.E. 183 ; fr. 217.

121 Le mot Geschwister, intraduisible par un mot unique, indique le rapport entre sœurs aussi bien qu’entre frères et sœurs. Par contre, Gebrüder ne s’applique qu’à des frères. Le titre du roman de Sudermann est précisément Geschwister et il n’indique pas en lui-même le nombre de sœurs en question, ni s’il ne s’agit que de sœurs. Seul le contexte peut le préciser.

122 Ce passage figure en note dans le cas publié, où sa rédaction a été modifiée (G.W. 406 ; S.E. 183 ; fr. 218).

123 Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, IV, 68 : « “J’ai fait cela”, dit ma mémoire. — “Impossible”, dit mon orgueil, et il s’obstine. En fin de compte, c’est la mémoire qui cède. »

124 Après avoir oublié une citation sur la mémoire, Freud se souvient peut-être d'un auteur qu'il a dû apprécier. Cette expression, omise dans le cas publié, doit provenir de ses souvenirs littéraires : Térence, L'Héautontimorouménos (« Le bourreau de soi-même »).

125 Cf. l’original, où le ich (« je ») est barré, à propos des mots barrés par Freud.

126 Cf., p. 1, son souvenir remontant à l’âge de 7 ans ou un peu plus tard.

127 Cf. l’original : nous y avons remis le mot Lauf  (« canon »), que Freud avait rayé, probablement par erreur.

128 Le patient fait maintenant allusion à son action criminelle, à son rôle d’interdicteur des amours du frère et à l’ambivalence de ses sentiments envers lui. En outre, nous ne savons pas quelles autres scènes avec son frère ce souvenir « criminel » peut cacher. Cf., p. 1, les jeux sexuels entre les frères.

129 Lorsqu’il avait 20 ans, comme l’indique la note 112. — Dans ce manuscrit on ne trouve pas trace de la date de 1886 où, selon la S.E. (256), Emst aurait fait la connaissance de la dame. Cf. aussi S.E. 317. Dans le cas publié (G. W. 403 ; S.E. 179 ; fr. 215), après la phrase « six mois avant la mort de son père [...], il était déjà amoureux de la dame », Freud ajoute en note : « Dix ans auparavant », donc, dix ans, pensons-nous, avant l’analyse du patient, ce qui nous ramène à 1898, avant la mort du père, survenue en 1899. — Ces deux phrases, jusqu’à « [...] mort », sont omises dans le cas publié.

130 Cf. G.W. 408 ; S.E. 185 ; fr. 219 ; dans le manuscrit, Freud remplace sterben werde (« mourrait ») par sterben solle (« devait mourir »).

131 Dans le cas publié, Freud nous informe que ceci deviendra clair par la suite. Cf. p. 1 (lâcheté) et 1, à propos du mot kneifen (« pincer »). Cf. aussi, G.W. 426-7 ; S.E. 205-6 ; fr. 233, la description d’un fait auquel le patient attribue l’origine de sa lâcheté.

132 Cf. note 90, sur l’optimisme de Freud. — Ce  « dans chaque cas particulier » devient, dans le cas publié : « au cours du traitement » (G.W. 408 ; S.E. 186 ; fr. 219).

133 Dans le cas publié (G.W. 409 ; S.E. 186 ; fr. 220), Freud modifie cette phrase et ajoute (ce qu’il ne savait pas encore) la durée du traitement : plus de 11 mois.

134 Les /.../ sont de Strachey. Les (...) sont de Freud.

135 Épouser, en allemand : « heiraten ». (N.d.T.)

136 /Balaam vint pour maudire et resta pour apporter sa bénédiction/.

137 Les mots qui sont en français dans le texte original sont en italique pour cette raison, à l'exception de tout, p. 1, ta mère à toi, p. 1, et regarder, p. 1. (N.d.T.)

138 La rue de Teinfalt. (N.d.T.)

139 /Tel quel dans le ms./

140 /Une jeune fille qui fut pour une courte durée la fiancée du jeune Goethe./

141 Dans le texte : exalté, en français. (N.d.T.)

142 /Station de montagne près de Vienne./

143 /Manifestement un autre patient de Freud./

144 /Dans la version publiée (p. 205, 233), c’est sa mère qui est mentionnée en particulier./

145 /Le fleuve Adige fait une boucle à Vérone qui le ramène presque au point même où il entre dans la ville./

146 /Un kreuzer valait à l'époque environ 1 centime./

147 En anglais « Sword ». (N.d.T)

148 /Un Bevollmächtigter est une personne qui exerce ses fonctions en vertu d’une désignation spéciale, un Staatsorgan agit en vertu de la nature de son office./

149 /Voir rêve de dents plus loin, p. 315 ; 1./

150 Anglais : « Carrion Crow » = « Corneille noire » ; allemand : « Leichenvogel » (« Leich », cadavre ; « Vogel », oiseau). (N.d.T.)

151 « Flegel » signifie aussi « grossier personnage ». (N.d.T.)

152 /Un instrument de torture qui se trouve au Musée de Nuremberg. Il servait à verser de l’eau dans la gorge de la victime./ « Nümberger Trichter » : einem etwas durch den — ein-bringen = inculquer quelque chose de force à quelqu’un. (N.d.T.)

153 En allemand sing. roue = Rad, prononcé Rat. (N.d.T.)

154 /Il ne peut s’agir de la sœur du patient du même nom, en vie à l’époque de son analyse. (Cf. p. 314 ; 1.)/

155 /Professeur de droit à Vienne./

156 /C’est-à-dire : l’exercice abusif de leurs droits./

157 /Un terme juif pour désigner les jeunes filles non juives./

158 /Le vrai nom est celui d’une personnalité très connue en Autriche./

159 /Karl Kraus, directeur de la revue périodique viennoise, Die Fackcl (La Flamme), voir p. 227, 11, ; 246, n. 3./

160 /Les points d’exclamation de Freud se réfèrent au fait que c’était là le nom d’une jeune fille qui l’avait lui-même beaucoup attiré pendant ses années scolaires à l’occasion de son premier retour à sa ville natale en Moravie. L'épisode est décrit (bien qu’attribué à un patient anonyme) dans l’article de Freud sur les souvenirs-écrans (1899 a) ; voir aussi p. 28 du premier tome de la biographie de Freud par Ernest Jones./

161 En allemand « Nisse » ( ?) = Lausei (œuf de poux). Cf. « einem eine Laus in den Pelz setzen = ständig ärgem = constamment agacer » et « mir lauft eine Laus über die Leber — Zoni ergreift mir = la colère me saisit ». Cf. aussi « niessen », « jouir ». (N.d.T.)

162 « Nits » est le mot anglais. (N.d.T.)

163 /Lucrèce était la matrone romaine qui se poignarda après avoir été violée par Sextus Tarquin. La scène est un sujet favori des peintres ; mais la référence ici est obscure./

164 En français dans le texte. (N.d.T.)

165 /Terme juif voulant dire « laide créature »./

166 /Une marque connue d'armes à feu. L'orthographe devait en être « Flobert »./

167 /Normalement le « a » de « Ratten » est bref, et le « a » de « Raten » est long ; le « Rate » allemand est dérivé de « ratum », participe passé du latin « reor », « je calcule »./

168 La ruelle de Fugbach. (N.d.T.)

169 /L'ami dont il est fait mention au début de la version publiée du cas (p. 202 ; 159) et à qui il rendit visite à son retour des manœuvres (p, 172 ; 210)./

170 Les maîtres chanteurs. (N.d.T.)

171 /David est le nom du lieutenant A... de la version publiée (voir p. 168 ; 208), celui dont il fut dit qu’il avait payé l'affranchissement du lorgnon du patient. La référence à la famille du patient est obscure, le nom apparaît plus haut dans le compte rendu (p. 276 ; 1) où Freud dit que le nom du père n’était pas David, mais Friedrich (un fait qui est confirmé à la p. 1 ; 510). Le nom du frère du patient semble avoir été Hans (p. 313 ; 1).

172 /Cure thermale de la Sturie./

173 /La lecture du ms. est incertaine sur ce point./

174 /« Laie » = laïque ; « lau » — tiède./

175 /Ces lettres se prononceraient en allemand comme le français vl mouillé — k./

176 Vielka = grande, (N.d.T.)

177 /« Dans mon cœur siège une grande peine. »./

178 /Terme juif désignant une personne futile./

179 /Le mot du ms. est illisible./

180 /En Haute-Autriche. Le lac du Mondsee est situé à proximité./

181 Lecture du manuscrit incertaine.

182 En anglais : « Yoti rotter ! » du verbe rot = pourrir. (N.d.T.)

183 Cf., dans la version publiée, p. 222 : et ... et restait insatisfait » ; G.W. VII, p. 412 : « ... und blieb unbefdedigt ». (N.d.T.)

184 « Le protéger » dans le texte. (N.d.T.)

185 /Le héros de ce roman était constamment préoccupé de pensées concernant et sa propre mort et celle d’autrui./

186 /Tel quel dans le manuscrit. /

187 /Emst Schweninger (le médecin de Bismarck) et Masdmilian Harden (le célèbre journaliste allemand) donnèrent ensemble une conférence sous forme de dialoguen le 5 févr. 1898 à Vienne, sur la médecine. L'article de Schönthan, mentionné après, était sans doute une parodie de cette conférence./

188 /Jodl était professeur de psychologie. L/allusion n’est pas expliquée./ Jodl veut dire taureau en patois autrichien. (N.d.T.)

189 /À l'époque, connu à Vienne comme auteur de comédies légères./

190 /Le mot allemand « Schwanz » (comme son équivalent français « queue » ou anglais « tail »), est souvent utilisé vulgairement pour désigner le pénis. Voir Le Petit Hans. (N.d.T.))

191 /Argot juif pour prostituée./

192 Maus en allemand = souris. (N.d.T)

193 /En allemand, vulgarisme pour se masturber. Ce point ainsi que d'autres se rapportant aux rêves de dents sont traités complètement dans L'Interprétation des rêves (Freud, 1900 a, Standard Ed., 5, 387-8). Tout ce passage fut ajouté à cette œuvre en 1909, et il est probable qu'il a été, en tout cas en partie, fondé sur ce rêve./ En allemand, « Sich einen ausreissen » ou « Sich einen herunterreissen » (s'en arracher une), G.W ; II/III, p. 382 (N.d.T).

194 /littéralement « mot de passe ». Freud s’en sert peut-être dans le sens de pont verbal (cf. p. 213 ; 238)./