La psychanalyse malade de la bisexualité

18 décembre 1974

Avoir introduit mon propos de cette année en mettant l’accent, plus encore que l’an dernier, sur la fonction du maître dans le mouvement analytique a eu un résultat à la fois naturel et inattendu pour moi, qui suis comme vous oublieux de l’enseignement de Freud. Un phénomène s’est engendré, celui-là même que Freud décrivait en 1927, et qui consiste en ceci que, dans l’incertitude en face de ce qui est, l’esprit répond par un « excès de décision », lequel, coupant court aux circonstances, met en jeu l’impérieuse nécessité qui transforme l’énoncé premier d’une situation, dont elle fait alors table rase, pour produire la question où l’esprit tente de reprendre son assiette : « Suis-je, es-tu, est-il, sommes-nous, êtes-vous pour ou contre ? » Telle est donc la question qui m’est renvoyée : suis-je pour ou contre la fonction du maître, question où déjà s’efface ce qui pourtant est inscrit en lettres capitales sur notre toile de fond, la bisexualité, déclarée par Freud pierre d’achoppement de son travail à ses débuts mêmes.

Cet excès de décision est notre pente à tous face à ce qui est. Ce soir mon exposé abordera la même problématique sous un angle différent, après quoi il demandera à votre écoute un effort supplémentaire. Car il se propose d’apporter pour la suite de notre parcours une pièce sans laquelle je ne vois pas comment le reste pourrait ne pas s’entendre à contre-sens et ne pas venir en porte-à-faux.

La question m’est parfois posée de ce qu’il en est de ma position vis-à-vis du savoir ! Du savoir analytique, bien sûr. J’ai eu l’occasion d’entendre d’amicales mais pressantes mises en demeure de me prononcer sur ce chapitre. De même, il m’est arrivé de me trouver pris à parti ou pris pour témoin, parfois aussi pour caution supposée, d’un discours selon lequel la théorie tiendrait la place d’un parasitage mental par rapport à l’activité tenant bien plus au corps. Elle jouerait

alors le rôle d’un activisme regrettable auquel se voueraient des têtes pensantes au cœur froid, bref d’une défense d’autant plus sournoise qu’elle fonctionnerait sous le couvert du langage qui la supporte, langage qui sert aussi de véhicule aux valeurs reconnues et hautement cotées de la culture.

Mon propos n’est pas de tenir là-dessus un discours savant, mais je vais tenter, le plus brièvement possible, de préciser ce que j’ai pour ma part à en dire. Non sans avoir rappelé au passage qu’il ne s’agit pas en ce point de ce que de nos jours on met en évidence des fonctions en analyse du sujet supposé savoir. Mais de ce qui se produit comme savoir sur l’analyse. De plus, je précise que l’avis qu’il me paraît devoir donner sur cette question prend son assise et sa portée dans le temps où il s’énonce. Il me semble que si l’intérêt du débat contradictoire sur des points de théorie est affaire d’appréciation, où jouent de nombreux facteurs qu’il est superflu de presser dans une formalisation quelconque, au contraire la polémique qui prend pour cible ce qui s’isole comme activité théorique me paraît quant à elle largement hors de saison. Pour cette simple raison qu’elle fait bien trop grand honneur aux analystes, ou plus précisément que l’on peut de nos jours en savoir assez pour s’épargner cette facilité-là.

Sans aborder tout le front du problème posé (et pas seulement dans l’activité scientifique) par les rapports dits de la pratique et de la théorie, passant résolument par-dessus le temps intermédiaire de l’examen du caractère particulièrement étroit de ces rapports dans l’analyse, je me propose de continuer à vous montrer comment l’analyse est tout à la fois pratique clinique et pratique théorique. Je ne ferai même pas mine de vous laisser croire que du sommeil de l’une s’émancipe l’activité de l’autre. Au contraire ! Selon moi, l’essentiel du savoir sur l’analyse dont nous disposons parce qu’il s’est accumulé, accumulation à laquelle, pour tout analyste, il y a le moment où il n’y a encore aucune part, puis inévitablement le moment où il y ajoute sa contribution, concerne précisément ceci : pourquoi et comment l’analyse est-elle cette pratique clinique et théorique ? Cette pratique est productrice d’un savoir peut-être mince et qui peut s’ignorer dans le discours qui le porte, mais l’objet essentiel de ce discours est cette certitude quant à la nature de l’analyse. En effet la question n’est pas de gloser sur l’incidence de la théorie sur la pratique, ou l’inverse, ni de cogiter sur le choix du meilleur moment pour les articuler et de l’ordre à suivre dans cette articulation didactique, ni de peser les méfaits qui peuvent s’engendrer dans leur jeu réciproque, pas davantage de continuer à fabuler sur ce qui serait, imagination assez folle à vrai dire, l’intervention de quoi que ce soit de facultatif ou d’optionnel dans leur rapport. Le savoir principal que la pratique de l’analyse, dès la période des débuts, sous ce rapport éminemment féconde, nous a laissé à travers le temps, c’est qu’elle ne peut exister comme pratique clinique sans être en même temps, comme pratique théorique, manifeste dans ses effets. De ces effets, le tout premier est de produire ce que l’on peut appeler du « communicable ». Que l’on pourra opposer à son contraire, 1’ « incommunicable », tant qu’il plaira, sans pour autant faire bouger d’un cheveu cette évidence première. On pourrait, en guise de pas intermédiaire, dire que la pratique analytique crée le désir de communiquer, avec toutes les entraves qu’un tel désir rencontre, voire engendre nécessairement.

Pour ma part, je dirai que la pratique crée la nécessité du confident. L’année passée, je vous avais rappelé l’évidence d’une remarque ancienne de François Perrier, selon qui un analyste, pour l’être, devait avoir au moins un patient et un collègue. Cette remarque peut amorcer un développement qui, aussi loin qu’il se propose d’aller, ne courrait jamais le risque de perdre sa route, dans la mesure où il resterait régi par l’esprit d’un pareil constat.

L’analyse, dit-on volontiers, n’est pas une situation de structure duelle. Il y a toujours un tiers. Ce rappel, à sa façon, participe aussi d’un fol orgueil. Elle n’est certes pas duelle dans sa structure. Mais cette structure n’est pas un jouet de notre raisonnement, le hochet d’une mentalisation : elle est contraignante dans la pratique. Pratique que l’on peut se plaire à imaginer soumise à une discipline possible à ignorer, dont on pourrait même feindre l’ignorance, et qu’on peut alors présenter sous le masque de l’innocence, ou pire, de ce qu’on nomme la « spontanéité ».

Il doit être clair pour vous que je ne parle pas ici de la confidence de l’analysant, ou analysé, dont nous avons l’année passée examiné la zone limite, où elle joue comme antidote (savamment mesuré et administré) de tout effort pour faire avancer le cours d’une analyse. Mais de la confidence de l’analyste. Celle-là est indissociable de la pratique. Et là encore, je ne songe pas à cette incoercibilité avec laquelle – vous en connaissez tous des exemples – tel ou tel se livre à l’expulsion puis à la diffusion alentour, d’un nœud, d’une articulation, voire d’un pan entier du discours dont il a dans sa pratique reçu, lui, la première confidence.

Il s’agit d’autre chose. À quoi la pratique dite contrôlée, inventée en vue d’autres attendus, n’apporte guère de réponse en raison même des exigences refermées sur elle dès le départ. Ce qui à mon avis justifie définitivement l’option hongroise qui a le mérite de proposer au praticien, comme confident de ses débuts, son premier confident, à savoir son analyste. Confidence dont nous tenterons de voir chez l’analyste à quoi elle répond des nécessités qu’engendre l’analyse. Et dont il suffira de dire, pour la caractériser avant que de la définir, que la pratique analytique fait parler, à tout le moins, les analystes. Elle les fait parler d’une façon dont négativement je dirai qu’elle n’est pas sans que les patients y soient pour quelque chose. Et ce discours, fût-il le plus modeste, trébuchant, ânonnant, est l’expression embryonnaire de la pratique théorique. Cette expression pourra devenir traduction. Elle pourra s’enfler et comme perdre le sens de ses limites. Elle pourra se dégrader dans la performance mondaine. Qu’elle porte la marque de toutes les restrictions et du meilleur ton, ou celle de l’ordure et de l’odieux, la confidence est toujours écho d’une pratique théorique. Et parfois, cas privilégié auquel nous reviendrons, elle devient, quant à l’un de ses principaux aspects, cette pratique théorique elle-même. J’ai un jour, je m’en souviens, quelque peu surpris un de mes camarades venu discuter avec moi de questions d’analyse, accompagné de son épouse, lorsque celle-ci nous proposant aussitôt de s’absenter pour laisser le champ libre à la discussion, je lui dis que cet exil volontaire et temporaire était bien inutile. Car je proportionnais toujours ma confidence à la confiance que je pouvais, lorsque je le connaissais, accorder au conjoint – ou à son tenant lieu – même en son absence.

Il est, je suppose, hors de doute pour chacun de vous que la confidence d’oreiller – à moins d’en être dépourvu – est une des formes premières que trouve l’expression de la pratique théorique de l’analyste. Et vous connaissez tous ces exposés pleins de componction des théories de Freud, voire de Lacan, faits au trapéziste, à l’astronaute ou au plombier-zingueur, par-ci, par-là, autour d’une table, d’un verre, au sauna, au bistro, même par les moins agités d’entre les analystes. Sourions-en, n’en rions pas ! La pratique théorique est productrice d’un discours toujours incoercible – ce qui ne veut pas dire qu’il ne soit ni retenu ni contrarié – discours toujours adressé à un tiers. Ce qui veut dire parfois tout simplement à quelqu’un qui n’était pas là lorsque est survenu le moment vif de ce qui animera ensuite et ailleurs le discours tenu.

Séminaire à grand public, nos modestes réunions ici-même, ou lettres à Fliess, votre téléphone bloqué par ce qui pour moi est inutile papotage, confidence à l’être cher, tout cela est l’expression d’une pratique théorique. Et il y a tout lieu de croire qu’à l’imagination d’un être analytique privé de ce ressort, qui est aussi un recours, devrait correspondre l’imagination d’un analyste fou. L’expérience faite sur le terrain à Paris l’année passée par une personne venue de l’étranger et l’accueil que reçut son enquête sur le mouvement analytique français, entreprise dans des conditions que divers facteurs rendirent optimales, est une preuve monumentale de ce que j’avance. Dont tout usage m’est interdit, même de nommer l’enquêteur, afin de lui laisser entière liberté d’en user à son gré, y compris de n’y donner nulle suite, ce qui au côté monumental de la preuve donnerait une expression bien venue de la part d’une personne qui s’entretint avec tout ce que Paris compte d’analystes dits notoires, et nombre d’entre ceux qui le sont moins.

Il se peut, je l’avance avec réticence mais sans réserve, que de l’analyste la grande inconnue soit : plus-qu’une-pro-pension-à-théoriser. Et pour l’heure je ne sais encore comment appeler autrement ce « plus qu’une propension ». C’est pourquoi, à ceux qui me demandent si je suis « pour » ou « contre » la théorie, je réponds qu’ils n’ont pas latitude d’imaginer qu’ils pourront se soustraire à l’activité que chez autrui ils désignent de ce mot juste. Et que, partant, il sied à l’analyste de prendre acte sans rougir de ses irruptions théorisantes dans le protocole de sa vie quotidienne, de saisir les textes, de préférence majeurs et dignes de foi, et d’ajouter, si possible, aux énoncés déjà donnés ses nouvelles confidences. Et qu’importe le destinataire. Car d’une chose l’on peut être sûr : on n’est jamais maître de la stratégie qui règle le choix du moment ou du destinataire.

Pas plus maître que ne l’était Freud dans l’élection de Fliess, l’homme qui portait justement ce nom-là, où coulent littéralement tant d’échos, ni de la suite trouvée dans la correspondance où de ce qu’il s’ensuivit.

Aucune maîtrise de l’élection de celui que l’on nomme l’ami. Ami, mot clef, mot de référence, mot de recours, de revendication même, mot porte-énigme qui traverse deux fois la trajectoire de Freud. Nous savons aujourd’hui sur quel éventail, et avec quelle violence. Depuis la tendre imploration de la lettre 146, du 19 août 1901 : Ein Freund… ist nicht wertlos für einen, der so dunkle P fade geht, etc., « Un ami n’est pas sans valeur pour qui (sous-entendu comme toi, Wilhelm) explore d’aussi sombres sentiers », jusqu’à la sauvagerie échangée dans la rupture avec Jung que nous verrons ce soir même.

C’est toute sa relation avec Jung qui n’a de sens que par ce fil qui la bâtit, au sens de la couture. Où le bâti n’est pas la piqûre. Bâti, ce fil qui tient et donne forme à tout, qui construit, qui reste visible, suivable comme fil. Qui ne devient jamais couture et qui se retire d’une seule traction après que la couture définitive ait lié les tissus selon un trajet du reste différent, et d’une façon qui, sauf déchirure ou rupture du fil, les rendra inséparables. Ami, le mot sera même plus évident dans son jeu et son trajet dans le rapport à Jung que dans la relation à Fliess. Jamais Freud n’usera du prénom Cari dans sa correspondance. Du « Cher collègue », il passe au « Cher ami », Lieber Freund. À remarquer ici l’absence de réciproque que, pas plus que le reste qui va suivre, il ne faut dépêcher dans l’inanité du code des bonnes manières. Jung, jamais, du début et par-delà même la fin de leur relation étroite, ne se départira du « Cher professeur ». Lieber Herr Professor.

Car c’est dès la réception d’une lettre du 11 novembre 1912, où Jung se plaint de ce qu’il appelle le « geste de Kreuzlingen », Ihre Kreuzlingen Geste (dont il profite pour dire à Freud qu’il n’éprouve pas le besoin de rompre avec lui car il ne l’identifie pas à une proposition scientifique, Lehrsatz20, traduit inexactement, mais curieusement sans trahir, par « point de doctrine »), que le 14 novembre Freud lui répond en écrivant « Cher Dr Jung 21 », forme jusque-là inusitée dès le tout début inclusivement. L’ami n’est plus là. Congé lui a été donné. Avec provocante insistance, il tentera de revenir.

Dès le 3 décembre, au-dessus du rituel Lieber Herr Pro-fessor, et sous l’en-tête et la date sur quoi elles empiètent un peu, on lit ces lignes rajoutées par Jung après re-lecture : « Cette lettre est une tentative éhontée (c’est-à-dire audacieuse) de vous accoutumer à mon style. Donc attention ! » (Dieser Brief ist ein unverschàmter Versuch, Sie an meinen Stil zu geivohnen. Also Vorsicht !) « Je vous écris maintenant comme à un ami » (en italiques dans l’imprimé, donc souligné de la plume de Jung). « Ceci est notre style. »… J’espère que mon épaisseur helvétique ne vous choquera pas 22 23. » (C’est là que cela vient, comme il faut, hélas, s’y attendre.) Le fil de bâti de l’amitié file vite lorsque l’on tire fort. Mais, comme il se fait lorsque l’on veut remplacer un fil par un autre et que l’on noue un fil neuf au bout de l’ancien que l’on tire, la place laissée par l’ami qui se retire est occupée par le « frère ». Mot nouveau. Sans précédent, sans suite dans les correspondances diverses. Mot d’autant plus significatif qu’est grande entre les deux la différence d’âge, égale au temps qui sépare Sigmund des fils de la première génération, pour nous référer à nos propos de l’an passé. Continuons à lire : « Voyez-vous, cher Professeur, si vous persistez sur cette voie, dans cette affaire, je peux vous dire que je n’ai rien à foutre de mes actes manqués » (sind mir meine Symptomhandlungen ganz wurscht : ça m’est, comme on disait en franco-alsacien, tout à fait saucisson). « Leur paille se réduit à rien en comparaison de l’énorme poutre (die Balke) dans l’œil de mon frère Freud (mein Brader Freud) 4 ». Amitié, rôle de l’ami, qui continuera, si prévenus que nous puissions nous croire, à nous réserver des surprises.

C’est à la sollicitude d’un proche que je dois la dernière, par le moyen d’un disque portant l’enregistrement du début d’une déclaration faite par Freud, probablement à quelque journaliste ou autre interviewer, lors de son arrivée en Angleterre. En tout cas, même déformée par une technique fautive, la voix est celle d’un vieillard. C’est donc au terme de sa vie, où l’on peut imaginer que l’approche de la mort a vidé bien des querelles, qu’il prononce dans un anglais irréprochable avec son accent allemand ces phrases dont je ne vous traduis que la première et le début de la seconde : « J’ai commencé ma vie professionnelle comme neurologue. Puis sous l’influence d’un ami plus âgé5 et grâce à mes efforts personnels, etc. » Sous l’influence d’un ami plus âgé. Imaginez la scène, condensez-la. Freud arrive en ces lieux pour lui nouveaux et à la fois anciens, épuisé, dans les conditions que vous savez. La voix de l’accueil lui dit en quelque sorte : « Avant de mourir, Mr Freud, faites-nous sur vous une dernière déclaration. » Et, ô surprise, en cet instant de vérité, Freud dit : « Au début de mes découvertes, il y avait l’influence d’un ami (plus âgé). »

« Vous serez (bien sûr) fâché par ce singulier devoir d’amitié, mais peut-être vous fera-t-il néanmoins du bien », écrit Jung. (Devoir d’amitié : Freundschaftsdienst24 25 26). Sens de la réponse du 3 janvier : vous pouvez vous le garder. Lisons ces lignes : « Je vous propose de renoncer à nos relations personnelles. Je n’y perdrai rien. Je ne suis plus tenu à vous que par le lien ténu des effets en voie d’élimination de déceptions passées (au pluriel : früher erlebter Ent-âuschungen). Reprenez toute votre liberté et épargnez-moi désormais vos « devoirs d’amitié ». Guillemets de Freud1.

Si nous jetons un pont entre la relation à Fliess marquée par ce que les deux hommes appelèrent des Congrès – auxquels ils se rendaient sans leur famille respective et où ils se retrouvaient sans autres congressistes qu’eux, congrès donc à entendre au pied de la lettre, quel qu’en puisse être l’écho dans un autre genre littéraire – et la relation à Jung, pour n’en faire qu’une seule et longue histoire, nous pourrions dire que le mot de la fin en est, comme souvent au terme des affaires que l’on appelle de cœur : « Séparons-nous et restons amis. » À ceci près que l’énoncé en est presque renversé : « Continuons à travailler ensemble mais ne soyons plus amis. »

Qu’est-ce donc, pour les quinze premières années de la théorisation analytique, que cette fonction de l’amitié ? Cette formulation ne saurait paraître provocante qu’à la condition, j’insiste sur la précision, de passer une gomme sélective sur certains mots qui se trouvent dans la littérature freudienne telle que nous l’entendons, c’est-à-dire pour cet homme de plume l’ensemble de ses écrits.

Or l’effacement sélectif est selon moi non seulement une pratique fautive mais en outre expressément contraire à la procédure dont je vous ai montré l’an dernier, dans la mesure où j’y suis parvenu, ce qu’il pouvait en provenir comme résultat. De plus, je vous rappellerai volontiers que dans la non-partialité de principe vis-à-vis des mots gît un gage de possibilité quant à l’accomplissement de tout travail théorique sur un texte analytique, et ceci dès l’origine des temps où les textes de Freud firent l’objet d’une étude. Ces études partent toujours d’un prélèvement. Et le fruit d’un tel travail, comme son cours et son début même, sont par avance régis par cette donnée première, à savoir que tout prélèvement procède à son origine d’une stratégie dont la maîtrise ne se trouve pas chez celui qui procède au prélèvement. La stratégie de sa sélectivité lui reste toujours, pendant un temps au moins, voilée. De ce rapport du sujet à la stratégie de son opération dans l’œuvre de Freud même et dans son style, les exemples abondent.

Chaque étudiant de Freud qui l’étudia pour son profit n’y alla pas d’une autre démarche. C’est pourquoi dans l’œuvre plus d’une voie est frayée dont l’œuvre est maintenant quadrillée comme d’un réseau. Bien sûr, il y passe du monde. Ce pourquoi je vous disais que le sol y paraît de nos jours fort encombré.

Mais cela n’est encore au’apparence trompeuse. Nous avons pu constater l’année dernière que, sans aller chercher dans les broussailles, nous faisions chemin, du seul fait d’être restés au ras des mots, sur des routes pratiquement désertes. Qu’elles aient entre-temps été empruntées de ci de là m’amène à souhaiter, à ceux qui ont cru pouvoir s’y aventurer, cordialement la bienvenue. Et comme cette fonction de l’ami dans le début d’une théorisation se retrouve dans le concret de l’aventure des analystes qui en sont à leurs débuts (début de leur pratique ou début de toute séquence initiatrice d’un mouvement nouveau) et que l’aventure se rejoue toujours lorsque l’efïort à prévoir est de quelque envergure, laissons régner là-dessus ce que tout citoyen du monde analytique peut souhaiter y garder de pudeur. Examinons donc la fonction de l’ami dans son exemple premier, le seul aussi à n’être recouvert d’aucun voile.

Cette amitié des deux hommes, Freud et Fliess, nous avons cette année à la prendre par un autre bord. Dans notre expérience il est habituel de voir surgir à la fin d’un processus ou d’une séquence, telle qu’une rupture entre deux êtres qui se sont jusque-là chéris, des confirmations de représentations dont les substituts, les Ersatz, tenaient jusque-là le tapis en haleine. Nous avons maintenant à couvrir du regard cette séquence à partir du point où elle s’est rompue. Ce point, c’est un mot. Vous vous en doutez déjà, ce mot est : la bisexualité. Ce mot désigne aussi, du reste, le seul fruit, le seul profit, la seule trace, dans le manifeste de son aveu consenti, associé par Freud, fût-ce dans la dénégation, à cette relation qui s’appelle amitié. La bisexualité est également ce terme dont nous verrons peut-être par la suite comment il partage avec ce que l’on pourrait appeler, dans le texte freudien, la série sexuelle, le sort d’occuper dans cette œuvre un statut conceptuellement composite. Et l’histoire de ce terme est marquée par un conflit.

Je vous ai déjà mentionné sa première apparition dans la Psychopathologie de la vie quotidienne. Il faut y regarder de plus près. Et nous qui sommes tous ou presque dépourvus des différentes éditions et rééditions allemandes de l’œuvre, nous ne pouvons qu’être reconnaissants à Strachey, dont elles furent l’instrument de travail, de n’avoir jamais jugé supérieur à la valeur de son futur lecteur ou inférieur à sa mission de donner en note de bas de page les modifications parfois apparemment mineures apportées par Freud d’une édition à l’autre. Et ce faisant de nous faire en l’occurrence savoir que la phrase : « Un jour de l’été 1901, je fis à un ami avec lequel j’avais à ce moment un échange animé d’idées scientifiques, etc. » se lisait dans l’édition de 1901, et celle de 1904 qui la reproduit encore sans changement : « Un jour de l’été de cette année, je fis à mon ami Fl. avec lequel, etc. » Mais dès 1907, Fl. disparaît et à sa place vient, surgissement sur lequel nous nous sommes étendus l’année passée, l’erreur de date ! Ce n’est en effet pas en 1901, mais en 1900 qu’eut lieu ce dernier congrès. Il faut cependant pousser un peu plus loin la lecture pour voir comment se poursuit le texte. Aussi différente des plus ou moins libres propos tenus sur un divan quelle qu’en soit la nature, il n’en échappe pas pour autant aux lois qui régissent ce que nous appelons les associations. Rappelons qu’il s’agit en ce point de cette variété d’oublis qui porte sur les impressions, les projets, les intentions. Freud en apporte des exemples. Et ce n’est, poursuit-il, pas un hasard si la nécessité d’expliquer ces oublis l’oblige à aborder des sujets pénibles (distressing subjects), des thèmes pénibles (peinliche Themata). Ces thèmes pénibles, les voici dans l’ordre où il les énumère, le premier terme constituant même l’ouverture du paragraphe : « Des reproches à faire à sa femme, une amitié qui s’est retournée en son contraire, l’erreur de diagnostic d’un médecin, une rebuffade subie de la part de quelqu’un qui poursuit une même recherche, l’emprunt des idées d’autrui27. »

Thèmes pénibles pour qui ?

Laissons pour l’instant le premier de ces thèmes, par commodité méthodique, et nous voyons que l’amitié qui tourne en hostilité, c’est son drame avec Fliess. L’erreur de diagnostic est son souci dans sa pratique médicale, la rebuffade encore ce même drame et la préfiguration de ceux qui vont venir. Quant à l’emprunt des idées, c’est l’accusation de Fliess qui se sent pillé par Freud au point que ce dernier se voit contraint de lui dire, je vous l’ai rappelé : « Je ne suis pas publikationlustig, je n’en fais ni livre, ni carrière ! »

Mais ce qui retient notre attention, c’est que cette liste, énumérant aussi précisément les démêlés que Freud eut avec les hommes, liste d’une série associativement homogène, est introduite par un exemple qui appartient formellement à une autre série : les reproches que l’on fait à sa femme. Qu’il me soit permis de dire que si l’on s’imagine que j’avance ainsi à pas comptés pour collecter des documents relatifs à l’homosexualité de Freud, on fait déjà fausse route dans son écoute.

Dans les Trois essais sur la sexualité, nous continuons à suivre les débuts de la carrière publique de ce mot bisexualité dont je vous ai indiqué les débuts de la carrière privée, dans sa circulation d’abord restreinte à la correspondance entre Freud et Fliess. C’est à la fin du très important paragraphe consacré à la différenciation entre les hommes et les femmes, presque à la fin de l’ouvrage, que nous retrouvons le même phénomène quant au rapport du mot bisexualité avec le nom de Fliess. Seule l’édition de 1905 porte la phrase : « Depuis que j’ai fait la connaissance de la notion de bisexualité grâce à Wilhelm Fliess, je la considère comme le facteur décisif, etc. » Cinq ans plus tard, dans la deuxième édition, la même phrase ne porte plus mention du nom de Fliess. Mais, à l’inverse, son nom apparaît dans une note de bas de page au paragraphe intitulé « Bisexualité », situé au début de l’ouvrage qui s’allonge au cours des rééditions. Et c’est ainsi qu’en 1910, il consigne : « Fliess en 1906, dans son ouvrage Der Ablauf des Lebens (Le Cours de la vie) réclama subséquemment comme étant sienne l’idée de bisexualité au sens de la dualité sexuelle. » Remarque faite à l’appui de ce que la note démontre, à savoir que la notion, très répandue et déjà ancienne puisque le Français Gley fut le premier à l’utiliser dès 1884 dans un article de la Revue philosophique, pouvait donner lieu à d’abusives prétentions d’attribution. Ou à des attributions erronées et dues à l’ignorance des profanes (rajout de 1924) au profit d’auteurs de mauvais livres, tel Weininger.

Telle est donc l’humeur, à l’époque où va s’engager en 1906 l’amitié avec Jung, amitié qui s’embrasera avec une rapidité qui contraste avec la lenteur assez sage que suivit le développement de l’amitié avec Fliess. Avec lequel il faut de 1887 à 1895 pour passer du Docteur Fliess à Wilhelm, alors qu’avec Jung c’est en deux ans qu’il passe du Cher collègue à l’ami.

En 1919 encore la question revient sur le tapis, dans le travail intitulé « On bat un enfant28 », dont il est permis de se demander, à lire les pages de sa conclusion, s’il n’a pas été écrit en vue de cet aboutissement que constitue la mise à l’épreuve de théories que Freud combat à la lumière de la clinique élucidée dans ce travail même. Ce que chemin faisant le travail apporte ne pâtit en rien du rappel de ce au service de quoi il fut conçu. L’une de ces théories est celle d’Adler, qui lui avait, par sa personne, donné avant la guerre bien du fil à retordre. Je ne m’y appesantirai pas. L’autre, « la première » sous sa plume, est, dit-il « anonyme », ce qui est tout de même soufflant. Vous allez voir. « Elle fut proposée à mon attention il y a de nombreuses années par un collègue, avec lequel j’étais à l’époque en termes amicaux 29 30. » Ce qui est faux, car si le terme bisexualité était, il est vrai, d’usage général, la théorie que Freud combat est précisément celle de Fliess.

Il faut attendre l’avant-dernière année de sa vie, période où s’ouvrent pour Freud des portes restées jusqu’alors entrebâillées ou closes, et où il publie le travail sur 1’ « Analyse finie ou infinie », pour le voir, à l’avant-dernière page de l’article, faire à nouveau mention des vues de Fliess sur la bisexualité, réaffirmer son désaccord entier, nommer pleinement (nom et prénom) l’auteur de ces vues, et à nouveau faire l’erreur inévitable dès lors qu’il touche à ce sujet si infiltré des restes de l’amitié déçue. Erreur qu’il commet en affirmant qu’ailleurs déjà (« On bat un enfant », précise sa note) il avait mentionné le fait que c’était Fliess qui avait attiré son attention sur les vues qu’il combat11.

C’est, pourrait-on dire, le souvenir qu’il a d’avoir parlé d’une théorie anonyme signalée par un anonyme ! Et il est amusant de voir la correction qu’y apporte Strachey, avec sa déférence et ses bonnes manières, en ajoutant entre crochets qu’en fait Fliess n’avait pas été nommément mentionné (Actually Fliess is not mentionned by name in that paper). Tout comme il est piquant de constater que sa traduction du paragraphe, en réorganisant pour l’anglais la structure et le découpage des phrases, lui permet de nommer Fliess deux fois en deux lignes 31. Comme par un profit immédiatement tiré du soulagement que lui apporte la levée, autorisée par le maître, de l’embargo sur le nom de l’ami.

Tenons-nous pour l’instant à cet acquis, dont la minceur quant à la portion qu’il couvre du champ de la question ne masque rien de ce qu’il nous laisse comme certitude. À savoir l’irréversible enracinement de ce motif théorique dans une amitié au sort particulier. Motif porté par ce mot bisexualité dont nous savons qu’il est venu d’ailleurs et dont je viens de vous rappeler comment il s’est enraciné. Pour en apprécier la trajectoire, qui sous-tend une part de ce que nous avons à voir, il faut rapidement repérer son point de chute.

Cette façon de procéder ne peut manquer de s’exposer, et c’est le moins que l’on puisse dire, à une critique : celle de pousser l’empirisme dans un domaine qui n’est pas du registre où sa démarche est admissible, à savoir la lecture, et l’y pousser au point où il atteint l’inélégance. Rappeler que j’en ai constamment usé devant vous pendant un an serait peu dire. Le procédé, s’il peut révolter ce qui s’attarde du côté d’un découpage conceptuellement axé de nos textes de référence, s’impose des deux côtés qui lui donnent titre à le faire. D’une part, la démarche même du texte freudien qui cherche sa théorie dans l’espace qui se constitue entre les représentations à l’œuvre et le symptôme qui en est, du côté du patient, comme le produit clinique. Et, d’autre part, ce que j’ai tenté d’établir comme méthode lisible dans l’édition critique même (celle de Strachey reste un monument inégalable) et revendiquée ici même par moi sous le nom de relevé, que d’autres voisins, mais étrangers, ont appelée prélèvement. Voisins mais étrangers, j’y insiste en raison d’une distinction de position dont il n’est pas de méthode propre à mener à bien la démonstration. En effet, si un relevé de représentations, qui déroute une lecture conceptuelle reçue, préserve des ornières de l’idéalisme, ce n’est pas y retomber que d’opérer le premier relevé dans ce qui se donne à nous comme aveu de Freud, à savoir l’articulation où la bisexualité se trouve avec l’amitié. Et d’y avoir relevé ce mot tel qu’il est utilisé par Freud dans ses lettres. Ou, si l’on préfère, toute honte bue, de relever la bisexualité dans l’aire spécifiée par son amitié avec Fliess.

J’accentuerai ce point afin de dissiper toute obscurité autour de cette question complexe et importante au chapitre de la méthode. En indiquant que l’énucléation de toute référence d’un point d’origine semblable à celui où j’effectue mon premier relevé, à laquelle ils procèdent en la justifiant par la nécessité de veiller à tout retour possible d’un idéalisme, creuse entre la démarche de certains auteurs (ceux qui à la suite de Derrida ont effectué des travaux considérables que je tiens en forte estime) et celle dont je crois avoir fourni un exemple possible, un fossé infranchissable. Je pense surtout au travail de J.-M. Rey.

Une trajectoire, vous ai-je dit, se dessine entre son point d’origine et son point de chute. Le point de chute sera ici celui où se marquera la plus grande distance de ce terme venu d’ailleurs, la bisexualité, d’avec son enracinement amical. C’est-à-dire vers la fin de l’œuvre et vers la fin de la vie de Freud, quand n’existent plus les ou la relation qui donnait au mot amitié son contexte manifeste premier. Quand d’autre part est pleinement formé le produit théorique de l’aventure. Trajet à travers un espace, espace théorique dont il nous faut, à partir du moment où il sera borné, parcourir plusieurs virtualités.

Point de chute relevé dans deux textes. En premier lieu, dans la longue note qui prolonge la fin du quatrième chapitre de Malaise dans la civilisation, où Freud tente une évaluation de l’incidence de la notion de bisexualité dans la psychanalyse et comme un bilan du travail qu’elle y a produit. Ce bilan est sombre. Pour la psychologie, dit-il, au sens où là elle désigne, par distinction d’avec l’anatomie, le plan où se déplace l’œuvre analytique, la notion est coresponsable d’une confusion. C’est non seulement trop volontiers, mais sans réserve, faute d’y avoir assez réfléchi (alzu unbedenklich) que nous identifions, que nous mettons dans le même sac (zusammenfallen lassen) d’une part l’actif et le masculin, d’autre part le passif et le féminin. C’est dire que la façon dont il a été usé de ce terme a eu des effets regrettables. Et il ajoute que la théorie de la bisexualité reste encore dans une zone très obscure, {Die Lehre von der Bisexualitàt liegt noch sehr im Dunkeln). Et comme elle n’a encore trouvé aucun lien avec la théorie des instincts, nous ne pouvons manquer de voir en elle, non pas un serions impediment comme dit Strachey, un gros poids mort, mais eine schwerere Stôrung13, une sévère perturbation, un lourd facteur de trouble, de désordre pour la psychanalyse. C’est donc pour la théorisation un élément handicapant.

Le deuxième texte est Y Abrégé. Œuvre peu fréquentée, peut-être en raison de son titre, si évocateur de ces affreux abrégés où plus d’un va in extremis puiser quelque réassurance à l’avant-veille d’examens mal préparés. Comme c’est mon habitude, à l’intention de ceux qui sont parmi nous les moins informés, je dois signaler que c’est au contraire un bref ouvrage non seulement récapitulatif à l’usage des plus infor – 32 mes, mais encore où certains thèmes se trouvent portés plus loin que ne l’ont fait les textes qu’il reprend. Dans l’Abrégé donc, en 1938, Freud reprend les termes du bilan de 1929. Il rappelle que nous sommes affrontés à la grande énigme du fait biologique de la dualité des sexes. Et que pour distinguer mâle et femelle dans notre vie (faut-il dire mentale, comme dit Strachey pour Seelenleben ?), nous utilisons cette équation insuffisante, empirique et conventionnelle du mâle avec l’actif et le fort, et du faible, du passif, avec le féminin. Le paragraphe se termine en ces termes : « Le fait de la bisexualité psychologique, lui aussi, pèse sur toutes nos recherches {bêlastet aile unsere Ermittlungen) et en rend plus difficile la description, {erschwert ihre Beschreibung33). » C’est-à-dire rend plus difficile l’expression, l’écrit, qui devrait en rendre compte. Prêtant à Freud, cavalièrement, des propos qu’il n’a pas tenus, nous l’entendrons dire cette phrase : « Cette bisexualité dont plus d’une fois j’ai affirmé, soutenu, que pour ce dont nous avons à traiter c’était à la fois la base et le primum movens, que j’ai donné pour titre à des chapitres, que j’ai incluse dans le titre de certains travaux, elle s’avère n’avoir exercé, dans le champ théorique de l’analyse, que des ravages et n’avoir produit que des résultats négatifs. Cette bisexualité sans laquelle, pensais-je, rien n’était possible, fut en fait pour l’analyse l’inévitable mais aussi la pire rencontre. »

Mais alors on pourrait me demander où je cherche à en venir par cette insistance que je mets à souligner ce que, de l’aveu même de Freud, on ne saurait nommer autrement que la misère que la bisexualité fait régner dans la théorie analytique ? L’amorce de la réponse est dans la question, dès qu’elle est ainsi posée. Et s’il avait fallu donner un titre aux exposés de cette année, ce dont me dispense le fait de les avoir simplement placés sous le titre de suite aux Filiations comme parcours nécessaire vers ce qui maintenant se propose à nous, je l’aurais cherché, pensant à la fable des animaux malades de la peste, dans l’éventail de la souffrance.

Oui, la théorie analytique, freudienne, est une théorie malade, une théorie souffrante. Parler ainsi fait certes image. L’image comme telle n’est pas dépourvue de dangers. D’autant plus qu’à dire souffrance théorique on ne peut manquer d’évoquer en premier lieu tout ce que dans cet ordre d’idées l’écrit freudien nous apporte comme images de la souffrance de Freud. À quoi le personnage imaginaire de Konrad a servi de support. Nous l’avons déjà évoqué longuement. Souffrance théorique, qu’est-ce à dire ? « En théorie, je souffre », sous-entendu : « mais en pratique je vais fort bien ? » Plaisanterie sans doute, mais dont l’écho, peut-être, roule cependant dans la routine quotidienne des analystes. Observez qu’à l’inverser on ne fait qu’en alourdir le poids. La théorie en souffrance, comme il se dit d’un objet non arrivé au terme de sa destination ? À dire ainsi, on n’excède rien de ce que Freud a énoncé lui-même et dont on peut dire que pour la soutenir il a fallu son formidable optimisme, envers peu connu d’un prétendu pessimisme dont on a tant fait. Ou bien, est-ce moi qui souffre dans la théorie ? Quels en sont les symptômes et qui pourraient-ils intéresser ? Pire encore, est-ce la théorie qui souffre ? Comment alors, et où, peut-on entendre sa plainte ?

Alors, me dira-t-on, vous voyez bien qu’à y aller de ce pas, à user de tels mots, vous n’avez de cesse de serrer autour de votre cou, et, si nous ne le retirons à temps, autour du nôtre, ce nœud coulant dont vous dites être étranglé, ce piège des mots d’où il n’est guère d’issue possible. J’en suis très volontiers d’accord. Mais c’est bien là que j’entends me placer, dans cet espace logique qui d’un côté se borne par ce que l’on appelle souffrance à l’intérieur d’un système, voire souffrance d’un système (en mécanique, on dit : « Monsieur, ou Madame, vous faites souffrir votre moteur ») et de l’autre par ce qu’avec des raisons ni meilleures ni pires on appelle souffrance névrotique. Limites, mais en même temps double zone d’émanation des convergences représentatives qui constituent le champ du discours freudien et sa singularité dans le discours des sciences.

Et j’ajouterai, au grand scandale peut-être de certains, que si de nos jours il peut être question d’un mathème de l’analyse qui serait proposé comme étant, lui, enseignable, je ne m’en alarme guère, tant que là-dessus Lacan ne relâche pas sa surveillance. Mais je me défierai de la dérive qu’il engendrera dans ce champ en équilibre souffrant s’il lui arrive de la relâcher.

Pour continuer notre cheminement dans ce champ-ià, où j’ai tenté l’an dernier de vous montrer une des postures que je dirai voulue par Freud comme est voulu l’assèchement du Zuydersee, je ferai très exactement ce qu’à mon sens l’analyse nous prescrit, et que Fliess déjà et encore reprochait à Freud : voir dans l’œil d’autrui le reflet de ses propres sentiments. Démarche dont, ayant relu les premières phrases de la lettre à Romain Rolland, nous savons comment il l’a en 1936 revendiquée, en étendant aux névrosés, puis au genre humain, le travail et la conquête effectués sur lui-même.

Tels sont, dans la mesure où je peux vous les rendre sensibles, l’orientation et les repères que je cherche à vous faire partager, en vous proposant ceci : la théorie est malade de la bisexualité. Dire qu’à cette maladie elle était prédestinée, ou qu’elle offrait pour elle un terrain favorable, c’est, parlant de l’analyse, énoncer une tautologie ? Qu’elle ne détourne point cependant du recours à l’image un peu rude tirée de la pathologie générale. Le germe de la maladie était dans l’air. Freud en a été contaminé par Fliess dans sa relation à lui. Par Fliess qui en était, la suite l’a prouvé, un porteur sain. Sur lui, la maladie ne fit pas grand ravage et trouva les théories qu’il produisit comme abcès de fixation.

Pour nous donner un exemple des effets si différents du mot dans l’œuvre des deux hommes, rien n’est plus exemplaire que leurs vues sur la bilatéralité. À travers ce rappel, permettez que je passe très vite. Mâle et femelle, suggéra Fliess, cela pourrait se répartir comme droite et gauche. Resterait à déterminer qui loge à gauche et qui à droite, puis à compléter cette théorie par la remarque que chaque moitié étant à la fois lestée des virtualités mâles et femelles, cela donne un système à deux fois deux éléments contraires. Tout en gardant fermement l’hypothèse que la gauche est vouée au féminin.

L’amitié où circule cette thématisation la rend à Freud utilisable. J’entends par là qu’il peut la faire entrer dans ses rêves, ses écrits et ses lettres à Fliess, en l’occurrence pour en débattre avec lui. Pour faire à Fliess à ce sujet des remarques que je consignerai en vous en faisant la lecture. Elles ont leur importance pour la suite.

Notez d’abord la modestie du ton :

« J’ai eu le sentiment que tu me considérais comme partiellement gaucher. Si c’est le cas, tu devrais me le dire. Il n’y aurait dans cette connaissance de moi {Selbsterkenntnis, self-knowledge, que notre perpétuelle traductrice traduit gaillardement par « idée 34 ») rien de blessant. Tu m’as connu depuis assez longtemps et tu me connais assez pour ne t’en prendre qu’à toi, même s’il est des choses intimes que tu ne connais pas de moi35 ». Suit un double aveu, dont une partie est prise dans un jeu de mots. Freud écrit : « Je n’ai pas conscience d’une préférence, ou d’avoir dans mon enfance eu de préférence pour la main gauche. Je dirai plutôt qu’enfant j’eus deux mains gauches. » La maladresse étant associée à la main gauche, être très maladroit se dit en allemand « avoir deux mains gauches ». Il n’en résulte pas moins, le jeu de mots aidant et l’amitié y donnant un terrain favorable, que Freud parlant de son enfance met ses deux moitiés au féminin ! Il poursuit ainsi : « Il est cependant un point où je ne puis te contredire… Autrefois, il fallait que je réfléchisse pour savoir où était ma droite. Et jusqu’à ce jour je dois déterminer par leur position la droite et la gauche des gens… En général, mon sens de l’espace est mauvais, c’est pourquoi il m’a été impossible d’étudier la géométrie et les sujets apparentés 36. »

— Mais la différence entre le porteur sain et l’homme plus exposé à la force des mots s’illustre dans les lignes qui suivent : « Je sais bien que cette réticence que j’ai à l’endroit de tes idées sur la gaucherie peut avoir des motifs inconscients. Et s’ils sont de nature hystérique, ils n’ont sûrement rien à faire avec le thème en lui-même, mais avec le mot37. » « Le mot qui le désigne », nous confie, à titre semble-t-il strictement personnel, Mme Berman38 39. The word, écrit si compréhensiblement Kris si nous savons que le terme dont se sert Freud est Schlagwort40. De schlagen, « frapper », der Schlag, « le coup ». C’est-à-dire le mot qui frappe, en allemand : le slogan. En raison donc de la valeur frappante du mot. Même si, comme nous l’avons souvent vu l’an dernier, la langue anglaise n’aime pas les mots qui frappent, cela ne peut servir de raison pour nous laisser ignorer, comme le fait Anne Berman, que Freud était, par ce mot, frappé.

Après les pieds, dont nous avons déjà suivi les traces l’année dernière, voici les mains. Main gauche, main droite, dont le jeu pour Freud se prend rapidement dans une dimension où Fliess n’aura jamais accès. La gnose chez Fliess tourne court, à un degré d’initiation qui par rapport à Freud rend modeste la portée de sa grandiose visée ! Dix ans plus tard, en effet, nous voyons déjà à quoi Freud s’était initié quant au discours qui parle du jeu des mains. Dans un court travail dont le titre, « Fantasmes hystériques et leur relation à la bisexualité41 42 », a la même structure (remarquée déjà par d’autres) que le titre du travail sur les jeux de mots n. Dans « Hysterische Phantasien und ihre Beziehung zur Bisexuali-tât », travail que nous pourrions appeler « Sur les jeux de mains », il fait part d’une découverte. Découvrir la pulsion qui domine dans la formation du symptôme hystérique ne suffit pas. Et mettre à jour le fantasme sexuel qui s’y trouve en cause ne sert à rien. Pour trouver la solution, il faut disposer de deux fantasmes sexuels, dont l’un est féminin et l’autre masculin. Le symptôme hystérique est de nature bisexuelle, traduit Strachey. Il a un sens bisexuel (bisexuelle Bedeutung). Ainsi observe-t-on que, dans la crise d’hystérie, la patiente peut d’une main presser son vêtement contre son corps et de l’autre, comme un homme, l’arracher. Où s’anticipe du reste, par devers Freud lui-même et il faut le noter, la difficulté où l’on sera de faire aisément équivaloir passif et féminin, actif et masculin.

Dans pareille scène, vraiment, où est la féminine passivité ?

C’est dans ce déchirement où la main gauche défait ce que fait la main droite, où « l’étoffe même du sujet empêche de donner suite à quelque projet que l’on ait pu entendre y mener à bien », comme l’écrivait Freud au début de sa vingt-quatrième conférence dans ces lignes que par deux fois je vous ai citées 43, que je vous propose de faire avancer notre lecture.

Il ne s’agira pas de dé-lire, comme nous y avons procédé l’année passée. De cette dé-lecture, nous savons déjà le profit que l’on peut faire, et le parti qui peut, au-delà de ce profit, en être tiré de nos jours. De cela, la science qui n’est pas la nôtre peut même trouver à s’accommoder. Il s’agit d’autre chose et de bien plus insupportable, qui du reste sera toujours dénoncé par cette science, laquelle ne peut faire place en son sein à cette forme particulière de la contradiction des énoncés qui est la marque de l’analyse. Non seulement au sens où le travail de Freud sur les « Constructions en analyse 44 » tente d’en faire passer la pilule quant à ce qu’ils ont d’évolutif, mais au-delà, comme dans le cours d’une analyse où se retrouve le changement de sexe de l’objet d’amour. Zone d’achoppement possible de toute analyse de femme hystérique, prototype même de l’analyse et point de rupture de celle qui en donna le premier modèle. Changement de sexe dont le complexe d’Œdipe et de castration peut nous fournir la dialectique, sans alléger pour autant le poids dont c’est miracle que, grâce à l’innocence où nous sommes tous, nous ne soyons pas écrasés, celui de cette représentation de la différence que l’on a nommé bisexualité.

C’est donc par l’autre sexe que nous traçons la voie à ce propos, en risquant l’emporte-pièce de la question qui suit. Si le discours de la science entretient avec la paranoïa comme structure quelques liens de parenté, ne pourrions-nous pas aller jusqu’à dire que le sujet de la théorie analytique est hystérique ? Ou même, allant plus loin, poser ainsi la question : la théorie analytique, est-ce à mettre au masculin ou au féminin ? Question dont l’outrance n’excède en rien ce qu’avance Freud cette année 1905 où il fait paraître, dans une simultanéité de fait, l’analyse de Dora, le travail sur le mot d’esprit et les Trois essais sur la sexualité. Où, au chapitre trois, dans le sous-chapitre traitant de la différenciation entre l’homme et la femme, on trouve ces lignes : « Si l’on pouvait donner aux concepts de masculin et de féminin un contenu plus précis (Tnhalt, et non pas « connotation »), l’on pourrait dire que la libido est invariably and necessarily (Stra-chey) invariablement et nécessairement, régulièrement et réglementairement, ou encore de par la règle et la loi, regel-màssig und gesetzmassig, de nature masculine, chez l’homme ou la femme, et que l’objet en soit l’homme ou la femme 45. »

Comme il s’agit ici de l’un des passages essentiels et de l’un des moments les plus problématiques de l’œuvre, il ne me paraît pas superflu de rappeler ce que le lecteur de la traduction française ne peut savoir, pas plus que le lecteur de l’édition allemande. À savoir que dans ces lignes qui font office de manifeste pour la théorie de la libido, le mot libido est imprimé, jusqu’à l’édition de 1924, en caractères à double espacement et que la longue note qui suit apparaît en 1915, date à laquelle Freud ajoute que le concept de féminin et de masculin, dont l’acception courante paraît si dépourvue d’ambiguïté (la gewohnliche Meinung ; d’où le snobisme de Stra-chey tire-t-il ces « gens ordinaires », ordinary people aux yeux desquels ces notions apparaissent ainsi ?) sont pour la science parmi les plus confuses qui puissent s’y rencontrer. Mais, de ces divers usages possibles, c’est encore l’équation actif-passif qui en 1915 lui paraît essentielle et utile pour l’analyse. Non cependant qu’il ne cède du terrain à l’adversaire qui travaille dans la théorie. Une pulsion est toujours active, précise-t-il, même si son but est passif.

Du reste, à notre interrogation concernant le sujet de la théorie analytique comme hystérique, c’est-à-dire déchiré entre les deux sexes, correspond dans la lettre 63, à laquelle Freud joint le manuscrit M, auquel nous revenons, une plaisanterie qui fait de l’œuvre scientifique une belle conquise par Don Juan. « Je t’envoie, écrit-il, parlant d’une liste de travaux, das Verzeichnis s’àmtlicher Schônen21, la liste de toutes les belles, où il parodie l’air fameux de Leporello dans Don Juan, “citadine, contadine”, etc. : il catalogo. » Et voilà l’œuvre théorique au féminin, conquise par le masculin épis-tolier. Manuscrit M où lui vient le soupçon que l’élément qui principalement, chez tous, est réprimé est le féminin. Les hommes répriment surtout leur élément pédérastique, écrit-il M. C’est ce qu’il croit, au sens où c’est ce que cette amitié lui permet de voir. Comme elle lui permet d’insister sur les demandes émanées de ce qu’il y a, dit-il, de féminin en lui. Comme elle lui permet d’espérer, un jour où les choses vont mal déjà, que Fliess redevienne plus conciliant (Versohnlich bestimmt), au sens où je vous disais que la Versohnung, re-filiation, était aussi le pardon accordé par le père. 46 47

Tel est le gain, gage de bien d’autres pour la théorisation à venir, dont l’amitié abrite le germe. Elle l’abrite. Là est justement la question. Elle ne l’abrite du reste que tant qu’elle dure, comme amitié. Où circule, sans accrochage majeur, un concept de bisexualité dont l’émancipation comme force autonome sourdement au travail dans l’œuvre, pour la pousser et la miner d’un même mouvement, sera le gain obtenu dans la rupture avec Fliess.

D’une autre façon encore, on pourrait, de ces lettres à Fliess qui constituent une part déterminante du texte freudien à ses débuts, dire dans un même temps et sans formuler pour autant une série d’équivalences, qu’elles font de ce texte le premier texte analytique, qu’elles en font adresse à l’autre et qu’elles sont vectrices d’un transfert. Ces lettres sont une écriture de Freud qui pour autant ne fait pas de lui un écrivain, bien qu’il ait inlassablement écrit, mais le premier analyste. Reste encore à mettre au clair si après lui un analyste peut ou non l’être sans écrire, sujet au goût du jour. Ces lettres à Fliess sont de l’écrit la part où s’écrit l’amitié, cette amitié dont il y est aussi écrit que l’effet est sensible sur le travail. Travail d’écriture notamment, tant même que l’effet peut en être suivi, décroissant dans le temps qui sépare les congrès qui le relance. Freud l’avoue.

C’est ce dont on ne peut que dire que cela ne peut se concevoir – non point en vertu d’une visée qui se voudrait totalisante mais en raison même du geschehen en question, de P « arrivé » dont nous parlons – que cela ne peut, disais-je, se concevoir sans que Freud n’ait écrit ces lettres, sans qu’il n’ait eu Fliess comme interlocuteur, sans qu’il ne l’ait dans ses lettres appelé ami. Eléments entre lesquels nous ne pouvons établir de rapport autre que celui dont le modèle intuitif est l’emboîtement. De cette œuvre écrite, une part nous est revenue par la volonté du testataire, qui sans être Publikationlustig, ne nous contraint pas moins à devenir théoriciens de la science qu’il fonde, à simplement rendre public son écrit. Et une autre part nous est revenue grâce à un tour du sort que l’auteur n’avait pas prévu. La première nous commande d’y articuler la seconde, les lettres. C’est en soi un travail analytique, qui retrouve son modèle général, de ne pouvoir être fait que dans la mesure où il tend à épuiser les possibilités qu’il y a de le faire. Ce travail ne peut que tendre à cet épuisement. Chaque analyste, s’il participe à ce travail, comme dans une analyse, porte un pouvoir virtuel d’éloigner cet épuisement par le mouvement même qui tend à l’effectuer. Virtualité dont le modèle, consigné dans le texte de mise en œuvre, est précisément ce que Freud revendique de ce que Fliess lui a reproché.

Ce qui nous autorise à dire « en temps actuel », parlant ici et aujourd’hui, que l’amitié de Freud et de Fliess permet à Freud dans sa phase ascendante de pousser assez loin la pointe guerrière qu’est son questionnement du père. Afin que malgré son retrait ultérieur il reste assez d’avancée pour établir in extremis dans le Mo'ise la fonction du nom du père et la place du père mort. Cette amitié permet, même après que l’introduction du concept de bisexualité commence à produire ses effets, effets que Freud mènera à leur aboutissement (ou presque), qu’il livre lui-même ce qu’il connaît de ce qu’il considère comme son homosexualité. Dans le discours de cette amitié, la bisexualité circule tout un temps dans un tamponnement de ses effets, ultérieurement inévitables, tant qu’elle est expressément placée sous l’autorité du savoir que Freud prête à Fliess. Savoir sur le destin, qui est une option prise sur une Wêltanschauung, aussi modeste que nous en paraisse la portée. Freud ne s’y est jamais trompé, lui qui appelle « grandiose » la vision fliessienne. Lui, Freud, a les éléments d’une théorie du fonctionnement d’une partie du psychisme responsable des névroses. Il n’a pas de W eltanschauung. Cela viendra plus tard. S’il ne l’a pas, ce n’est pas que sa relative jeunesse mette pour lui hors d’atteinte une vision du monde. La jeunesse est, pour de fortes raisons, au contraire très portée aux visions d’ensemble. Il ne l’a pas, pas encore. Parce que Fliess l’a. Parce qu’elle n’est pour son travail, son itinéraire, son texte enfin, pas encore requise. Rien ne l’appelle, rien ne l’exige. Elle ne tardera pas à signaler son approche. Elle exigera de lui la construction du corps même de sa théorie. Celle qui, plus que l’Interprétation des rêves ou le Mot d’esprit, sera au programme de l’enseignement théorique de tant d’instituts d’analyse. Celle aussi, le fait doit être noté, qui correspond à l’idée que l’on se fait de l’analyse dans le public dit informé. Mais si l’amitié de Fliess lui permet de poser pour toujours les jalons avancés de son aventure avec le complexe paternel, à laquelle nous nous sommes consacrés l’année passée, si elle permet aussi à Freud » tant qu’elle dure, de ne pas produire ses propres visions grandioses, c’est que de quelque façon elle l’abrite de quelque chose. De quoi et comment ?

Une amitié au sens du mot qui justifie notre attention est une relation où pour l’ami, l’ami est unique et il est le préféré.

Ce rappel peut indiquer, sur notre voie, une direction à suivre.