II. Histoire de la Maladie et Analyse

« Cher Docteur,

« Je vous adresse encore quelque chose touchant Hans – hélas, cette fois-ci c’est une contribution à l’histoire d’un cas. Comme vous l’allez voir, se sont manifestés chez lui, ces derniers jours, des troubles nerveux qui nous inquiètent beaucoup, ma femme et moi, car nous n’avons pu trouver aucun moyen de les dissiper. Je me permettrai d’aller demain… vous voir, mais… je vous envoie un rapport écrit de ce que j’ai pu recueillir.

« Sans doute le terrain a été préparé de par une trop grande excitation sexuelle due à la tendresse de sa mère, mais la cause immédiate des troubles, je ne saurais l’indiquer. La peur d’être mordu dans la rue par un cheval semble être en rapport d’une façon quelconque avec le fait d’être effrayé par un grand pénis – il a de bonne heure, ainsi que nous le savons par une notice antérieure, remarqué le grand pénis des chevaux, et il en avait alors tiré la conclusion que sa mère, parce qu’elle est si grande, devait avoir un fait-pipi comme un cheval.

« Je ne sais quel usage faire de ces données. A-t-il vu quelque part un exhibitionniste ? Ou le tout n’est-il en rapport qu’avec sa mère ? Il ne nous est pas très agréable qu’il commence de si bonne heure à nous proposer des énigmes. En dehors de la peur d’aller dans la rue et d’une dépression survenant chaque soir, Hans est au demeurant toujours le même, gai et joyeux. »

Nous ne suivrons le père de Hans ni dans les soucis bien compréhensibles qu’il se fait ni dans ses première tentatives d’explication : nous commencerons par examiner le matériel qu’il nous fournit. Ce n’est nullement notre tâche de « comprendre » d’emblée un cas pathologique, ceci ne nous est possible que par la suite, quand nous en avons reçu suffisamment d’impressions. Pour le moment nous suspendrons notre jugement et nous accorderons la même attention à tout ce qui s’offrira à notre observation.

Tels sont les premiers rapports, datant des premiers jours de janvier de cette année (1908) :

« Hans (quatre ans et neuf mois) se lève un matin en larmes et répond à sa mère, qui lui demande pourquoi il pleure : « Pendant que je dormais, j’ai cru que tu étais partie et que je n’avais plus de Maman pour faire câlin avec moi ».

« Donc, un rêve d’angoisse.

« Cet été, à Gmunden, j’avais-déjà remarqué quelque chose d’analogue. Le soir, au lit, il était le plus souvent très sentimental et fit une fois cette remarque : « Si je n’avais plus de Maman », ou bien : « Si tu t’en allais » (ou à peu près), je ne me rappelle plus les termes exacts. Malheureusement, chaque fois qu’il manifestait cette humeur élégiaque, sa mère le prenait dans son lit.

« Le 5 janvier environ il vint de bonne heure dans le lit de sa mère et dit alors : « Sais-tu ce que la Tante M… a dit : « Comme il a un gentil petit machin !13 (La Tante M… avait habité chez nous voici quatre semaines ; un jour en regardant ma femme donner son bain au petit garçon, elle dit en effet tout bas à ma femme ces paroles. Hans les entendit et cherche à s’en servir maintenant à son profit).

« Le 7 janvier, il va comme d’habitude avec la bonne dans le Stadtpark14, commence à pleurer dans la rue et demande à être reconduit à la maison : il veut faire câlin avec sa Maman.. Comme on lui demande, à la maison, pourquoi il n’a pas voulu aller plus loin et s’est mis à pleurer, il ne veut pas le dire. Il est gai comme d’habitude jusqu’au soir ; mais le soir il a évidemment peur, il pleure et on ne peut le séparer de sa maman ; il veut de nouveau faire câlin. Ensuite, il redevient gai et dort bien.

« Le 8 janvier, ma femme décide, afin de voir ce qu’il en est, de le mener elle-même à la promenade, et ceci à Schönbrunn, où il va d’ordinaire volontiers. Il recommence à pleurer, ne veut pas partir, il a peur. À la fin il y va quand même, mais a visiblement peur dans la rue. En revenant de Schönbrunn il dit à sa mère, après une grande lutte interne : J’avais peur qu’un cheval ne me morde. (Il avait en effet, à Schönbrunn, manifesté de l’inquiétude à la vue d’un cheval.) Le soir, il aurait eu un accès semblable à celui du jour précédent, et demandé à faire câlin. On le calme. Il dit en pleurant : « Je sais que demain il faudra encore que j’aille me promener » et ensuite : « Le cheval va venir dans la chambre. »

Le même jour, sa mère lui demande : « Peut-être touches-tu avec ta main ton fait-pipi ? »15 Il répond alors : « Oui, tous les soirs, quand je suis dans mon lit. » Le jour suivant, 9 janvier, on l’avertit, avant sa sieste de l’après-midi, d’avoir à ne pas toucher son fait-pipi. Au réveil, on lui demande ce qu’il en fut, il répond l’avoir touché cependant un petit bout de temps. »

Voilà donc le début de l’angoisse comme de la phobie. Nous avons de bonnes raisons, cela se voit, de les séparer l’une de l’autre. Le matériel dont nous disposons nous semble de plus tout à fait suffisant pour nous orienter, et aucun moment de la maladie n’est aussi favorable à sa compréhension que son stade initial tel que nous l’observons ici, stade malheureusement le plus souvent négligé ou passé sous silence. Le trouble nerveux commence par des pensées à la fois sentimentales et angoissées, puis par un rêve d’angoisse dont le contenu est le suivant : Hans perd sa mère, ce qui fait qu’il ne peut plus « faire câlin » avec elle. La tendresse de Hans pour sa mère a donc dû s’accroître immensément. Ceci est le phénomène fondamental qui est à la base de son état.

Rappelons-nous, en confirmation de ceci, les deux tentatives de séduction entreprises par Hans sur sa mère, desquelles l’un date de l’été et dont l’autre, – consistant simplement à lui vanter son pénis – se place immédiatement avant l’éclosion de son angoisse des rues. C’est cette tendresse accrue pour sa mère qui se mue en angoisse, qui, ainsi que nous disons, succombe au refoulement. Nous ne savons pas encore, d’où provient l’impulsion au refoulement ; peut-être a-t-il lieu seulement du fait de l’intensité des émois que l’enfant est incapable de maîtriser, peut-être d’autres forces sont-elles aussi à l’œuvre, forces que nous n’avons pas encore reconnues. Nous l’apprendrons par la suite. Cette angoisse, correspondant à une aspiration érotique refoulée, est d’abord, comme toute angoisse infantile, sans objet : simple angoisse et pas encore peur. L’enfant ne peut savoir de quoi il a peur, et lorsque Hans, après la première promenade avec sa bonne, ne veut pas dire de quoi il a eu peur, c’est simplement parce qu’il ne le sait pas encore. Il dit tout ce qu’il sait : que sa maman lui manque dans la rue, sa maman, avec qui il peut faire câlin, et qu’il ne veut pas être loin d’elle. Il trahit là en toute sincérité le premier sens de son aversion contre la rue.

De plus, les états dans lesquels il se trouva pendant deux soirs consécutifs avant d’aller dormir, états d’angoisse encore nettement teintés de sentimentalité, prouvent qu’au début de sa maladie il n’y avait encore ni phobie de la rue ni de la promenade ni même des chevaux. Y eut-il eu une telle phobie, les états vespéraux eussent été inexplicables ; qui pense, au moment de se coucher, à la rue et à la promenade ? Par contre la motivation de ces états est tout à fait transparente, si nous estimons que Hans, avant de se coucher, devient la proie d’une libido renforcée, dont l’objet est sa mère, et dont le but pourrait bien être de coucher avec elle. Il a en effet appris par expérience, à Gmunden, que sa mère peut être amenée, par de tels états chez son enfant, à le prendre dans son lit, et il voudrait arriver ici à Vienne au même résultat. N’oublions pas non plus qu’il avait été, à Gmunden, une partie du temps seul avec sa mère, le père n’ayant pu passer là toutes les vacances ; de plus que là-bas ses instincts de tendresse se partageaient entre un certain nombre de camarades de jeu, amis et amies, tandis qu’à Vienne il n’avait plus de petits compagnons, de sorte que sa libido pouvait revenir indivisée à sa mère.

L’angoisse correspond donc à une aspiration libidinale refoulée, mais elle n’est pas cette aspiration elle-même ; il faut tenir compte aussi du refoulement. Une aspiration se mue entièrement en satisfaction quand on lui procure l’objet qu’elle convoite ; une telle thérapeutique n’est plus efficace dans les cas d’angoisse ; l’angoisse persiste même en présence de la possibilité de satisfaire l’aspiration, l’angoisse n’est plus entièrement retransformable en libido ; la libido est maintenue par quelque chose en état de refoulement16. Les choses se montrèrent être telles chez Hans, à l’occasion de la promenade suivante où sa mère l’accompagna. Il est cette fois-ci avec sa mère et éprouve cependant de l’angoisse, c’est-à-dire une aspiration inassouvie vers elle. Il est vrai que l’angoisse est moindre, il se laisse en effet conduire à la promenade, tandis qu’il avait contraint la bonne à le ramener à la maison ; la rue n’est d’ailleurs pas un endroit propice à « faire câlin » ou à n’importe ce que pouvait désirer d’autre le petit amoureux. Mais l’angoisse a supporté l’épreuve et il faut maintenant qu’elle trouve un objet. C’est au cours de cette promenade qu’il exprime d’abord la peur d’être mordu par un cheval. D’où provient le matériel de cette phobie ? Sans doute de ces complexes, à nous encore inconnus, qui ont contribué au refoulement et maintiennent les aspirations libidinales envers la mère en état de refoulement. Voilà encore une énigme : c’est en suivant les développements du cas de Hans que nous en trouverons la solution. Le père de Hans nous a déjà fourni certains points d’appuis, auxquels nous pouvons sans doute nous fier : Hans a toujours observé avec intérêt les chevaux, à cause de leur grand « fait-pipi » ; Hans a supposé que sa mère devait avoir un fait-pipi comme celui d’un cheval, et ainsi de suite. On pourrait ainsi penser que le cheval est maintenant un substitut de la mère. Mais qu’est-ce que cela veut dire lorsque Hans, le soir, exprime la peur que le cheval n’entre dans la chambre ? Une stupide peur de petit enfant, dira-t-on. Mais la névrose ne dit rien de stupide, pas plus que le rêve. Nous dénigrons volontiers les choses auxquelles nous ne comprenons rien. Un excellent moyen de se rendre la tâche aisée.

Il nous faut nous garder de succomber à cette tentation encore sur un autre point. Hans a avoué que, chaque nuit, avant de s’endormir, il s’amusait à jouer avec son pénis. « Ah ! » s’écriera alors le médecin de famille, « tout s’explique maintenant. L’enfant se masturbe, d’où l’angoisse. » Mais tout doux ! Que l’enfant se procure des sensations voluptueuses par la masturbation ne nous explique en rien son angoisse, mais la rend bien plutôt tout à fait énigmatique. Des états d’angoisse ne sont pas engendrés par la masturbation, ni d’ailleurs par une satisfaction quelconque. De plus, nous devons présumer que Hans, âgé maintenant de quatre ans et neuf mois, s’accorde chaque soir ce plaisir, depuis un an au moins et nous allons apprendre qu’il se trouve justement en ce moment engagé dans une lutte pour s’en déshabituer, ce qui s’accorde bien mieux avec le refoulement et la formation de l’angoisse.

Nous devons aussi prendre le parti de la mère de Hans, si bonne et dévouée. Le père l’accuse, non sans apparence de raison, d’avoir amené l’éclosion de la névrose par sa tendresse excessive pour l’enfant et par son trop fréquent empressement à le prendre dans son lit. Nous pourrions aussi bien lui reprocher d’avoir précipité le processus du refoulement en repoussant trop énergiquement les avances de l’enfant (« c’est une cochonnerie »). Mais elle avait à remplir un rôle fixé par le destin et sa position était difficile.

Je m’entendis avec le père de Hans afin qu’il dît à celui-ci que toute cette histoire de chevaux était une bêtise et rien de plus. La vérité, devait dire son père, c’était que Hans aimait énormément sa mère et voulait être pris par elle dans son lit. C’est parce que le fait-pipi des chevaux l’avait tellement intéressé qu’il avait peur maintenant des chevaux. Hans avait remarqué que ce n’était pas bien d’être tellement préoccupé des « fait-pipi », même du sien, et ce point de vue était tout à fait juste. Je suggérai de plus au père de commencer à éclairer Hans en matière de choses sexuelles. Comme la conduite passée de l’enfant nous permettait de le supposer, sa libido est restée attachée au désir de voir le fait-pipi de sa mère : aussi je proposai au père de Hans de supprimer ce but à son désir en lui faisant savoir que sa mère et toutes les autres créatures féminines – ainsi qu’il pouvait s’en rendre compte d’après la petite Anna – ne possédaient pas du tout de « fait-pipi ». Ce dernier éclaircissement serait fourni à Hans en quelque occasion favorable amenée par une question ou un propos approprié de Hans lui-même.

Les nouvelles notes relatives à notre Hans couvrent la période du 1er au 17 mars. Cet entracte de plus d’un mois trouvera bientôt son explication.

« Aux éclaircissements17 succède une période plus calme, pendant laquelle Hans peut être amené sans trop de difficulté à se promener quotidiennement dans le Stadtpark. La peur des chevaux se change de plus en plus en une compulsion de regarder les chevaux. Il dit : « Il faut que je regarde les chevaux et alors j’ai peur. »

« À la suite d’une grippe, qui le garde deux semaines au lit, sa phobie se renforce au point qu’on ne peut plus l’amener à sortir ; il va tout au plus sur le balcon. Tous les dimanches il va avec moi à Lainz18 parce que ce jour-là il y a peu de voitures dans les rues et que le chemin jusqu’à la gare est très court. À Lainz il refuse un jour d’aller se promener en dehors du jardin, parce qu’une voiture se tient devant le jardin. Après une autre semaine qu’il est forcé de passer à la maison, les amygdales lui ayant été coupées, la phobie se renforce à nouveau, de façon notable. Il va bien sur le balcon, mais non pas se promener, c’est-à-dire qu’il fait vivement demi-tour dès qu’il arrive à la porte donnant sur la rue.

« Le Dimanche 1er mars, la conversation suivante se déroule pendant notre trajet vers la gare. Je cherche à nouveau à persuader Hans que les chevaux ne mordent pas. Lui : « Mais les chevaux blancs mordent. À Gmunden il y a un cheval blanc qui mord. Quand on lui tend les doigts, il mord. » (Je suis frappé de ce qu’il dise : les doigts, au lieu de : la main.) Il raconte alors l’histoire suivante que je rapporte :

« Quand Lizzi était sur le point de partir, une voiture attelée d’un cheval blanc qui allait emporter ses bagages à la gare était devant sa maison. (Lizzi est, dit Hans, une petite fille qui habite une maison voisine) son père se tenait près du cheval et le cheval a tourné la tête (afin de le toucher) et alors le père de Lizzi lui a dit : « Ne touche pas avec tes doigts le cheval blanc, sans quoi il te mordra. »19 Je réplique alors : « Il me semble, tu sais, que ce n’est pas d’un cheval que tu veux parler, mais d’un fait-pipi, qu’on ne doit pas toucher avec sa main. »

Lui : « Mais pourtant un fait-pipi ne mord pas. »

Moi : « Peut-être le fait-il cependant », ce sur quoi Hans s’applique avec vivacité à me démontrer qu’il s’agit vraiment d’un cheval blanc20. »

« Le 2 mars, je dis à Hans, comme il manifeste à nouveau de la peur : « Sais-tu ? La bêtise – c’est ainsi qu’il appelle sa phobie – perdra de sa force quand tu iras plus souvent te promener. Elle n’est si forte maintenant que parce que tu n’es pas sorti de la maison, parce que tu as été malade. »

Lui : « Oh non, elle est si forte parce que je continue à mettre ma main à mon fait-pipi toutes les nuits. »

Le médecin et le patient, le père et le fils s’accordent donc pour attribuer aux habitudes d’onanisme le rôle principal dans la pathogénie de l’état actuel. Il ne manque cependant pas non plus d’indices de la présence et de l’importance d’autres facteurs.

« Le 3 mars, est entrée chez nous une nouvelle bonne qui plaît particulièrement à Hans. Elle le laisse monter sur son dos pendant qu’elle fait le parquet, alors il ne l’appelle plus que « mon cheval » et la tire sans cesse par sa jupe en criant : « Hue dada ! » Le 10 mars environ, il dit à cette bonne : « Si vous faites ceci ou cela, il faudra que vous vous déshabilliez tout à fait, même la chemise ». (Il l’entend comme punition, mais on peut aisément reconnaître là-dessous un désir.)

Elle : « Et qu’est-ce que ça ferait ? Je penserais tout simplement que je n’ai pas d’argent pour m’acheter de vêtements. »

Lui : « Mais c’est pourtant une honte, pensez donc ! on voit alors le fait-pipi. »

C’est sa vieille curiosité, reportée sur un autre objet et – comme il convient à la période du refoulement – recouverte d’une tendance moralisatrice !

« Le 13 mars, le matin, je dis à Hans : « Tu sais, si tu ne mets plus la main à ton fait-pipi, la bêtise deviendra sûrement plus faible. »

Hans : « Mais je ne mets plus la main à mon fait-pipi. »

Moi : « Mais tu continues à avoir envie de le faire. »

Hans : « Oui, c’est vrai, mais avoir envie n’est pas faire, et faire, n’est pas avoir envie… (! ! !).

Moi : « Mais afin que tu n’aies pas envie, tu dormiras ce soir dans un sac. »

« Après quoi nous sortons devant la maison. Il a certes peur, mais il dit, visiblement raffermi de par la perspective d’être assisté dans sa lutte : « Oh ! si je dors ce soir dans un sac, demain la bêtise sera passée. » Il a de fait bien moins peur des chevaux et laisse, dans un état de tranquillité relative, des voitures passer devant lui.

« Le dimanche suivant, 15 mars, Hans avait promis d’aller avec moi à Lainz. Il commence par résister, puis cependant m’accompagne. Dans la rue, comme il y a peu de voitures, il se sent visiblement bien et dit : « Comme c’est intelligent de la part du bon Dieu d’avoir déjà supprimé les chevaux ! » En chemin je lui explique que sa sœur n’a pas un fait-pipi comme le sien. Les petites filles et les femmes n’ont pas de fait-pipi. Maman n’en a pas, Anna non plus, et ainsi de suite. »

Hans : « Et toi, as-tu un fait-pipi ? »

Moi : « Naturellement, qu’as-tu donc cru ? »

Hans (après un silence) : « Comment les petites filles font-elles donc pipi, si elles n’ont pas de fait-pipi ? »

Moi : « Elles n’ont pas un fait-pipi comme le tien. N’as-tu pas encore vu, quand on baigne Anna ? »

« Toute la journée il est très gai, fait de la luge, etc. Ce n’est que le soir qu’il est à nouveau déprimé et semble craindre les chevaux.

« Ce soir-là, l’accès nerveux et le besoin de faire câlin sont moins prononcés que les jours précédents. Le jour suivant, sa mère l’emmène en ville, et il a très peur dans les rues. Le second jour il reste à la maison et est très gai. Le matin du troisième jour, il s’éveille vers six heures dans une grande angoisse. Quand on lui demande ce qu’il a, il raconte : « J’ai mis le doigt, mais très peu, à mon fait-pipi. Alors j’ai vu maman toute nue en chemise et elle m’a laissé voir son fait-pipi. J’ai montré à Grete21, à ma Grete, ce que faisait maman, et je lui ai montré mon fait-pipi. Alors j’ai vite retiré la main de mon fait-pipi. « À cette objection que je fais : ce ne peut être qu’en chemise ou toute nue, Hans répond : « Elle était en chemise, mais la chemise était si courte que j’ai vu son fait-pipi. »

« Tout ceci n’est pas un rêve, mais un fantasme d’onanisme, d’ailleurs équivalent à un rêve. Ce que Hans fait faire à sa mère sert évidemment à sa propre justification : « Si maman montre son fait-pipi, je puis bien en faire autant. »

Ce fantasme nous montre deux choses ; en premier lieu, que les reproches de sa mère ont en leur temps exercé une puissante influence sur Hans ; en second lieu, que les explications à lui fournies, relatives à l’absence de fait-pipi chez les femmes, n’ont au premier abord pas été admises par lui. II déplore qu’il en soit ainsi et maintient en imagination son point de vue précédent. Peut-être a-t-il aussi ses raisons pour commencer par refuser créance à son père.

Rapport hebdomadaire du père de Hans :

« Cher Docteur, ci-joint la continuation de l’histoire de notre Hans – un fragment très intéressant. Peut-être me permettrai-je lundi prochain d’aller à votre consultation et si possible d’amener avec moi Hans – à condition qu’il veuille bien venir. Je lui ai demandé aujourd’hui : « Veux-tu venir avec moi lundi chez le Professeur qui peut te débarrasser de ta « bêtise » ?

Lui : « Non. »

Moi : « Mais il a une très jolie petite fille ! » Sur quoi Hans a consenti tout de suite et avec joie. »

« Dimanche, 22 mars. Afin d’élargir le programme dominical, je propose à Hans d’aller d’abord à Schönbrunn et d’attendre l’après-midi pour aller de là à Lainz. Il a ainsi à faire à pied le chemin, non seulement de notre maison à la gare de la Douane Centrale du Stadtbahn22, mais encore de la Gare de Hietzing à Schönbrunn et de là de nouveau à la station du tramway à vapeur de Hietzing. Il y parvient, en détournant vite les yeux, visiblement pris de peur chaque fois que des chevaux approchent. Ce faisant, il suit un conseil donné par sa mère.

« À Schönbrunn, il a peur de certains animaux qu’il regardait auparavant sans aucune crainte. Ainsi il ne veut absolument pas entrer dans le pavillon de la girafe, il ne veut pas non plus aller voir l’éléphant, qui l’amusait tant d’habitude. Il a peur de tous les grands animaux, tandis qu’il prend plaisir aux petits. Parmi les oiseaux, il a peur cette fois-ci également du pélican, ce qui ne lui était jamais arrivé, évidemment aussi à cause de sa taille.

« Je dis alors à Hans : « Sais-tu pourquoi tu as peur des grands animaux ? Les grands animaux ont un grand fait-pipi, et tu as peur en réalité, des grands fait-pipi.

Hans : « Mais je n’ai jamais encore vu le fait-pipi des grands animaux.23 »

Moi : « Mais tu as vu celui du cheval et le cheval est bien un grand animal. »

Hans : « Oh ! du cheval, souvent ! une fois à Gmunden, quand la voiture était devant la porte, une autre fois devant la Douane Centrale. »

Moi : « Quand tu étais petit, tu as probablement été à Gmunden dans une écurie… »

Hans : (m’interrompant) « Oui, à Gmunden, j’allais tous les jours à l’écurie quand les chevaux revenaient à la maison. »

Moi : « …et tu as probablement eu peur, en voyant une fois le grand fait-pipi du cheval. Mais tu n’as pas à en avoir peur. Les grands animaux ont de grands fait-pipi ; les petits animaux, de petits fait-pipi. »

Hans : « Et tout le monde a un fait-pipi, et mon fait-pipi grandira avec moi, quand je grandirai, car il est enraciné. » « Là-dessus se termina notre entretien. Les jours suivants, la peur semble de nouveau un peu plus grande ; Hans se risque à peine devant la porte de la maison où on le conduit après le repas. »

Les dernières paroles de consolation que Hans s’adresse à lui-même éclairent la situation et nous permettent de corriger quelque peu les assertions de son père. Il est exact que Hans a peur des grands animaux parce qu’il doit penser à leur fait-pipi, mais l’on ne peut vraiment dire qu’il ait peur du grand fait-pipi en lui-même. Autrefois l’idée d’un grand fait-pipi lui était décidément agréable, et il cherchait de toutes ses forces à s’en procurer la vue. Depuis lors ce plaisir lui a été gâté, ceci de par le renversement général du plaisir en déplaisir qui, de façon encore inexpliquée, a frappé toute son investigation sexuelle, et, ce qui nous apparaît plus clairement, de par certaines expériences et réflexions ayant conduit à des conclusions pénibles. La consolation de Hans à lui-même : « mon fait-pipi grandira avec moi, quand je grandirai » nous permet de conclure que, au cours de ses observations, Hans n’a cessé de faire des comparaisons et est demeuré très peu satisfait des dimensions de son propre fait-pipi. Les grands animaux lui rappellent ce défaut, et c’est pourquoi ils lui sont désagréables. Mais comme toute cette suite de pensées est probablement incapable de devenir clairement consciente, ce pénible sentiment se mue aussi en angoisse, de telle sorte que l’angoisse actuelle de Hans est édifiée et sur son plaisir passé et sur son déplaisir présent. Une fois un état d’angoisse établi, l’angoisse absorbe tous les autres sentiments ; avec les progrès du refoulement, et à mesure que les représentations chargées d’affect, qui avaient été conscientes, descendent dans l’inconscient, tous les affects deviennent capables de se transformer en angoisse.

La singulière remarque de Hans : « car il est enraciné », nous permet, rapporté à l’ensemble de son propos consolateur, de deviner bien des choses qu’il ne peut pas exprimer et qu’il n’a d’ailleurs pas exprimées au cours de cette analyse. Je comblerai en partie cette lacune grâce à l’expérience que j’ai acquise par les analyses d’adultes, mais j’espère que cette interprétation ne sera pas considérée comme forcée ou arbitraire. « Car il est enraciné » : si cette pensée est une consolation et un défi, elle nous rappelle la vieille menace faite par sa mère à Hans, lorsque celle-ci lui dit qu’elle lui ferait couper son fait-pipi s’il continuait à jouer avec. Cette menace, faite quand Hans avait trois ans et demi, demeura alors sans effet, Hans répondit tranquillement qu’il ferait alors pipi avec son tutu. Il serait tout à fait classique que la menace de castration fît son effet maintenant après-coup, et que maintenant, un an et trois mois plus tard, Hans fût en proie à l’angoisse de perdre cette précieuse partie de son moi. On peut observer, dans d’autres cas morbides, de tels effets après-coup de commandements et de menaces faites dans l’enfance, alors que l’intervalle entre l’ordre ou la menace et son effet s’étend sur tout autant de dizaines d’années ou davantage. Je connais même des cas où l’« obéissance à retardement » de la part du refoulement a eu la part principale dans la détermination des symptômes morbides.

Les éclaircissements fournis récemment à Hans relativement à l’absence de fait-pipi chez les femmes ne peuvent qu’avoir ébranlé sa confiance en soi et avoir réveillé son complexe de castration. C’est pourquoi il se rebella contre ces éclaircissements et pourquoi ils demeurèrent sans résultats thérapeutiques. Y a-t-il donc des créatures qui ne possèdent plus de fait-pipi ? Alors ce ne serait plus si incroyable que l’on put lui enlever le sien, et faire de lui, pour ainsi dire, une femme !24.

« Dans la nuit du 27 au 28, Hans nous fait la surprise de se lever en pleine, nuit et de venir nous rejoindre dans notre lit. Sa chambre est séparée de la nôtre par un cabinet. Nous lui demandons pourquoi il fait cela, si peut-être il a eu peur.

« Non, dit-il, je vous le dirai demain. » Il s’endort dans notre lit et est alors reporté dans le sien.

« Le lendemain, je soumets Hans à un interrogatoire afin de découvrir pourquoi il est venu nous rejoindre dans la nuit et, après quelque résistance de sa part, prend place le dialogue suivant, que je sténographie aussitôt :

Lui : « Il y avait dans la chambre une grande girafe et une girafe chiffonnée, et la grande a crié que je lui avais enlevé la chiffonnée. Alors elle a cessé de crier, et alors je me suis assis sur la girafe chiffonnée. »

Moi (intrigué) : « Quoi ? Une girafe chiffonnée ? Qu’est-ce que c’était ? »

Lui : « Oui. » (Il va vite chercher un morceau de papier, il le chiffonne et dit) : « elle était chiffonnée comme ça. »

Moi : « Et tu t’es assis sur la girafe chiffonnée ? Comment ?

Il me le montre à nouveau, en s’asseyant par terre.

Moi : « Pourquoi es-tu venu dans notre chambre ? »

Lui : « Je n’en sais moi-même rien. »

Moi : « As-tu eu peur ? »

Lui : « Non. Certes pas ! »

Moi : « As-tu rêvé de ces girafes ? »

Lui : « Non, je n’ai pas rêvé. Je l’ai pensé. J’ai pensé tout ça. Je m’étais éveillé avant. »

Moi : « Qu’est-que que cela veut dire : une girafe chiffonnée ? Tu sais pourtant bien qu’on ne peut pas écrabouiller une girafe dans la main comme un morceau de papier. »

Lui : « Je le sais, je l’ai pensé seulement. Il n’en existe sûrement pas vraiment25. La chiffonnée était toute couchée par terre et je l’ai emportée, prise avec mes mains. »

Moi : « Quoi ! Peut-on prendre une aussi grande girafe que ça avec les mains ? »

Lui : « La chiffonnée, je l’ai prise avec ma main. »

Moi : « Où était la grande pendant ce temps-là ? »

Lui : « Hé bien, la grande se tenait un peu plus loin. »

Moi : « Qu’as-tu fait de la chiffonnée ? »

Lui : « Je l’ai tenue un petit peu dans ma main, jusqu’à ce que la grande ait fini de crier, et quand la grande a eu fini de crier, je me suis assis dessus. »

Moi : « Pourquoi la grande a-t-elle crié ? »

Lui : « Parce que je lui avais enlevé la petite. » (Il remarque que je note tout, et il demande : « Pourquoi écris-tu ça ? »)

Moi : « Parce que je l’envoie à un professeur qui pourra te débarrasser de ta bêtise. »

Lui : « Ah ! Alors tu as aussi écrit que maman avait ôté sa chemise, et tu le donneras aussi au professeur. »

Moi : « Oui, mais il ne comprendra pas comment tu peux croire qu’on peut chiffonner une girafe. »

Lui : « Dis-lui seulement que je ne le sais pas moi-même, et il ne demandera rien ; s’il demande pourtant ce qu’est une girafe chiffonnée, il peut alors nous écrire et nous lui répondrons, ou bien écrivons-lui tout de suite que je ne le sais pas. »

Moi : « Mais pourquoi es-tu venu la nuit ? »

Lui : « Je ne sais pas. »

Moi : « Dis-moi vite à quoi tu penses. »

Lui : « (avec humeur) À du sirop de framboise. »

Moi : « Et à quoi encore ? »

Lui : « À un fusil pour tuer les gens26. »

Moi : « Tu ne l’as sûrement pas rêvé ? »

Lui : « Sûrement pas, j’en suis tout à fait sûr. »

« Il poursuit : « Maman m’a bien longtemps prié de lui dire pourquoi je suis venu la nuit. Mais je n’ai pas voulu le dire, parce que d’abord j’avais honte devant maman. »

Moi : « Pourquoi ? »

Lui : « Je ne sais pas. »

« De fait ma femme l’a interrogé toute la matinée, jusqu’à ce qu’il ait conté l’histoire des girafes. »

Le même jour, le père de Hans trouva la solution du fantasme aux girafes.

« La grande girafe c’est moi – ou plutôt le grand pénis (le long cou) ; la girafe chiffonnée c’est ma femme, ou plutôt son organe génital, ce qui montre quel est le résultat des éclaircissements donnés à Hans.

« Girafe : se reporter à l’expédition à Schönbrunn. De plus, il a, au-dessus de son lit, l’image d’une girafe et d’un éléphant.

« Le tout est la reproduction d’une scène qui s’est jouée presque tous les matins ces jours passés. Hans vient nous trouver de bonne heure tous les matins, et ma femme ne peut résister à le prendre quelques minutes dans son lit. Je commence alors toujours par lui dire qu’elle ne devrait pas le prendre ainsi dans son lit. (« la grande a crié, parce que je lui avais enlevé la girafe chiffonnée »), et elle répond de ci de là, assez irritée, que c’est une absurdité, qu’une minute ne peut rien faire, et ainsi de suite. Hans reste alors avec elle un petit peu. (« Alors la grande girafe a cessé de crier et alors je me suis assis sur la girafe chiffonnée. »)

« La résolution de cette scène matrimoniale transposée dans la vie des girafes est ainsi la suivante : Hans a été saisi pendant la nuit de la nostalgie de sa mère, de ses caresses, de son organe génital, et c’est pourquoi il est venu dans notre chambre. Le tout est une continuation de sa peur des chevaux. » Je n’ajouterai à l’interprétation pénétrante du père que ceci : « S’asseoir dessus » est sans doute pour Hans la représentation de la prise de possession27. Et le tout est un fantasme de défi, relié à la satisfaction d’avoir triomphé de la résistance paternelle. « Crie tant que tu veux, maman me prendra tout de même dans son lit et maman m’appartient ! » Ce que le père suppose se laisse donc à juste titre déceler là-dessous : la crainte que sa mère ne l’aime pas, parce que son fait-pipi n’est pas comparable à celui de son père.

Le lendemain matin, le père obtient la confirmation de son interprétation. « Le dimanche 29 mars, je vais, avec Hans à Lainz. À la porte je prends congé de ma femme en disant sur un ton plaisant : « Au revoir, grande girafe ! » Hans demande : « Pourquoi girafe ? » Moi alors : « Maman est la grande girafe. » Sur quoi Hans : « N’est-ce pas ? et Anna est la girafe chiffonnée ? »

« Dans le train je lui explique le fantasme aux girafes, sur quoi il dit : Oui, c’est vrai, et comme je lui dis que je suis la grande girafe, que le long cou lui a rappelé un fait-pipi, il réplique : « Maman a aussi un cou comme une girafe, je l’ai vu quand elle se lave son cou blanc28. »

« Lundi, le 30 mars, Hans vient me trouver le matin et dit : « Tu sais, j’ai pensé deux choses ce matin. » – « La première ? » – « Je suis avec toi à Schönbrunn, là où sont les moutons, et alors nous nous sommes glissés sous les cordes, et puis nous l’avons dit à l’agent de police qui est à l’entrée du jardin, et ils nous a arrêtés tous les deux ». Hans a oublié la seconde chose.

« Je ferai remarquer ici que dimanche dernier, comme nous voulions aller voir les moutons, cette partie du jardin était fermée par une corde, ce qui nous empêcha d’y entrer. Hans fut très surpris que l’on fermât une partie du jardin rien qu’avec une corde, sous laquelle on peut facilement se glisser. Je lui dis que les gens comme il faut ne passent pas sous les cordes. Il dit que ce serait très facile, je répondis qu’un agent de police pourrait alors survenir qui vous emmènerait. À l’entrée de Schönbrunn se tient un garde du corps, duquel j’ai dit une fois à Hans qu’il arrête les méchants enfants.

« Au retour de notre visite chez vous, qui eut lieu le même jour, Hans confessa encore quelque désir de faire une chose défendue. « Tu sais, ce matin j’ai encore pensé quelque chose. » – « Quoi donc ? » – « J’étais avec toi dans le train, et nous avons cassé la vitre d’une fenêtre et l’agent de police nous a emmenés. »

Voilà une suite tout à fait appropriée du fantasme aux girafes. Hans soupçonne qu’il est interdit de prendre possession de la mère ; il s’est heurté à la barrière de l’inceste. Mais il croit la chose défendue en elle-même. Dans les exploits défendus qu’il accomplit en imagination, son père est toujours avec lui et est arrêté avec lui. Son père, pense-t-il, fait donc aussi avec sa mère cette chose énigmatique défendue qu’il remplace par un acte de violence tel que le bris d’une vitre de fenêtre ou la pénétration de force dans un espace clos.

Cette après-midi-là, le père et le fils vinrent me voir à ma consultation. Je connaissais déjà le drôle de petit bonhomme, et avec toute son assurance il était si gentil que j’avais chaque fois eu plaisir à le voir. Je ne sais s’il se souvenait de moi, mais il se comporta de façon irréprochable et comme un membre tout à fait raisonnable de la famille humaine. La consultation fut courte. Le père commença par dire que, malgré tous les éclaircissements donnés à Hans, sa peur des chevaux n’avait pas diminué. Nous dûmes aussi convenir que les rapports étaient fort peu nombreux entre les chevaux dont il avait peur et les aspirations de tendresse envers sa mère qui s’étaient révélées. Certains détails que j’appris alors – qu’il était particulièrement gêné par ce que les chevaux ont devant les yeux et par le noir qu’ils ont autour de la bouche – n’étaient certes pas explicables par ce que nous connaissions. Mais comme je regardais le père et le fils tous deux assis devant moi, tout en écoutant la description par Hans de ses « chevaux d’angoisse », une nouvelle partie de la solution du problème me vint tout à coup à l’esprit, partie dont je compris qu’elle pût justement échapper au père. Je demandai à Hans sur un ton de plaisanterie si ses chevaux portaient binocle, ce qu’il nia, puis si son père portait un binocle, ce qu’il nia aussi, contre toute évidence ; je lui demandai si par le noir autour de la « bouche » il voulait dire la moustache, et je lui révélai alors qu’il avait peur de son père justement parce qu’il aimait tellement sa mère. Il devait en effet penser que son père lui en voulait de cela, mais ce n’était pas vrai, son père l’aimait tout de même, il pouvait sans aucune crainte tout lui avouer. Bien avant qu’il ne vint au monde j’avais déjà su qu’un petit Hans naîtrait un jour qui aimerait tellement sa mère qu’il serait par suite forcé d’avoir peur de son père, et je l’avais annoncé à son père. « Pourquoi crois-tu donc – m’interrompit alors le père de Hans, – que je t’en veuille ? T’ai-je jamais grondé ou battu ? » – « Oh ! oui, tu m’as battu », corrigea Hans. « Ce n’est pas vrai. Quand ça ? »

— « Ce matin » répondit le petit garçon ; et son père se rappela que Hans, tout à fait à l’improviste, lui avait donné un coup de tête dans le ventre, ce sur quoi il lui avait rendu, à la façon d’un réflexe, un coup avec la main. Qu’il n’ait pas enregistré ce détail dans l’ensemble de la névrose était curieux ; mais il le comprit maintenant comme exprimant la disposition hostile de l’enfant contre lui, peut-être aussi comme manifestant le besoin d’en être puni29.

En revenant, Hans demande à son père :

« Le Professeur parle-t-il avec le bon Dieu, pour qu’il puisse savoir tout ça d’avance ? » Je serais extraordinairement fier de cette attestation de la bouche d’un enfant, si je ne l’avais moi-même provoquée par ma vanterie enjouée.

À partir du jour de cette consultation je reçus des rapports presque quotidiens relatant les changements survenant dans l’état du petit patient. On ne pouvait s’attendre à ce que ma communication l’eût délivré d’un seul coup de son angoisse mais il devint visible que la possibilité lui était maintenant donnée de mettre à jour ses productions inconsciente et d’opérer la liquidation de sa phobie. À partir de ce moment il réalisa un programme que je fus à même de prédire à son père.

« Le 2 avril, la première réelle amélioration est à noter. Tandis qu’auparavant on ne pouvait l’amener à sortir pour un certain temps de la porte cochère et que toujours, quand des chevaux approchaient, il revenait en courant à la maison, avec tous les signes de la peur, il reste cette fois une heure devant la porte cochère, même quand les voitures passent, ce qui devant chez nous arrive assez souvent. De temps à autre, en voyant de loin venir une voiture, il revient bien en courant vers la maison, mais il rebrousse chemin, comme se ravisant. Quoi qu’il en soit, il n’y a plus qu’un restant d’angoisse, et le progrès depuis les éclaircissements n’est pas à méconnaître.

« Le soir il dit : « Puisque nous allons maintenant jusque devant la porte cochère, nous irons aussi au Stadtpark. »

« Le 9 avril il arrive de bonne heure dans mon lit, tandis que les jours précédents il n’y était plus venu et semblait même fier de cette retenue. Je demande : « Pourquoi donc es-tu venu aujourd’hui ? »

Hans : « Quand je n’aurai plus peur, je ne viendrai plus. » Moi : « Ainsi tu viens me trouver parce que tu as peur ? » Hans : « Quand je ne suis pas avec toi, j’ai peur ; quand je ne suis pas au lit avec toi, alors j’ai peur. Quand je n’aurai plus peur, je ne viendrai plus. »

Moi : « Tu m’aimes donc, tu as peur quand tu es dans ton lit le matin, et c’est pourquoi tu viens me trouver ? »

Hans : « Oui. Pourquoi m’as-tu dit que j’aime maman et que c’est pour ça que j’ai peur, quand c’est toi que j’aime ? » Le petit garçon faisait ici preuve d’une clarté de vue vraiment rare. Il donne à entendre qu’en lui l’amour pour son père est en conflit avec l’hostilité contre son père provenant de son rôle de rival auprès de la mère, et il reproche à son père de ne pas avoir jusque-là attiré son attention sur ce jeu de forces qui devait se résoudre en angoisse. Le père ne le comprend pas encore tout à fait, car il ne réussit, pendant cet entretien, qu’à se convaincre de l’hostilité du petit garçon contre lui, dont j’avais soutenu l’existence au cours de notre consultation. Ce qui va suivre, et que je reproduirai pourtant, sans y rien changer, est à la vérité plus important relativement aux progrès de la compréhension chez le père que pour le petit patient.

« Je n’ai malheureusement pas compris sur le champ le sens de cette objection. Parce que Hans aime sa mère, il voudrait évidemment que je ne fusse plus là, alors il prendrait la place de son père. Ce désir hostile réprimé se transforme en angoisse relativement à ce qui m’arrive, et il vient le matin voir si je suis parti. Je n’ai malheureusement pas encore compris ceci à ce moment et je lui dis :

« Ainsi, quand tu es seul, tu es anxieux à mon sujet et tu viens me trouver. »

Hans : « Quand tu n’es pas là, j’ai peur que tu ne reviennes pas à la maison. »

Moi : « T’ai-je jamais menacé de ne pas revenir à la maison ? »

Hans : « Toi pas, mais maman. Maman m’a dit qu’elle ne reviendrait plus. » (Il avait sans doute été méchant et elle l’avait menacé de s’en aller).

Moi : « Elle a dit ça parce que tu étais méchant. »

Hans : « Oui. »

Moi : « Tu as donc peur que je ne m’en aille parce que tu as été méchant, et c’est pourquoi tu viens me trouver. »

« Comme je me lève de table après le petit déjeuner, Hans dit : « Papa, reste ! ne t’en va pas au galop ! « Je suis frappé qu’il dise au galop au lieu de en courant et je réplique : « Oh, tu as peur que le cheval ne te quitte. » Sur quoi il rit. »

Nous savons que cette partie de l’angoisse de Hans a deux composantes : la peur du père et la peur pour le père. La première dérive de son hostilité contre son père, la seconde du conflit de la tendresse – ici exagérée par réaction – avec l’hostilité.

Le père poursuit : « Ceci est sans doute le début d’une phase importante. Qu’il ne se risque tout au plus que devant la maison, qu’il n’ose cependant pas s’éloigner de la maison, qu’il revienne sur ses pas à mi-chemin aux premières atteintes de l’angoisse, tout ceci est motivé par la peur de ne pas trouver ses parents à la maison parce qu’ils en seraient partis. Il reste comme collé à la maison en vertu de son amour pour sa mère ; il craint que je ne m’en aille du fait des désirs hostiles qu’il nourrit contre moi, car alors, moi parti, c’est lui qui serait le père.

« L’été passé j’ai dû à plusieurs reprises quitter Gmunden pour Vienne, à cause de mes affaires, alors il était le père. Je rappellerai que sa peur des chevaux se relie à un épisode datant de Gmunden, lorsqu’un cheval devait emmener à la gare les bagages de Lizzi. Le désir refoulé de me voir partir pour la gare afin qu’il soit seul avec sa mère, (« le cheval devrait s’en aller ») se transforme alors en anxiété de voir les chevaux prêts à partir, et de fait rien ne le met dans un pareil état d’angoisse que lorsque de la cour de la Douane Centrale qui est en face de notre maison, une voiture s’ébranle pour partir et que des chevaux se mettent en mouvement.

« La condition pour que cette nouvelle phase (sentiments hostiles contre son père) pût s’instaurer était que Hans eût appris que je ne suis pas fâché qu’il aime tant sa mère.

« L’après-midi, je sors de nouveau avec lui devant la porte cochère ; il va de nouveau devant la maison et y reste même quand des voitures passent. Ce n’est que devant certaines voitures qu’il a peur et court dans le hall d’entrée. Il me donne aussi cette explication : « Tous les chevaux blancs ne mordent pas », ce qui équivaut à dire que déjà certains chevaux blancs ont été reconnus grâce à l’analyse comme étant « Papa » et ne mordent plus, mais qu’il en reste encore d’autres qui mordent. Le plan des lieux devant notre porte cochère est le suivant :

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en face se trouve l’entrepôt de l’octroi des denrées alimentaires avec une rampe de chargement, devant laquelle toute la journée des voitures passent afin de charger des caisses et objets semblables. Du côté de la rue, une grille ferme cette cour. Vis-à-vis de notre maison est la porte d’entrée de la cour (Fig. 2). J’ai observé déjà depuis quelques jours, que Hans a particulièrement peur quand des voitures entrent dans la cour ou en sortent, ce qui les oblige à prendre un tournant. Je lui ai demandé alors pourquoi il a si peur, sur quoi il a répondu :

« J’ai peur que les chevaux ne tombent quand la voiture tourne. » (A) Il a tout aussi peur lorsque des voitures stationnant devant la rampe de chargement se mettent soudain en mouvement afin de repartir (B). De plus, il a plus peur (C) des grands chevaux de somme que des petits chevaux, des chevaux de ferme plus que des chevaux aux formes élégantes (par exemple les chevaux de voitures de place). Il a aussi plus peur quand une voiture passe vite (D) que lorsque les chevaux trottent doucement. Ces nuances ne se sont fait clairement jour, bien entendu, que ces jours passés. »

J’inclinerais à dire que, par suite de l’analyse, non seulement le patient, mais aussi sa phobie a acquis plus de courage et ose se montrer.

« Le 5 avril, Hans arrive à nouveau dans notre chambre à coucher et est renvoyé dans son lit. Je lui dis : « Tant que tu viendras le matin dans notre chambre, ta peur des chevaux n’ira pas mieux. » Il répond cependant, avec défi : « Je viendrai tout de même, même si j’ai peur. » Ainsi il ne veut pas se laisser interdire les visites qu’il fait à sa maman.

« Après le petit déjeuner nous allons descendre. Hans s’en réjouit fort et forme le plan, au lieu de rester comme d’habitude devant la porte cochère, de traverser la rue et d’aller dans la cour, où il a vu assez souvent jouer des gamins. Je lui dis que cela me ferait plaisir s’il y allait, et je saisis cette occasion pour lui demander pourquoi il a si peur lorsque les voitures chargées se mettent en mouvement à la rampe de chargement (B).

Hans : « J’ai peur si je suis sur la voiture que la voiture s’en aille vite, et que je me tienne dessus et que je veuille aller là sur la planche (la rampe de chargement) et que je m’en aille avec la voiture. »

Moi : « Et quand la voiture reste tranquille ? Alors tu n’as pas peur ? Pourquoi pas ? »

Hans : « Quand la voiture reste tranquille, je peux vite aller sur la voiture et aller sur la planche. »

« Hans forme donc le plan de grimper par dessus une voiture sur la rampe de chargement et il a peur que la voiture ne s’en aille pendant qu’il sera dessus.

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Moi : « Peut-être crains-tu de ne plus pouvoir revenir à la maison si tu t’en allais avec la voiture ? »

Hans : « Oh non, je peux, toujours revenir trouver Maman, sur cette voiture-ci ou en fiacre. Je peux aussi lui dire le numéro de la maison. »

Moi : « Mais de quoi donc as-tu peur ? »

Hans : « Je ne sais pas. Mais le professeur le saura. Crois-tu qu’il le saura ? »

Moi : « Pourquoi donc veux-tu aller là-bas sur la planche ? »

Hans : « Parce que je n’y ai jamais été, et je voudrais tellement y aller, et sais-tu pourquoi je veux y aller ? Parce que je voudrais décharger et charger les paquets et je voudrais là grimper sur les paquets. J’aimerais tellement grimper sur les paquets ! Sais-tu qui m’a appris à grimper ? Des gamins ont grimpé sur les paquets et je les ai vus et je veux aussi le faire. »

« Son désir ne se réalisa pas, car lorsque Hans se risqua à nouveau devant la porte cochère, les quelques pas par delà la rue et dans la cour éveillèrent en lui de trop grandes résistances, parce que des voitures entraient et sortaient sans cesse de la cour. »

Le professeur ne sait rien d’autre que ceci : ce jeu que Hans projetait de jouer avec les voitures chargées doit être entré en un rapport symbolique, substitutif, avec un autre de ses désirs dont jusqu’à présent il n’a encore rien manifesté. Mais, – si cela ne semblait trop hardi – ce désir se laisserait, même à ce stade, déjà reconstruire.

« Dans l’après-midi nous sortons de nouveau devant la porte cochère, et comme je reviens je demande à Hans : « De quels chevaux as-tu au fond le plus peur ? »

Hans : « De tous. »

Moi : « Ça n’est pas vrai ! »

Hans : « Les chevaux qui me font le plus peur sont ceux qui ont quelque chose sur la bouche. »

Moi : « Que veux-tu dire par là ? Le morceau de fer qu’ils ont dans la bouche ? »

Hans : « Non, ils ont quelque chose de noir sur la bouche. » (Il se couvre la bouche de la main.)

Moi : « Quoi ? Une moustache, peut-être ? »

Hans (riant) : « Oh non ! »

Moi : « L’ont-ils tous ? »

Hans : « Non, seulement quelques-uns. »

Moi : « Qu’est-ce que c’est qu’ils ont sur la bouche ? »

Hans : « Quelque chose de noir. » (Je crois que c’est en réalité l’épaisse pièce de cuir que portent les chevaux de somme autour du museau.)

Hans : « Et les voitures de déménagement, j’en ai aussi le plus peur. »

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Moi : « Pourquoi ? »

Hans : « Je crois, quand les chevaux de déménagement tirent une lourde voiture, qu’ils vont tomber. »

Moi : « Ainsi tu n’as pas peur des petites voitures ? » Hans : « Non, je n’ai pas peur d’une petite voiture ni d’une voiture de la poste. Aussi quand vient un omnibus j’ai le plus peur. »

Moi : « Pourquoi ? Parce qu’il est si grand ? »

Hans : « Non, parce qu’un jour le cheval d’un omnibus est tombé. »

Moi : « Quand cela ? »

Hans : « Un jour où je suis sorti avec Maman malgré la bêtise, quand j’ai acheté le gilet. »

(Ceci est confirmé après coup par sa mère.) »

Moi : « Qu’as-tu pensé quand le cheval est tombé ? »

Hans : « Ce sera maintenant toujours comme ça. Tous les chevaux d’omnibus vont tomber. »

Moi : « De tous les omnibus ? »

Hans : « Oui ! Et aussi des voitures de déménagement. Aux voitures de déménagement, pas si souvent. »

Moi : « Tu avais alors déjà la bêtise ? »

Hans : « Non, c’est alors que je l’ai attrapée. Quand le cheval de l’omnibus est tombé, j’ai eu tellement peur, vraiment ! C’est à ce moment-là que je l’ai attrapée. »

Moi : « La bêtise était cette idée qu’un cheval allait te mordre, et tu dis maintenant que tu as eu peur qu’un cheval ne vint à tomber. »

Hans : « Tomber et mordre30. »

Hans : « Parce que le cheval a fait comme ça avec ses pieds. (Il se couche par terre et me montre comment le cheval donnait des coups de pied.) J’ai eu peur, parce qu’il a fait du charivari avec ses pieds. »

Moi : « Où donc as-tu été ce jour-là avec Maman ? »

Hans : « D’abord au Skating Rink, puis au café, puis acheter le gilet, puis chez le pâtissier, puis à la maison le soir ; nous sommes rentrés par le Stadtpark. »

« (Tout cela est confirmé par ma femme, et aussi que l’angoisse a éclaté immédiatement après.)

Moi : « Le cheval était-il mort quand il est tombé ? »

Hans : « Oui ! »

Moi : « Comment le sais-tu ? »

Hans : « Parce que je l’ai vu. (Il rit). Non, il n’était pas mort. »

Moi : « Peut-être as-tu pensé qu’il était mort. »

Hans : « Non, sûrement pas. Je l’ai dit seulement pour rire. » Son expression était cependant sérieuse en le disant.

« Comme il est fatigué, je le laisse aller courir. Il me dit simplement encore qu’il a eu peur d’abord des chevaux d’omnibus, puis de tous les autres, et enfin en dernier des chevaux de voitures de déménagement. »

En revenant de Lainz encore quelques questions :

Moi : « Quand le cheval de l’omnibus est tombé, de quelle couleur était-il ? Blanc, roux, brun gris ? »

Hans : « Noir, les deux chevaux étaient noirs. »

Moi : « Était-il grand ou petit ? »

Hans : « Grand. »

Moi : « Gros ou maigre ? »

Hans : « Gros, très grand et gros. »

Moi : « Quand le cheval est tombé, as-tu pensé à ton papa ? »

Hans : « Peut-être. Oui. C’est possible. »

Les investigations du père de Hans peuvent être restées sans succès sur bien des points ; mais il n’y a aucun mal à faire de près connaissance avec une phobie de cette sorte, que l’on serait enclin à dénommer d’après ses nouveaux objets. Nous apprenons ainsi à voir combien elle est en réalité diffuse. Elle se porte sur des chevaux et des voitures, sur ce fait que des chevaux tombent et qu’ils mordent, sur des chevaux d’une nature spéciale, sur des voitures qui sont lourdement chargées. Nous pouvons dès maintenant révéler que toutes ces particularités dérivent de ce que l’angoisse originairement n’avait rien à voir avec les chevaux ; mais fut transposée secondairement sur ceux-ci et se fixa alors sur les points du complexe des chevaux qui se montrèrent propres à certains transferts. Nous devons rendre hommage à un résultat essentiel de l’investigation du père de Hans. Nous avons appris à connaître à quelle occasion actuelle fut liée l’éclosion de la phobie. Ce fut lorsque le petit garçon vit tomber un grand cheval lourd, et l’une des interprétations du moins de cette forte impression semble avoir été celle que souligne le père : Hans a alors éprouvé le désir que son père tombât ainsi – et fût mort. L’expression sérieuse de Hans en contant la chose se rapportait sans doute à ce sens inconscient. Mais un autre sens ne serait-il pas encore dissimulé sous tout cela ? Et que signifie le charivari fait avec les jambes ?

« Hans, depuis quelque temps, joue au cheval dans la chambre, il court et tombe, donne alors des coups de pied en tous sens, il hennit. Un jour il s’attache un petit sac en guise de musette. A plusieurs reprises il me court dessus et me mord. »

Il accepte ainsi les dernières interprétations plus résolument qu’il ne le pourrait faire en paroles, mais naturellement en intervertissant les rôles, le jeu étant au service d’un fantasme de désir. Il est ainsi le cheval, il mord le père, et de cette façon il s’identifie avec son père.

« Je remarque depuis deux jours que Hans me brave de la manière la plus nette, non pas avec impudence, mais sur un mode joyeux. Serait-ce parce qu’il n’a plus peur de moi, le cheval ?

« 6 avril. Je vais avec Hans l’après-midi devant la maison. À chaque cheval qui passe je lui demande s’il voit le « noir sur la bouche » ; il le nie à chaque fois. Je lui demande de quoi ce noir a vraiment l’air ; il dit que c’est du fer noir. Ma supposition primitive, qu’il voulait dire par là les épaisses pièces de cuir qui font partie du harnais des chevaux de somme, n’est donc pas confirmée. Je demande si le « noir » rappelle une moustache ; il dit : rien que par la couleur. Je ne sais donc pas encore ce que c’est en réalité.

« La peur est moindre ; il se risque cette fois jusqu’à la maison voisine, mais fait vite demi-tour lorsqu’il entend au loin le trot d’un cheval. Comme une voiture vient chez nous et s’arrête à notre porte, il est pris de frayeur et revient en courant vers la maison, le cheval s’étant mis à frapper du pied le sol. Je lui demande pourquoi il a peur, s’il a peut-être été effrayé parce que le cheval a fait comme ça (je frappe du pied). Lui alors : « Ne fais donc pas un tel charivari avec les pieds ! » À comparer avec les propos relatifs au cheval d’omnibus tombé.

« Le passage d’une voiture de déménagement lui fait particulièrement peur. Il court alors jusque dans l’intérieur de la maison. Je lui demande d’un air indifférent : « Une voiture de déménagement comme ça n’a-t-elle pas vraiment l’air d’un omnibus ? » Il ne dit rien. Je répète ma question. Il dit alors : « Bien sûr, sans ça je n’aurais pas si peur d’une voiture de déménagement. »

« 7 avril. Aujourd’hui je redemande de quoi a l’air le « noir sur la bouche » des chevaux. Hans dit : « C’est comme une muselière ». Le plus curieux est que, depuis trois jours, aucun cheval n’a passé sur lequel il ait pu observer cette « muselière » ; moi-même n’ai vu, au cours de mes promenades, aucun cheval ainsi équipé, bien que Hans affirme qu’il en existe. Je suppose qu’une certaine sorte de bride – peut-être l’épaisse pièce de cuir autour de la bouche des chevaux – lui a vraiment rappelé une moustache, et qu’après que j’y eus fait allusion cette peur aussi disparut.

« L’amélioration dans l’état de Hans est constante. Le rayon du cercle de son activité – la porte cochère en étant le centre – est toujours plus grand ; il a même accompli l’exploit, jusqu’ici pour lui irréalisable, de courir jusque sur le trottoir en face. Toute la peur qui reste est en rapport avec la scène de l’omnibus, dont le sens d’ailleurs ne m’apparaît pas clairement encore.

« 9 avril. Ce matin Hans entre chez moi pendant que, nu jusqu’à la ceinture, je me lave.

Hans : « Papa, que tu es donc beau, si blanc ! »

Moi : « N’est-ce pas, comme un cheval blanc. »

Hans : « La seule chose noire est ta moustache. (Il poursuit) ou bien c’est peut-être la muselière noire ? »

« Je lui raconte alors que j’ai été la veille au soir chez le professeur, et je dis : « Il voudrait savoir quelque chose. » Sur quoi Hans : « Je suis curieux de savoir quoi ! »

« Je lui dis que je sais dans quelle occasion il fait du charivari avec ses pieds. Il m’interrompt : « N’est-ce pas quand je suis en colère ou bien quand je dois faire loumf31 et que j’aimerais mieux jouer ? » (Il a en effet l’habitude, quand il est en colère, de faire du charivari avec les pieds, c’est-à-dire de trépigner. – « Faire loumf » veut dire faire le gros besoin. Lorsque Hans était petit, il dit un jour, en se levant de sur le vase : « Regarde le loumf » (en allemand Lumpf). Il voulait dire, le bas (en allemand Strumpf) à cause de la forme et de la couleur. Cette désignation s’est maintenue jusqu’aujourd’hui. Dans les tout premiers temps, quand Hans devait être mis sur le vase et qu’il refusait de quitter ses jeux, il tapait du pied avec rage, il donnait des coups de pied en tous sens et se jetait même par terre).

« Et tu donnes des coups de pied en tous sens aussi quand tu dois faire pipi et que tu ne veux pas, parce que tu préférerais continuer à jouer. »

Lui : « Tu sais, il faut que j’aille faire pipi » et Hans sort, sans doute en confirmation de ce que nous disions. »

Le père de Hans m’avait demandé, pendant sa visite, ce que le cheval tombé qui donnait des coups de pied avait bien pu rappeler à Hans ? J’avais suggéré que cela avait bien pu être sa propre réaction quand il retenait son urine. Hans confirme ceci maintenant par la réapparition du besoin d’uriner pendant l’entretien, et y ajoute de nouvelles significations du charivari fait avec les pieds.

« Nous sortons alors devant la porte cochère. Comme une voiture de charbon approche, Hans dit : « Tu sais, j’ai aussi très peur des voitures de charbon. » Moi : « Peut-être parce qu’elles sont également tout aussi grandes qu’un omnibus. »

— Hans : « Oui, et parce qu’elles sont si chargées et que les chevaux ont tant à tirer et pourraient bien tomber. Quand une voiture est vide, je n’ai pas peur. » De fait – ainsi que nous l’avons déjà constaté – seules les grosses voitures chargées le mettent en état d’angoisse. »

La situation n’en est pas moins franchement obscure. L’analyse fait peu de progrès ; son exposé, je le crains, va bientôt ennuyer le lecteur. Il est cependant dans toute psychanalyse de telles périodes d’obscurité. Hans va bientôt pénétrer dans une région où nous ne nous attendions pas à le voir aller.

« Je rentrais chez nous et je parlais avec ma femme qui avait fait diverses emplettes et était en train de me les montrer. Parmi celles-ci, une culotte de dame, jaune. Hans fait à plusieurs reprises : « Fi ! », se jette par terre et crache. Ma femme dit qu’il a déjà fait cela à diverses reprises en voyant la culotte.

« Je demande : « Pourquoi fais-tu « fi ? »

Hans : « À cause de la culotte. »

Moi : « Pourquoi ? À cause de la couleur ? Parce qu’elle est jaune et rappelle pipi ou loumf ? »

Hans : « Loumf n’est pas jaune, mais blanc ou noir. » – Et aussitôt : « Dis, est-ce facile de faire loumf quand on mange du fromage ? » (J’avais un jour dit cela, comme il me demandait pourquoi je mangeais du fromage.)

Moi : « Oui. »

Hans : « C’est pour ça que tu vas toujours dès le matin faire loumf ? Je voudrais tant manger du fromage sur mon pain beurré. »

« Hier déjà il m’a demandé, comme il sautait de ci, de là, dans la rue : « Dis, n’est-ce pas, quand on saute comme ça, on fait facilement loumf ? « Il a toujours eu de la difficulté à aller à la selle, on doit souvent avoir recours au calomel et à des lavements. Sa constipation habituelle fut une fois si forte que ma femme demanda conseil au Dr L… Celui-ci émit l’opinion que Hans était suralimenté, ce qui était exact, et recommanda un régime plus léger, ce qui mit aussitôt fin à l’état en question. Ces derniers temps, la constipation s’est manifestée plus fréquemment à nouveau.

« Après le déjeuner je dis : « Nous allons réécrire au professeur. » Et Hans me dicte : « En voyant la culotte jaune j’ai dit : « Fi ! » et j’ai craché, et je me suis jeté par terre et j’ai fermé les yeux et n’ai pas regardé. »

Moi : « Pourquoi ? »

Hans : « Parce que j’ai vu la culotte jaune, et avec la culotte noire32 j’ai fait à peu près la même chose. La culotte noire est aussi une culotte comme ça, seulement elle était noire… (s’interrompant). Tu sais, je suis content ; quand je peux écrire au professeur je suis toujours content. »

Moi : « Pourquoi as-tu dit : « Fi ! » Quelque chose te dégoûtait ? »

Hans : « Oui, parce que j’ai vu ça. J’ai cru que j’allais devoir faire loumf. »

Moi : « Pourquoi ? »

Hans : « Je ne sais pas. »

Moi : « Quand as-tu vu la culotte noire ? »

Hans : « Un jour, – Anna (notre bonne) était depuis longtemps à la maison —- chez maman – elle venait de rapporter la culotte à la maison après l’avoir achetée. » (Ma femme confirme ceci).

Moi : « Ceci t’a-t-il aussi dégoûté ? »

Hans : « Oui. »

Moi : « As-tu vu Maman portant une culotte comme ça ? » Hans : « Non ».

Moi : « Quand elle s’habillait ? »

Hans : « Quand elle a acheté la culotte jaune, je l’avais déjà vue une fois. (Contradiction ! c’est quand sa mère a acheté cette culotte qu’il l’a vue pour la première fois). Elle porte aujourd’hui aussi la noire. (C’est vrai), car j’ai vu ce matin quand elle l’a enlevée. »

Moi : « Quoi ? Elle a ôté ce matin la culotte noire ? »

Hans : « Ce matin en sortant elle a ôté la culotte noire, et en rentrant elle a remis la noire. »

« Je questionne ma femme, ceci me semblant absurde. Elle dit aussi que c’est entièrement faux ; elle n’a naturellement pas en sortant changé de culotte.

« Je demande aussitôt à Hans : « Tu as raconté que Maman avait mis une culotte noire, et qu’en sortant elle l’avait ôtée, et qu’en revenant elle l’avait remise. Mais Maman dit que ce n’est pas vrai. »

Hans : « Je pense que peut-être j’ai oublié qu’elle ne l’avait pas ôtée. (Avec mauvaise humeur). Laisse-moi donc tranquille. »

J’ai quelques commentaires à faire sur cette histoire de culottes : Hans fait évidemment l’hypocrite lorsqu’il prétend être si content de cette occasion de raconter l’affaire. À la fin il jette le masque et devient impoli envers son père. Il s’agit de choses qui auparavant lui procuraient beaucoup de plaisir, mais desquelles maintenant, depuis que le refoulement s’est installé, il a très honte, et professe d’être dégoûté. Il ment tout bonnement afin de déguiser en quelles circonstances il a vu sa maman changer de culotte. En réalité, mettre et ôter sa culotte appartient au contexte du « loumf ». Le père sait fort bien de quoi il s’agit et ce que Hans cherche à cacher.

« Je demande à ma femme si Hans l’accompagna souvent au W. C. Elle dit : « Oui, souvent, il m’embête jusqu’à ce que je le lui ai permis ; tous les enfants sont de même. »

Nous noterons avec soin le plaisir – aujourd’hui chez Hans, déjà refoulé – de voir sa mère faire loumf.

« Nous sortons devant la maison. Il est très gai, et comme il ne cesse de gambader comme un cheval, je lui demande : « Dis-moi, qui est-ce, le cheval d’omnibus ? Moi, toi ou Maman ? »

Hans (sans hésiter) : « Moi, je suis un jeune cheval. »

« Quand, aux pires temps de son angoisse, il voyait gambader des chevaux, il avait peur et me demandait pourquoi ils faisaient cela, je lui disais, afin de le tranquilliser : « Vois-tu, ce sont de jeunes chevaux, ils sautent comme les petits garçons. Tu sautes, toi aussi, et tu es un petit garçon. » Depuis quand il voit sauter des chevaux, il dit : « C’est vrai, ce sont de jeunes chevaux ! »

« Dans l’escalier, en remontant, je demande presque sans y penser : « As-tu joué au cheval à Gmunden avec les enfants ? »

Lui : « Oui ! (réfléchissant). Il me semble que c’est là que j’ai attrapé la bêtise. »

Moi : « Qui était le cheval ? »

Lui : « Moi, et Berta était le cocher. »

Moi : « Peut-être es-tu tombé quand tu étais le cheval ? »

Hans : « Non ! Quand Berta disait : Hue ! j’ai vite couru, je courais même à toutes jambes. »33

Moi : « Vous n’avez jamais joué à l’omnibus ? »

Hans : « Non, aux voitures ordinaires et au cheval sans voiture. Quand le cheval a une voiture, il peut aller aussi sans voiture et la voiture peut rester, à la maison. »

Moi : « Avez-vous souvent joué au cheval ? »

Hans : « Très souvent. Fritz (comme on sait, l’un des enfants de notre propriétaire) a été une fois le cheval et Franz le cocher, et Fritz a couru si vite et tout à coup il a mis le pied sur une pierre et il a saigné. »

Moi : « Est-il tombé ? »

Hans : « Non, il a mis le pied dans l’eau et puis il a mis un linge autour. »34

Moi : « Étais-tu souvent le cheval ? »

Hans : « Oh oui ! »

Moi : « Et c’est là que tu as attrapé la bêtise ? »

Hans : « Parce qu’ils disaient tout le temps : Vois-tu le cheval » (il accentue vois-tu) et alors c’est peut-être parce qu’ils ont parlé ainsi : vois-tu le cheval », peut-être que j’ai attrapé la bêtise. »35

Le père de Hans poursuit en vain, pendant quelque temps, son investigation dans d’autres voies.

Moi : « T’ont-ils dit quelque chose de relatif aux chevaux ? »

Hans : « Oui ! »

Moi : « Quoi ? »

Hans : « J’ai oublié. »

Moi : « Peut-être ont-ils parlé du fait-pipi ? »

Hans : « Oh ! Non ! »

Moi : « Avais-tu déjà alors peur des chevaux ? »

Hans : « Oh non ! je n’avais pas peur du tout. »

Moi : « Peut-être Berta t’a-t-elle dit qu’un cheval… »

Hans (interrompant) : « Fait pipi ? Non ! »

« Le 10 avril, je reprends la conversation de la veille et je cherche à savoir ce que « vois-tu le cheval » pouvait vouloir dire ; Hans ne peut s’en souvenir, il se rappelle seulement que plusieurs enfants se trouvaient un matin devant la grande porte et disaient ; « Vois-tu le cheval, vois-tu le cheval. » Il était parmi eux. Comme je le presse davantage, il déclare qu’ils n’auraient pas du tout dit : « vois-tu le cheval », son souvenir était faux.

Moi : « Mais vous avez certainement été souvent tous à l’écurie, là vous aurez sûrement parlé de chevaux. » – « Nous n’en ayons pas parlé. » – « De quoi avez-vous parlé ? » – « De rien. » – « Vous étiez tant d’enfants réunis et vous ne parliez de rien ? » – « Nous parlions bien de quelque chose, mais pas de chevaux. » – « De quoi donc ? »

— « Je n’en sais plus rien. »

« Je laissai tomber la chose, les résistances étant évidemment trop grandes36, et je demande : « Tu aimais jouer avec Berta ? »

Lui : « Oui, beaucoup. Mais pas avec Olga. Tu sais ce qu’a fait Olga ? Grete, là-bas, à Gmunden m’a donné une fois une balle en papier et Olga l’a toute déchirée. Berta n’aurait jamais déchiré ma balle. J’aimais beaucoup jouer avec Berta. » Moi : « As-tu vu de quoi avait l’air le fait-pipi de Berta ? » Lui : « Non, mais du cheval, parce que j’étais tout le temps dans l’écurie et là j’ai vu le fait-pipi du cheval. »

Moi : « Et tu étais curieux de savoir de quoi avait l’air le fait-pipi de Berta ou de Maman ? »

Lui : « Oui ! »

« Je lui rappelle qu’il s’est plaint une fois, auprès de moi, de ce que les petites filles voulaient toujours le regarder pendant qu’il faisait pipi.

Lui : « Berta aussi me regardait toujours (il ne semble pas offusqué, mais très satisfait), oui, très souvent. Là où est le petit jardin, où sont les radis, je faisais pipi, et elle se tenait devant la grande porte et me regardait.

Moi : « Et quand elle faisait pipi, regardais-tu ? »

Lui : « Elle allait au W. C. »

Moi : « Et tu étais curieux ? »

Lui : « J’étais dans le W. C. quand elle y était. »

« (C’est exact ? Les domestiques nous le dirent un jour et je me souviens que nous l’interdîmes à Hans.)

Moi : « Lui disais-tu que tu voulais entrer ? »

Hans : « Je suis entré tout seul et parce que Berta permettait. Ça n’est pas honteux. »

Moi : « Et tu aurais aimé voir son fait-pipi ? »

Lui : « Oui, mais je ne l’ai pas vu. »

« Je lui rappelle son rêve de Gmunden : à qui est le gage que je tiens dans ma main, etc. et je demande : « As-tu désiré à Gmunden que Berta te fasse faire pipi ? »

Lui : « Je ne lui ai jamais dit ça. »

Moi : « Pourquoi ne le lui as-tu jamais dit ? »

Lui : « Parce que je n’y ai pas pensé (s’interrompant). Si j’écris tout au professeur, n’est-ce pas que ma bêtise passera bientôt ? »

Moi : « Pourquoi désirais-tu que Berta te fît faire pipi ? »

Lui : « Je ne sais pas. Parce qu’elle me regardait. »

Moi : « As-tu pensé qu’elle devrait mettre la main à ton fait-pipi ? »

Lui : « Oui. (Détournant la conversation.) À Gmunden c’était très amusant. Dans le petit jardin où sont les radis, il y avait un petit tas de sable, là je jouais avec ma pelle. »

« (C’est le jardin où il avait l’habitude de faire pipi.)

Moi : « À Gmunden, quand tu étais au lit, mettais-tu la main à ton fait-pipi ? »

Lui : « Non, pas encore. À Gmunden je dormais si bien que je n’y pensais pas du tout. Je l’ai fait seulement à la rue…37 et ici. »

Moi : « Mais Berta n’a jamais mis la main à ton fait-pipi ? ».

Lui : « Elle ne l’a jamais fait, non, parce que je ne le lui ai jamais dit. »

Moi : « Quand as-tu eu envie qu’elle le fît ? »

Lui : « Un jour, à Gmunden. »

Moi : « Rien qu’une fois ? »

Lui : « Oui, plusieurs fois. »

Moi : « Elle te regardait toujours quand tu faisais pipi ; elle était peut-être curieuse de voir comment tu faisais pipi. »

Lui : « Peut-être elle était curieuse de voir de quoi avait l’air mon fait-pipi. »

Moi : « Mais toi aussi tu étais curieux, rien que de Berta ? »

Lui : « De Berta, aussi d’Olga. »

Moi : « Et de qui encore ? »

Lui : « De personne autre. »

Moi : « Ce n’est pas vrai. De maman aussi. »

Lui : « Oh oui ! de maman. »

Moi « Mais maintenant tu n’es pourtant plus curieux. Tu sais donc de quoi à l’air le fait-pipi d’Anna ? »

Lui : « Mais il grandira, n’est-ce pas ? »38

Moi : « Oui certes, mais même quand il grandira, il ne ressemblera pas au tien. »

Lui : « Je sais. Il sera comme ça (c’est-à-dire comme il est maintenant), seulement plus grand. »

Moi : « À Gmunden, étais-tu curieux quand maman se déshabillait ? »

Lui : « Oui, j’ai aussi vu le fait-pipi d’Anna, quand elle était dans son bain. »

Moi : « Et aussi chez maman ? »

Lui : « Non ! »

Moi : « Cela t’a dégoûté quand tu as vu la culotte de maman ? »

Lui : « Seulement quand j’ai vu la noire, lorsqu’elle l’a achetée, alors j’ai craché, mais quand elle met ou ôte sa culotte, alors je ne crache pas. Je crache, parce que la culotte noire est noire comme du « loumf » et la jaune, jaune comme du pipi, et alors je crois que je dois faire pipi. Quand maman porte sa culotte, alors je ne la vois pas, puisqu’elle est cachée sous sa robe. »

Moi : « Et quand elle ôte ses vêtements ? »

Lui : « Alors je ne crache pas. Mais quand sa culotte est neuve elle a l’air d’un loumf. Quand elle est vieille, la couleur s’en va et elle devient sale. Quand on l’achète, elle est toute propre, à la maison on l’a déjà salie. Quand on l’achète, elle est neuve, et quand on ne l’achète pas, elle est vieille. »

Moi : « La vieille ne te dégoûte pas ? »

Lui : « Quand elle est vieille, elle est bien plus noire qu’un loumf, n’est-ce pas ? Elle est un peu plus noire. »39.

Moi : « As-tu été souvent avec maman au W. C. ? »

Lui : « Très souvent. »

Moi : « Ça t’a dégoûté ?  »

Lui : « Oui… Non ! »

Moi : « Tu aimes être là quand maman fait pipi ou fait loumf ?

Lui : « Oui, beaucoup. »

Moi : « Pourquoi aimes-tu tant ça ? »

Lui : « Je ne sais pas. »

Moi : « Parce que tu crois que tu vas voir son fait-pipi ? »

Lui : « Oui, je le crois. »

Moi : « Mais pourquoi ne veux-tu jamais aller, à Lainz, au W. C. ? » (Il me prie toujours à Lainz de ne pas l’emmener au W. C. ; il a eu une fois peur du bruit que fait la chasse d’eau.)

Lui : « Peut-être parce que ça fait un charivari quand on tire. »

Moi : « Alors tu as peur ?

Lui : « Oui.. »

Moi : « Et ici, dans notre W. C. ? »

Lui : « Pas ici. À Lainz j’ai peur quand tu tires. Quand je suis dedans et que ça descend, alors aussi j’ai peur. »

« Afin de montrer que, ici, dans notre appartement, il n’a pas peur, il me fait aller au W.C. et tire la chaîne qui provoque la chute d’eau. Alors il m’explique : « C’est d’abord un charivari fort, puis un charivari doux (quand l’eau descend). Quand ça fait un charivari fort, alors j’aime mieux être dedans ; quand ça fait un charivari faible, j’aime mieux sortir. »

Moi : « Parce que tu as peur ? »

Lui : « Parce qu’un charivari fort, j’aime toujours le voir (il se corrige) l’entendre, et alors j’aime mieux rester dedans pour bien l’entendre. »

Moi : « À quoi te fait penser un charivari fort ? »

Lui : « Que je dois faire loumf au W. C. » (Donc à la même chose que la culotte noire.)

Moi : « Pourquoi ? »

Lui : « Je ne sais pas. Je sais qu’un charivari fort est comme quand on fait loumf. Un grand charivari fait penser à loumf, un petit, à pipi ; » (Comparer les culottes noire et jaune.)

Moi : « Dis, le cheval d’omnibus n’avait-il pas la même couleur qu’un loumf ? » (D’après la relation de Hans il était noir.)

Lui (très frappé) : « Oui ! »

Je dois ici intercaler quelques mots. Le père de Hans pose trop de questions et pousse son investigation d’après des idées préconçues, au lieu de laisser le petit garçon exprimer ses propres pensées. C’est pourquoi l’analyse devient obscure et incertaine. Hans suit son propre chemin et n’arrive à rien quand on veut l’en détourner. Son attention est évidemment accaparée à présent par le loumf et le pipi, nous ne savons pas pourquoi. L’histoire du « charivari » est aussi peu éclaircie que celle des culottes jaune et noire. Je suppose que la finesse de son oreille a fort bien perçu la différence des bruits quand un homme ou une femme urine. L’analyse, de façon un peu artificielle et forcée, a contraint le matériel livré par Hans à exprimer l’opposition entre les deux besoins naturels. Aux lecteurs n’ayant pas encore eux-mêmes pratiqué une analyse je ne puis que donner le conseil de ne pas tout vouloir comprendre sur le champ, mais d’accorder une sorte d’attention impartiale à tout ce qui se présente et d’attendre la suite.

« Le 11 avril, au matin, Hans arrive de nouveau dans notre chambre et, comme tous les jours précédents, est renvoyé.

« II raconte un peu plus tard : « Tu sais, j’ai pensé quelque chose :

« Je suis dans la baignoire40, alors le plombier arrive et la dévisse41. Il prend alors un grand perçoir et me l’enfonce dans le ventre. »

Le père traduit ainsi ce fantasme :

« Je suis au lit avec maman. Alors papa arrive et me chasse. Avec son grand pénis il me repousse de ma place auprès de maman. »

Nous suspendrons pour l’instant notre jugement.

« Il raconte encore une seconde idée qu’il a eue : « Nous allons en chemin de fer à Gmunden. Dans la gare nous nous habillons, mais nous n’arrivons pas à finir à temps, et le train repart nous emportant. »

« Un peu plus tard je demande : « As-tu jamais vu un cheval faisant loumf ? »

Hans : « Oui, très souvent. »

Moi : « Fait-il un grand charivari en faisant loumf ? »

Hans : « Oui ! »

Moi : « À quoi te fait penser le grand charivari ? »

Hans : « À un loumf qui tombe dans le vase. »

« Le cheval d’omnibus qui tombe et fait du charivari avec ses pieds est sans doute – un loumf qui tombe et ce faisant fait du bruit. La peur de la défécation, la peur des voitures lourdement chargée est donc équivalente à la peur d’un ventre lourdement chargé. »

C’est par ces détours que le père de Hans commence à entrevoir le véritable état des choses.

« Le 11 avril. à déjeuner, Hans dit : Si seulement nous avions une baignoire à Gmunden, et que je n’aie pas à aller à l’établissement de bains ! » Il devait en effet, à Gmunden, pour prendre un bain chaud, toujours être mené à l’établissement de bains proche, ce contre quoi il avait coutume de protester en pleurant violemment. De même à Vienne il crie toujours quand on le fait asseoir ou qu’on le couche dans la grande baignoire. On est obligé de le baigner à genoux ou debout. »

Ce discours de Hans, qui commence maintenant à alimenter l’analyse de par ses propos spontanés, établit le lien entre ses deux derniers fantasmes (celui du plombier qui dévisse la baignoire, et celui du voyage manqué à Gmunden.) Du reste un rappel de plus que ce qui émerge de l’inconscient doit être compris non à la lumière de ce qui précède, mais à la lumière de ce qui suit :

« Je lui demande s’il a peur, et de quoi. »

Hans : « J’ai peur de tomber dedans. »

Moi : « Mais pourquoi n’avais-tu jamais peur, quand on te baignait dans la petite baignoire ? »

Hans : « Là, j’étais assis ; là, je ne pouvais pas me coucher, elle est trop petite. »

Moi : « Quand tu allais à Gmunden en barque, tu n’avais pas peur de tomber à l’eau ? »

Hans : « Non, parce que je me tenais, et alors je ne pouvais pas tomber. Je n’ai peur que dans la grande baignoire, de tomber dedans. »

Moi : « C’est pourtant maman qui te baigne. Crains-tu que maman ne te jette à l’eau ? »

Hans : « Qu’elle lâche les mains et que ma tête tombe dans l’eau. »

Moi :« Tu sais pourtant que maman t’aime et ne lâchera pas les mains. »

Hans : « Je l’ai juste pensé. »

Moi : « Pourquoi ? »

Hans : « Je ne sais pas du tout. »

Moi : « Peut-être que tu avais été méchant et que tu croyais qu’elle ne t’aimait plus ? »

Hans : « Oui ! »

Moi : « Quand tu étais là pendant que maman donnait son bain à Anna, tu as peut-être souhaité qu’elle lâchât les mains, afin qu’Anna tombât dans l’eau ? »

Hans : « Oui ! »

Nous croyons que le père de Hans a ici deviné très juste.

12 avril. « En revenant de Lainz en seconde classe, Hans dit, en voyant les coussins de cuir noir : « Fi ! ça me fait cracher ! Les culottes noires et les chevaux noirs me font aussi cracher, parce que je dois faire loumf. »

Moi : « Aurais-tu vu chez maman quelque chose de noir qui t’aurait effrayé ? ».

Hans : « Oui ! »

Moi : « Quoi donc ?

Hans : « Je ne sais pas. Une blouse noire ou des bas noirs. »

Moi : « Peut-être as-tu vu près de son fait-pipi des cheveux noirs, si tu as été curieux et as regardé. »

Hans (se défendant) : « Mais je n’ai pas vu son fait-pipi. »

Comme il manifestait à nouveau de la peur en présence d’une voiture qui sortait de la porte de la cour d’en face, je demandai : « Cette porte ne ressemble-t-elle pas à un derrière ? »

Lui : « Et les chevaux sont les loumfs ! »

Depuis lors il dit toujours, quand il voit sortir une voiture :

« Regarde ! un loumfi (Lumpfi) qui vient ! » Cette forme du mot : loumfi lui est par ailleurs tout à fait étrangère, on dirait, une appellation tendre. Ma belle-sœur appelle toujours son enfant « Voumfi (Wumpfi) ».

Le 13 avril il voit dans la soupe un morceau de foie et dit :

« Fi ! un loumf ! » De même, il mange visiblement à contrecœur les croquettes de viande, à cause de leur forme et de leur couleur qui lui rappellent un loumf.

« Le soir, ma femme me raconte que Hans a été sur le balcon et a dit alors : « J’ai pensé qu’Anna avait été sur le balcon et en était tombée. » Je lui avais dit à diverses reprises qu’il devait, lorsque Anna était sur le balcon, faire attention qu’elle n’approchât pas trop de la balustrade, balustrade qu’un artiste « sécessionniste » avait faite d’un genre fort peu pratique, avec de grandes ouvertures que je dus ensuite faire recouvrir d’un grillage. Le désir refoulé de Hans apparaît de façon transparente. Sa mère lui demande s’il préférerait qu’Anna ne fût pas là : il répond que oui.

« Le 14 avril. Le thème d’Anna est au premier plan. Comme vous pouvez vous le rappeler d’après des rapports précédents, il avait eu une vive aversion contre l’enfant nouveau-née qui lui avait dérobé une part de l’amour de ses parents – aversion qui n’avait pas encore tout à fait disparu et n’était qu’en partie surcompensée par une tendresse exagérée. Il avait déjà plusieurs fois exprimé ce désir : la cigogne ne devrait plus apporter d’enfant, nous devrions lui donner de l’argent afin qu’elle n’en sorte plus de la grande caisse où sont les enfants afin de les apporter. (Comparer la peur des voitures de déménagement. Une voiture de déménagement ne ressemble-t-elle pas à une grande caisse ?) Anna crie tellement, cela l’agace.

« Il dit un jour soudain : « Te rappelles-tu, quand Anna est venue ? Elle était à côté de Maman dans le lit, si gentille et sage. » (Ce compliment sonnait très faux !)

« Et en bas, devant la maison, on peut remarquer un grand progrès. Même les camions lui inspirent moins de peur. Il s’écrie un jour, presque avec joie : « Voilà un cheval avec quelque chose de noir sur la bouche ! » et je puis enfin constater qu’il s’agit d’un cheval avec une muselière de cuir. Hans n’a cependant aucune peur de ce cheval.

« Il frappe un jour, de sa canne, le pavé et demande : « Dis, y a-t-il un homme là-dessous… un, qui est enterré… ou bien ça n’est-il que dans le cimetière ? » Il n’est ainsi pas occupé que de l’énigme de la vie, mais encore de l’énigme de la mort.

« Je vois, en revenant, une caisse dans le vestibule et Hans dit : « Anna a voyagé à Gmunden avec nous, dans une caisse comme ça. Chaque fois où nous avons été à Gmunden, elle est venue avec nous dans la caisse. Tu ne me crois encore pas ? C’est vrai, papa. Crois-moi. Nous avons pris une grande caisse et là-dedans c’était plein de bébés ; ils étaient assis dans la baignoire. (Une petite baignoire avait été emballée dans la caisse). Je les ai mis dedans, c’est vrai. Je puis très bien me rappeler42. »

Moi : « De quoi peux-tu te rappeler ? »

Hans : « Qu’Anna a voyagé dans la caisse, parce que je ne l’ai pas oublié. Parole d’honneur ! »

Moi : « Mais l’année passée Anna a pourtant voyagé avec nous dans le wagon. »

Hans : « Mais avant, toujours, elle a voyagé avec nous dans la caisse. »

Moi : « N’est-ce pas maman qui avait la caisse ? »

Hans : « Oui, maman l’avait. »

Moi : « Où donc ? »

Hans : « Chez nous, au grenier. »

Moi : « Elle l’a peut-être emportée avec elle ? »43.

Hans : « Non ! Et quand nous irons cette fois-ci, Anna voyagera de nouveau dans la caisse. »

Moi : « Comment est-elle donc sortie de la caisse ? »

Hans : « On l’a sortie. »

Moi : « Maman ? »

Hans : « Moi et maman. Alors nous sommes montés dans la voiture et Anna était sur le cheval et le cocher a dit : « Hue ! » Le cocher était sur son siège. Étais-tu là aussi ? Maman sait tout ça. Maman ne le sait pas, elle l’a déjà oublié, mais ne lui en dis rien ! »

« Je lui fais répéter le tout. »

Hans : « Alors Anna est sortie. »

Moi : « Mais elle ne pouvait pas encore marcher. »

Hans : « Mais nous l’avons fait descendre. »

Moi : « Comment pouvait-elle donc se tenir à cheval ?

Songe qu’elle ne pouvait pas encore s’asseoir l’année passée ! »

Hans : « Oh si ! elle était assise et criait : « Hue ! » et donnait des coups de fouet : « hue ! hue ! » avec le fouet que j’avais eu, moi. Le cheval n’avait pas du tout d’étrier, mais Anna se tenait dessus. Je ne dis pas ça pour rire, tu sais, papa. »

Quelle peut être la raison pour laquelle Hans maintient si obstinément toutes ces absurdités ? Oh ! ce ne sont pas des absurdités, c’est une parodie et la vengeance de Hans contre son père. Cela équivaut à dire : Si tu peux t’attendre à ce que je crois que la cigogne ait apporté Anna en octobre, après que j’eusse vu le gros ventre de Maman déjà l’été, quand nous avons été à Gmunden, alors je peux aussi m’attendre à ce que tu croies mes mensonges. Que peut signifier l’assertion qu’Anna, l’année passée, ait voyagé avec eux à Gmunden « dans la caisse », sinon la connaissance qu’avait Hans de la grossesse de sa mère ? Le fait qu’il projette le renouvellement de ce voyage dans la caisse pour toutes les années à venir correspond à une forme fréquente que revêt l’irruption hors du passé d’une pensée inconsciente ; ou bien ce fait a ses raisons propres et exprime la crainte de Hans de voir renouvelée une telle grossesse aux vacances prochaines. Nous venons aussi d’apprendre quelles circonstances particulières lui ont gâté le voyage à Gmunden, ainsi que l’indiquait son second fantasme.

« Je lui demande un peu plus tard comment Anna, après sa naissance, en est venue à se trouver dans le lit de maman. »

C’est alors que Hans peut s’en donner à cœur joie en se moquant de son père.

Hans : « Anna est arrivée. Madame Kraus (la sage-femme) l’a mise dans le lit. Elle ne pouvait en effet pas marcher. Mais la cigogne l’a portée dans son bec. Bien sûr elle ne pouvait pas marcher. (Il poursuit d’un seul trait.) La cigogne a monté l’escalier jusqu’au palier, et alors elle a frappé et tout le monde dormait et elle avait la clef qu’il fallait et elle a ouvert la porte et elle a mis Anna dans ton44 lit et maman dormait – non, la cigogne l’a mise dans son lit. Il faisait tout à fait nuit et la cigogne l’a mise tout doucement dans le lit, n’a pas fait de bruit du tout avec ses pieds, et puis elle a pris son chapeau, et puis elle est repartie. Non, elle n’avait pas de chapeau. »

Moi : « Qui a pris son chapeau ? Le docteur peut-être ? »

Hans : « Alors la cigogne est repartie, est repartie chez elle, et puis elle a sonné à la porte et personne dans la maison n’a plus dormi. Mais ne raconte pas ça à maman ni à Tinni (la cuisinière). C’est un secret ! »

Moi : « Aimes-tu Anna ? »

Hans : « Oh oui ! je l’aime bien. »

Moi : « Préférerai s-tu qu’Anna ne fût pas venue au monde ; ou bien préfères-tu qu’elle y soit ? ».  .

Hans : « J’aimerais mieux qu’elle ne fût pas venue au monde. »

Moi : « Pourquoi ? »

Hans : « Elle ne crierait au moins pas comme ça, et je ne peux pas supporter ses cris. »

Moi : « Mais tu cries toi-même. »

Hans : « Mais Anna crie aussi. »

Moi : « Pourquoi ne peux-tu pas le supporter ? »

Hans : « Parce qu’elle crie si fort. »

Moi : « Mais elle ne crie pas du tout. »

Hans : « Quand on lui fait panpan sur son tutu nu, alors elle crie. »

Moi : « Cela te déplaît ? »

Hans : « Non… Pourquoi ? parce qu’elle fait un tel charivari avec ses cris. »

Moi : « Puisque tu préférerais qu’elle ne fût pas au monde, c’est que tu ne l’aimes pas du tout. »

Hans (approbateur) : « Hum, Hum ! »

Moi : « C’est pourquoi tu as pensé que lorsque maman lui donne son bain, si elle lâchait les mains, alors Anna tomberait dans l’eau… »

Hans (complétant la phrase) : « …et mourrait. »

Moi : « Et tu serais alors seul avec maman. Et un bon petit garçon ne doit pas souhaiter ça. »

Hans : « Mais il peut le penser. »

Moi : « Ce n’est pas bien. »

Hans : « S’il le pense, c’est bien tout de même, pour qu’on puisse l’écrire au professeur. »45

« Je dis à Hans un peu plus tard : « Sais-tu, quand Anna sera un peu plus grande et pourra parler, tu l’aimeras sûrement mieux. »

Hans : « Oh ! non. Je l’aime déjà. Quand elle sera grande, à l’automne, j’irai avec elle tout seul dans le Stadtpark et je lui expliquerai tout. »

« Comme je commence à lui donner de nouveaux éclaircissements, il m’interrompt, sans doute afin de m’expliquer que ce n’est pas si mal que ça s’il souhaite à Anna la mort.

Hans : « Tu sais, elle était déjà depuis longtemps au monde, même quand elle n’était pas encore là. Chez la cigogne, elle était bien déjà au monde. »

Moi : « Non, elle n’a peut-être cependant pas été chez la cigogne. »

Hans : « Qui l’a donc apportée ? La cigogne l’avait. »

Moi : « Mais d’où l’a-t-elle alors apportée ? »

Hans : « Na, de chez elle. »

Moi : « Où la gardait-elle donc ? »

Hans : « Dans la caisse, dans la caisse à la cigogne. »

Moi : « De quoi à donc l’air cette caisse ? »

Hans : « Elle est rouge. Peinte en rouge. » (Du sang ?)

Moi : « Qui te l’a donc dit ? »

Hans : « Maman – je l’ai pensé – c’est dans le livre. »

Moi : « Dans quel livre ? »

Hans : « Dans le livre d’images. » (Je me fais apporter son premier livre d’images. On y voit un nid de cigognes, avec des cigognes sur une cheminée rouge. C’est là la caisse ; on voit – ce qui est curieux – sur la même page un cheval qu’on ferre46. Hans transfère les enfants dans la caisse, puisqu’il ne les trouve pas dans le nid.,

Moi : « Qu’est-ce que la cigogne a fait d’Anna ? »

Hans : « Alors elle a apporté Anna ici. Dans son bec. Tu sais, la cigogne qui est à Schönbrunn, et qui mord le parapluie. » (Réminiscence d’un petit incident arrivé à Schönbrunn.)

Moi : « As-tu vu comment la cigogne avait apporté Anna ? »

Hans : « Tu sais, je dormais encore. La cigogne ne peut pas apporter un petit garçon ou une petite fille le matin. »47.

Moi : « Pourquoi ? »

Hans : « Elle ne peut pas. Une cigogne ne peut pas faire ça. Tu sais pourquoi ? Pour que les gens ne voient pas, et alors, tout à coup, le matin, une petite fille est là. »

Moi : « Tu étais pourtant curieux alors de savoir comment avait fait la cigogne. »

Hans « Oh oui ! »

Moi : « De quoi Anna avait-elle l’air quand elle est arrivée ? »

Hans (d’un ton hypocrite) : « Toute blanche et gentille. Comme en or. »

Moi : « Mais quand tu l’as vue la première fois, elle ne t’a pourtant pas plu. »

Hans : « Oh, beaucoup ! »

Moi : « Tu étais pourtant surpris qu’elle fût si petite ? »

Hans : « Oui ! »

Moi : « Elle était petite comme quoi ? »

Hans : « Comme une jeune cigogne. »

Moi : « Comment encore ? Peut-être comme un loumf ? »

Hans : « Oh, non, un loumf est bien plus grand… un peu plus petit, vraiment, qu’Anna. »

J’avais prédit au père de Hans que la phobie de Hans se laisserait ramener à des pensées et des désirs relatifs à la naissance de sa petite sœur, mais j’avais omis de le rendre attentif à ceci que, pour les théories sexuelles infantiles des enfants, un enfant est un loumf de telle sorte que la voie suivie par Hans devrait passer par le complexe excrémentiel. L’obscurité temporaire de la cure fut due à cette mienne négligence. La question étant maintenant éclaircie, le père tente d’examiner une seconde fois Hans sur ce point important.

« Le jour suivant, je me fais répéter à nouveau l’histoire contée hier. Hans raconte : « Anna a voyagé à Gmunden dans la grande caisse, et maman dans le wagon et Anna dans le train de marchandises avec la caisse, et alors, quand nous sommes arrivés à Gmunden, moi et maman avons sorti Anna de la caisse et l’avons assise sur le cheval. Le cocher était sur son siège et Anna avait le fouet précédent (de l’année précédente) et a fouetté le cheval en disant tout le temps : « Hue ! » et c’était si amusant, et le cocher fouettait aussi. – Le cocher ne fouettait pas du tout, parce qu’Anna avait le fouet. Le cocher tenait les rênes. – Anna aussi tenait les rênes (nous allons toujours en voiture de la gare à la maison ; Hans cherche à mettre d’accord la réalité et la fantaisie). À Gmunden nous avons descendu Anna du cheval, et elle a monté toute seule l’escalier. » (L’année passée, à Gmunden, Anna avait huit mois. Un an plus tôt, – et le fantasme de Hans se rapporte évidemment à cette époque – sa mère était, à l’arrivée à Gmunden, enceinte de cinq mois.)

Moi : « L’année passée, Anna était déjà là. »

Hans : « L’année passée elle a été en voiture, mais l’année d’avant quand elle était déjà au monde avec nous… »

Moi : « Elle était déjà avec nous ? »

Hans : « Oui, tu étais toujours là, pour aller avec moi en barque, et Anna était notre servante. »

Moi : « Mais ce n’était pas l’année d’avant. Anna n’était pas encore au monde. »

Hans : « Si, alors elle était au monde. Même quand elle voyageait encore dans la caisse, elle pouvait déjà courir, elle pouvait dire « Anna ». (Elle ne peut le dire que depuis quatre mois.)

Moi : « Mais voyons, elle n’était pas encore du tout avec nous à ce moment. »

Hans : « Oh si, elle était bien déjà chez la cigogne. »

Moi : « Quel âge a donc Anna ? »

Hans : « Elle aura deux ans à l’automne, Anna était certainement là, tu le sais bien, »

Moi : « Et quand était-elle avec la cigogne dans la caisse à la cigogne ? »

Hans : « Depuis longtemps, avant d’avoir voyagé dans la caisse. Depuis déjà très longtemps. »

Moi : « Depuis combien de temps Anna peut-elle marcher ? Quand elle était à Gmunden, elle ne pouvait pas encore marcher. »

Hans : « L’année passée, non ; sans ça, elle pouvait. »

Moi : « Anna n’a pourtant été qu’une seule fois à Gmunden. »

Hans : « Non ! Elle y a été deux fois ; oui, c’est ça. Je peux bien me rappeler. Demande à maman, elle te le dira bien. »

Moi : « Ce n’est pourtant pas vrai. »

Hans : « Si, c’est vrai. Quand elle a été à Gmunden la première fois, elle pouvait marcher et aller à cheval et plus tard il a fallu la porter – Non c’est seulement plus tard qu’elle a été à cheval et l’année passée il fallait la porter. »

Moi : « Mais Anna ne peut marcher que depuis très peu de temps. À Gmunden elle ne pouvait pas marcher. »

Han : « Si, écris-le seulement. Je peux me rappeler très bien. – Pourquoi ris-tu ? »

Moi : « Parce que tu es un farceur, parce que tu sais très bien qu’Anna n’a été qu’une seule fois à Gmunden. »

Hans : « Non, ce n’est pas vrai. La première fois elle a été sur le cheval… et la seconde fois (il devient évidemment incertain). »

Moi : « Le cheval était-il peut-être maman ? »

Hans : « Non, un vrai cheval, à un cabriolet. »

Moi : « Mais nous prenions toujours une voiture à deux chevaux. »

Hans : « Bien, alors c’était une voiture de place. »

Moi : « Qu’est-ce qu’Anna mangeait, dans la caisse ? »

Hans : « On avait mis dedans du pain et du beurre et des harengs et des radis (un dîner habituel à Gmunden) et pendant qu’Anna voyageait elle beurrait son pain et a mangé cinquante fois. »

Moi : « Est-ce qu’Anna ne criait pas ? »

Hans : « et Non ! »

Moi : « Que faisait-elle donc ? »

Hans : « Elle restait assise toute tranquille là-dedans. »

Moi : « Est-ce qu’elle ne s’agitait pas là-dedans ? »

Hans : « Non, elle mangeait tout le temps sans s’arrêter et n’a pas bougé une seule fois. Elle a bu deux grandes tasses de café – le matin tout était parti et elle a laissé les déchets dans la caisse, les feuilles des deux radis et un couteau pour couper les radis. Elle a tout avalé comme un lièvre, en une minute elle avait tout fini. C’était vraiment drôle. Moi et Anna nous avons même voyagé ensemble dans la caisse, j’ai dormi dans la caisse toute la nuit (nous avons de fait, voici deux ans, été à Gmunden de nuit) et maman voyageait dans le wagon. Nous avons mangé sans arrêter aussi dans la voiture, c’était un plaisir ! Elle n’était pas du tout sur le cheval (il est maintenant devenu incertain, parce qu’il sait que nous avons pris une voiture à deux chevaux), elle était assise dans la voiture. Oui, c’était comme ça, mais moi et Anna étions tout seuls dans la voiture… Maman était sur le cheval et Caroline (notre bonne cette année-là) sur l’autre cheval… Tu sais, ce que je te raconte là n’est pas vrai du tout. »

Moi : « Qu’est-ce qui n’est pas vrai ? »

Hans : « Rien du tout. Tu sais, mettons Anna et moi dans la caisse48, et je ferai pipi dans la caisse. Je ferai pipi dans mon pantalon, ça m’est égal, ça n’est pas une honte. Tu sais, ça n’est pas une farce, mais c’est pourtant très amusant ! »

« Il raconte alors l’histoire de la façon dont est venue la cigogne, comme hier, omettant seulement qu’elle ait repris son chapeau en s’en allant.

Moi : « Où la cigogne portait-elle la clef de la porte ? »

Hans : « Dans sa poche. »

Moi : « Où donc la cigogne a-t-elle sa poche ? »

Hans : « Dans son bec. »

Moi : « Dans son bec ! Je n’ai jamais vu encore de cigogne qui ait une clef dans le bec. »

Hans : « Comment donc aurait-elle pu entrer ? Comment la cigogne entre-t-elle par la porte, alors ? Ça n’est pas vrai, je me suis seulement trompé, la cigogne sonne et quelqu’un lui ouvre. »

Moi : « Et comment sonne-t-elle ? »

Hans : « Elle sonne la sonnette. »

Moi : « Comment fait-elle ? »

Hans : « Elle se sert de son bec pour appuyer sur la sonnette avec. »

Moi : « Et elle a refermé la porte ? »

Hans : « Non, une bonne l’a refermée, elle était déjà levée, elle a ouvert à la cigogne la porte et l’a refermée. »

Moi : « Où la cigogne habite-t-elle ? »

Hans : « Où ? Dans la caisse où elle garde les petites filles. Peut-être à Schönbrunn. »

Moi : « À Schönbrunn, je n’ai pas vu de caisse. »

Hans : « C’est parce qu’elle est plus loin. Tu sais comment la cigogne ouvre la caisse ? Elle se sert de son bec – la caisse a aussi une clef – elle se sert de son bec et en ouvre une moitié (du bec) et ouvre comme ça (il montre comment fait la cigogne à la serrure du bureau). C’est là aussi une anse. »

Moi : « Une petite fille comme ça n’est-elle pas trop lourde pour la cigogne ? »

Hans : « Oh non ! »

Moi : « Dis-moi, un omnibus n’a-t-il pas l’air comme la caisse à la cigogne ? »

Hans : « Si ! »

Moi : « Et une voiture de déménagement ? »

Hans : « Et une voiture de Croquemitaine pour emporter les enfants méchants49 aussi. »

« 17 avril. Hier, Hans a exécuté son projet, caressé depuis longtemps, d’aller jusque dans la cour d’en face. Aujourd’hui il ne veut pas le faire, parce que juste en face de la porte d’entrée se tient une voiture devant la rampe de chargement. Il me dit : « Quand il y a une voiture, alors j’ai peur que je ne me mette à taquiner les chevaux et qu’ils ne tombent et fassent du charivari avec leurs pieds. »

Moi : « Comment taquine-t-on les chevaux ? »

Hans : « Quand on est en colère contre eux, alors on les taquine, quand on crie : Hue ! Hue ! »50.

Moi : « As-tu déjà à Gmunden taquiné des chevaux ? »

Hans : « Non ! »

Moi : « Mais tu aimes taquiner les chevaux ? ».

Hans : « Oh oui ! beaucoup. »

Moi : « Aimerais-tu les fouetter ? »

Hans : « Oui ! »

Moi : « Aimerais-tu battre les chevaux comme Maman bat Anna ? Tu aimes donc ça aussi. »

Hans : « Aux chevaux, ça ne fait pas de mal d’être battus. (Je lui avais dit cela un jour, afin de modérer la peur qu’il avait de voir fouetter les chevaux). Je l’ai vraiment fait, une fois. J’ai une fois eu le fouet à la main et j’ai fouetté le cheval et il est tombé et il a fait du charivari avec ses pieds. »

Moi : « Quand ça ? »

Hans : « À Gmunden. »

Moi : « Un vrai cheval ? Attelé à une voiture ?

Hans : « Il n’était pas à la voiture. »

Moi : « Où était-ce donc ? »

Hans : « Près de l’auge. »

Moi : « Qui te l’a permis ? Le cocher avait-il laissé là le « cheval ? ».

Hans : « Ce n’était qu’un cheval de l’écurie. »

Moi : « Comment est-il venu jusqu’à l’auge ? »

Hans. : « Je l’y ai mené. »

Moi : « D’où ? De l’écurie ? »

Hans : « Je l’ai fait sortir parce que je voulais le battre. »

Moi : « Y avait-il quelqu’un dans l’écurie ? »

Hans : « Oh oui, Loisl ». (Le cocher de Gmunden).

Moi :.« Te l’a-t-il permis. ? »

Hans : « Je lui ai parlé gentiment et il a dit que je pouvais le faire. »

Moi : « Que lui as-tu dit ? »

Hans : « Si je pouvais prendre le cheval et le fouetter et lui crier après. Il a dit oui. »

Moi : « L’as-tu beaucoup fouetté ? »

Hans : « Ce que je t’ai raconté là n’est pas vrai du tout. »

Moi : « Qu’est-ce qui est vrai là-dedans ? »

Hans : « Rien n’est vrai, je t’ai raconté ça rien que pour rire. »

Moi : « Tu n’a jamais fait sortir un cheval de l’écurie ? »

Hans : « Oh non ! »

Moi : « Mais tu aurais voulu le faire. »

Hans : « Oh oui ! J’aurais voulu, je l’ai pensé. »

Moi : « À Gmunden ? »

Hans : « Non, rien qu’ici. J’y ai pensé le matin quand j’étais tout à fait habillé ; non, le matin, au lit. »

Moi : « Pourquoi ne me l’as-tu jamais raconté ? »

Hans : « Je n’y ai pas pensé. »

Moi : « Tu as pensé à ça, parce que tu le voyais faire dans la rue ? »

Hans : « Oui ! »

Moi : « Qui aimerais-tu au fond battre, Maman, Anna ou moi ? »

Hans : « Maman. »

Moi : « Pourquoi ? »

Hans : « C’est que j’aimerais la battre. »

Moi : « Où as-tu jamais vu qu’on batte sa Maman ? »

Hans : « Je ne l’ai jamais vu, pas vu de ma vie. »

Moi : « Et c’est pourtant ce que tu voudrais faire. Comment t’y prendrais-tu ? »

Hans : « Avec un jonc pour battre les tapis. »

(Sa mère menace souvent de le battre avec le jonc).

« J’ai été alors obligé d’interrompre pour ce jour-là l’entretien.

« Dans la rue, Hans m’explique que les omnibus, les voitures de déménagement, les voitures de charbon, sont toutes des voitures à la cigogne. »

C’est-à-dire des femmes enceintes. La velléité de sadisme qui vient de se faire jour immédiatement avant ne peut pas être sans rapport avec notre thème.

« 21 avril. Ce matin Hans raconte qu’il a pensé ceci : Il y avait un train à Lainz et je voyageais avec la grand-maman de Lainz vers la gare de la Douane centrale. Tu n’étais pas encore descendu de la passerelle et le second train était déjà à St-Veit51. Quand tu es descendu, le train était déjà là et alors nous sommes montés dedans. »

« (Hans a été hier à Lainz. Pour gagner le quai de départ, il faut traverser une passerelle. Du quai on peut voir le long de la voie jusqu’à St-Veit. Toute la chose est quelque peu obscure. La pensée originale de Hans aura été celle-ci : il est parti avec le premier train que j’ai manqué, alors, de St-Veit est arrivé un second train, avec lequel j’ai couru après lui. Mais il a déformé une partie de ce fantasme de fuite, ce qui lui fait dire à la fin : « nous sommes tous deux partis mais seulement avec le second train. »

« Ce fantasme est en rapport avec le dernier, non interprété, et d’après lequel nous aurions, dans la gare de Gmunden, pris trop de temps pour mettre nos vêtements, ce qui fait que nous serions partis avec le train.

« L’après-midi, devant la maison, Hans court soudain dans la maison, comme apparaissent deux chevaux traînant une voiture, chevaux auxquels je ne puis trouver rien d’extraordinaire.

« Je lui demande ce qu’il a. « Les chevaux sont si fiers, dit-il, que j’ai peur qu’ils ne tombent. » (Ces chevaux étaient tenus court par le cocher, ce qui les faisait aller au petit trot, la tête haute ; leur allure était vraiment fière.) »

« Je lui demande qui est au fond si fier.

Lui : « Toi, quand je viens dans le lit de Maman. »

Moi : « Tu voudrais donc que je tombe par terre ? »

Lui : « Oui. Tu devrais être nu (il veut dire : nu-pieds, comme alors Fritz) et te cogner à une pierre et alors du sang coulerait et je pourrais au moins être un peu seul avec Maman. Quand tu remonterais chez nous, alors je me sauverais vite de Maman, afin que tu ne me voies pas. »

Moi : « Peux-tu te rappeler qui s’est cogné à la pierre ? »

Lui : « Oui, Fritz. »

Moi : « Et quand Fritz est tombé, qu’as-tu pensé ? »52.

Lui : « Que ce devrait être toi qui te sois jeté sur la pierre. »

Moi : « Ainsi tu voudrais être avec Maman ? »

Lui : « Oui ! »

Moi : « À cause de quoi te grondais-je, au fond ? »

Lui : « Je ne sais pas »(! ! !)

Moi : « Pourquoi ? »

Lui : « Parce que tu te mets eu colère. »

Moi : « Mais ce n’est pas vrai ! »

Lui : « Si, c’est vrai, tu te mets en colère, je le sais. Ça doit être vrai. »

« Évidemment, il n’a pas été très impressionné par ce que je lui avais expliqué : que les petits garçons seuls venaient dans le lit de leur mère, et que les grands dormaient dans le leur.

« Je suppose que le désir de « taquiner » le cheval, c’est-à dire de le battre, de crier après lui, se rapporte, non pas comme Hans le prétend, à sa mère, mais à moi. Il n’a mis sans doute sa mère en avant que parce qu’il ne voulait pas m’avouer l’autre sentiment. Ces jours derniers, il a été d’une tendresse particulière envers moi. »

Nous corrigerons l’interprétation du père avec la supériorité que l’on acquiert si aisément après coup : le désir de Hans de « taquiner » le cheval a deux constituantes, une convoitise obscure, sadique, de sa mère, et une claire impulsion de revanche contre son père. Cette impulsion ne pouvait pas être reproduite avant que cette convoitise n’eût été mise à jour en connexion avec le complexe de grossesse. Quand une phobie se constitué avec les pensées inconscientes sous-jacentes, une condensation a lieu, et c’est pourquoi le cours d’une analyse ne peut jamais suivre celui du développement d’une névrose.

« 22 avril. Ce matin, Hans a de nouveau « pensé » quelque chose : Un gamin des rues est en train de voyager sur un truc ; le conducteur arrive et le déshabille et le met tout nu et le laisse là jusqu’au lendemain matin ; le matin le garçon donne au conducteur 50.000 florins afin de pouvoir repartir sur le truc. ».

« Le « Nordbahn »53 passe juste en face de notre maison. Sur une voie de chargement se trouve un wagonnet dans lequel Hans vit un jour un gamin qui circulait, ce qu’il eût aussi voulu faire. Je lui dis alors que ce n’était pas permis, que s’il le faisait le conducteur serait fâché après lui. Un deuxième élément du fantasme est le désir de nudité refoulé. »

Nous avons pu remarquer, depuis quelque temps déjà, que l’imagination de Hans travaille « sous le signe des moyens de transport »54 et, en conséquence, progresse du cheval qui traîne la voiture jusqu’au chemin de fer. C’est ainsi qu’à toute phobie des rues s’adjoint avec le temps une phobie des chemins de fer.

« J’apprends l’après-midi que Hans a joué toute la matinée avec une poupée en caoutchouc qu’il appelle Grete. Par le trou dans lequel avait été fixé le petit sifflet plat, il a passé un petit canif et puis il a déchiré l’entre-jambe de la poupée afin de faire passer la lame au travers. Il dit alors à la bonne, lui montrant l’entre-jambe de la poupée : « Regarde, voilà son fait-pipi ! »

Moi : « À quoi as-tu donc joué aujourd’hui avec la poupée ? »

Lui : « Je l’ai déchirée entre les jambes, sais-tu pourquoi ? Parce qu’il y avait dedans un canif, qui est à Maman. Je le lui ai mis par le trou où sa tête crie, et alors je l’ai déchirée entre les jambes et il est sorti par là. »

Moi : « Pourquoi l’as-tu déchirée entre les jambes ? Pour voir son fait-pipi ? »

Lui : « Son fait-pipi était là avant. J’aurais pu le voir de toute façon. »

Moi : « Pourquoi lui as-tu mis le canif dedans ? »

Lui : « Je ne sais pas. »

Moi : « De quoi le canif a-t-il l’air ? »

« Il me l’apporte.

Moi : « Peut-être as-tu pensé que c’était un bébé ? »

Lui : « Non, je n’ai pensé à rien du tout, mais il me semble que la cigogne a une fois eu un petit bébé, ou bien quelqu’un d’autre. »

Moi : « Quand ? »

Lui : « Une fois. Je l’ai entendu dire, ou bien je ne l’ai pas du tout entendu dire ? ou bien ai-je dit la chose de travers ? »

Moi : « Qu’est-ce que ça veut dire : de travers ? »

Lui : « Que ce n’est pas vrai. »

Moi : « Tout ce qu’on dit est un peu vrai. »

Lui : « Oh ! oui, un petit peu. »

Moi (après avoir changé de conversation) : « Comment penses-tu que les poulets viennent au monde ? »

Lui : « C’est que la cigogne les fait pousser ; la cigogne fait pousser les poulets – non, le bon Dieu. »

« Je lui explique que les poulets pondent des œufs et que des œufs sortent d’autres poulets. »

« Hans rit.

Moi : « Pourquoi ris-tu ? »

Lui : « Parce que ce que tu me racontes-là me plaît. »

Il dit qu’il a déjà vu ça.

Moi : « Où ça ? »

Hans : « Tu l’as fait. »

Moi : « Où ai-je pondu un œuf ? »

Hans : « À Gmunden, tu-as pondu un œuf dans l’herbe et un poulet en est tout de suite sorti. Tu as pondu un œuf un jour, je le sais, je sais que c’est sûr. Parce que Maman l’a dit. » Moi : « Je demanderai à Maman si c’est vrai. »

Hans : « Ça n’est pas vrai du tout, mais moi j’ai une fois pondu un œuf et un poulet en est sorti. »

Moi : « Où donc ? »

Hans : « À Gmunden je me suis couché dans l’herbe, non, je me suis mis à genoux et les enfants ne me regardaient pas du tout et tout à coup le matin j’ai dit : Cherchez, les enfants, hier j’ai pondu un œuf ! Et tout à coup ils ont regardé et tout à coup ils ont vu un œuf et il en est sorti un petit Hans. Pourquoi ris-tu ? Maman ne le sait pas et Caroline ne le sait pas, parce que personne ne regardait et tout à coup j’ai pondu un œuf et tout à coup il était là. C’est vrai. Papa, quand un poulet pousse-t-il dans un œuf ? Quand on le laisse tranquille ? Faut-il le manger ? »

« Je lui explique la chose.

Hans : « Très bien, laissons-le à la poule, alors il poussera un poulet. Emballons-le dans la caisse et emportons-le à Gmunden, »

Hans a hardiment pris en ses propres mains la conduite de son analyse, ses parents hésitant à lui donner les éclaircissements qu’ils lui devaient depuis longtemps, et par un acte symptomatique éclatant il leur dit : « Voyez, voilà comme je me figure qu’a lieu une naissance. » Ce qu’il avait dit à la bonne relativement au sens de son jeu avec la poupée n’était pas sincère ; quand son père lui demande s’il voulait simplement voir le fait-pipi, il le nie explicitement. Quand son père lui eut raconté, pour ainsi dire afin de lui donner un acompte, comment les poussins sortent d’un œuf, son mécontentement, sa méfiance et sa connaissance supérieure des choses se combinent en un ravissant persiflage, qui s’élève, dans ses dernières paroles, jusqu’à une allusion très claire à la naissance de sa sœur.

Moi : « À quoi jouais-tu avec la poupée ? »

Hans : « Je l’appelais : Grete. »

Moi : « Pourquoi ? »

Hans : « Parce que je l’appelais Grete. »

Moi : « Comment jouais-tu ? »

Hans : « C’est que je la soignais comme un vrai bébé. »

Moi : « Aimerais-tu avoir une petite fille ? »

Hans : « Oh oui ! Pourquoi pas ? J’aimerais en avoir une, mais Maman ne doit pas ; je n’aime pas ça. »

« (Il a souvent exprimé cette pensée. Il craint, si un troisième enfant survenait, de perdre encore davantage de ses prérogatives.)

Moi : « Mais les femmes seules ont des enfants. »

Hans : « J’aurai une petite fille. »

Moi : « D’où l’auras-tu donc ? »

Hans : « Eh bien, de la cigogne. Elle sort la petite fille, et la petite fille pond tout de suite un œuf, et de l’œuf sort alors encore une Anna, – encore une Anna. D’Anna sort une autre Anna. Non, il sort une seule Anna. »

Moi : « Tu aimerais bien avoir une petite fille ? »

Hans : « Oui, j’en aurai une l’année prochaine, elle s’appellera aussi Anna.. »

Moi : « Mais pourquoi Maman ne doit-elle pas avoir de petite fille ? »

Hans : « Parce que c’est moi qui veux avoir une fois une petite fille. »

Moi : « Mais tu ne peux pas avoir de petite fille. »

Hans : « Oh si ! Les petits garçons ont des filles et les petites filles des garçons. »55.

Moi : « Les petits garçons ne peuvent pas avoir d’enfants. Il n’y a que les femmes, les mamans, qui aient des enfants. »

Hans : « Mais pourquoi pas moi ? »

Moi : « Parce que le bon Dieu a arrangé les choses comme ça »

Hans : « Pourquoi n’en as-tu pas, toi ? Oh oui, tu en auras sûrement un, attends seulement. »

Moi : « Je pourrai attendre longtemps ! »

Hans : « Je suis pourtant à toi. »

Moi : « Mais c’est Maman qui t’a mis au monde. Tu appartiens ainsi à Maman et à moi. »

Hans : « Anna est-elle à moi ou à Maman ? »

Moi : « À Maman. »

Hans : « Non, à moi. Pourquoi donc pas à moi et à Maman ? »

Moi : « Anna appartient à moi, à Maman et à toi. »

Hans : « Là, tu vois ! »

Tant que l’enfant n’a pas découvert l’existence des organes génitaux de la femme, un élément essentiel manque à sa compréhension des relations sexuelles.

« Le 24 avril, Hans reçoit, de ma femme et de moi, des éclaircissements allant jusqu’à un certain point : nous lui disons que les enfants croissent dans leur mère et ensuite, ce qui fait très mal, sont poussés dehors comme un loumf et ainsi mis au monde.

« L’après-midi nous nous tenons devant la maison. Une amélioration sensible s’est manifestée dans son état ; il court après les voitures et seul le fait qu’il ne se risque pas au-delà des environs immédiats de la porte cochère, et ne peut être amené à consentir à aucune longue promenade, trahit un reste d’angoisse.

« Le 26 avril, Hans me court sus et me donne un coup de tête dans le ventre, ce qu’il avait déjà fait une fois. Je lui demande s’il est une chèvre.

« Oui, dit-il, un bélier. »

« Je lui demande où il a vu un bélier.

Lui : « À Gmunden, Fritz en avait un. » (Fritz avait pour jouer un vrai agneau.)

Moi : « Raconte-moi ce que faisait cet agneau. »

Hans : « Tu sais, Fräulein Mitzi (une institutrice qui logeait à la maison) mettait toujours Anna sur l’agneau, mais alors il ne pouvait pas se lever, il ne pouvait pas donner de coups de tête. Quand on s’approche de lui, il en donne, parce qu’il a des cornes. Fritz le mène avec une ficelle et l’attache à un arbre. Il l’attache toujours à un arbre. »

Moi : « L’agneau t’a-t-il donné un coup de tête ? »

Hans : « Il m’a sauté après. Fritz m’a une fois mené près de lui… je me suis une fois approché sans savoir, et tout à coup il m’a sauté après. C’était si amusant – je n’ai pas eu peur. »

« Ceci n’est évidemment pas vrai.

Moi : « Aimes-tu ton papa ? »

Hans : « Oh oui ! »

Moi : « Peut-être aussi ne l’aimes-tu pas ? »

« Hans jouait alors avec un petit cheval. À ce moment, son jouet tombe. Il s’écrie : « Le cheval est tombé ! Regarde, quel charivari il fait ! »

Moi : « Quelque chose te déplaît en Papa, et c’est que Maman l’aime. »

Hans : « Non. »

Moi : « Mais alors pourquoi pleures-tu toujours quand Maman m’embrasse ? C’est que tu es jaloux. »

Hans : « Ça oui. »

Moi : « Qu’est-ce que tu ferais si tu étais Papa ? »

Hans : « Et toi Hans ? – Je t’emmènerais à Lainz tous les dimanches, non, tous les jours de la semaine. Si j’étais Papa, je serais tout à fait gentil. »

Moi : « Et qu’est-ce que tu ferais avec Maman ? »

Hans : « Je l’emmènerais aussi à Lainz. »

Moi : « Et quoi encore ? »

Hans : « Rien. »

Moi : « Mais alors pourquoi es-tu jaloux ? »

Hans : « Je ne sais pas. »

Moi : « À Gmunden aussi tu étais jaloux. »

Hans : « Pas à Gmunden. » (Ce n’est pas vrai). « À Gmunden j’avais mes choses à moi, j’avais à Gmunden un jardin et aussi des enfants. »

Moi : « Peux-tu te rappeler comment la vache a eu son petit veau ? »

Hans : « Oh oui. Il est arrivé en voiture. » (On le lui aura dit sans doute alors, à Gmunden ; de plus, c’est une pointe contre la théorie de la cigogne). « Et une autre vache l’a poussé hors de son derrière. » (Ceci est sans doute le fruit des éclaircissements fournis à Hans, données nouvelles qu’il cherche à mettre en harmonie avec la « théorie de la voiture »).

Moi : « Ce n’est pas vrai que le veau soit arrivé en voiture ; il est sorti de la vache qui était dans l’étable. »

« Hans le conteste, disant qu’il avait vu la voiture ce matin-là. Je lui fais remarquer qu’on lui aura probablement raconté que le petit veau, était arrivé en voiture. Il finit par l’admettre : « Berta sans doute me l’aura dit, ou, non – peut-être le propriétaire. Il était là et il faisait nuit, alors c’est tout de même vrai ce que je te dis, ou bien il me semble que personne ne me l’a dit, que je l’ai pensé tout seul pendant la nuit. »

« Si je ne me trompe, le petit veau fut emmené en voiture, d’où la confusion.

Moi : « Pourquoi n’as-tu pas pensé que la cigogne l’avait apporté ? »

Hans : « Je n’ai pas voulu penser ça. »

Moi : « Mais tu as pensé que la cigogne avait apporté Anna ? »

Hans : « Le matin (de l’accouchement) je l’ai pensé. – Dis, Papa, M. Reisenbichler (le propriétaire) était-il là, quand le petit veau est sorti de la vache ? »56.

Moi : « Je ne sais pas. Le crois-tu ? »

Hans : « Je le crois. Papa, as-tu remarqué quelquefois que des chevaux ont quelque chose de noir sur la bouche. ? »

Moi : « Oui, je l’ai plusieurs fois observé dans la rue à Gmunden. »57.

Moi : « À Gmunden, as-tu été souvent dans le lit de Maman ? »

Hans : « Oui. »

Moi : « Et alors tu as pensé que tu étais papa ? »

Hans : « Oui. »

Moi : « Et alors tu avais peur de Papa ? »

Hans : « Tu sais tout ; je ne savais rien. »

Moi : « Quand Fritz est-tombé tu as pensé : si Papa pouvait tomber ainsi ! Et quand l’agneau t’a donné un coup de tête tu as pensé : S’il pouvait ainsi donner à Papa un coup de tête ! Te rappelles-tu l’enterrement à Gmunden ? (Le premier enterrement qu’ait vu Hans. Il se le rappelle souvent, et c’est sans aucun doute un souvenir-écran).

Hans : « Oui. Et alors ? »

Moi : « Tu as alors pensé : si Papa mourait, je serais Papa. »

Hans : « Oui. »

Moi : « De quelles voitures as-tu au fond encore peur ? »

Hans : « De toutes. »

Moi : « Tu sais que ce n’est pas vrai. »

Hans : « Je n’ai pas peur des voitures de place ni des voitures à un cheval. J’ai peur des omnibus, des voitures de bagages, mais rien que lorsqu’elles sont chargées, pas quand elles sont vides. Quand il n’y a qu’un cheval et que la voiture est chargée à plein, alors j’ai peur, et quand il y a deux chevaux et qu’elle est chargée à plein, alors je n’ai pas peur. »

Moi : « Tu as peur des omnibus, parce qu’il y a tant de gens dedans ? »

Hans : « Parce qu’il y a sur le haut tant de bagages. »

Moi : « Maman, quand elle allait avoir Anna, n’était-elle pas aussi chargée à plein ? »

Hans : « Maman sera de nouveau chargée à plein lorsqu’elle en aura un autre, quand encore un autre commencera à pousser en elle, quand encore un autre sera dedans. »

Moi : » Tu aimerais ça ? »

Hans : « Oui. »

Moi : « Tu l’as dit : tu ne veux pas que Maman ait encore un bébé. »

Hans : « Eh bien, elle ne sera alors plus chargée. Maman a dit que si elle n’en voulait plus, alors le bon Dieu ne voudrait pas non plus. Si maman n’en veut plus, elle n’en aura plus. » (Hans a naturellement demandé hier s’il y avait encore des bébés dans sa mère. Je lui ai dit que non et que si le bon Dieu ne le voulait pas, aucun bébé ne pousserait en elle.)

Hans : « Mais Maman m’a dit que si elle ne voulait pas il n’en pousserait plus, et tu dis : si le bon Dieu ne veut pas. »

« Je lui répliquai que les choses étaient comme je l’avais dit, ce à quoi il observa : « Tu y étais ? Tu le sais donc sûrement mieux. »

« Il demanda alors raison de la contradiction à sa mère, et elle nous mit d’accord en déclarant que ce qu’elle ne voulait pas n’était pas non plus voulu par le bon Dieu. »58.

Moi : « Il me semble pourtant que tu souhaites que Maman ait un bébé ? »

Hans : « Mais je ne voudrais pas que ça arrive ! »

Moi : « Mais tu le souhaites ? ».

Hans : « Souhaiter, oui. »

Moi : « Sais-tu pourquoi tu le souhaites ? Parce que tu voudrais être Papa. »

Hans : « Oui.. Comment est l’histoire ? »

Moi : « Quelle histoire ? »

Hans : « Mais un papa ne peut pas avoir de bébé, alors qu’est-ce que c’est que cette histoire que je voudrais être Papa ? »

Moi : « Tu voudrais être Papa et être marié avec Maman, tu voudrais être aussi grand que moi et avoir une moustache et tu voudrais que Maman eût un bébé. »

Hans : « Papa, quand je serai marié je n’en aurai un que si je veux, quand je serai marié avec Maman, et si je ne veux pas de bébé, le bon Dieu ne voudra pas non plus, quand je serai marié. »

Moi : « Aimerais-tu être marié avec Maman ? »

Hans : « Oh, oui ! »

Il est aisé de voir comment le bonheur que Hans trouve dans son fantasme est encore troublé par son incertitude relative au rôle du père et par ses doutes quant au contrôle possible sur la conception des enfants.

« Le soir du même jour, Hans, au moment où on le met au lit, me dit : « Tu sais, Papa, ce que je vais faire maintenant ? Je vais parler jusqu’à dix heures avec Grete, elle est au lit avec moi. Mes enfants sont toujours au lit avec moi. Peux-tu me dire comment ça se fait ? » – Comme il a très sommeil, je lui promets que nous noterions tout cela le lendemain et il s’endort.

« J’ai déjà noté dans les rapports précédents que, depuis son retour de Gmunden, Hans ne cesse d’avoir des fantasmes relatifs à ses « enfants », entretient des conversations avec eux, et ainsi de suite59.

« Aussi, le 26 avril, je lui demande pourquoi il parle ainsi toujours de ses enfants.

Hans : « Pourquoi ? Parce que j’aimerais tant avoir des enfants, mais je ne le souhaite jamais, je n’aimerais pas les avoir. »60

Moi : « T’es-tu toujours imaginé que Berta, Olga et les autres soient tes enfants ? »

Hans : « Oui, Franzl, Fritz et aussi Paul (son camarade à Lainz) et Lodi. » Un nom de fille imaginaire, son enfant préférée, dont il parle le plus souvent. – Je ferai remarquer ici que la personnalité de Lodi n’est pas une invention de ces derniers jours, mais existait avant la date des derniers éclaircissements (24 avril).

Moi : « Qui est Lodi ? Vit-elle à Gmunden ? »

Hans : « Non. »

Moi : « Y a-t-il une Lodi ? »

Hans : « Oui, je la connais. »

Moi : « Qui est-elle donc ? »

Hans : « Celle que j’ai là. »

Moi : « Comment est-elle ? »

Hans : « Comment ? Les yeux noirs, les cheveux noirs… je l’ai une fois rencontrée avec Mariedl (à Gmunden) comme je me promenais dans la ville. »

« Comme je veux approfondir la chose, il se découvre que le tout est une invention. »61.

Moi : « Tu as ainsi pensé que tu étais leur Maman ? »

Hans : « J’étais aussi vraiment leur Maman. »

Moi : « Que faisais-tu donc avec tes enfants ? »

Hans : « Je les faisais dormir avec moi, filles et garçons. »

Moi : « Tous les jours ? »

Hans : « Mais bien sûr ! »

Moi : « Tu leur parlais ? »

Hans : « Quand je ne pouvais pas faire tenir tous les enfants dans le lit, j’en mettais quelques-uns sur le sofa et j’en asseyais quelques autres dans la voiture d’enfants, s’il en restait encore, je les portais au grenier et je les mettais dans la caisse, s’il y avait encore des enfants je les mettais dans l’autre caisse. »

Moi : « Ainsi les caisses à bébés de la cigogne étaient dans le grenier ? »

Hans : « Oui. »

Moi : « Quand as-tu eu tes enfants ? Anna était-elle déjà au monde ? »

Hans : « Oui, depuis longtemps. »

Moi : « Mais de qui as-tu pensé que tu avais eu les enfants ? »

Hans : « Na !de moi. »62.

Moi : « Mais alors tu ne savais pas du tout encore que les enfants proviennent de quelqu’un. »

Hans : « J’ai pensé que la cigogne les avait apportés. »

(Un mensonge et une échappatoire, évidemment)63.

Moi : « Hier Grete était dans ton lit, mais tu sais très bien qu’un garçon ne peut avoir des enfants. »

Hans : « Oui, oui. Mais je le crois tout de même. »

Moi : « Comment es-tu tombé sur le nom de Lodi ? Aucune petite fille ne porte ce nom. Plutôt Lotti, peut-être ? »

Hans : « Oh non ! Lodi. Je ne sais pas, mais c’est tout de même un joli nom. »

Moi (en plaisantant) : « Veux-tu peut-être dire un chocolodi ? »

Hans (promptement) : « Non, un saffalodi…64 parce que j’aime tant manger des saucisses, et aussi du salami. »65

Moi : « Dis, un saffalodi ne ressemble-t-il pas à un loumf »

Hans : « Si. »

Moi : « De quoi donc un loumf a-t-il L’air ? »

Hans : « Noir. Tu sais (montrant mes sourcils et ma moustache) comme ça et comme ça. »

Moi : « Et de quoi encore ? Est-ce rond comme un saffaladi ? »

Hans : « Oui. »

Moi : « Quand tu es assis sur le pot et qu’un loumf vient, as-tu déjà pensé que tu étais en train d’avoir un enfant ? »

Hans (riant) : « Oui. Déjà à la rue N…, et ici aussi. »

Moi : « Sais-tu, quand les chevaux d’omnibus sont tombés ?

La voiture a l’air d’une caisse à la cigogne, et quand le cheval noir est tombé on aurait dit… »

Hans (complétant) : « que c’est comme quand on est en train d’avoir un bébé. »

Moi : « Et qu’as-tu pensé, quand il a fait du charivari avec ses pieds ? »

Hans : « Là, quand je ne veux pas me mettre sur le pot et que j’aime mieux jouer, alors je fais comme ça du charivari avec mes pieds. » (Il tape des pieds).

« De là l’intérêt porté par Hans à cette question : aime-t-on ou n’aime-t-on pas avoir des enfants ?

« Hans joue aujourd’hui toute la journée à ce jeu : charger et décharger des voitures de bagages : il dit qu’il voudrait avoir une charrette avec des caisses comme jouet. Dans la cour de la Douane Centrale en face, ce qui l’intéressait le plus était le chargement et le déchargement des voitures. C’est quand une voiture était finie de charger et était sur le point de partir qu’il avait le plus peur. « Les chevaux vont tomber »66, disait-il. Il appelait « trou » les portes du hangar de la Douane Centrale. (Ainsi : le premier, le second, le troisième trou.) Il dit à présent au lieu de trou : « trou du derrière. »

« L’angoisse a presque entièrement disparu. Sauf en ceci qu’il veut rester au voisinage de la maison, afin d’avoir une retraite au cas où il aurait peur. Il ne se réfugie cependant plus jamais dans la maison, il reste tout le temps dans la rue. Comme nous le savons, sa maladie a débuté ainsi, qu’il revint sur ses pas en pleurant au cours d’une promenade et, comme on le forçait une seconde fois à aller se promener, il n’alla que jusqu’à la gare de la Douane centrale du Stadtbahn, d’où l’on peut encore voir notre maison. Lors de l’accouchement de ma femme il fut bien entendu séparé d’elle et l’angoisse actuelle, qui l’empêche de quitter le voisinage de la maison, est encore la nostalgie de sa mère qu’il éprouva alors.

« 30 avril. Comme Hans joue de nouveau avec ses enfants imaginaires, je lui dis : « Comment tes enfants vivent-ils encore ? Tu sais bien qu’un garçon ne peut avoir d’enfants. »

Hans : « Je le sais. Avant j’étais la maman. Maintenant je suis le papa. »

Moi : « Et qui est la maman de tes enfants ? »

Hans : « Eh bien, Maman, et tu es le grand-père. »

Moi : « Ainsi tu voudrais être aussi grand que moi, être marié avec Maman et elle devrait alors avoir des enfants. »

Hans. : « Oui, c’est ce que je voudrais et alors celle de Lainz (ma mère) sera leur grand-mère. »

Tout finit bien. Le petit Œdipe a trouvé une solution plus heureuse que celle prescrite par le destin. Au lieu de tuer son père, il lui accorde le même bonheur qu’il réclame pour lui-même ; il le promeut grand-père et le marie aussi avec sa propre mère.

« Le 1er mai, Hans vient me trouver au moment du déjeuner et me dit : « Sais-tu ? Écrivons quelque chose pour le professeur. »

Moi : « Quoi donc ? »

Hans : « Ce matin, j’étais avec tous mes enfants au W. C. D’abord j’ai fait loumf et pipi et ils regardaient. Alors je les ai assis sur le siège et ils ont fait pipi et loumf et je leur ai essuyé le derrière avec du papier. Sais-tu pourquoi ? Parce que j’aimerais tant avoir des enfants ; alors je ferais tout pour eux, je les conduirais au W. C., je leur nettoierais le derrière, enfin tout ce qu’on fait aux enfants. »

Il sera difficile, après l’aveu apporté par ce fantasme, de contester que chez Hans les fonctions excrémentielles fussent chargées de plaisir.

« L’après-midi, il se risque pour la première fois dans le Stadtpark. Comme c’est le 1er mai, il y a certes moins qu’à l’ordinaire de voitures susceptibles de l’effrayer, bien qu’il y en ait assez. Il est très fier de son exploit, et je dois retourner avec lui, après goûter, dans le Stadtpark. En route nous rencontrons un omnibus qu’il me montre : « Regarde, une voiture avec le coffre à la cigogne ! » Si, ainsi qu’il est convenu, Hans retourne demain avec moi dans le Stadtpark, on pourra considérer sa maladie comme guérie.

« Le 2 mai, Hans vient me trouver le matin : « Tu sais, j’ai pensé aujourd’hui quelque chose. » D’abord, il l’a oublié ; plus tard il le raconte, mais en manifestant une résistance considérable : « Le plombier est venu et m’a d’abord enlevé, avec des tenailles, le derrière, et alors il m’en a donné un autre, et puis la même chose avec mon fait-pipi. Il a dit : « Laisse-moi voir ton derrière, alors j’ai dû me tourner et il l’a enlevé et alors il a dit : « Laisse-moi voir ton fait-pipi. »

Le père saisit le caractère de ce fantasme de désir et ne doute pas un instant de la seule interprétation qu’il comporte.

Moi : « Il t’a donné un plus grand fait-pipi et un plus grand-derrière. ».

Hans : « Oui. »

Moi : « Comme ceux de papa, parce que tu aimerais bien être papa ? »

Hans : « Oui, et j’aimerais aussi avoir une moustache comme toi et aussi des poils comme toi. » (II montre les poils sur ma poitrine.)

« Il faut d’après cela rectifier l’interprétation du fantasme précédent de Hans, dans lequel le plombier était venu, avait dévissé la baignoire et lui avait enfoncé un perçoir dans le ventre. La grande baignoire signifie le « derrière », le perçoir ou tenailles, comme nous l’avions déjà interprété, le fait-pipi67. Ce sont des fantasmes identiques.

Une lumière nouvelle est aussi par là projetée sur la peur qu’a Hans de la grande baignoire, qui a d’ailleurs déjà diminuée. Il lui déplaît que son « derrière » soit trop petit pour la grande baignoire. »

Dans les jours qui suivirent, la mère de Hans m’écrivit à diverses reprises pour m’exprimer sa joie de la guérison de son fils.

Le père de Hans m’écrivit une semaine plus tard :

« Cher Docteur,

« Je voudrais ajouter encore ce qui suit à l’histoire de la maladie de Hans :

1° La rémission qui suivit les premières révélations que je lui fis, relativement aux choses sexuelles, n’était pas aussi complète que je l’ai peut-être représentée. Hans allait certes à la promenade, mais rien que quand on l’y forçait et avec une grande angoisse. Il alla une fois avec moi jusqu’à la station de la Douane Centrale, d’où l’on voit encore notre maison, mais rien ne put le décider à aller plus loin.

Sirop de framboises, fusil. On donne à Hans du sirop de framboises quand il est constipé. Schiessen et scheissen (tirer ou chier) sont des mots que Hans aussi confond souvent.

3° Hans avait environ quatre ans quand on lui a donné une chambre à part ; jusque là il avait couché dans notre chambre.

4° Un résidu du trouble subsiste encore, seulement il ne s’exprime plus sous forme de peur, mais sous la forme de l’instinct, normal chez les enfants, de poser des questions. Ces questions se rapportent principalement à ceci : de quoi sont faits les objets (tramways, machines, etc.), qui fait les objets, etc. Il est caractéristique de la plupart de ces questions que Hans les pose, bien qu’il y ait déjà répondu lui-même. Il recherche simplement des confirmations. Comme un jour, fatigué de ses questions, je lui disais : « Crois-tu donc que je puisse répondre à tout ce que tu demandes ? » il répliqua : « Mais je croyais, parce que tu as su la chose à propos du cheval, que tu saurais ça aussi. »

5° Hans ne parle plus de sa maladie que comme d’un fait historique passé : « Alors, quand j’avais la bêtise… »

6° Le résidu qui est là derrière est celui-ci : Hans se casse la tête pour comprendre ce que le père a à faire avec l’enfant, puisque c’est la mère qui met celui-ci au monde. On peut le voir d’après ses questions, par exemple quand il demande : « N’est-ce pas, j’appartiens aussi à toi ? » (Il veut dire, pas seulement à sa mère.) Mais de quelle manière il m’appartient, cela ne lui est pas clair. Par contre je n’ai aucune preuve directe qu’il ait, comme vous le supposez, épié un coït de ses parents.

7° En exposant ce cas il faudrait peut-être souligner la violence de l’angoisse, car sans cela on pourrait dire : il aurait bien vite été promener si on lui avait seulement donné une bonne fessée. »

J’ajouterai pour finir que, dans le dernier fantasme de Hans, l’angoisse émanée du complexe de castration est surmontée, l’attente anxieuse muée en attente bienheureuse. Oui, le Docteur, (le plombier) vient, il lui enlève son pénis, mais ce n’est que pour lui en donner un plus grand à la place. Quant au reste, notre jeune investigateur a simplement fait de bonne heure la découverte que tout savoir est fragmentaire, et que sur chaque degré gravi de la connaissance un résidu non résolu demeure.


13 En allemand Pischl = pénis. C’est une des choses les plus communes – les psychanalyses en sont pleines – que les caresse faites en paroles aux organes génitaux des petit enfants – et même parfois en fait – par leur tendre entourage, les parents eux-mêmes compris.

14 Le parc municipal, jardin au centre de Vienne. (N. d. T.)

15 Gibst du vielleieht die Hand zum Wiwimacher ? Litt : Peut-être donnes-tu la main au fait-pipi ? (N. d. tr.)

16 Pour parler franc, ceci est le critérium même d’après lequel nous qualifions de normaux ou non de tels sentiments mêlés d’angoisse et de désir : nous les appelons « angoisse pathologique » à partir du moment où ils ne peuvent plus être résolus de par l’obtention de l’objet convoité.

17 Relatifs à ce que signifie son angoisse ; pas encore au fait-pipi des femmes.

18 Faubourg de Vienne, où les grands-parents de Hans demeurent.

19 Comparer les termes de la question de la mère : Gibst du vielleicht die Hand zum Wiwimacher ? Peut-être donnes-tu la main au fait-pipi ? avec ceux de la défense du père de Lizzi : Gib mcht die Finger zum weisson Pferd. Ne donne pas les doigts au cheval blanc. (N. d. tr.)

20 Le père de Hans n’avait aucune raison de douter que Hans eût raconté ici un événement réel. Les sensations de démangeaison au gland, qui incitent les enfants à se toucher, sont d’ailleurs décrites d’ordinaire ainsi en allemand : es beisst mich – Cela me mord.

21 Grete est une des petites filles de Gmunden à l’aide desquelles Hans édifie maintenant ses fantasmes. Il bavarde et joue avec elle.

22 Hauptzollamt. La gare de la douane centrale du chemin de fer local et suburbain à Vienne. Hietzing est un faubourg qui touche au Palais de Schönbrunn. (N. d. tr.)

23 Ce n’est pas vrai. Voir l’exclamation de Hans devant la cage du lion. C’est là sans doute le début de l'« oubli » résultant du refoulement.

24 Je ne puis interrompre ici le cours de cet exposé pour démontrer combien cette inconsciente suite de pensées, que j’attribue ici au petit Hans, est typique. Le complexe de castration est la plus profonde racine inconsciente de l’antisémitisme, car dans la nursery déjà le petit garçon entend dire que l’on coupe au juif quelque chose au pénis – il pense, un morceau du pénis – ce qui lui donne le droit de mépriser le juif. Et il n’est pas de racine plus profonde au sentiment de supériorité sur les femmes. Weininger, ce jeune philosophe, si hautement doué, mais doté aussi de troubles sexuels, et qui, après avoir écrit son curieux livre : « Sexe et Caractère », (Geschlecht und Character) se suicida, a, dans un chapitre très remarqué, traité les juifs et les femmes avec une hostilité égale et les a accablés des mêmes invectives. Weininger, en tant que névropathe, était soumis à ses complexes infantiles ; les rapports au complexe de castration sont ce qui est ici commun au juif et à la femme. Une analyse plus complète de l’antisémitisme se trouve dans un des derniers travaux de Freud, Moïse et le monothéisme (1939), Chap III, trad. franç. par Anne Berman, Gallimard, 1948.

25 Hans dit très nettement à sa manière que c’était un fantasme.

26 Il s’agit de désirs. Le père essaie ici, dans sa perplexité, d’employer la technique classique de psychanalyse. Elle ne mène ici pas loin, mais ce qu’elle fournit peut cependant acquérir un sens à la lumière de révélations ultérieures.

27 Cf le latin possidere, l’allemand besitzen, etc. (N. d. tr.).

28 Hans confirme simplement l’interprétation des deux girafes comme étant le père et la mère et non le symbolisme sexuel d’après lequel la girafe elle-même représenterait le pénis. Ce symbolisme est sans doute exact, mais on ne peut vraiment demander davantage à Hans.

29 L’enfant reproduisit par la suite cette réaction envers son père de façon plus claire et plus complète, en donnant à son père d’abord un coup sur la main, puis en baisant tendrement cette même main.

30 Hans a raison, quelque invraisemblable que paraisse ce rapprochement. La suite des idées est en effet, comme nous l’allons voir, que le cheval (le père) mordrait Hans à cause du désir du petit que lui (le père) tombe.

31 Lumpf, mot particulier à Hans pour désigner ses fèces, que nous avons transcrit phonétiquement. (N. d tr.).

32 « Ma femme possède depuis quelques semaines une culotte noire pour faire des promenades à bicyclette. »

33 Hans possédait un harnais avec des clochettes.

34 Voir plus loin. Le père de Hans a tout à fait raison de supposer que Fritz soit alors tombé.

35 Je dois expliquer que Hans ne veut pas dire avoir alors attrapé la bêtise, mais que tout ceci est en connexion avec la bêtise. Il en doit donc être ainsi, car la théorie exige que ce qui est aujourd’hui l’objet d’une phobie ait été auparavant celui d’un vif plaisir, et je compléterai ici ce que l’enfant était incapable d’exprimer : que le terme « vois-tu » a ouvert la voie à l’extension de la phobie des chevaux aux « voitures ». Il ne faut jamais oublier que l’enfant traite les mots de façon bien plus concrète que ne le fait l’adulte, ce qui donne pour lui aux consonances verbales une toute autre importance.

(Au lieu de « Wegen dem Pferd » (à cause du cheval) en allemand, où Wegen = Wägen = voitures au pluriel, nous avons transcrit « vois-tu le cheval » afin de rendre en français le calembour) (N. d. tr.)

36 Il n’y avait, de fait, rien d’autre à découvrir que l’association verbale, qui échappe au père de Hans. C’est là un excellent exemple des conditions dans lesquelles les efforts d’un analyste portent à faux.

37 L’appartement qu’ils habitaient avant leur déménagement.

38 Hans veut être assuré que son propre fait-pipi va grandir.

39 Notre Hans se débat ici pour exprimer un thème qu’il est incapable d’exposer et il nous est malaisé de le comprendre. Peut-être veut-il dire que les culottes n’éveillent un sentiment de dégoût que quand il les voit isolées, aussitôt que sa mère les porte, il ne les met plus en rapport avec le loumf ou le pipi, et elles l’intéressent à d’autres points de vue.

40 La mère de Hans lui donnait son bain, elle-même.

41 Pour l’emporter afin de la réparer.

42 Il commence à édifier des fantasmes. Nous apprenons que caisse et baignoire sont pour lui des équivalents, des représentants de l’espace dans lequel se trouvent les enfants. Voir ses affirmations répétées à ce sujet.

43 La caisse est bien entendu le ventre materne. Le père cherche à faire comprendre à Hans qu’il comprend ceci. Il en est de même du coffre, dans lequel tant de héros mythiques sont exposés, depuis le roi Sargon d’Agade.

— Note additionnelle de 1923 : Voir Rank, Der Mythus von der Geburl des Helden. (Le mythe de la Naissance du héros). 1909, 2e édition 1922.

44 C’est de l’ironie, bien entendu, comme la prière subséquente de ne rien trahir de ce secret à sa mère.

45 Le brave petit Hans ! Je ne pourrais pas souhaiter, chez un adulte, une meilleure compréhension de la psychanalyse.

46 En prévision de ce qui suit il est intéressant de faire observer que le mot allemand ferré (beschlagen) ne diffère que par une seule lettre du mot allemand battu, (geschlagen). (N. d. tr.)

47 Il ne faut pas s’arrêter à l’inconséquence de Hans. Dans l’entretien précédent, l’incrédulité relative à la cigogne avait émergé de son inconscient, en liaison avec l’irritation contre son père qui faisait tant de mystères. Maintenant il s’est calmé et il répond officiellement aux questions, en s’étant forgé des explications aux difficultés liées à l’hypothèse de la cigogne.

48 La caisse qui était dans le vestibule et que nous avions emportée comme bagage à Gmunden.

49 Gsindelwerkwagen, Gsindelwerk étant un terme familier pour désigner les enfants pas sages.

50 « Hans a souvent eu très peur en voyant des cochers battre leurs chevaux et crier Hue ! »

51 Unter St-Veit (en français : Sous Saint-Gug) est la station après Lainz quand on quitte Vienne. (N. d. tr.)

52 Ainsi donc Fritz est vraiment tombé, ce que Hans avait autrefois nié.

53 Chemin de fer du Nord. (N. d. tr.)

54 En allemand : Verkehr = relations, rapports, commerce – relations, rapports, commerce sexuels. Notion à double sens qui donne une base psychique inconsciente aux phobies de chemin de fer (N. d. tr.).

55 Voici encore une partie de théorie sexuelle infantile d’un sens insoupçonné.

56 Hans, qui a ses raisons pour se méfier des informations fournies par les grandes personnes, se demandé ici si le propriétaire est plus digne de foi que son père.

57 La connexion est la suivante : le père de Hans n’avait pas voulu croire, pendant longtemps ce que Hans disait du noir sur la bouche des chevaux, jusqu’à ce qu’enfin cela se vérifia.

58 Ce que femme veut Dieu veut (en français dans le texte). Cependant Hans, avec son sens aiguisé, a de nouveau mis le doigt sur un problème très sérieux.

59 Il n’est pas ici nécessaire d’admettre chez Hans un désir, de nature féminine, d’avoir des enfants. C’est avec sa mère que Hans, enfant, avait vécu les moments les plus heureux ; il les reproduit maintenant, assumant le rôle actif, donc celui de la mère.

60 Cette contradiction flagrante est celle qui existe entre l’imagination et la réalité, entre désirer et avoir. Il sait qu’il est en réalité un enfant, et que d’autres enfants pourraient le gêner ; en imagination il est mère et a besoin d’enfants avec qui renouveler les tendresses dont il a déjà été l’objet lui-même.

61 Il se pourrait cependant que Hans eût élevé à la hauteur d’un idéal une personne rencontrée par hasard à Gmunden. La couleur des yeux et des cheveux de cet idéal est d’ailleurs copiée sur celle des yeux et des cheveux de sa mère.

62 Hans ne peut répondre d’un autre point de vue que de celui de l’auto-érotisme.

63 C’étaient les enfants de son imagination, c’est-à-dire de son onanisme.

64 « Soffaladi – Zervelatwurst. (Saucisse au cervelas). Ma femme raconte volontiers que sa tante prononce toujours Soffilodi). Hans peut l’avoir entendu. »

65 Une autre sorte, italienne, de saucisson. (N. d. tr.)

66 Ne dit-on pas « Niederkonnnen » (littéralement venir en bas) quand une femme accouche ?

Ceci en allemand. On dit en français aussi : mettre bas pour les femelles des bêtes. (N. d. tr.)

67 Peut-être pouvons-nous ajouter que le mot « perçoir » (Bohrer) n’a pas été choisi en dehors de toute connexion avec le mot « né », « naissance » (geboren, Geburt). L’enfant n’aurait ainsi pas fait de distinction entre « né » et « percé » (geboren, gebohrt). J’accueille cette suggestion, qui m’est faite par un collègue expérimenté, mais ne saurais dire si nous nous trouvons en face d’un rapport profond et universel entre les deux idées ou d’une coïncidence verbale particulière à l’allemand. Prométhée (Pramantha) créateur des hommes, est aussi étymologiquement le « perceur » (Bohrer). Voir Abraham. Traum und Mythus, Rêve et Mythe, 4e vol. des Schriften sur angewandten Seelenkunde 1908.)