La question du dehors et du dedans

19 mars 1975

Le hasard a parfois l’obligeance de susciter des répétitions qui peuvent servir à donner à mon propos une substance à laquelle je ne contribue, disons, que pour moitié. Ceux d’entre vous qui ont écouté le premier cycle de mes exposés se souviendront peut-être comment la littérature (en l’occurrence la critique littéraire dans l’Express) est venue, par la plume de Dominique Fernandez, d’une semaine à l’autre, reprendre dans un mot à mot stupéfiant les propos que je vous avais annoncés à propos de la sortie d’un livre sur une analyse avec Freud dans la collection « Freud et son temps ». La dernière fois, je vous disais la fatalité où seraient les analystes de ne pouvoir faire autre chose que des constats exploitables au mieux pour des manœuvres de rattrapage de jeu, compte tenu du train où ils s’engageaient pour programmer les changing trends dans une prochaine réunion internationale ’. Et, là encore, le hasard me propose une lecture. Il s’agit du dernier volume de la Revue française de psychanalyse, dont le dernier article est la pré-publication d’un des principaux rapports préparés pour ce congrès. C’est un travail de Green, ayant pour titre : « L’analyste, la symbolisation et l’absence dans le cadre analytique » (en sous-titre : « À propos des changements dans la pratique et l’expérience analytique »). Je conseille vivement de lire cet article à qui veut se faire une idée de ce qu’est la littérature analytique réduite au constat. Vous en jugerez.

Extraire quelques lignes peut en donner une idée :

« Une analyse de la situation présente devrait se dérouler sur trois niveaux :

1. – une analyse des contradictions entre la psychanalyse et le milieu social ; 194

2. – une analyse des contradictions au sein des institutions psychanalytiques, ces formations intermédiaires entre la réalité sociale d’une part, la théorie et la pratique psychanalytique de l’autre.

3. – une analyse des contradictions au sein de la pratique et de la théorie psychanalytiques elles-mêmes.

Le difficile est d’articuler ces trois niveaux entre eux. Les mélanger conduit à la confusion, les scinder au clivage. Quoi qu’il en soit, je devrais remettre à plus tard la visée ambitieuse d’une articulation des trois niveaux…195 »

Quel corps prendra un travail ainsi engagé, sinon celui dont l’œcuménisme veut qu’il devienne une bibliographie rédactionnellement étendue à la taille requise d’une communication pour un congrès ? Le tout, signe des temps, est dédié à la mémoire de D. W. Winnicott. Dont à voir l’usage qui est fait par tous, à l’exception du seul Masud Khan qui puisse sans tricher se dire son élève, je me prends parfois à me demander – moi qui cependant lui ai consacré à Sainte-Anne, il y a une dizaine d’années, un exposé en bonne et due forme destiné au jeune public psychiatrique, premier exposé sur l’œuvre de Winnicott dédié à un public français, et qui vers la même époque ai suscité le seul séminaire de week-end que Winnicott fit jamais en France196 –, j’en viens à me demander si lui aussi, leader pour les praticiens de la psychiatrie et la psychanalyse, et non pour la façon de penser (ce qui est au fondement de l’analyse) n’aura, avec son false self, par exemple, apporté au public analytique français que ce qu’il détestait pourtant le plus et qu’il nommait un « gadget », lequel finit par devenir bon marché. N’a-t-il pas, sans le vouloir, illustré ce qu’il en est du passage d’un mot d’une langue à l’autre ? Pourquoi ce « faux self », qui se met à encombrer le discours des patients, ne fait-il pour eux l’objet d’aucune tentative de traduction ? En « faux

soi », « faux moi », que sais-je ? Quel est cet objet nouveau appelé en français « faux self », et dont le poids est si léger comparativement à ce qu’il peut être, l’expérience l’a montré, quand il est prononcé en anglais à l’intérieur d’une phrase anglaise ? Une façon heureuse et forte de dire quelque chose en anglais, et surtout la première fois où l’idée en vint à Winnicott (ou à un patient) pour exprimer quelque chose à quoi l’un ou l’autre avaient pensé mais n’avaient su dire jusque-là et qui arrive ainsi à l’improviste d’une séance, devient là, compte tenu du niveau où elle joue, rapidement inerte. Une de plus à cocher dans un inventaire du stock des notions qui flottent dans ces eaux intermédiaires du théorique mais-pas-trop, et du clinique mais-pas-naïf.

Raison de plus, pour nous qui tentons de repérer le fonctionnement des plans de séparation dont nous aurons besoin, après avoir établi suffisamment certains repères et notamment ceux qui sont relatifs au dedans et au dehors, de préciser rapidement le type d’opération que j’effectue en prenant au passage chez Derrida (je suis là-dessus questionné) ses mots quand il parle de l’hymen, ce nom qu’une membrane peut porter, et lorsque je lui emprunte l’expression de « logique de l’hymen », qui n’est qu’une des logiques possibles de la séparation.

Je lui prends ces mots parce qu’ils m’intéressent. Très exactement au même titre qu’une exclamation de Lacan dans le Séminaire X de 1964, où il reprenait la représentation de cete chose extra-plate évoquée lors de son intervention de Bonneval : « Ça survit à toute division puisque ça subsiste à toute intervention scissipare. Eh bien, ça n’est pas rassurant ! Supposez seulement que ça vienne vous envelopper le visage, pendant que vous dormez tranquillement… » Pourquoi cette exclamation m’intéresse-t-elle ? Elle frappe certes par ce qu’elle évoque de l’étouffement sur le mode le plus générateur d’angoisse, celui qui est lié à l’image bien repérée d’être enterré vivant. Mais en outre cette représentation trouve un relais dans ce que l’industrie produit de bien plus mince que les celluloïdes ou les papiers cirés, à savoir cette pellicule plastique extra-mince, commercialisée pour envelopper les denrées, mais dont les sacs dans lesquels les teinturiers enveloppent leurs livraisons étaient déjà couramment faits depuis longtemps et que l’on recommandait de ne pas laisser à portée des enfants en bas âge ou des animaux domestiques.

En se relayant dans cette représentation, cette pellicule vient instantanément, pour peu qu’il y ait le moindre mouvement dans l’air, la plus légère inspiration, se coller et tapisser strictement toutes bosses ou creux, comme une seconde peau étanche. Une peau qui pourra se retourner sur elle-même, se ré-envelopper elle-même, se draper de toutes sortes de façons, organiques aussi bien, mais qui exclut tout passage au travers d’elle. Sauf déchirure.

Donc je prends à Derrida ces mots au passage. C’est un rapt. Ce n’est pas une importation, comme serait celle d’un objet produit par la science littéraire. Puis-je, à l’usage de ceux qui n’étaient pas là en 1973, signaler que j’ai consacré une vive polémique à dénoncer l’interdisciplinarité, d’abord en raison de la sommation des inerties et des renonciations qu’elle constitue dans le domaine de l’analyse, ensuite en raison de l’idéologie dont elle signale toujours la rentrée en force, rentrée d’autant plus redoutable qu’elle est inapparente et d’autant plus regrettable quand il s’agit d’analyse, c’est-à-dire dans un champ entièrement tracé dans une science et en outre par Freud. Et c’est véritablement miracle de voir comment, au tournant et au début du siècle, cet auteur a tout naturellement et comme sans en avoir l’air, dans son temps et le style de son époque, verrouillé toutes les portes, discernables pour lui, par où l’idéologie aurait pu se glisser dans son territoire et en contaminer le sol.

Je procède avec ces mots raptés à un détournement. À la façon dont on détourne la femme d’autrui ou une mineure, c’est-à-dire en leur préparant un parcours auquel ils n’étaient pas destinés par le premier détenteur. Je suis du reste convaincu que si le détournement, même avoué, scandalise, au point qu’un ouvrage ait été consacré à le métré en évidence quand il s’agit de Lacan, le détourneur197, c’est précisément en raison de ce qui est si puissant dans la représentation, qui fait risquer un naufrage de la raison, de la vierge détournée de ce que l’on nomme son droit chemin.

Je détourne donc sans négoce, sans retour à l’envoyeur qui n’a consenti à rien. Je détourne ce qui peut me servir à tenir mieux, selon moi, ma place face au choix auquel je me tiens.

Le choix auquel les analystes post-freudiens sont affrontés

leur est proposé par l’analyse comme pratique et théorie. Au sens où d’une part se répète pour eux une expérience où ils sont entièrement engagés dès le début de leur rencontre avec l’analyse. Où se répète de l’un à l’autre dans la pratique, et d’un jour à l’autre dans la pratique de chacun, une expérience reconnaissable. Qui renaît avec chaque analyste et dans chaque analyse. Et où d’autre part un discours théorique est déjà là. Son resurgissement de ce fait même ne peut se répéter.

Ce que chaque analyste vit dans l’analyse comme y étant mal fait, mal fabriqué, tient justement à ce qu’elle est pour lui le lieu et le temps de deux répétitions qui ne sont pas du même ordre. D’une part quelque chose se répète en lui, et d’autre part il doit, et le sachant, accepter de répéter. Mais là est aussi le moteur au travail et à ce qu’on appelle la recherche. C’est-à-dire la nécessité ressentie sinon de faire renaître un discours théorique qui s’imposerait à l’analyse, du moins de faire renaître la situation de son surgissement.

Cette situation, quoi qu’on en dise, reste acceptable à la majorité des analystes freudiens. À ceux qui ne déclarent pas explicitement, et l’explicite de la déclaration est là essentiel, rejeter le freudisme. Acceptable tout aussi bien à ceux qui disent n’avoir rien à ajouter au discours freudien qu’à ceux qui s’en disent les continuateurs. C’est-à-dire ceux qui ne rejettent pas, ne désavouent pas la saisie par les signifiants freudiens dont ils sont comme les objets, qui continuent à manifester et à démontrer l’emprise où ils sont tenus par ces signifiants. En ce sens, rien ne permet pour l’instant de dire que Lacan ait quitté ce troupeau. Il en témoigne d’ailleurs, à l’étonnement souvent de certains, en continuant avec des analystes ce dialogue de sourds où de frêles apparences sembleraient justifier ce qui depuis longtemps doit de toute part lui être dit : « Pourquoi donc, dans ce qui n’est plus qu’un soliloque, continuez-vous à apostropher ces gens, qui ne vous répondent même plus ? » D’abord, ce n’est pas vrai. Ils répondent. Et, nous le savons, avec une violence au moins égale à celle de l’apostrophe. Mais en outre, si quelqu’un atteste de sa place dans leur troupeau, c’est cependant bien lui qui dit en être écarté. Au sens où il ne cesse d’affirmer que nous sommes tous régis par la même chose, à ceci près que, les signifiants qui sont dans cette chose, il dit les nommer plus strictement. Alors qu’ailleurs on fait à ces signifiants-clefs la sourde oreille. Il déclare les côtoyer de plus près que ceux qu’il dénonce pour s’en être détournés, au point qu’il leur en serait venu comme un torticolis.

Si l’analyse ne peut être autre que celle qui nous fut léguée, notre acceptation de l’analyse passe en premier lieu par son acceptation comme legs, tel qu’il est, avec cette disparité dont il est marqué. D’une pratique qui est la nôtre, soutenue par un discours qui ne peut commencer que par n’être pas le nôtre. Et du fait qu’il n’est pas le nôtre provient la nécessité où nous sommes de le comprendre et de nous l’expliquer. Explication qui prend nécessairement les voies de toute explication. Où donc nous ne pouvons manquer de voir s’engouffrer tout notre savoir, toutes les branches de notre savoir, et notamment notre savoir concernant la science en général. De là provient le commentaire dont j’ai tant parlé, qui de prime abord et non sans raison repère en quoi – et dès lors le prouve sans peine – le discours freudien était influencé par le discours de la science de son temps. C’est là ce qui est vrai et faux en même temps. Certes, il n’y avait pas les neurones dans la science qui précédait celle où Freud trouva sa formation. Et le point de vue économique, toute la question des quantités, le point de vue énergétique, est fait de signifiants que le développement de la physique et de la mécanique contemporaines fournissait au discours freudien. C’est d’ailleurs, pour le point de vue énergétique surtout, une strate de signifiants que le discours analytique français, plus précisément celui qui a pris au maximum appui sur ce que Freud nomme l’usage langagier, déclare être un poids mort dans cette affaire ; tant en raison de ses origines que de sa valeur-refuge pour d’autres fascinations qui le lestaient alors de leur supplément.

Mais ce commentaire a aussi son bord d’inadéquation en ce qu’il fait jouer, d’une façon que l’analyse dément, la temporalité ou l’intemporalité des représentations. Pour exprimer cette chose simple dans sa difficulté, qui est un aspect fondamental de la difficulté de l’analyse, disons qu’il y a dans le freudisme, au travail forcé et sans répit, des représentations-clefs qui ne sont pas les représentations du dix-neuvième siècle comme époque particulière du déploiement du discours scientifique, mais les représentations du destin de Freud au sens où il était un étudiant des sciences naturelles. Auxquelles il était venu par la voie que nous

avons précisée. C’est en ce sens qu’il faut entendre sa déclaration liminaire dans son « Projet pour une psychologie scientifique » : « L’intention de ce projet, Es ist die Absicht, est de produire une psychologie qui soit une science naturelle, eine naturwissenschaftlische Psychologie198.

C’est son destin, et nous avons vu comment les figures de son destin le menaient vers l’étude des sciences naturelles. Lesquelles, le poussant vers la biologie, l’engageaient dans ces manipulations de choses et de mots dont la filiation est notre question. Filiation ascendante vers leur point d’émergence que nous tentons de cerner. Moment où ces représentations, qui sont dans la langue de Freud ou la nôtre, lui sont représentées dans sa vie d’étudiant des sciences et de manipulateur. Et filiation descendante dans le fil ultérieur de son œuvre et dans les cogitations de chacun de nous. Nous avons, autour de la représentation des pieds, vu dans un premier temps la série que nous avons rangée sous le titre du Vater-komplex. Cette année, autour des mains, nous suivons ce qui se range de l’autre côté.

Ces représentations, nous commençons à l’entrevoir, ont eu un sort, un cours, qui ne permet pas de les situer dans une perspective symétrique, parallèle à celles de la première série. Car ce qui a trait au féminin voit son cours se diviser en deux courants qui eux-mêmes ne sont pas homologues. Pour une part qui nous reste entièrement à voir, elles travailleront dans le courant qui, pour porter ce qui relève du Weibliche, empruntera l’essentiel de son flot à la fiction littéraire. C’est là, nous le verrons, que circule ce qui de ce Weibliche concerne directement la mère. Outre le peu qui sera consacré à sa mère comme telle. L’autre courant où ces représentations seront à l’œuvre, et elles y sont toujours pour nous de nos jours, est celui qui constituera ce qui, du discours freudien, se revendiquera le plus expressément comme scientifique, à savoir sa métapsychologie.

Pour permettre de situer l’équivoque de son cours, je vous ai rappelé les trois types de fonctionnement que dans son « Léonard de Vinci », Freud décrivait pour ce qui est de la recherche intellectuelle et scientifique. Et j’ai souligné dans mon commentaire l’impossibilité de fait où l’on se trouvait,

face à l’œuvre dans son ensemble, de ranger l’analyse parmi les sublimations.

À quel point la structure feuilletée est prégnante elle-même, produite par la prégnance et le frayage que la biologie imprime dans le discours freudien, le texte en témoigne avec cette insistance qu’une lecture avertie révèle de façon éclatante. La dissection, les viscères, les membranes, sont de tous les temps. Depuis que, cessant de déchiqueter un corps avec ses dents, l’homme a outillé sa main d’un instrument tranchant pour ouvrir un autre corps animal ou humain. Instrument tranchant donnant à la main titre nouveau pour intervenir. Bouleversant l’application de sa force, qui au lieu de tirer, déchirer, laissant à la résistance des tissus la charge du tracé fortuit des lignes de partage, devient : couper. C’est-à-dire tracer un trait de séparation choisi entièrement par le manipulateur, fondant du même coup l’acte scientifique. Où le désir de voir et de savoir prend la suite du désir de déchirer pour engloutir. Il n’y a pas de temps électif auquel rattacher le rapport de l’homme à la membrane, autre que celui désigné par le mot « histoire » quand il s’applique à l’homme. Avec cette précaution supplémentaire, apportée par Freud comme pour plus de clarté, d’en détacher une préhistoire.

La membrane est, dans l’anatomie, cette structure identifiable, à nulle autre pareille ou réductible, qui pose en premier lieu l’indécidable de sa force ou de sa faiblesse, et de sa ou de ses surfaces. Et, pour autant qu’elle a deux surfaces, ce qui n’est pas toujours le cas, la membrane pose la question de son rapport à ce qu’elle spécifierait alors comme dehors et comme dedans.

Qu’il s’agisse de la conscience ou du Moi, le discours qui tourne dans l’analyse reste tenu par l’exigence produite à partir de la membrane et de toutes les différenciations possibles de ce qu’elle représente. La force et la faiblesse, notamment. Pour ce qui est de la conscience, où une certaine inflexion moralisante a trouvé lieu pour s’implanter et agir dans l’analyse, très tôt même dans son mouvement, chaque pays y a contribué, chaque langue, et, pour le français, en leur temps, Dalbiez, Odier. Le discours contemporain d’un Léo Rangell n’est que la suite du même qui simplement, a perdu la trace de ses propres pas. Et, quant au Moi, toujours reste prégnante, active, présente, la question de la force et de la faiblesse.

En vrai freudien, tenu par le jeu de la membrane dont le texte freudien porte pour les mains de Freud la mémoire, Lacan a donné à la membrane sa place. Il y a inscrit ses mots, lorsque traitant du Moi, il déclara faible ce que d’autres disaient fort, et fort ce que les mêmes y considéraient comme faible. Insistance de cet indécidable de la membrane. C’est même un modèle de cet ordre que Lacan a proposé à l’analyse comme feuillet où le savoir et la vérité ne s’imprimeraient pas sur la même face.

C’est le jeu de cette membrane, comme instance, agence en propre, de plein droit, qui à la fois dans sa force et dans sa faiblesse d’élément radicalement autre, irréductible même à une surface séparatrice effondrable, déchirable, dans un jeu de pénétrant à pénétré, empêche et retient l’analyse, depuis longtemps d’ailleurs, de basculer pour finir dans un commentaire oiseux sur la conaturalité des sexes, le féminin étant fait pour le masculin comme le chas de l’aiguille pour le fil. Que Jones même y ait incliné n’est pas douteux. Dès 1960 Lacan a sur ce point rappelé l’attention.

Et là, il faut bien dire – au risque de s’engluer dans un débat qui mène à l’impasse, car il se fonde sur un choix de termes que la vie et son agir fournissent précisément, pour-rait-on dire, à cette fin – qu’il y a incompatibilité entre l’analyse et le rapport sexuel, ou ce que Conrad Stein, par précision forcée, appelle la fornication199. Incompatibilité de genres. Il n’y a pas à en douter. Pas davantage du fait que c’est, comme l’analyse elle-même, dû à Freud. Dans ce qui serait une bipolarité du masculin et du féminin, du pénétrant et du pénétré, un autre terme, qui ne peut être mis en rapport avec un quelconque de ces deux éléments, qui ne peut pas plus que l’analyse (s’il s’agit de son discours) être, quand il s’agit du sexuel, prélevé dans la situation et rangé ailleurs, empêche que ces termes, ces éléments soient mis en rapport.

Que l’acte sexuel existe n’empêche nullement qu’existe un discours freudien d’où provient le discours analytique, dont la constitution rend très problématique la trouvaille, dans sa trame théorique, d’une place où faire fonctionner un pareil rapport. Et une formule comme celle que Lacan énonce : « le rapport sexuel n’existe pas », que fait-elle

d’autre après tout que d’exprimer cette évidence simple, qu’il y a entre la conception d’un rapport sexuel et la psychanalyse incompatibilité de genre. Au sens où entre l’activité sexuelle et l’activité scientifique, wissenschaftliche Tàtigkeit, il y a incompatibilité de genre. Et sans pour autant que la deuxième, s’il s’agit de l’analyse, soit une sublimation de la I première ! Incompatibilité non seulement au sens où ce n’est pas la même chose, la même pratique, ce qui paraît une évidence, mais où, lorsque la science en question doit tout de son existence, sa naissance et la substance même de son discours, au sexué, faire l’amour, baiser, forniquer – peu importe comment l’on nomme ce dont l’essentiel est la pénétration d’un corps, principalement dans son sexe, par le sexe d’un autre – et tenir le discours analytique en tant qu’il provient du destin de Freud indissociablement, ce n’est pas du tout façon même minimalement semblable de s’occuper, d’être concerné de la question des sexes.

C’est une question où se réverbère l’écho d’un vieux et faux débat, légitime dans le cours d’une analyse, plus surprenant dans le cours d’un débat scientifique quand y surgit la question dite des rapports de l’analyse à ce terme que l’on ne peut mettre en rapport avec elle qu’en le forçant, à savoir la sublimation, laquelle semble d’ailleurs trouver dans ce genre de circonstances sa seule raison d’être encore évoquée.

Une chose en effet est d’entendre un sujet sur le divan protester que l’analyse le fait passer comme à côté des joies de l’existence, au nom des mailles où l’analyse le tient, autre chose tout de même que d’entendre des analystes se poser la même question à l’endroit de leur pratique. À quoi il est vrai de nos jours un certain air du temps peut n’être pas étranger. L’analyse n’est-elle pas ce qui nous empêche, nous, de profiter de ces mêmes joies de l’existence ? Jusque-là, rien à signaler qui exorbiterait du cercle que l’on peut dire normal du malentendu ambiant dans le milieu.

Mais il est un pas de plus, et il peut se franchir quand la protestation remanie son énoncé : c’est Freud, l’empêcheur à dénoncer. Car c’est lui qui, avec l’analyse, nous a légué cet empêchement, qui fut le sien. Paradoxalement, cet énoncé se rapproche d’une vérité qu’il s’agit de mettre en évidence. L’évocation du legs y porte. Car dire que Freud nous a légué ses « problèmes » (on l’entend parfois) est à tout prendre

préférable à l’alternative qui consisterait à dire que Freud nous a légué ses opinions. Questions qui intéresse notre propos de cette année. Car le legs des opinions, dont il est si fréquemment question sous sa forme inversée dans l’invocation de la liberté où nous serions de refuser ce legs des opinions, est précisément le pavé où achoppe de prime abord toute approche de notre question qui procéderait par cette voie-là.

Le féminin, dans l’analyse, désigne-t-il les femmes ? Quelque chose comme l’étude, sous toutes les coutures qu’il peut présenter, de l’objet qu’elles constituent ? Dès lors, on s’affronterait en première instance à ce préalable qui constituerait ici l’opinion de Freud sur les femmes, comme on le trouverait ailleurs dans l’opinion de Freud sur la religion ou sur le bolchevisme.

J’imagine mal que du vivant de Freud la question ait pu se poser autrement. C’est une évidence qui peut se passer de démonstration. Mais, à moins de faire d’un legs une masse (dont peu importe alors la nature) dont on s’interdit tout usage et tout parti à en tirer, je vois mal comment en cette fin du vingtième siècle on peut justifier autrement cette façon de lire son œuvre comme somme de ses opinions. Quitte à les contester. Et même la mise en garde lacanienne concernant la différence, qu’il souhaiterait peut-être plus rigoureuse qu’elle ne peut être dans les faits, du discours universitaire et du discours analytique, ne peut à l’évidence suffire pour dégager la voie.

Nulle raison pour que la modeste entreprise où nous sommes atteigne en ce sens au moindre succès. Il n’empêche cependant qu’elle peut à sa façon montrer qu’à la question du féminin, du Weibliche, telle que le texte freudien la pose, il n’y a nulle raison d’aller quêter une réponse dans ce que nous imaginerions de l’opinion que Freud aurait eu des femmes ! C’est même dans un pareil mode d’abord que se sanctionnerait selon moi notre renonciation à tout usage à faire du texte freudien. Occasion que je saisis aussi pour dire clairement que l’imputation qui peut être faite à un effort semblable au mien, car il en est d’autres, de tout ramener à Freud, de « personnaliser » excessivement » l’analyse, de la ramener à ce qui serait la subjectivité freudienne, bref, tout ce qui mène à l’horizon du reproche de verser dans l’idéalisme, fonctionne à contre-sens de la direction où nous sommes engagés. Il n’y a nulle raison de tenir ce qui serait l’ensemble ou telle partie des opinions de Freud comme mobilisateur pour nous. Au sens où effectivement « nous ne sommes pas de la famille », pour reprendre une formule qui fit date pour un cercle restreint. Nous ne sommes pas appelés à nous trouver réunis autour de la table d’un dîner, où, quoi que l’on fasse, entrent en compte et en jeu les opinions des dîneurs et celles du chef de famille éminemment. Pour nous, pas de raisons, sauf les pires, d’être mobilisés par ce qu’auraient été les opinions de Freud. Ces raisons ne seraient que produits du fantasme et, comme tels, elles seraient niées. Ce qui ne se fait jamais aussi bien qu’en alléguant de « bonnes » raisons.

C’est en ce sens que la mobilisation sur ce qui à la limite est méconnu comme fiction littéraire des opinions de Freud, interdit le parcours d’une tranche de la fourche où se partage le jeu du Weibliche dans le texte freudien, et qui mène au cœur de la métapsychologie. Le parcours de l’autre tranche n’est d’ailleurs, dans ces conditions, guère plus aisé.

Je laisse de côté ce que les analystes peuvent dire des femmes. Comme hommes ou femmes, les analystes peuvent en dire ce qu’il leur plaît. Ce qu’ils en disent à ce titre ne doit à l’analyse que cette portion de l’essentiel où l’analyse a prise, leur analyse, et celles qu’ils font, et dont nul n’est sérieusement à même d’évaluer l’emprise sur soi ou sur quiconque. Mais ce qu’ils en disent comme analystes ne s’accommode pas d’une semblable discrétion.

Ce n’est plus alors une affaire personnelle et privée. Tant que nous n’aurons pas repéré entièrement les modes et les zones de fonctionnement du Weibliche dans le texte freudien, nous devrions rester libres de penser que le discours analytique n’est pas en posture d’en dire sur les femmes, et libres de douter qu’il y ait en lui la place pour un tel dire.

Je pense que, depuis le début du cycle où nous sommes cette année, il a dû progressivement devenir clair que si nous nous sommes fixés ce repérage pour tâche, ça n’est pas pour contribuer à l’opinion que l’on peut avoir des femmes ; par exemple, en proposer une qu’il s’agirait ensuite de confronter à celle de Freud, selon une certaine pente, et poser les divergences ou les zones d’accord. Ou, pourquoi pas ? donner du tout une mouture nouvelle dont l’avantage

serait d’être mieux en résonance avec ce qui serait l’opinion contemporaine sur les femmes et donc sur leur fonctionnement. Le sujet dit « de la sexualité féminine » est là un mode fort répandu. M’y être exercé en 1960, par le biais il est vrai, des idéaux féminins et de la perversion7, trop tôt par rapport à ce dont il aurait fallu préalablement que je m’acquière l’usage, suffit à prévenir le retour de cette modalité d’abord du Weibliche dont la question en nous tous, comme en Freud, peut nous pousser à chercher du côté des opinions analytiques un support à articuler les nôtres. Pour autant qu’est restreinte la liberté où nous sommes de n’en pas avoir. Mesurée, chichement. Exercice passé dont la précocité, voire la prématuration, pour faire événement ne requérait pas seulement la condition que je viens d’indiquer par rapport à ce dont je pouvais à l’époque disposer, mais encore l’occasion donnée par un calendrier à l’établissement duquel concourent toujours les facteurs les plus divers. En l’occurrence d’avoir à produire pour un congrès, organisé par la Société française de psychanalyse en 1960 à Amsterdam, un travail sur ce thème.

Il y a d’ailleurs un certain parallèle entre Bonneval et Amsterdam, bien que là les conséquences eussent été de portée nulle, comparées à celles qui provinrent du colloque de Bonneval, auquel je reviens. Les textes produits en ces deux occasions ne font certes l’objet d’aucun désaveu. Mais pour les uns et pour les autres le moment était faste ou néfaste, selon l’horloge où l’on aurait regardé l’heure… Trait commun à ces deux rencontres dont restent essentiellement, sans considération de l’espace qu’ils occupent dans les volumes qui en rassemblent les actes, ces deux rapports où chaque fois deux noms sont associés. Trait commun, à l’exclusion de tout autre, d’une prématuration.

C’est bien pourquoi, quinze ans plus tard, sur le rapport du Weibliche, mon objectif est plus modeste ou plus vaste, selon qu’on veuille mettre l’accent ici ou là, mais sans doute possible axé différemment. Plus vaste ou plus modeste selon que l’accent est mis sur les femmes ou sur le texte analytique premier et sur la fonction du Weibliche dans ce texte. Dont nous tentons de voir comment elle est à l’œuvre au cours

même de la théorie. Non seulement de la théorie comme produit mais aussi de la théorie de l’appareil qui sert, qui est mis en action, pour produire cette théorie. Donc à l’œuvre aussi dans l’activité qui est l’activité de pensée, la Denkarbeit, le travail de pensée, la pensée sur le pensé et le penser, la pensée du pensé, ou ce que Lacan appelle « la pensée supposable à la pensée ». À quoi un autre grand texte de 1925 est, dans sa brièveté, consacré : la Verneinung.

Il peut évidemment, à première vue, paraître outrancier de poser, à propos du travail qui se nomme scientifique, la question que l’on ne peut éviter de voir fonctionner comme préalable, celle de savoir « comment » pensent ou ont pensé les auteurs de tel ou tel travail. Mais, pour l’analyse, comment en vérité cette question peut-elle être évitée quand il s’agit d’un domaine où l’occasion est rare qu’un travail se qualifie directement dans les catégories de la bêtise ou de l’intelligence ? S’y qualifie de façon convaincante. Qu’il suffise une fois encore de rappeler pour l’exemple l’exclamation où Freud se répète, à quelques jours d’intervalle, en écrivant à Jung pour blâmer chez Adler les désordres de la pensée et du comportement. C’est à une exagération, qu’il connaît chez l’intéressé, des effets de fascination de l’Ego, qu’il rapporte toute l’affaire. C’est en ces termes qu’il rend compte de ce qui le fait mal penser et mal agir, les deux étant plus liés qu’il ne serait commode de le penser.

Mais, bien entendu, on se heurte là à cette butée dont l’évidence se lit aussi dans le rapport de l’agir à la pensée que la Verneinung met en évidence, que si l’agir suit la pensée, on ne ferait rien si l’on voulait s’armer au préalable de l’impossible garantie d’avoir parfaitement pensé. Seul l’après-coup permet de voir des choses dont il ne peut être question avant que le coup ne les aît posées. Seul l’après-coup permet, entre ces deux colloques de Bonneval et Amsterdam, de voir le lien qui court entre les thèmes de deux rapports, signés de quatre noms. Un lien dont l’après-coup précisément permet de dire que leur ordre de succession eût été préférable s’il avait été inversé. Bien sûr qu’à coup de « si » on pourrait récrire l’histoire, mais il n’empêche que la question se pose de savoir comment ces travaux auraient été écrits si la lecture de Freud, qui aux deux fournissait sinon l’axe directeur du moins les éléments préalables d’organisation, avait sur les auteurs autrement imprimé ses effets. Considération dont les textes montrent qu’elle ne pousse rien à l’outrance, précisément dans la perspective où nous sommes du jeu des représentations liées au féminin dans les opérations de pensée, dont l’issue, la suite et la fin est cet agir particulier que constitue la rédaction d’un travail pour un congrès scientifique.

C’est en effet à une reposition de la problématique du dehors et du dedans que Lacan procède aussitôt dans sa discussion du rapport de Bonneval, dans les lignes que je vous en ai citées, où après l’Hommelette va surgir, dans la rédaction définitive, la lamelle. Deux féminins qu’aussitôt après le rapport de Bonneval, où tout s’affronte au sein d’une communauté de travail, certes révolue depuis, autour du thème de la double inscription, Lacan propose pour nommer la libido. Dont pourtant l’unicité est, par méthode, affirmée au masculin et à laquelle il fait ainsi immédiatement retour après l’audition des appareils théoriques métapsychologiques divergents produits par ses élèves, pour proposer (telle fut l’histoire) aussitôt après et pour l’année qui suivit la sexualité féminine comme thème de la prochaine rencontre.

Munir, comme Lacan le fit, les acteurs du second épisode de « Propos directifs pour un congrès sur la sexualité féminine » peut dans l’après-coup se lire comme souci d’une assurance préalable sur les Urteilsakten, les actes de jugement à faire dans ce deuxième temps. Mais souci peut-être aussi de situer les XJrteilsakten de ses élèves par rapport à la marque, qu’à juste titre on pourrait dire encore faible à l’époque, d’une élaboration qui se poursuivait dans une économie tierce, la sienne, que le calendrier des colloques et congrès gagnait déjà sourdement de vitesse. Un autre texte soutient la pertinence d’une telle remarque. C’est la préface que Lacan donna en 1969 à l’ouvrage d’Anika Rifflet-Lemaire, qui parut l’année suivante. Il ne dit, au fond, pas autre chose, concernant la jeunesse de ses « deux L », ses « deux ailes » aussi, qui « ne battaient que d’une ». Mais l’essentiel est bien dans le regret qu’il y exprime du non-usage par les auteurs d’une surface qui cependant, dit-il, était « à portée de main 200 ». Cette bande de Mœbius fournie en effet comme modèle peut appuyer la reconsidération du texte freudien dont le jeu du Weibliche impose la nécessité, dont la Verneinung témoigne, et à quoi ce que nous appelons nos modèles intuitifs et ce qui, bien plus vaste, concourt à les former, nous aide à répugner.

Certes le modèle de la bande de Mœbius était là, à portée de la main, avec ses virtualités : celle de prévenir la production d’une Gestalt systémique rigide pour maîtriser une difficulté énorme, il est vrai, celle aussi de subvertir l’ordonnance nette de la séparation des champs du dedans et du dehors, du dessus et de dessous. Donc de l’ensemble du champ vital où s’effectuent les opérations de décision de la fonction du jugement, les Entscheidungen des XJrteilsfunktion201the decisions made by the function of judgement –, dont la Verneinung expose les rapports absolument vitaux, au sens propre du terme, avec la question du dedans et du dehors.

Mais, là encore dans l’après-coup, s’observe une autre précession des textes. Elle fit arriver la Verneinung très tôt dans le parcours qu’à l’époque, avec son auditoire, Lacan entreprenait dans le texte freudien. De sorte que le commentaire de ce texte se centra autour de ce que le moment poussait vers l’actualité, avec la présence et la collaboration de Jean Hippolyte, à savoir les rapports du concept et du temps.

Les analystes pour lesquels la fréquentation des textes freudiens n’est pas une zone désaffectée de leur existence trouvent dans ces écrits un espace que l’on ne saurait mieux comparer qu’à l’espace général d’un congrès qui, on le sait, comprend des salles de réunions affectées aux séances scientifiques, mais aussi des lieux prévus pour d’autres temps de ces rencontres, buffets, cafétérias, bars, et même ces promenades guidées vers des lieux d’intérêt touristique ou artistique variable, annoncées sous la rubrique, traduite de l’anglais, de « programme social ». Dans tous ces lieux on s’assemble en fonction de hasards ou d’affinités, depuis les salles de réunions où l’on s’attend à la présence de tel et s’étonne de l’absence d’un autre, jusqu’aux moments dits libres où, également, on se trace un itinéraire duquel toute considération n’est pas absente concernant qui on risque de rencontrer, qui on est sûr de ne pas voir. Affinités électives dont l’intrigue se lit sur le plan d’une ville et les courses dont il est en ces moments quadrillé. Et tout comme il y a les antiquaires, les galeries confidentielles, les bars connus de « ceux qui savent », où se retrouvent les raffinés qui laissent à ceux qui dans les congrès sont la foule les lieux communs, les terrasses des grands cafés, les néons – car en ces moments-là rien ne voile plus le poids des origines tout uniment bourgeoises de ce milieu qui trouve dans ces congrès son usage consommé du monde –, de même façon, dans le texte freudien, il y a des lieux pareils aux bars, petits, confidentiels et réservés. Où l’on ne se retrouve ni en raison de leur élégance, ni de leur luxe, ni des prix pratiqués, mais en raison des ségrégations qu’ils permettent d’opérer.

Un de ces lieux dont la renommée est sans rapport avec sa taille est certes la Verneinung. Plus d’un s’y est rendu, parce que d’autres y avaient été et pour faire mention d’y être allé soi-même. Mais pour y goûter quoi ? Quel breuvage dont il ne garde souvenir ni de la saveur ni de la préparation ? Mais enfin, il connaît, il y a été. La Verneinung aussi, on connaît, on s’y est rendu. On peut en faire état. On sait aussi que c’est un lieu dont les esprits savants aiment la fréquentation. Mais, au fait, de quoi est-il question dans ce lieu du texte ? De la négation, ou dénégation. Quelque chose comme quand le patient dit « Non ! » à propos d’une interprétation. Signe auquel on sait reconnaître, plus qu’à un acquiescement, que l’on a placé son interprétation dans le mille. Ce qui rassurera lorsque dans une analyse cette circonstance se produira… quitte à dire au récalcitrant : « Vous niez, n’est-ce pas. Donc n’est-ce pas qu’est vrai le désir dont vous ne pouvez que nier l’évidence ? Puisque Freud lui-même a consacré un article à la question. C’était donc son avis. » C’est vrai ! Mais alors pourquoi cette aura de prestige dont l’article est entouré ? Parce qu’on sait qu’il y a encore autre chose, à quoi s’est intéressée la philosophie. Cela concerne ni plus ni moins que le concept, le temps et le reste. Des choses fortes, quoi ! Et c’est très bien ainsi. Nulle raison, à mon avis, pour qu’il en soit autrement, ni pour le lecteur de bonne foi qui aborde ce texte, ni pour l’étudiant à l’exercice duquel il peut être proposé, bref malgré les notes de Strachey et la supputation des intentions de Freud, sur laquelle d’ailleurs, faute de mieux, lesdites notes prennent appui. Comment alors mettre en lumière ce dont ce texte si court est porteur, au-delà d’une remarque tirée de l’expérience sur une manière de donner acte d’une interprétation visant un matériel qui ne doit pas être très différent de celui que Freud appelle sprode, c’est-à-dire délicat ?

En premier lieu, situons ce texte. 1925. C’est l’acmé de la production que l’édition isole comme théorique, disons le sommet de la vague métapsychologique qui a produit la deuxième topique. Intégré en 1931 au volume qui s’intitule « Ecrits théoriques », Theoretische Schriften. En 1951, repris dans le volume intitulé par Rapaport Organisation et pathologie de la pensée. Et dans les deux éditions contemporaines des Gesammelte Werke et de la Standard Edition, placé juste après cet autre travail court qu’est le « Bloc-note magique ».

Dans l’œuvre de Freud, l’heure n’est plus de poser la question du sexe ouvertement, quant à sa détermination même, où la clinique de l’hystérie a son privilège et sa place historiquement inscrits. Cette question, répétons-le, travaille le texte autrement et précisément dans la production théorique. La question posée est celle de la pensée, ainsi nommée à juste titre ou pas. Le titre du volume de Rapaport est donc bien choisi pour recueillir ce texte.

Si dans l’œuvre de Freud la structure de la névrose hystérique atteste de la puissance de la question du sexe, pour tracer un parallèle nous dirons que c’est dans la structure obsessionnelle que s’atteste le pouvoir de la pensée. Pouvoir qui doit être sans limites. C’est pourquoi, là est le fond de la question, d’importance vitale seront pour cette pensée les conditions de sa mise en œuvre et de son exercice. Pouvoir de la pensée qui doit être illimité pour ne pas être inégal à la tâche qui est la sienne : « quoi faire de la mère ». Matériel délicat. Et cassant. Au sens où la question a force brisante. En elle se focalisent initialement, donc durablement, toutes les violences. Les violences de l’amour, dont l’insulte est la forme socialisée. Le destinataire d’une insulte est-il jamais au masculin ? L’insulte vise-t-elle jamais ailleurs que la première ligne de la propre défense de l’insulteur, que le mouvement même de l’insulte pose comme premier rempart de l’insulté, premier rempart devant ce que le sexe – quel qu’il soit – garde comme pouvoir, que rien n’entame, de faire surgir du 'Weibliche ? Les paranoïaques nous l’ont appris. Dans leurs délires, les femmes s’entendent-elles

appelées autrement que « putain », « salope », et les hommes « pédé » ? L’insulte est le premier exemple choisi par Freud pour illustrer un énoncé dénégatoire. Je cite les premières lignes de la Verneinung : « Vous allez penser que je veux dire quelque chose d’insultant, mais en fait, je n’en ai nullement l’intention. »

Le point de la visée, que seul maintenant le rêve dévoile, la mère. « Vous demandez qui peut être cette personne dans le rêve. Ce n’est pas ma mère. » Et qui donne à ce dont il s’agit dans ce travail un terrain indiqué comme étant sans faille, au point de pouvoir équivaloir à un terrain expérimental : l’obsédé. Lui qui agit peu au sens de l’affirmation immédiate d’un pouvoir dont il serait le siège, retranché dans son doute d’où il surveille le cours, dont il est baigné, de toutes choses ; cours régi par l’Autre nanti de surcroît, dans son cas, d’un véritable mandat qui lui délègue la gestion entière de cette fluence secrètement gouvernée par la mort. Il n’agit, lui, significativement, que dans un domaine où, par le jeu du menu, du trivial et du secret, qui reflète le pouvoir mortel dont il est l’exécutant tout aussi secret, il veille et surveille (pare aux menaces de leur défaillance occasionnelle) les conditions requises pour assurer la permanence de la puissance illimitée de la pensée qui garantit le tout. Par la force des choses et de l’enjeu, nous avons là affaire, pour ce qui est de la pensée, au professionnel, comme on dit dans le jargon du sport. C’est bien pourquoi les modes que Freud observe chez l’obsessionnel sont, pour l’exposition qu’il se propose, un terrain de choix. Pour que la fonction intellectuelle, die intellektuelle Vunktion202, puisse jouer et donc se séparer, Scheidung, du processus affectif, vom affektiven Vorgang, ce qui est pour l’obsessionnel la première des nécessités, il faut deux sortes de conditions préalables.

D’une part, le dégagement d’un certain stock de matériel dont le tri constitue une opération séparée. La constitution du stock en elle-même requiert cette première série de conditions que sont le refoulement, d’une part, producteur de matériel à l’état brut, et le Verneinungssymbol, le symbole de la négation, « Non », Nein, qui dès qu’il appose son cachet sur tel ou tel élément du stock le rend immédiatement disponible pour l’usage. Cachet qui en autorise la mise en circulation, entendue pour le moment sans préjuger de la suite, même immédiate, comme simple autorisation d’extraire l’élément ainsi estampillé du lieu où il était stocké.

Condition préalable à son utilisation mais en elle-même encore insuffisante. Car l’élément idéïque dégagé, encore faut-il savoir comment le faire fonctionner. Comment, avec cet élément, le sujet va-t-il penser, pour autant qu’à la condition première d’une fourniture (pour en somme qu’il y ait de quoi) s’ajoutent les conditions secondes où, pour la pensée, la question du dedans et du dehors est en même temps condition de fonctionnement, et ce fonctionnement même ? Pour autant aussi qu’il n’est qu’une suite ininterrompue de décisions concernant chaque élément, quant à sa position d’être assigné à un dehors ou à un dedans. Tel est l’ensemble des deux séries et conditions pour que la pensée, le ~Denken, fonctionne, fournisse sa prestation, sa Leistung u, qui pourra, s’il le faut, se hausser au niveau de l’exploit : Die grosse Leistung. La négation joue là un rôle d’unificatrice de ces deux registres, car elle est elle-même l’héritière d’un premier rejet que la plus ancienne langue, celle des pulsions orales, exprimerait en un : « je veux recracher cela ».

Ce qui fait que la tâche de la fonction intellectuelle du jugement, Die Aufgabe der intellektuellen Urteilsfunktion, est à concevoir comme entièrement axée sur une suite de décisions, Entscheidungen, à effectuer relativement au triage continu des éléments quant à leur affection dehors ou dedans.

Qu’il s’agisse de l’état premier de cette différenciation pelliculaire en Lust-Ich, « Moi-plaisir », ou de son état achevé en Real-Ich, « Moi-Réalité », la décision sera encore et toujours, dit Freud, une question de dehors et de dedans, wieder eine F rage des Aussen und Innen.

Du reste, quitte à en faire une parenthèse, toute la question de l’écriture, qui de nos jours agite tant les analystes, se perd d’emblée dans des fumées qui s’élèvent vite dans un air raréfié, faute d’être lestée au départ de la problématique dont elles relèvent. Car si le fond de l’affaire, dans la fin de cet article, est bien que le jugement qui procède à la décision qui affecte tout dehors ou dedans est ce temps premier sans lequel il n’y aurait aucune fonction intellectuelle, que sa mise 203

en évidence permet peut-être, zum erstenmal, pour la première fois, d’avoir une appréhension des origines précisément de cette fonction intellectuelle, c’est aussi que le jugement mène du Denken, penser, au Handeln, agir, manipuler, commercer.

Si la pensée ne peut se concevoir émancipée de son fonctionnement, qui est de décider, ou de ce vers quoi elle tend, c’est-à-dire la décision, elle ne peut davantage se concevoir dépouillée de ce à quoi elle mène, ce Handeln, cet agir. Bien sûr, les analystes verront une partie de leur Denken mener à l’acte moteur, motorische Aktion. Et même consacré comme tel par exemple dans leurs activités sportives de skieurs, tennismen, nageurs, etc. Acte moteur que leur rapport à l’analyse permet d’éclairer d’une façon dont la particularité réside uniquement en ceci que, du fait d’être analystes, le temps du Denken, de ce délai préalable, le Denkaufschub reste, comme tracé, présent pour eux dans l’après-coup, donnant cette éloquence particulière à l’articulation souvent savante et minutieuse, d’ampleur inverse parfois à l’exploit sportif dont elle rend compte – comme chez ce collègue alerte et bondissant malgré son âge déjà fort respectable, et dont Leclaire, qui disputait avec lui des parties de tennis sur un de ces courts que les analystes fréquentent, me racontait que chaque fois qu’il coupait un revers il produisait immédiatement une théorie, longue, convaincante, et bien articulée du pourquoi de cet échec.

Mais le Denken, qui est aussi la substance de leur activité analytique, où le Denkaufschub n’est pas ce qui sépare une interprétation de la suivante (car alors ceux qui n’interprètent rien seraient à concevoir non point comme se maintenant quasi indéfiniment dans ce « délai », mais comme ayant en quelque sorte tourné vers l’extinction le commutateur de leur Denken), mais un délai virtuel qui joue à chaque temps de l’opération mentale qui est nécessairement une opération de décision, ce « Denken », avec sa décision, a lui aussi fatalité de mener à l’agir, au Handeln, dont l’interprétation occupe une part mineure. Le reste du Handeln, de cette manipulation, sera bien pris en charge par la main, main porte-plume et pisse-copie, elle-même nous le savons dans un rapport variable avec les pieds qui marchent sur le corps de la terre-mère, Handeln dont vous voyez ici-même le témoignage et le produit.

Quant à ce qu’il porte, avec tous les autres produits qui constituent cette masse des écrits analytiques, dont l’inflation contemporaine témoigne de la pression augmentée qui règne dans le système, comme marque d’afïectation au dehors, au terme de la décision dont les enchaînements constituent, de ces écrits, et l’acte et le produit, marque d’un « j’aimerais recracher cela », c’est une autre histoire. Au sens où je ne peux rien en dire, si mon intention est d’aller plus loin dans la lecture freudienne de cette question du dedans et du dehors, qui est d’une difficulté dont nous ne faisons que préparer l’abord.

Car, au passage, nous avons pu remarquer que, d’après Freud, ce « non », dont il n’est pas dit qu’il provienne d’un désir de recracher même s’il est l’héritier, comme je propose de le voir, de ce qu’une retranscription dans le registre primitif de l’oralité ferait exprimer ainsi (« j’aimerais recracher cela »), réfère à une problématique qu’une telle retranscription souligne, où le schéma oral, avec son modèle, apporte l’épure d’un dedans et d’un dehors dont les schémas intuitifs qu’ordonnent les représentations liées au fonctionnement de notre tractus digestif rendent la structure difficile à accorder à celle de tous ces interfaces qui fonctionnent aussi bien dans « Le bloc-magique » que dans « La négation », même là où elle est estampillée, cachet du « non » apposé sur la représentation ou contenu de pensée que le refoulement offre à sa marque.

Le modèle oral, fondamental au point d’attirer vers lui après coup toute expression mettant en jeu la problématique dedans-dehors qu’il fonde du même coup, même s’il ne l’engendre pas comme tel (c’est bien le cœur de la difficulté), dépose le schéma d’un dedans qui peut être traversé. Même s’il y a « dedans » plus d’une position et plus d’un lieu de stase possible. Même si le mobile, au lieu de traverser, en cours de route rebrousse chemin. Dedans ouvert sur un dehors par un système orificiel double, qui même s’il est fermé n’en est pas moins un système naturellement ouvert. Et un système qui n’est pas fonctionnellement un cul-de-sac, même si nous n’avons pas à nous interroger sur le fait de savoir si l’enfant (et à partir de quand) met en rapport ses fonctions excrémentielles avec son activité orale. Pour clarifier ce point, il suffira d’indiquer que l’enfant ne voit pas dans son bol fécal un objet restitué qui aurait au préalable été

introduit dans l’orifice par où il fait issue. (Dire en passant l’intérêt de ce que les franges délirantes des processus psychiques amènent parfois et ce qui s’observe d’idées, voire de tentatives, pour ré-introduire dans l’anus l’étron qui en est sorti.)

De sorte que le schéma oral donne le modèle et organise une modalité du rapport d’un corps à un autre, qu’il s’agisse de corps animés ou non, qui est la référence de la problématique dedans-dehors. Pas moyen de penser sans cela, car tels sont les points de référence, au niveau du jeu des pulsions, de l’acte fondamental de la pensée, le jugement.

Mais, pour imager de la même plume ce qui serait la réalité du fonctionnement de l’appareil psychique, il y a ce dont le bloc magique fournit l’illustration : la combinaison de deux fonctions par leur division entre deux systèmes, Système, Bestandteile, littéralement portions d’existence, à la fois singulières et liées. Où l’épure des dispositifs donne une autre représentation des rapports dedans-dehors, si nous les représentons par l’interface le plus simple, tel celui de l’air et l’eau. Par rapport à un plan d’eau, il y aura ce « dehors », où se trouvera tout objet qui sera dans l’air, et ce « dedans » où sera l’objet immergé. Dans le type dont le schéma freudien se rapproche, ce passage peut s’effectuer tant en raison de la densité de l’objet qui déterminera le niveau où il se stabilisera qu’à l’inverse en supposant cet objet immobile, en raison des variations du niveau de l’interface. En outre, c’est la nature même de l’objet qui évoluera selon la position où il se trouve dans le système. Rapport d’un dedans à un dehors tout différent de celui du modèle « j’aimerais bien recracher ça ». En outre, jusqu’au moment où une partie différenciée de ce système produit un « non », il n’y en a pas dans la majeure partie de l’appareil. Jusqu’au moment où il apparaît en un point de sa surface, différencié pour produire ce résultat d’une décision.

La même épure se retrouve dans le rapport au temps. Certes, il y a des courts-circuits conceptuels que la philosophie apporte pour lier le temps et le concept. Mais, en restant au ras du texte freudien et de l’expérience analytique, il est possible d’en poser les représentations, aux dépens de l’élégance sans doute, et par un chemin très légèrement plus long. De même que l’inconscient ne contient pas de « non », de même il est intemporel au sens où il n’y a pas en lui de

scansion qui fonde un avant et un après. Freud nous propose de l’imaginer comme envoyant des fluences mouvantes, qu’il représente comme des antennes à la fois mobiles et rétractiles, vers cet interface.

Il est facile de voir que ce qui pour la masse est permanence fluente, pour un observateur de l’interface sera un phénomène rythmique. Ce qui était fluence, à l’interface devient discontinuité. Telle est, dit Freud, l’origine du concept de temps, concept of time n, ou plus exactement représentation du temps, Zeitvorstellung204 205. Origine certes, au sens de Zugrunde liegt, c’est-à-dire que là est le Grund, le sol, la surface de sa représentabilité. Le temps ne devient représentable qu’à cet interface.

Ce modèle de structure est pour Freud si important qu’il le reprend tel quel, au service cependant d’un autre lieu de l’appareil, à savoir le Moi. Ce que Strachey souligne d’une note de bas de page, du however, cependant, quand il souligne la reprise de ce schéma des antennes, affecté « cependant », cette fois-là, au Moi.

Dans la fluence, le temps n’est pas représentable et il n’y a non plus de « non ». Le temps n’y est, qu’on me permette l’expression, « pas fait ». À l’interface, et pour la suite, tout comme la cause du « non » qui elle aussi y trouve son Grund, le temps se « fait ». Et comme n’importe quel produit de processus, il peut se faire bien ou mal. Il y a pour cela des machines. Le cadran solaire est un dispositif qui n’est pas une machine à fabriquer du temps bien ou mal. Mais votre montre, oui, dont vous surveillez les irrégularités de marche, c’est-à-dire la qualité de ce qu’elle produit de bien plus important pour vous qu’un mouvement rotatif dans deux pivots concentriques à partir d’une source d’énergie. À savoir, le temps de vos journées.

Certes, la pire défectuosité est celle qui ne pourra être corrigée par l’application d’un coefficient qui permettrait de rectifier de façon sûre chacune des unités égales produites. La pire défectuosité sera le cas d’une marche irrégulière, accélérations et ralentissements imprévus, qui donnera des unités inégales, de taille variable. Rupture si alarmante de la régularité des rythmes.

Mais si pour une durée brève, même à l’échelle d’une vie puisqu’elle ne peut excéder celle d’une journée, s’éteint dans nos oreilles tout écho de la scansion des rythmes, de quelle menace le temps, qui passe alors sans contrôle coutumier, ne se charge-t-il pas, si ne s’installent rapidement des contrôles de suppléance, latéraux pour l’homme de notre temps, même si pour l’ancêtre ils furent les moyens de contrôle principaux ? N’est-ce pas alors la représentabilité du temps qui menace de se défaire, le temps si fait, et bien fait, qui se défait et menace de retourner à cette fluence qui est « ailleurs » qu’à l’interface où fonctionne sa représentabilité ?

Que le « non » et le temps aient partie liée, que le « non » soit comme gardien condition du temps, comme représentable, comme temps vivable, les dernières lignes du travail de Freud en témoignent. À la dernière ligne de la « Négation », nous lisons la phrase proposée par Freud comme phrase type de la négation chez l’analysé : Das habe ich nicht gedacht, « je n’ai pas pensé cela ». Oder, ou bien Daran hab ich nicht (Nie)14 gedacht206 207 208, « je n’ai pas (jamais) pensé à cela », I didn’t (ever) think of that. Si le nicht est aussi un nie, le not un never, le « ne pas » un « jamais », c’est au sens où, déjà à propos du rêve du grand exploit, donc dans un contexte qui suit le bord de notre thématique d’aujourd’hui, je vous indiquais que le « plutôt casser des cailloux » (que d’être une femme) était à lire comme forme extrême d’une négation à entendre comme : « jamais de la vie ».

« Jamais » qui pose la question de cette représentabilité du temps. Du temps qui est mon temps de vie, le temps où je serai vivant. Mon temps vivable est représentable de façon privilégiée, si je suis un homme, par cette durée inconnue mais figurable comme étant précisément le temps durant lequel je ne serai pas une femme.

Ce qu’il en est de moi avant ce temps et après qu’il soit révolu, pour ce qui est de n’être pas une femme, est une tout autre affaire. C’est là que nous en resterons pour l’instant, dans la mise en place progressive de nos repères.