Rêves dans le folklore1

En collaboration avec Ernst Oppenheim

Celsi austera poemata ramnes. Perse, Satires.

L’un de nous (O.) a fait, lors de ses études de folklore, portant sur les rêves qui lui furent alors racontés, deux observations qui lui parurent dignes d’être communiquées. À savoir, premièrement que le symbolisme mis en œuvre dans ces rêves recouvre totalement celui qu’admettent les psychanalystes, et deuxièmement que nombre de ces rêves sont saisis par le peuple tout comme la psychanalyse les interpréterait, c’est-à-dire non comme indices d’un avenir à dévoiler mais comme accomplissements de désirs, satisfactions de besoins, qui se montrent pendant l’état de sommeil. Certaines particularités de ces rêves généralement indécents, racontés comme des farces, ont alors incité le second d’entre nous (Fr.) à tenter une interprétation de ces mêmes rêves, qui ne manque pas de les faire apparaître comme plus sérieux et plus dignes d’attention.

I. Symbolisme du pénis dans les rêves du folklore

Le rêve que nous plaçons en premier, bien qu’il ne contienne aucune représentation symbolique, semble tourner en dérision l’interprétation prophétique des rêves et plaider en faveur de l’interprétation psychologique.

Interprétations prophétique psychologique des rêves.

Symboles du pénis I.

Anthrop., VII, p. 450.

Traditions populaires slaves méridionales se rapportant au commerce sexuel, rassemblées et commentées par Fr. S. Krauss.

N° 820 : Une interprétation rêve.

Une jeune fille sortit de son lit et raconta à sa mère qu’elle avait fait un rêve tout à fait merveilleux.

Et alors qu’as-tu rêvé là ? demanda la mère.

Comment pourrais-je seulement te le dire, je ne sais pas moi-même ce que c'est, comme qui dirait quelque chose de long, de rouge arrondi du bout. Le long signifie un chemin, dit la mère en réfléchissant, un long chemin, le rouge signifie joie, mais je ne sais pas ce que peut bien signifier ici la chose arrondie du bout. Le père de la jeune fille qui entre-temps s’habillait et ne perdait rien de ce que disaient la mère et la fille murmura plus ou moins pour lui-même : « Ça a tout l’air d’être comme mon colosse. »

Cf. à ce propos Anthrop., I, p. 4, n°5.

Proverbe juif allemand : « L’oie rêve de maïs et la fiancée de queue. »

Il est beaucoup plus aisé d’étudier le symbolisme du rêve dans le folklore que dans les rêves réels. Le rêve est contraint à la dissimulation et ne livre ses secrets qu’à l’interprétation ; mais ces farces qui se déguisent en rêves tendent à la communication pour le plaisir de celui qui les raconte, comme de celui qui les écoute et pour cette raison ajoutent hardiment l’interprétation au symbole. Elles tirent leur joie de la mise à nu des symboles servant de voile.

Dans le quatrain suivant, le pénis apparaît en tant que sceptre :

Symboles du Pénis 3.

2 - Basse-Autriche, quatrains humoristiques pour iouleurs.

Anthrop., V, p.152.

P. 151. Quatrains humoristiques pour iouleurs bas-autrichiens, rassemblés par le Dr. Herm. Rollert.

N° 2 : Cette nuit j’ai rêvé que j’étais roi de ce pays,

Et quand je me suis réveillé tout guilleret je tenais une queue dans ma main.

On comparera avec ce « rêve » les exemples suivants, dans lesquels le même symbolisme est utilisé en dehors du rêve.

Krypt., IV, p. 111, n° 160.

(des Alpes autrichiennes)

Gentille et jolie fille

Je t’aime tant

Si je mets un sceptre dans ta main

Tu peux devenir reine.

De Gaming, Basse-Autriche.

Anthrop., III, 190, n° 85, 4.

Napoléon Bonaparte dit

Un jour à son fils

Aussi longtemps que la queue est le sceptre

C’est la chatte qui reste la couronne.

L’imagination artistique se plaît à une variation d’un autre type de cette glorification symbolique des parties génitales. Sur une gravure grandiose de Félicien Rops2, qui porte en titre : Tout est grand chez les rois, on voit en pied un roi nu avec les traits du Roi-Soleil, dont le pénis gigantesque, élevé jusqu’à la hauteur des mains, porte lui-même une couronne. La main droite balance un sceptre, cependant que la gauche supporte la grosse pomme du globe impérial, qui par son sillon médian acquiert une indéniable ressemblance avec une autre partie du corps érotiquement convoitée. L’index de la main gauche s’enfonce dans cette fente (gravure n° 20).

[Note en marge, E. O.]

Comme la pomme chez Rops, l’œuf sur un bas-relief romain des arènes de Nîmes se transforme, grâce à une encoche similaire, en symbole des parties sexuelles féminines. Ici non plus le complément viril ne manque pas. Il apparaît sous la forme d’un phallus curieusement accoutré en oiseau, qui siège sur 4 œufs à la forme ci-dessus décrite, on pourrait presque (en sténo : dire) en train de couver.

(Kraus, Dulaure, Jacques-Antoine (1755-1835), La procréation dans les croyances, les mœurs et les usages des peuples, traduit en allemand et complété par F. S. Kraus et Karl Reiskel, Leipzig, 1909. Édition hors commerce, p. 204, section n° 191.)

Dans le chant populaire silésien que nous voulons maintenant communiquer, un rêve n’est simulé que pour recouvrir un autre événement. Le pénis apparaît ici en tant que ver (gros ver de terre) qui s’est insinué dans la jeune fille et s’en est extrait, le moment venu, sous forme de vermisseau (enfant).

Anthrop., VII, p. 369

Symboles du pénis 2 (ver)

Chants populaires silésiens transcrits par le Dr von Waldheim.

Chant du ver de terre

Suzanne était couchée dans l’herbe humide

Et, tout en somnolant, rêvait de l’aimé,

Un sourire se jouait à l’entour de son nez,

Elle pensait au voleur de son cœur.

 

Et voici que soudain, ô rêve, ô rêve d’angoisse,

Son bien-aimé si doux et tendre Devint un gros ver de terre, tout long,

S’insinua dans son ventre.

 

Pleine d’effroi la jeune fille se réveille Et courut en pleurant jusqu’à la petite ville,

Se lamentait et racontait sur tous les tons :

« Un ver de terre est entré en moi. »

 

La mère entendit ces lamentations,

S’est mise à vociférer, à jurer,

À entraîné la fille dans la chambre

Et l’a examinée de fond en comble.

 

Elle a tout fait pour trouver le ver de terre,

Mais hélas sans résultat,

Elle est partie en hâte hors d’elle-même

Et est allée interroger une sage-femme.

 

Elle tira très habilement les cartes à la fille

Et là-dessus dit : « Il nous faut attendre.

J’ai interrogé en vain le valet de cœur,

Je vais voir ce que dit le roi.

 

Le roi rouge3 révéla en toute clarté

Que le ver s’était réellement insinué dans la fille,

Mais pour intervenir il est encore trop tôt,

Car toute chose doit venir en son temps. »

 

Suzanne entend la sombre nouvelle

Et s’enferma tristement chez elle.

Voici qu’enfin approche l’heure de l’angoisse

Et le vermisseau sort sans encombre.

 

Ainsi donc, jeunes filles, tenez-vous par le nez,

Et ne vous endormez pas dans l’herbe pour rêver,

Sinon, gare à l’angoisse, gare aux tourments,

Un de ces gros vers de terre s’insinuera en vous.

Cf. à ce sujet p. 359 et les versions méridionales chez Krauss, La procréation dans les mœurs, les usages et les croyances des slaves du Sud, Kryptadia, VI, p. 259-269 et 375 et s., remarque de l’éditeur.

La même symbolisation du pénis par le ver est connue par de nombreuses plaisanteries grivoises4.

Le rêve que voici symbolise le pénis en tant que poignard, en montrant une femme tirant en rêve sur un poignard pour s’en transpercer, cependant que son mari la réveille et la rappelle à l’ordre pour qu’elle ne lui arrache pas le membre.

P. 289 : Un mauvais rêve.

Un rêve fit voir à une femme qu’ils en étaient arrivés au point de ne plus rien avoir à manger jusqu’au jour de l’an et de ne rien pouvoir s’acheter non plus. Son mari avait bu tout l’argent. Il ne restait qu’un billet de loterie, qui devait d’ailleurs, lui aussi, être donné en gage à quelqu’un. Encore le retenait-il de par soi, car le tirage devait avoir lieu le deux janvier. Il dit : « Eh bien femme ! C’est demain le tirage, le billet peut bien encore rester quelque temps ici. Si nous ne gagnons pas, il faudra vendre ou engager le billet. » « Au diable le billet, tu ne paies que le plaisir d’avoir peur et tu n’en as pas d’autre profit que le lait qu’on tire du bouc. » Là-dessus le matin s’était levé. Et voilà qu’arriva le distributeur de journaux. Il l’arrêta, prit un numéro et se mit à passer la liste en revue. Il laissa ses yeux courir sur les chiffres, il passa au crible toutes les colonnes, son numéro n’y était pas ; il n’en crut pas ses yeux, recommença son inspection, et voici qu’il vint à tomber sur le numéro de son billet ; et le numéro du billet était le même, mais le numéro de la série n’était pas le bon. De nouveau il douta de lui-même et pensa à part soi : « Ça ne peut être qu’une erreur. Attends un peu, je vais aller à la banque et j’obtiendrai en tout cas une certitude. » Il s’y rendit donc tête basse ; en chemin il rencontra un second distributeur de journaux. Il acheta encore un numéro d’un second journal, passa la liste en revue et eut tôt fait de trouver le numéro de son billet, même la série était bien celle qui comportait son billet. C’est son billet qui gagnait 5 000 roubles. Il se précipita alors à la banque, y arriva en courant et demanda qu’on honore immédiatement son numéro gagnant. Le banquier dit qu’il ne pourrait pas l’honorer avant une ou deux semaines. Il se mit à implorer. « Ayez la bonté de me donner au moins un billet de 1 000 roubles, je pourrai recevoir le reste plus tard. » Le banquier le lui refusa, mais lui donna le conseil de s’adresser à la personne privée qui lui avait procuré le billet gagnant. Dès lors, que restait-il à faire ? C’est à ce moment qu’apparut, comme surgi de terre, un petit Juif. Il flaira la mèche et lui fit la proposition de lui verser l’argent aussitôt, mais au lieu de 5 000 roubles, simplement 4 000. Le cinquième billet de mille devait lui revenir. Il se réjouit de cette aubaine et se résolut à faire cadeau au Juif du billet de 1 000, rien que pour obtenir aussitôt l’argent. Il prit l’argent du Juif et lui remit le billet. Puis il prit le chemin de la maison ; en route, il entra à l’auberge, descendit un petit verre, et de là rentra directement chez lui ; il allait et ricanait et fredonnait un petit air. La femme l’aperçut par la fenêtre et pensa : Voilà qu’il a sans doute vendu le billet ; on voit qu’il est joyeux, il a dû entrer au cabaret et noyer son malheur. Il entra alors dans la maison, posa l’argent sur la table de la cuisine, alla voir sa femme pour lui annoncer la joyeuse nouvelle qu’il avait gagné et obtenu son argent. Ils n’avaient pas fini, dans leur bonheur, de s’enlacer et de s’embrasser tout leur saoul, que la petite fille de trois ans attrapa l’argent et le jeta dans le poêle. Ils se précipitèrent alors pour compter l’argent, mais il n’était plus là. La dernière liasse brûlait. De rage, il saisit la petite fille par les jambes et la projeta contre le poêle. Elle rendit l’âme. Il vit alors le désastre, il ne pouvait échapper à la Sibérie, il s’empara du revolver et — pan ! se tira dans la poitrine, et voilà son âme envolée. Horrifiée par un tel désastre, elle attrapa un poignard et voulut s’en transpercer. Elle cherchait à le tirer de son fourreau, mais n’y parvenait en aucune manière. Elle entendit alors, comme venant du ciel, une voix : « Ça suffit, lâche ça, que fais-tu ? » Elle se réveilla et vit qu’elle ne tirait pas sur un poignard, mais qu’elle tirait son mari par la queue. Et il lui disait : « Ça suffit, lâche ça, sinon tu vas me l’arracher. »

La représentation du pénis en tant qu’arme, couteau tranchant5, poignard, etc., nous est familière de par les rêves d’angoisse, en particulier des femmes abstinentes, et se trouve également à la base de nombreuses phobies de personnes névrosées. Mais le déguisement compliqué du rêve ci-dessus nous met en demeure d’essayer de clarifier le sens du dit habillage grâce à l’interprétation psychanalytique, s’étayant sur les travaux d’interprétation antérieurement réalisés ; ce faisant nous n’ignorons pas que nous dépassons d’une longueur ce qu’offre le folklore et perdons par là en certitude.

Étant donné que ce rêve débouche sur une agression sexuelle exécutée par la femme comme action onirique, on est tenté de prendre la misère matérielle du contenu du rêve pour substitut d’une misère sexuelle. Seule une extrême pression libidinale peut certes expliquer une telle agression de la femme. D’autres parties du contenu du rêve orientent vers une autre direction bien déterminée. La responsabilité de cette misère est imputée à l’homme (il avait bu tout l’argent)6. Si donc le rêve se débarrasse du mari et de l’enfant et esquive avec adresse le sentiment de culpabilité personnel inhérent à ces désirs, en faisant tuer l’enfant par le mari, sur quoi celui-ci se supprime lui-même par repentir, un tel contenu de rêve, conformément à de multiples analogies, nous fait conclure à une femme qui n’est pas satisfaite par son mari et dans son fantasme aspire à un autre mariage. Il est à cet égard équivalent pour l’interprétation que l’on aille concevoir cette insatisfaction de la rêveuse comme permanente ou seulement comme expression de sa privation momentanée. La loterie qui, dans le rêve, conduit à une brève ivresse de bonheur, on pourrait peut-être la comprendre comme signification symbolique du mariage. Le travail psychanalytique n’a pas encore permis d’identifier ce symbole, mais les gens n’ont-ils pas coutume de dire que le mariage est un jeu de hasard et qu’on a tiré dans le mariage le gros lot ou un billet perdant7.

Les chiffres qui, du fait du travail du rêve, se sont vus prodigieusement multipliés8, correspondent donc bien aux « nombres », aux répétitions de l’acte satisfaisant. L’attention est ainsi orientée sur le fait que tirer avec force sur le membre du mari n’a pas seulement la signification d’une provocation libidinale, mais aussi la signification parallèle d’une critique méprisante, comme si la femme voulait arracher ce membre — comme le mari s’en rend exactement compte — parce qu’il ne vaut rien et ne fait pas son devoir.

Nous ne nous serions pas attardés sur l’interprétation de ce rêve et nous ne l’aurions pas exploité au-delà du symbolisme apparent, si d’autres rêves qui se terminent également par une action onirique ne révélaient qu’est ici identifiée par le peuple une situation typique, susceptible d’une réduction unificatrice.

II. Symbolisme des excréments et actions oniriques correspondantes

La psychanalyse nous a appris que, dans la période de l’enfance toute proche de l’origine, les excréments étaient une substance hautement appréciée dans laquelle les pulsions coprophiles trouvaient leur satisfaction. Avec le refoulement de ces pulsions accéléré le plus possible par l’éducation, cette substance tomba sous le coup du mépris et servit alors aux tendances conscientes comme moyen d’expression de la dépréciation et de la raillerie. Certains modes de travail psychique, comme le trait d’esprit, s’entendirent encore à rendre accessible pour un court moment cette source de plaisir ensevelie, et montrèrent ainsi quelle part importante de l’ancienne appréciation de l’être humain pour ses excréments restait encore maintenue dans l’inconscient. Le reste le plus significatif de cette valorisation antérieure était alors que tout l’intérêt que l’enfant avait eu pour ses excréments se transférait chez l’adulte sur une autre matière, qu’il apprenait dans la vie à placer presque au-dessus de toute autre chose, l’or9. L’ancienneté de cette relation entre merde et or, on la saisit dans une remarque de Jérémias10 (Babylonisches im alten Testament [Le babylonien dans l’Ancien Testament], 1906, p. 96) : l’or, d’après un mythe oriental ancien, serait la merde de l’enfer11.

Dans les rêves du folklore, l’or est connu de la façon la plus univoque comme symbole des excréments. Quant le dormeur ressent un besoin d’exonération, il rêve d’or, d’un trésor. Le déguisement du rêve, qui est destiné à lui donner le leurre d’une satisfaction du besoin dans le lit, fait habituellement du tas d’excréments un indice de la place où le trésor est trouvé, c’est-à-dire : le rêve dit directement, comme par une perception endopsychique, bien que sous une forme inversée, que l’or est un signe, un symbole des excréments.

On trouve le récit d’un tel rêve simple de trésor ou de défécation dans les facéties de Poggio12.

Rêve d’or.

Poggio : facétie n° 130.

(Vol. IV des Maîtres conteurs romans)13.

Quelqu’un raconte en société qu’il a trouvé de l’or en rêve. Un autre régale alors la compagnie avec l’histoire suivante (textuellement) : « Mon voisin a rêvé une fois que le diable l’avait conduit dans un champ pour déterrer de l’or. Il n’en trouva point ; alors le diable dit : « Il est « bien là, seulement tu ne peux pas le sortir maintenant ; mais repère « bien l’endroit, pour que tu puisses le reconnaître tout seul. »

« Comme l’autre le priait de rendre l’endroit reconnaissable par quelque signe, le diable déclara : « Chie donc, et personne n’aura l’idée qu’il y a de l’or caché ici, et toi tu pourras le repérer exactement. » Ainsi fit l’homme ; il se réveilla aussitôt et sentit qu’il avait fait un gros tas dans le lit. »

(La conclusion en résumé.) S’enfuyant de la maison il se met une casquette dans laquelle, pendant la même nuit, un chat avait fait. Il doit se laver la tête et les cheveux.

« Ainsi son rêve d’or tourna pour lui en merde. »

Tarasevsky : Vie sexuelle de la paysannerie ukrainienne14.

En rêve, un paysan reçoit du diable, à qui il a brûlé un cierge, un trésor et pose un tas comme repère. [Suit un dessin au crayon, avec deux signes sténographiques] : voir les parallèles indiqués à cet endroit. Anth., IV, p. 342-345, n° 580-581.

Si dans ces deux rêves le diable apparaît comme dispensateur de trésor et séducteur, cela ne doit pas nous étonner, car le diable, lui-même ange expulsé15 du Paradis, « n’est bien sûr rien d’autre que la personnification de la vie pulsionnelle inconsciente refoulée »16.

Les motifs de ces simples rêves burlesques semblent bien épuisés par le plaisir cynique du sale et par la satisfaction méchante à humilier le rêveur. Mais dans d’autres rêves de trésor, le déguisement du rêve est varié de multiples façons et emprunte divers composants sur l’origine et la signification desquels nous pouvons nous interroger. Car nous ne considérerons pas pour complètement arbitraires et sans signification même les contenus du rêve destinés à justifier rationnellement la satisfaction.

Dans les deux exemples suivants le rêve ne survient pas chez un rêveur isolé, mais chez l’un des deux dormeurs — deux hommes — qui partagent le même lit. Le rêveur souille, à la suite du rêve, son compagnon de lit.

Anthrop., III, p. 72 (Récits de paysans allemands recueillis en Haute et Basse Alsace par F. Wernert)17.

N° 15 : Rêve plein de vivacité.

Deux compagnons arrivèrent fatigués dans une auberge et demandèrent à coucher. « Oui, dit l’aubergiste, si vous n’avez pas peur, vous pouvez avoir une chambre, mais ce n’est pas sûr là-dedans. Si vous voulez rester, bon, le gîte, en ce qui concerne le coucher, ne vous coûtera rien. » Les compagnons se demandent l’un l’autre : « Tu as peur ? — Non. » Bon, ils empoignent en plus un litre de vin et vont aussitôt dans la chambre désignée.

À peine étaient-ils couchés depuis un moment que la porte s’ouvrit et qu’une forme blanche flotta dans la pièce. L’un dit à l’autre : « Tu n’as rien vu ? — Oui — Alors pourquoi n’as-tu rien dit ? — Attends donc, ça va bientôt revenir dans la pièce. » En effet, une nouvelle fois la forme entra en flottant dans la pièce. Vite l’un des compagnons se leva d’un bond, mais, plus vite encore, le fantôme sortit en flottant, par l’entrebâillement. Le compagnon, pas empoté, ouvre d’un coup la porte et voit la forme, une belle femme, déjà au milieu de l’escalier. « Que faites-vous là » crie le compagnon. La forme s’immobilise, se retourne et dit : « Me voilà délivrée. Pendant longtemps j’ai dû errer ; comme récompense prends le trésor qui se trouve juste à l’endroit où tu te tiens. » Le compagnon était tout aussi effrayé que réjoui, et pour marquer la place il releva sa chemise et planta un tas comme il faut en pensant que personne n’effacerait ce signe. Mais comme il est au comble du bonheur, il est tout d’un coup empoigné. « Espèce de cochon » entend-il rugir à ses oreilles, « tu me chies dans ma chemise ». À ces mots grossiers, l’heureux rêveur se réveille de son bonheur féerique, et est jeté à bas du lit.

Voir vol. IV des Maîtres conteurs romans, n° 130, p. 103 (avec dessin), Poggio : Facéties : Rêve d’or.

Anthropophyteia, vol. VI. Récits scatologiques de la Silésie prussienne, par le Dr v. Waldheim18.

P. 346, n° 737 : Il chia sur la tombe.

Dans un hôtel, descendirent deux messieurs ; ils soupèrent, burent et finalement voulurent aller dormir. Ils dirent à l’aubergiste de bien vouloir leur donner une chambre. Comme tout était occupé, l’aubergiste leur laissa son lit, où ils dormiraient de compagnie, tandis que lui se trouverait bien un autre endroit pour dormir. Les deux se mettent au lit. À l’un d’eux apparut en rêve un esprit qui alluma une bougie et le conduisit au cimetière. Le portail du cimetière s’ouvrit, l’esprit, la bougie à la main, et ce monsieur à sa suite s’avancèrent vers la tombe d’une jeune fille. Lorsqu’ils arrivèrent à la tombe, la bougie s’éteignit soudain. « Que puis-je faire maintenant, comment saurai-je demain, quand il fera jour, quelle est la tombe de la jeune fille ? », demanda-t-il en rêve. Une pensée lui vint à l’aide, il ôta son pantalon de toile et se soulagea sur la tombe. Après qu’il se fut soulagé, son camarade qui dormait à son côté le frappa sur l’une et l’autre joue : « Quoi, tu vas même me chier sur la figure ? »

Dans ces deux rêves apparaissent à la place du diable d’autres formes inquiétantes, à savoir des fantômes, qui sont des esprits des défunts. L’esprit, dans le second rêve, conduit même le rêveur au cimetière, où il doit marquer par son exonération une certaine tombe. Une partie de cette situation est alors très facile à comprendre. Le dormeur sait que le lit n’est pas l’endroit approprié pour la satisfaction de son besoin ; il s’en fait donc éloigner en rêve et se crée une personne qui montre à son obscure poussée le droit chemin vers un autre lieu où la satisfaction du besoin est autorisée et même commandée par les circonstances. L’esprit, dans le second rêve, se sert même d’une bougie pour le guider, comme ferait un domestique qui conduit l’étranger aux w.-c. dans l’obscurité de la nuit. Mais pourquoi ces représentants de la pulsion à changer de lieu, changement que le dormeur paresseux veut s’épargner tout à fait, sont-ils des compagnons aussi inquiétants que des fantômes et esprits de défunts, pourquoi l’esprit dans le second rêve conduit-il à un cimetière, comme s’il s’agissait de profaner une tombe ? Ces éléments paraissent pourtant ne rien avoir à faire avec la poussée à l’exonération et la symbolisation des excréments par l’or. II s’y trouve l’indication d’une angoisse que l’on pourrait peut-être ramener à un effort pour réprimer la satisfaction dans le lit, sans que cette angoisse explique précisément le caractère spécifique du contenu du rêve, qui oriente vers la mort. Ici nous suspendons encore l’interprétation et soulignons, en outre, qu’il faudra expliquer pourquoi, dans les deux situations où deux hommes dorment ensemble, l’aspect inquiétant du fantôme-guide se trouve lié à une femme. L’esprit du premier rêve se dévoile bientôt comme étant une belle femme qui se sent maintenant délivrée, et l’esprit du second rêve prend pour but la tombe d’une jeune fille, qui doit être pourvue d’un signe de reconnaissance.

Nous nous tournons, pour plus d’explication, vers d’autres rêves de défécation où les compagnons de lit ne sont plus des hommes, mais mari et femme, c’est-à-dire un couple. L’acte de satisfaction accompli pendant le sommeil dans la suite du rêve apparaît ici particulièrement répugnant, mais cache peut-être, justement à cause de cela, un sens particulier.

En raison de ses relations de contenu avec ceux qui suivent, nous citons en préambule, un rêve qui, à strictement parler, ne correspond pas à ce qui vient d’être annoncé. Il est incomplet dans la mesure où manque l’acte de salir l’épouse et compagne de lit. En revanche, la relation de la poussée défécatoire à l’angoisse de mort est tout à fait claire. Le paysan, désigné comme marié, rêve qu’il est frappé par la foudre et que son âme s’élève vers le ciel. Là-haut il demande à pouvoir revenir une dernière fois sur terre, pour voir femme et enfants, et reçoit la permission de se transformer en araignée et de se laisser descendre par le fil qu’il fabrique lui-même. Le fil est trop court et dans l’effort pour pousser encore plus de fil hors du corps, l’exonération a lieu.

Anthr., VI, p. 431, n° 9. Récits scatologiques de Silésie prussienne, par le Dr v. Waldheim.

Rêve et réalité.

Un paysan était couché et rêvait. Il se voyait au champ avec ses bœufs et labourait. C’est alors que soudain la foudre tomba et le tua. Il sentit alors distinctement que son âme s’élevait et arrivait finalement au ciel. Saint Pierre était à la porte d’entrée et voulut directement introduire le paysan. Mais celui-ci demanda l’autorisation de descendre une dernière fois sur terre, pour pouvoir au moins dire adieu à sa femme et à ses enfants. Mais saint Pierre déclara que ça n’allait pas, et que celui qui était arrivé au ciel, on ne le laissait pas retourner dans le monde. Le paysan se mit alors à pleurer et supplia en gémissant jusqu’à ce que saint Pierre finisse par céder. Mais il n’y avait qu’une possibilité pour le paysan de revoir les siens, c’était que saint Pierre le transforme en animal et le fasse descendre. Le paysan fut transformé en araignée et dévida un long fil au bout duquel il se laissa descendre. Alors qu’il était arrivé à peu près à la hauteur de la cheminée de sa ferme, et qu’il voyait déjà ses enfants jouer dans le pré, il remarqua à son grand effroi qu’il ne pouvait plus filer davantage. L’angoisse fut naturellement grande car il voulait bien sûr aller jusqu’à terre. Il tira tant et plus pour allonger le fil. Il tira de toutes ses forces — il y eut un craquement — et le paysan s’éveilla. Il lui était arrivé pendant le sommeil quelque chose de très humain.

Nous rencontrons ici le fil dévidé comme un nouveau symbole des excréments évacués, alors que la psychanalyse ne nous fournit aucune contrepartie à cette symbolisation, mais attribue au fil une autre signification symbolique. Cette contradiction se résoudra plus tard.

Le rêve suivant, richement ornementé et détaillé avec précision, est pour ainsi dire « plus social » : il débouche sur l’action de salir l’épouse. Ses concordances avec le rêve précédent sont cependant tout à fait frappantes. Le paysan n’est certes pas mort, mais il se trouve au ciel, veut revenir sur terre et éprouve le même embarras à « dévider » un fil suffisamment long auquel se laisser descendre. Il ne fabrique pas ce fil comme une araignée à partir de son corps mais d’une façon moins fantastique à partir de tout ce qu’il peut attacher ensemble et, comme le fil n’est toujours pas suffisant, les angelots lui conseillent de chier directement afin de prolonger la corde par la merde.

« Vie sexuelle des paysans ukrainiens. »

P. 196 : Le voyage au ciel du paysan.

Un paysan a rêvé ceci : il a appris qu’au ciel le froment est à un prix élevé. Le désir le saisit d’y mener son froment. Il chargea sa charrette, attela son cheval et se mit en route. Il roula longtemps, aperçut la route du ciel et s’y engagea. Ainsi arriva-t-il à la porte du ciel, et voilà qu’elle était ouverte. Il prit son élan pour entrer d’un coup, mais à peine avait-il engagé sa voiture — crac, la porte se claqua. Il se mit à supplier : « Laissez-moi entrer, par bonté. » Mais les anges ne le laissèrent pas entrer, et dirent qu’il s’était mis en retard. Il comprit alors qu’on ne pouvait faire affaire ici — après tout ce n’était pas pour lui et il fit demi-tour. Mais voilà. Le chemin qu’il avait pris avait disparu. Que devait-il donc faire ? Il s’adressa de nouveau aux anges : « Petites colombes, par bonté, reconduisez-moi sur terre, si c’est possible, donnez-moi un chemin pour que j’arrive à la maison avec ma voiture. » Mais les anges dirent : « Non, enfant des hommes, ta voiture reste ici, et tu redescends comme tu veux. — Mais comment je vais me laisser descendre, j’ai pas de corde. — Cherche donc quelque chose avec quoi tu puisses te laisser descendre. » Il prit alors les rênes, le licou, la bride, noua tout ensemble et commença à se laisser descendre ; il se laissa glisser, glisser, regarda vers le bas, il en manquait encore beaucoup jusqu’à la terre. Il regrimpa et prolongea encore ce qu’il avait noué avec la sangle et la croupière. Alors il se remit à descendre et ça ne suffisait toujours pas pour atteindre la terre. Il attacha ensuite le limon avec le train de la voiture ( ?), c’était encore trop court. Que fallait-il faire ? Il réfléchit en tous sens et dit alors : « Ben, je vais encore l’allonger avec ma vareuse, avec mes pantalons, avec ma chemise et par-dessus le marché avec ma ceinture. » Ainsi fit-il, il attacha tout ensemble et descendit plus bas. Arrivé au bout de la ceinture, la terre était encore loin. Alors il ne savait pas ce qu’il devait faire ; il n’avait plus rien à rabouter, et sauter était dangereux, il pouvait se casser le cou. Il supplia les anges à nouveau : « Par bonté, conduisez-moi à terre. » Les anges lui dirent : « Chie, et la merde deviendra une corde. » Il chia et chia presque une demi-heure, jusqu’à ce qu’il n’ait plus de quoi chier (jusqu’à ce qu’il ait fini). Cela donna une longue corde, et il s’y laissa glisser. Il glissa et glissa et parvint au bout de la corde, mais on était encore loin de la terre. Il recommença à supplier les anges de bien vouloir l’amener à terre. Mais les anges dirent : « Eh bien maintenant, enfant des hommes, pisse et ça deviendra un fil de soie. » Le paysan pissa, pissa toujours, jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus. Il vit qu’il en était vraiment sorti un fil de soie, et il glissa plus bas. Il glissa et glissa et arriva au bout, mais voilà, ça n’atteignait pas la terre, il manquait encore une toise et demie à deux. Il supplia à nouveau les anges de le conduire en bas. Mais les anges dirent : « Non, frère, maintenant il n’y a plus de recours pour toi, maintenant saute donc. » Le paysan gigotait indécis, ne trouvant pas le courage de sauter, mais il comprit alors qu’il ne lui restait pas d’autre issue et plouf ; au lieu du ciel il tomba du poêle et reprit conscience seulement au milieu de la salle. Alors il se réveilla et appela : « Femme, femme où es-tu ? » La femme s’éveilla, elle avait entendu le bruit et dit : « Le diable t’emporte, es-tu devenu fou ? » Elle tâta autour d’elle et vit les dégâts : son mari l’avait complètement couverte de merde et de pisse. Elle commença à l’injurier et à lui passer un savon en règle. Le paysan dit : « Pourquoi cries-tu ? Il y a assez d’ennuis sans cela. Le cheval est perdu, il est resté au ciel et moi aussi j’ai failli périr. Dis : Dieu soit loué que je sois du moins resté en vie. — Qu’est-ce que tu chantes là, tu es complètement cinglé ; le cheval est dans l’écurie et tu étais sur le poêle, tu m’as toute souillée et après tu as sauté en bas. » Alors l’homme se ressaisit, maintenant seulement une lueur lui vint qu’il n’avait que rêvé tout cela et alors il raconta le rêve à sa femme, comment il était allé au ciel et comment il en était revenu sur terre.

Mais ici la psychanalyse nous pousse à une interprétation qui modifie toute la conception de ce genre de rêves. Les objets qui s’allongent, nous dit l’expérience de l’interprétation des rêves, sont généralement des symboles de l’érection19. Dans ces deux rêves burlesques, l’accent est mis sur le fait que le fil ne veut pas devenir assez long, aussi l’angoisse est-elle justement liée à cela dans le rêve. Le fil est en outre, comme tous ses analogues (corde, câble, ficelle, etc.) un symbole du sperme20. Le paysan s’efforce donc d’arriver à une érection, et c’est seulement quand cela ne réussit pas qu’il se tourne vers l’exonération. Derrière le pressant besoin excrémentiel de ces rêves surgit d’un coup le pressant besoin sexuel.

Mais celui-ci est beaucoup plus apte à expliquer les autres éléments du contenu du rêve. On doit se dire, quand on veut admettre que ces rêves inventés sont pour l’essentiel correctement construits, que l’action onirique par laquelle ils se terminent ne peut qu’être pleine de sens et répondre à l’intention visée par des pensées latentes du rêveur. Si le rêveur, à la fin, défèque sur sa femme, le rêve entier doit viser à cela et motiver cet effet. Il ne peut rien signifier d’autre qu’un outrage, plus précisément, un outrage dédaigneux à la femme. À  celui-ci on pourrait alors relier facilement la signification plus profonde de l’angoisse exprimée dans le rêve.

D’après ces indications, nous pouvons construire de la façon suivante la situation d’où provient ce dernier rêve. Le rêveur est envahi par un besoin érotique puissant, qui est indiqué à l’entrée du rêve en des symboles assez clairs. (II a entendu dire que le froment (bien semblable au sperme) est à un prix élevé. Il prend son élan pour pénétrer avec le cheval et la voiture (symboles génitaux) dans la porte ouverte du ciel.) Mais cette motion libidinale concerne vraisemblablement un objet inaccessible. La porte se ferme, il renonce à son projet et veut retourner sur terre. Mais l’épouse qui repose près de lui ne l’excite pas ; il s’efforce vainement d’avoir une érection pour elle. Le désir de l’éliminer pour la remplacer par une autre et une meilleure est, au sens infantile, un désir de mort. Chez celui qui héberge dans son inconscient de tels désirs contre une personne pourtant vraiment aimée, ces désirs se transforment en angoisse de mort, angoisse pour sa propre vie. D’où, dans ces rêves, le fait d’être mort, le voyage au ciel, l’hypocrite désir nostalgique de revoir femme et enfants. Mais la libido sexuelle déçue se fait remplacer sur la voie de la régression par la motion de désir excrémentielle, qui outrage et souille l’objet sexuel inapte.

Si ce rêve-là nous suggère une telle interprétation, on ne peut, compte tenu des particularités du matériel présent, parvenir à démontrer cette interprétation qu’en l’appliquant à toute une série de rêves au contenu voisin. Dans ce but, revenons aux rêves mentionnés précédemment où la situation est que le dormeur a un homme pour compagnon de lit. Après coup, la relation dans laquelle la femme intervient dans ces rêves devient pleine de sens. Le dormeur, surpris par une motion libidinale, dédaigne l’homme, désire le voir loin de lui et voir une femme à sa place. Le désir de mort contre le compagnon de lit non désiré n’est naturellement pas puni par la censure morale aussi sévèrement que celui qui concerne l’épouse, mais la réaction suffit pourtant à le retourner contre la personne propre ou sur l’objet féminin désiré. C’est le dormeur lui-même que la mort vient chercher, ce n’est pas l’homme qui est mort, mais la femme désirée. Mais à la fin, le dédain pour l’objet sexuel masculin se fraie un chemin par la souillure, et celle-ci est bien ressentie et sanctionnée par l’autre comme un outrage.

Notre interprétation convient donc à ce groupe de rêves. Si nous revenons maintenant aux rêves avec souillure de la femme, nous sommes alors préparés à trouver exprimé de façon incontestable dans d’autres rêves semblables ce qui manque ou n’est mentionné que par allusion dans le rêve modèle.

Dans le rêve de défécation qui suit, l’accent n’est pas mis sur le fait de salir la femme, mais il est dit, avec toute la clarté que l’on peut rencontrer sur la voie symbolique, que la motion libidinale concerne une autre femme. Le rêveur ne veut pas salir son propre champ, mais veut se rendre sur la terre du voisin pour déféquer.

Anthrop., vol. IV. Récits de paysans allemands, recueillis en Haute et Basse-Alsace, par F. Wernert.

P. 138, n° 173 :

Espèce de bestiau !

Un paysan rêvait qu’il était au travail sur son champ de trèfle. Voilà qu’il lui arriva un besoin impérieux, et comme il ne voulait pas salir son trèfle, il courut à l’arbre dans le lopin du voisin, tomba le pantalon et lâcha par terre une bouse numéro cinq. Enfin, agréablement soulagé, il veut alors se nettoyer et commence à arracher vigoureusement l’herbe. Mais qu’est-ce qui se passe ? Notre petit paysan s’éveilla en sursaut, se tenant une joue brûlante de douleur, qui venait de recevoir une gifle. « Abruti de bestiau, t’es pas obligé de m’arracher tous les poils du ventre. » Voilà ce qu’entend le paysan qui revient à lui, de la part de sa femme qui tempête à côté de lui dans le lit.

L’arrachage des poils (l’herbe), qui prend ici la place21 de la souillure, se trouve mentionné dans le rêve suivant à côté de celle-ci. L’expérience psychanalytique montre qu’il provient du cercle symbolique de l’onanisme (se l’arracher, s’en arracher un)22.

Dans notre interprétation, c’est le désir de mort du rêveur à l’encontre de sa femme qui semblerait avoir le plus besoin d’être conforté. Mais, dans le rêve que nous communiquerons maintenant, le rêveur ensevelit directement sa femme, hypocritement désignée comme trésor, en enfouissant le vase qui contient de l’or et, comme nous y sommes habitués dans les rêves de trésor, il plante dessus, comme indice, un tas d’excréments. Pendant qu’il creuse, il travaille avec ses mains dans le vagin de sa femme23.

Anthrop., V. Farces et facéties des campagnards de Basse-Autriche, par A. Riedl.

N° 19 (p. 140) :

Le rêve du trésor.

Un jour, un paysan a eu un rêve épouvantable. Il avait l’impression comme si c’était la guerre et que toute la contrée avait été pillée par des soldats ennemis. Mais il avait un trésor dont il s’inquiétait tant qu’il ne savait plus bien où donner de la tête, et où il pourrait bien le cacher. Finalement l’idée lui vient de l’enfouir dans son jardin où il connaissait un vraiment bel endroit. Eh bien, il continue à rêver qu’il sort et qu’il arrive à l’endroit où il veut creuser la terre pour pouvoir déposer la grande cruche dans le trou. Mais comme il cherche un outil pour creuser, il ne trouve rien autour de lui et doit à la fin s’y prendre avec les mains. Il fait donc un trou avec ses mains nues, y met le pot avec l’argent dedans et referme le tout avec la terre. Maintenant il veut s’en aller, mais s’arrête encore une fois, en pensant : « Mais quand les soldats s’ront r’partis, comment que je r’trouverai mon trésor si j’y mets pas un signe ? » Le voilà qui se met à chercher, cherche partout, en haut, en bas, derrière et devant, où il peut ; mais il ne trouve rien nulle part, pour savoir du premier coup où il a enterré son argent. C’est juste alors que le besoin le presse. « Mais, se dit-il, c’est aussi bien si je chie d’ssus. » Naturellement, il tire aussitôt son pantalon et fait un bien gros tas sur l’endroit où il a mis le pot. Alors il voit à côté une touffe d’herbe et veut l’arracher pour s’essuyer. A ce moment il reçoit une gifle si énorme qu’il s’éveille instantanément avec un air tout à fait ébahi. Et tout de suite il entend sa femme, tout à fait hors d’elle, qui lui hurle : « Espèce de teigne, misérable, tu crois que j’dois tout supporter d’toi ? D’abord tu m’fouilles dans l’con avec tes deux mains, ensuite tu m’chies d’ssus et maintenant tu veux même encore m’en arracher les poils. »

Avec cet exemple de rêve nous voilà revenus aux rêves de trésor dont nous étions partis, et nous remarquons que ces rêves de défécation qui traitent d’un trésor ne contiennent pas ou peu d’angoisse de mort, tandis que les autres où la relation à la mort est exprimée directement (rêves de voyage au ciel) font abstraction du trésor et motivent autrement la défécation. C’est presque comme si la transformation hypocrite24 de la femme en trésor avait épargné la punition du désir de mort.

Le désir de mort à l’encontre de la femme se trouve le plus clairement avoué dans un autre rêve de voyage au ciel qui, lui, ne se termine pas par une défécation sur le corps de la femme, mais par une manœuvre sexuelle sur ses parties génitales, comme dans le rêve précédent déjà. Le rêveur abrège directement la vie de la femme afin de prolonger la sienne, en transvasant l’huile de sa lampe de vie, à elle, dans sa propre lampe. Comme un substitut à cette hostilité non dissimulée, apparaît à la fin du rêve quelque chose comme une tentative de caresse.

Anthr., IV, p. 255, n°iio :

La lumière de vie.

Raconté par un professeur de lycée de Belgrade d’après la communication d’une paysanne de la région de Kragujevac.

Saint Pierre apparut à un homme profondément endormi et l’emmena au paradis. L’homme accepta de tout cœur et partit avec saint Pierre. Ils tournèrent longtemps dans le paradis et arrivèrent à un boqueteau grand et spacieux, et cependant très bien tenu, où pendaient à chaque arbre plusieurs lampes à suspension allumées. L’homme demanda à saint Pierre ce que ça voulait bien dire. Saint Pierre répondit que c’était des lampes à suspension qui ne brûlaient qu’aussi longtemps que l’homme était en vie ; mais dès que l’huile était consumée et la lampe éteinte, aussitôt l’homme devait également mourir. Cela l’intéressa beaucoup et il demanda à saint Pierre de bien vouloir le conduire à sa propre lampe à suspension. Saint Pierre exauça la prière et le conduisit à la lampe à suspension de sa femme, et tout à côté se trouvait aussi celle de l’homme. L’homme vit que dans la lampe à suspension de sa femme il y avait encore beaucoup d’huile mais dans la sienne très peu, et cela lui fit beaucoup de peine de devoir bientôt mourir, et il demanda alors à saint Pierre de bien vouloir ajouter un peu d’huile dans sa lampe à lui. Saint Pierre dit que Dieu versait l’huile dès la naissance d’un être humain et déterminait pour chacun la durée de vie. Cela mit l’homme de sombre humeur, et il se mit à gémir à côté de la lampe à suspension. Saint Pierre lui dit : « Toi reste maintenant ici, moi je dois continuer, j’ai encore à faire. » L’homme s’en réjouit, et à peine saint Pierre fut-il hors de vue qu’il commença à tremper le doigt dans la lampe à suspension de sa femme et à transvaser l’huile goutte à goutte dans la sienne. Ainsi fit-il plusieurs fois et, dès que saint Pierre s’approcha, il s’immobilisa effrayé, du coup se réveilla, et s’aperçut alors qu’il avait trempé le doigt dans le con de sa femme et qu’il avait fait égoutter le doigt dans sa bouche en le léchant.

Remarque25. D’après une version racontée par un artisan de Sarajevo, l’homme s’éveilla après une gifle de sa femme qu’il avait réveillée en fouillant dans ses parties. Ici saint Pierre manque et, à la place des lampes à suspension, il y a des verres qui brûlent avec de l’huile. — D’après une troisième version, que je tiens d’un écolier de Mostar, un respectable vieillard montre à l’homme différentes bougies allumées. La sienne est très mince et celle de la femme monstrueusement grosse. Alors l’homme, pour rallonger sa vie, se met à lécher avec une ardente passion la grosse bougie. Mais il reçoit alors une puissante calotte. Que tu sois un veau je le savais mais que tu sois un pourceau je ne le savais vraiment pas, lui dit sa femme, car il lui avait léché le con pendant son sommeil.

Cette histoire est extraordinairement répandue en Europe.

Le moment est venu de nous rappeler le « mauvais rêve » de cette femme qui finit par tirer son homme par le membre comme si elle voulait l’arracher. L’interprétation à laquelle nous avons été amenés s’accorde tout à fait avec l’interprétation que nous proposons ici pour les rêves de défécation de l’homme. Mais le rêve de la femme insatisfaite, lui aussi, écarte sans scrupule l’homme (et l’enfant) comme un obstacle à la satisfaction.

Un autre rêve de défécation dont l’interprétation n’est peut-être pas d’une certitude absolue nous invite cependant à admettre un certain changement dans l’intention de ces rêves, et jette une lumière neuve sur des rêves comme les derniers mentionnés, et quelques autres qui restent à communiquer, où l’action onirique consiste à manipuler les parties génitales de la femme.

Anthrop., V. Traditions populaires des Slaves du Sud relatives au rapport sexuel, par le Dr Friedr. S. Krauss.

P. 293, n° 697 : Par effroi.

Le pacha passait la nuit chez le bey. Lorsque le jour pointa, le bey était encore couché et n’avait pas envie de se lever. Le bey demanda au pacha : « Qu’est-ce que tu m'as rêvé ? — J’ai rêvé que sur le minaret il y avait encore un autre minaret. — Pas possible !, s’étonne le bey. Et qu’as-tu encore rêvé ? — J’ai rêvé, dit-il, que sur ce minaret il y avait un bassin de cuivre, et dans le bassin il y avait de l’eau. Le vent souffle, le bassin de cuivre se balance. Eh bien ! Qu’aurais-tu fait si tu avais rêvé cela ? — D’effroi, je me serais à la fois pissé et chié dessus. — Et, vois-tu, je me suis seulement pissé dessus. »

Ce rêve exige une interprétation symbolique du fait que son contenu manifeste est tout à fait incompréhensible, tandis que les symboles sont plutôt d’une clarté contraignante. Pourquoi le rêveur, à vrai dire, devrait-il s’effrayer quand il voit un bassin se balancer au sommet d’un minaret ? Mais un minaret se prête parfaitement à être le symbole du pénis, et le récipient d’eau, aux mouvements rythmés, semble un bon symbole des parties génitales féminines pendant le coït. Le pacha a donc fait un rêve de coït et, quand son hôte veut lui faire dire qu’il a en même temps déféqué, on est tenté de chercher l’interprétation dans le fait que tous les deux sont des hommes vieux et impuissants, chez qui l’âge a provoqué la même substitution proverbiale au plaisir sexuel du plaisir excrémentiel, plaisir que nous avons vu produit, dans les autres rêves, par le manque de l’objet sexuel approprié. Celui qui ne peut plus coïter, pense le peuple dans son grossier amour de la vérité, il lui reste encore le plaisir de chier ; chez lui, pouvons-nous dire, l’érotisme anal, qui était présent avant l’érotisme génital et qui a été refoulé et remplacé par cette motion plus récente, fait sa réapparition. Les rêves de défécation pouvaient aussi être des rêves d’impuissance.

Le changement de l’interprétation n’est pas aussi important qu’il ne pourrait paraître à première vue. Dans les rêves de défécation également, dont la victime devient la femme, il s’agit d’impuissance, impuissance relative à tout le moins en présence de cette personne qui a perdu son charme pour le rêveur. Le rêve de défécation devient ainsi le rêve autant de l’homme qui ne peut plus satisfaire la femme, que de l’homme qu’une femme ne satisfait plus.

La même interprétation, comme rêve d’impuissance, peut être donnée à un rêve tiré des facéties de Poggio, qui se présente, à tout le moins au plan manifeste, comme le rêve d’un jaloux, donc certainement d’un homme qui croit ne plus suffire à sa femme.

Poggio : Facéties, n° 133, p. 105 de la traduction d’Alfred Semerau (vol. IV des Maîtres conteurs romans, publiés par F. S. Krauss).

L'anneau de la fidélité.

Franciscus Philelphus était jaloux de sa femme et tourmenté par le plus grand des soucis, à savoir qu’elle s’accorde avec un autre homme, et nuit et jour il était aux aguets. Or comme ce qui nous préoccupe durant la veille fait habituellement retour dans le rêve, il lui apparut pendant qu’il sommeillait un démon lui disant que s’il agissait selon son commandement sa femme lui vouerait une éternelle fidélité.

Franciscus l’assura en rêve qu’il lui serait très reconnaissant et lui promit une récompense.

« Prends l’anneau que voilà, rétorqua le démon et fais bien attention de le porter au doigt. Aussi longtemps que tu le porteras, ta femme ne pourra coucher avec aucun autre sans que tu le saches. »

Comme il s’éveillait dans une joyeuse excitation, il sentit que son doigt était fourré dans la vulve de sa femme.

Il n’y a pas de meilleur moyen pour les jaloux ; c’est ainsi que leurs femmes ne peuvent jamais se laisser entreprendre par un autre sans que le mari le sache.

La source de cette farce de Poggio est censée être un récit [de] Rabelais, qui, tout en étant très semblable, est plus compréhensible, dans la mesure où il présente l’époux, en plein dans ses vieux jours, menant au foyer une jeune femme, qui dès lors lui donne fondement à des craintes jalouses.

Rabelais : Pantagruel, liv. II, chap. 28, p. 139, de la traduction de Hegaur et Owlglassi26.

« Hans Carvelk27 estoit homme docte, expert, studieux, homme de bien, de bon sens, de bon jugement, débonnaire, charitable, aulmosnier28, philosophe, joyeux au reste, bon compaignon et raillart si oncques en feut ; ventru quelque peu, branslant de teste et aulcunement mal aisé de sa personne. Sur ses vieulx jours, il espousa la fille du baillif Concordat, jeune, helle, frisque, guallante, advenente, gratieuse par trop envers ses voisins et serviteurs. Dont advint, en succession de quelques hebdomades29, qu’il en devint jalous comme un tigre et entra en soubson qu’elle se faisait tabourer les fesses d’ailleurs. Pour à laquelle chose obvier, lui faisait tout plein de beaulx comptes30 touchant les désolations advenues par adultère ; luy lisait souvent la légende des preudes femmes ; la preschoit de pudicité ; luy feist un livre des louanges de fidélité conjugale, détestant fort et ferme la meschanceté des ribauldes mariées ; et lui donna un beau carcan31 tout couvert de sapphyrs orientaux. Ce nonobstant, il la voioyt tant délibérée et de bonne chère avecques ses voisins, que de plus en plus croissoit sa jalousie.

« Une nuyct entre les aultres, estant avecques elle couché en telles passions, songea qu’il parloit au diable et qu’il luy comptoit ses doléances. Le diable le réconfortait et luy mist un anneau on maistre doigt, disant : « Je te « donne cestuy anneau ; tandis que l’auras on doigt, ta femme ne sera « d’aultruy charnellement congneue sans ton sceu et consentement. »

« — Grand mercy (dist Hans Carvel), monsieur le diable. Je renye mahom32, si jamais on me l’oste du doigt. »

« Le diable disparut. Hans Carvel, tout joyeulx, s’esveigla et trouva qu’il avait le doigt on comment a nom ? de sa femme. Je oubliois à compter comment sa femme le sentent, reculloit le cul arrière, comme disant : « Ouy, « nenny, ce n’est pas ce qu’il y fault mettre » ; et lors sembloit Hans Carvel qu’on luy voulust desrobber son anneau.

« N’est-ce remède infaillible ? A cestuy exemple faiz, si me croys, que continuellement tu ayez l’anneau de ta femme on doigt »33.

Le diable qui, comme dans les rêves de trésor, apparaît ici en tant que conseiller, fait bien deviner maintes choses des pensées latentes du rêveur. Il devait à l’origine « emporter »34 la femme infidèle difficile à surveiller ; aussi montrait-il dans le rêve manifeste le moyen infaillible de pouvoir la surveiller continûment. Ici aussi nous reconnaissons une analogie avec le désir d’élimination (désir de mort) des rêves de défécation.

Nous clôturerons ce petit recueil en y ajoutant, un peu hors contexte, un rêve de loterie qui peut soutenir notre supposition précédemment énoncée, selon laquelle la loterie symbolise le mariage à contracter.

« Vie sexuelle de la paysannerie ukrainienne. »

P. 40 : Il y eut un regret mais pas de retour.

Un commerçant eut un rêve étrange. Il rêva qu’il avait vu un cul féminin avec tout l’accessoire. Sur la première moitié il y avait le chiffre 1, sur le seconde le chiffre 3. Le commerçant n’avait pas encore jusque-là en tête d’acheter un billet de loterie. Cette image de rêve lui apparaît comme une annonce de chance. Sans attendre la neuvième heure, à l’aube il courut aussitôt à la banque pour acheter le billet. Il y arriva et, sans réfléchir davantage, il demanda le billet n° 13, ces chiffres mêmes qu’il avait vus en rêve. Après avoir acheté le billet, il ne se passa pas de jour qu’il n’ait vérifié dans tous les journaux si son billet avait gagné. Après une semaine, non, au plus tard après une semaine et demie environ, on reçoit la liste du tirage. Et voilà qu’en vérifiant, il voit que ce n’est pas son numéro qui a été tiré, mais bien le numéro 103, série 8, et celui-ci gagnait 200 000 roubles. Le commerçant se serait presque arraché les cheveux. « Je dois bien m’être trompé, il y a quelque chose qui ne va pas. » Il était tout à fait hors de lui, il en devint presque mélancolique et ne comprit pas ce que signifiait d’avoir vu un tel rêve. Il décida alors de discuter de la chose avec son ami, pour savoir si celui-ci ne pourrait lui expliquer (la malchance). Il rencontra l’ami, lui raconta tout par le menu. L’ami lui dit alors : « Ah, toi nigaud. N’as-tu pas remarqué sur le cul le zéro entre le numéro 1 et 3 ?... — Ah, ah, que le diable l’emporte, j’ai pas du tout pensé que le cul représentait le zéro. — Mais c’était pourtant tout à fait clair et net, tu n’as simplement pas bien deviné le numéro du billet, et le numéro 8 de la série, ça représentait ton con, qui est pareil que le chiffre 8. » Il y eut un regret mais pas de retour.

Notre intention en rédigeant ce petit travail était double. Nous voulions, d’une part, avertir qu’il ne faut pas se laisser dissuader, à cause de la nature souvent grossièrement sale et indécente du matériel populaire, de rechercher dans celui-ci des confirmations précieuses pour les conceptions psychanalytiques. Ainsi avons-nous pu constater cette fois que le folklore interprète les symboles du rêve de la même façon que la psychanalyse, et que, contrairement aux opinions populaires exprimées tout haut, il ramène un groupe de rêves à des besoins et désirs devenus actuels. D’autre part, nous aimerions déclarer que l’on ne fait pas justice au peuple quand on suppose qu’il pratique cette sorte de distraction uniquement pour satisfaire les appétits les plus grossiers. Il apparaît plutôt que, derrière ces vilaines façades, se cachent des réactions psychiques à des impressions de la vie, qui sont à prendre au sérieux et qui ont même des résonances tristes, impressions auxquelles l’homme du peuple veut s’abandonner, et non sans un gain de plaisir grossier.


1 Träume im Folklore (Uber Träume und Traumdeutmgen). Écrit en collaboration avec Ernst Oppenheim, mais non publié du vivant des auteurs. Paru seulement en 1958 dans sa version originale, dans Dreams in folklore, 2e partie, New York, International Universities Press, p. 69-111. Il semble qu’Oppenheim ait fourni le matériel de base, Freud écrit le commentaire.

2 L’œuvre érotique de Félicien Rops, Quarante-deux eaux-fortes, tirage hors commerce, 1905.

3 Le roi rouge (Roter König) en argot autrichien est un équivalent de « menstruation ».

4 Remarque d’E. O.

5 [Note marginale de E. O.]. Le couteau est habituellement le fait de celui qui « pénètre par effraction ». À quelle sorte de pénétration il songe, c’est ce que nous montre une tournure proverbiale de Solingen : après le mariage on pénètre (Anth., V, 182) naturellement avec le pénis comme « pince-monseigneur » (Anth., VII, 33, de Berlin).

6  [Note marginale de E. O.]. Cf. ci-après nos explications quant à la dot, désignation du pénis, quant au porte-monnaie mis pour testicules avec scrotum, en tant que mise en parallèle d’une riche puissance sexuelle avec la richesse, et de la soif d’or avec la libido.

7 Un autre rêve de loterie dans ce petit recueil nous fortifiera dans cette supposition.

8 L’expérience psychanalytique montre que les zéros affectés en rêve à un chiffre peuvent ne pas être pris en compte lors de l’interprétation.

9 Cf. Charakter und Analerotik (Caractère et érotisme anal).

10 Alfred Jérémias, orientaliste allemand.

11 Remarque marginale de E. O. : cf. Mexico.

12 Giovanni Francesco Poggio Bracciolini, Facetiae (1477).

13 Romanische Meistererzähler, p. 103.

14 Geschlechtsleben des Ukrainischen Bauernvolkes, p. 194, n° 122.

15 gedrängter dans le texte.

16 Caractère et érotisme anal.

17 Deutsche Bauernerzählungen, gesammelt im Ober- und Unterelsass von F. Wernert.

18 Skatologische Erzählungen aus Preuss. Schlesien.

19 [Note marginale d’E. O.] Dans une histoire de Picardie le fait de descendre un anneau vers le bas du doigt sert d’image symbolique à l’érection. Plus l’anneau descend, plus le pénis s’allonge — l’analogie a bien sûr un effet magique (Krypt., I, n° 32).

20 Cf. Stekel, Die Sprache des Traumes (Le langage du rêve), 1911.

21 À cette place on trouve en marge un point d’interrogation d’E. O.

22 Pour : se masturber ; en allemand : ausreissen, abreissen, cf. L'interprétation du rêve, Paris, PUF, 1967, p. 333.

23 [Note marginale d’E. O.] Signification ?

24 [Note marginale d’E. O., qui a souligné le « hypocrite ».] Mais qu’en est-il du rêve de trésor d’un des deux compagnons de lit ?

25 [Note marginale d’E. O.] Kryptadia, V, p. 15 (histoire tout à fait semblable d’origine ukrainienne).

26 Nous donnons ici le texte original de Rabelais, extrait du chap. 28 du Tiers Livre des Faicts et Dicts héroïques du bon Pantagruel, d’après l’édition de la Pléiade, dont nous reprenons les notes.

27 C’est Hans Carvel qui avait fourni les bijoux de Gargantua.

28 Faisant l’aumône.

29 Après quelques semaines.

30 Contes.

31 Collier large.

32 Je renie Mahomet ! Juron que les chrétiens attribuaient aux mahométans.

33 [Note de bas de page de Freud.] À cette symbolique de l’anneau et du doigt, Gœthe fait référence dans une Épigramme vénitienne (n° 65 des Paralipomena. Sophien-ausgabe, vol. 5, II, p. 381).

Quels précieux anneaux je possède ! Des pierres exquises où sont gravées

Des pensées d’un style sublime s’enchâssent dans un or pur.

On paie d’un grand prix les anneaux ornés de pierres de feu.

Tu les as souvent vu répandre leur éclat sur la table de jeu.

Mais je connais un petit anneau qui a tout autre allure

Que jadis Hans Carvel posséda tristement dans son grand âge.

Étourdiment il glissa le plus petit de ses dix doigts dans le petit anneau,

Seul le plus grand, le onzième, y trouve légitimement sa place.

34 [En marge, un point d’interrogation d’E. O.]