28.

Ce ne serait pas une mauvaise idée que de publier ces lettres. Merci, chère amie, pour la suggestion ! A dire le vrai, vous m’en avez à moitié retiré l’envie. Car si vous êtes réellement sérieuse en me conseillant de les remanier, je suis décidé à n’en rien faire ; j’ai assez de travail dans l’exercice de ma profession. C’st par plaisir que j’écris ces lettres et le travail n’est pas pour moi un plaisir.

Mais j’espère que vous plaisantez. Je me représente d’une manière très vivace la gravité avec laquelle vous m’écriviez pour me mettre en garde contre mes fautes et mes exagérations, mes contradictions et mes « traits d’esprit », charmants dans le commerce amical, mais impossibles pour le public ; c’est une sorte de petite rechute du temps où vous passâtes vos examens de professeur. Je me suis toujours fort diverti à vous voir soudain devenir très digne ; il me semblait à tout instant que vous alliez lever un index menaçant ; animé d’idées irrévérencieuses, je posais votre main sur votre dos, y glissais en pensée une baguette et ornais votre nez d’un lorgnon. Et ce personnage de professeur de Lämpel, mis au féminin et ravissant, me paraissait si irrésistible que je vous laissais discourir encore un bon moment rien que pour me délecter du contraste entre votre nature et votre apparence. Mais aujourd’hui, je vais souscrire sérieusement à vos avertissements sérieux.

Pourquoi dois-je priver mes semblables de la joie de trouver des fautes dans mes lettres ? Je sais combien les gens irréprochables peuvent paraître insupportables — chez nous, les Troll, on les appelait les anges collants — je sais le plaisir que me cause la découverte d’une bêtise et je ne sus pas assez égoïste pour le dénier à d’autres. En outre, je me figure faire ainsi œuvre suffisamment utile pour que l’inutilisable n’entre plus en ligne de compte. Je veux ou je suis obligé de me le figurer, autrement l’adoration de soi s’évanouirait et sans elle, je ne veux pas vivre. C’est un processus semblable à celui que j’ai essayé d’expliquer lors de notre conversation à propos des éruptions au visage, des mauvaises haleines. On ne sait pas très bien si un penchant sera réciproque, on voudrait bien le savoir et on s’octroie quelque détail rebutant. « Si je plais à mon adoré en dépit d’un nez enrhumé ou de pieds qui transpirent, c’est qu’il m’aime vraiment, » se dit le Ça. C’est ce que pense la fiancée quand elle a des caprices, c’est ce dont se persuade le fiancé quand il boit du vin avant de se rendre chez sa bien-aimée, c’est ce que pense l’enfant quand il est méchant et c’est ce que pense mon Ça quand il glisse une faute dans mes travaux. Je ne toucherai donc pas plus à mes fautes que je ne l’ai fait dans mes publications précédentes, malgré les avertissements amicaux et hostiles.

Il y a quelques années, il m’est arrivé d’envoyer un manuscrit à un excellent ami, à l’opinion duquel j’attachais beaucoup d’importance. Il me répondit par une lettre charmante, remplie de grands éloges, mais il trouvait que la chose était beaucoup trop longue et beaucoup trop crue. Cela ressemblait à un embryon avec des instruments sexuels fantastiquement développés. Je devais couper, couper, coupe et cela deviendrait un bel enfant. Et pour me rendre compte de ce qui était à supprimer, que j’agisse donc comme cet homme qui avait envie de se marier. Quand il s’apercevait qu’il était prêt à tomber amoureux, il s’arrangeait pour aller aux toilettes aussitôt après la souveraine présomptive de son cœur. « Si l’odeur m’est plaisante comme celle des gâteaux tous frais sortir du four, je l’aimerai. Si cela pue, je la laisserai courir. » J’ai appliqué la recette de mon ami, mais tout ce que j’avais écrit sentait pour moi le gâteau frais et je n’ai rien supprimé.

Je vais vous faire une proposition. Laissons les bêtises où elles sont, mais vous m’écrirez chaque fois que vous trouverez une faute. Je la corrigerai quelques lettres plus tard. Ainsi, le lecteur consciencieux s’amusera tout son saoul à adopter l’attitude du professeur de Lämpel ; quelques pages plus loin, il s’irritera de la correction et ce sera notre tour de nous amuser. D’accord ?

Parlons donc des fautes que je devrais supprimer. D’abord, il y a l’histoire de la création d’Ève. Elle vous a choquée tout de suite. Et maintenant, vous appelez à votre aide l’artillerie lourde de la science et me démontrez que cette légende ne sort point de l’âme populaire, mais doit son existence à une adaptation délibérée de l’Ancien Testament par les prêtres. Il est probable que vous avez raison ; tout au moins ai-je lu, moi aussi, cela quelque part. Mais cela m’a laissé froid, comme beaucoup d’autres choses. Pour moi, la Bible est un livre distrayant, propre à la méditation et plein de belles histoires, d’autant plus remarquables qu’on y a cru pendant des millénaires et aussi parce qu’elles ont joué un rôle prépondérant dans le développement de l’Europe et représentent pour chacun d’entre nous un peu de notre enfance. Le fait de savoir qui a inventé ces histoires intéresse ma curiosité historique, mais ne touche pas l’homme qui est en moi.

Je reconnais que les prêtres ont inventé ces histoires. En cela, vous avez raison. Mais à présent, tirez-en la conclusion : cette saga de la création ne peut pas, comme je l’ai essayé, être utilisée comme une preuve de la théorie enfantine selon laquelle la femme est le résultat de la castration de l’homme. Et en cela, vous aurez tort. Je n’oserais pas affirmer que l’enfant a dès le commencement cette conception de la création de la femme par la castration ; je tiens pour beaucoup plus probable qu’à l’origine, il connaît pour le moins le mécanisme de la naissance avec autant de précision que faire se peut et ceci par expérience personnelle. Sur cette connaissance originelle se greffe ensuite, exactement comme cela a eu lieu pour l’Ancien Testament, l’idée de castration suggérée par les prêtres s’occupant de la jeunesse, les parents et les autres sages ; et, tout à fait comme l’humanité judéo-chrétienne a cru pendant des millénaires aux contes magiques des prêtres, l’enfant croit aux contes magiques de ses propres observations et aux mensonges éducatifs. Et comme la croyance à la naissance d’Ève hors de la côte d’Adam a contribué et contribue au dédain millénaire de la femme avec tout ce que cela comporte de bon et mauvais, ainsi, la croyance à la castration façonne sans cesse notre propre âme jusqu’à la fin. En d’autres termes, il est à peu près indifférent qu’une idée croisse d’elle-même ou soit imposée de l’extérieur. Ce qui importe, c’est qu’elle se répande jusqu’aux abîmes de l’inconscient.

A cette occasion, je veux vous faire part aussi d’une idée Troll sur la création d’Adam. Il a été, vous le savez, animé par l’haleine vivante de Jehovah lui a soufflée dans le nez. Cette curieuse voie par le nez m’a toujours frappé. Par conséquent, me suis-je dit, il faut que quelque chose d’odorant ait donné vie à Adam. Ce que pouvait être cette chose odorante devint évident pour moi à la lecture du récit de Freud sur le petit Hans. Cela m’a semblé très clair, mais vous n’êtes pas obligée d’accepter mon explication. Le petit Hans est — à sa manière enfantine — d’avis que la « crotte », la saucisse de la selle, est à peu près semblable à un enfant. Votre tout dévoué Troll a l’idée que cette vieille déité a créé l’homme de sa « crotte », que le mot « terre » n’a été mis là à la place du mot « crotte » que par décence. L’haleine vivante et son odeur vivifiante a dû être « soufflée » par la même ouverture d’où était sortie la crotte. Après tout, la race humaine vaut bien un pet !

Qu’en dites-vous, très chère amie ai-je dégagé du récit d’Adam la théorie enfantine de la naissance par le derrière ou serait-elle issue du soulagement ineffable que les auteurs de la Bible, semblables en ceci aux autres humains, ressentent à la suite de l’évacuation ?

La deuxième erreur que laquelle vous attirez mon attention m’a rendu pensif. Elle serait facile à écarter, mais je n’en ferai rien non plus. Laissez-moi vous dire pourquoi. Lors de la discussion du complexe de castration, j’ai raconté un épisode du Roman de Renart et y ai attribué à Ysengrim, le loup, un rôle qui revient en réalité à Tibert, le chat. Les origines de ce quiproquo sont, je crois, confuses. Je doute de pouvoir les démêler.

Une chose, en tout cas, est claire : le complexe du loup est si puissant en moi qu’il attire à lui des matières qui n’ont rien à voir avec lui. Pour compléter ce que j’ai déjà dit à ce sujet, je vais vous raconter une aventure de mon enfance. Lina et moi — nous devions avoir dix et onze ans — avions donné avec quelques amis une représentation du Chaperon Rouge de Tieck. Le rôle du loup m’était échu et je l’ai joué avec une passion toute spéciale. Parmi les spectateurs se trouvait une petite fille de cinq ans, du nom de Paula. Je détestais cette Paula, qui était une favorite de ma sœur, et j’éprouvai la plus grande satisfaction à la voir éclater en sanglots au beau milieu de la représentation par peur du loup. On dut interrompre la pièce et j’allai après d’elle, enlevai mon masque de loup et cherchai à la calmer. C’était la première fois que quelqu’un avait peur de moi et, à ma connaissance, la première fois que je ressentis un malin plaisir au malheur d’autrui. Et c’était le loup qui provoquait cette peur. Cet événement est resté dans ma mémoire, peut-être aussi parce que parmi les « acteurs » se trouvaient cette Alma, dont je vous ai parlé plusieurs fois, et un homonyme à moi, Patrick, chez lequel j’ai vu la première érection.

Cet homonyme était en réalité un camarade de mon frère Wolf, il avait donc un an de plus que moi. Toutefois, et pour je ne sais quelle raison, il était resté à l’école préparatoire où j’étais moi-même, alors que Wolf était entré au lycée. Nous, les garçons, nous nous baignions beaucoup à cette époque pendant les chaleurs de l’été et nous avions une cabine de bains commune. C’est là que mon homonyme nous donna le spectacle d’une érection ; il a dû aussi faire quelques mouvements de masturbation ; tout au moins appela-t-il notre attention sur une sécrétion claire et filamenteuse qui formait goutte au bout de l’urètre et prétendit que c’était le signe précurseur de l’éjaculation pour laquelle il serait bientôt mûr. Cet incident est resté obscur dans mon souvenir, j’ai l’impression de n’avoir pas bien compris et d’avoir regardé, sans en être tracassé pour autant, une chose qui m’était inconnue. En revanche, j’ai gardé très vivant en ma mémoire un autre jeu. Mon homonyme repoussa son membre et ses testicules en arrière, les coinçant entre ses cuisses et prétendit être devenu une fille. J’ai souvent répété ce geste devant la glace et en ai éprouvé chaque fois un étrange sentiment de volupté. Je considère cet incident comme particulièrement important parce qu’il montre clairement le désir de castration sans l’adjonction de la peur. Pour moi, personnellement, je n’ai jamais pu douter de ce désir de castration ; cela m’a été confirmé çà et là par certains phantasmes, au cours desquels j’essaie de me représenter les sensations d’une femme pendant l’acte d’amour : comment le membre est introduit dans l’orifice et s’y meut, les effets que cela doit produire. Mais depuis ce jour où mon homonyme est « devenu une fille » j’ai également observé d’autres hommes et j’ai pu établir que ce désir sans angoisse de devenir fille est commun à tous les hommes. Pour cela, il est inutile de se lancer dans des recherches prolongées. On se contentera de passer en revue les jeux amoureux entre homme et femme ; on sait notamment que la variation où l’homme est couché au-dessous de la femme se pratique à l’occasion un peu partout, car, à la longue, aucun couple humain ne s’en est tenu à l’acte sexuel dit normal et pour l’amour duquel tout le reste a été qualifié de pervers. Pour peu que l’on estime qu’il vaille la peine de considérer cet objet de plus près — et le médecin, tout au moins, devrait susciter en lui assez de curiosité professionnelle pour le faire — on découvrirait facilement chez des amis et des connaissances des « fantaisies » conscientes du genre de celles dont je vous entretenais tout à l’heure ; et s’il arrive vraiment une fois que ces désirs féminins aient été complètement refoulés hors du conscient, il suffit de soumettre ces « sexuels normaux » à une analyse de leur attitude pendant qu’ils mangent, encore plus pendant qu’ils boivent, qu’ils se brossent les dents, qu’ils se nettoient les oreilles. Les associations sautent alors aussitôt à toutes sortes d’habitudes, fumer, monter à cheval, se fourrer les doigts dans le nez et autres choses. Et là où tout a échoué, parce que la résistance née de la volonté d’être viril a été trop forte, il reste la forme banale des maladies, la constipation, avec la satisfaction du désir par la poussée des fèces dans l’orifice du derrière, les hémorroïdes, qui localisent l’excitation à cette porte du corps, le gonflement du ventre avec sa « symbolisation » de la grossesse, le clystère, l’injection de morphine et les mille utilisations de la vaccination, devenue de mode dans notre ère de refoulement, les maux de tête, avec leur apparentement aux douleurs de l’accouchement, le travail, la création d’une œuvre, de « l’enfant spirituel » de l’homme. Mettez mon affirmation à l’épreuve, combattez ci, prenez d’assaut là, la résistance des êtres humains, un jour — la plupart du temps très vite — revient le souvenir, soudain conscient, de ce qui avait été refoulé et vous entendrez alors que, comme nous, qui somme moins « normaux », « Oui, j’ai sucé la poitrine d’une femme et si je ne l’ai pas fait en réalité, je me le suis imaginé ; oui, j’ai introduit mon doigt dans mon derrière et ce n’était pas seulement parce que je voulais apaiser des démangeaisons ; oui, je sais que le désir d’être femme peut s’éveiller en moi. »

Mais je bavarde et je ne vous renseigne point sur la raison pour laquelle j’ai, au lieu du chat, fait du loup l’émasculateur et pourquoi le prêtre, qui, dans cette scène du Roman de Renart, s’est vu dérober ses parties sexuelles, devait devenir un paysan.

En ce qui concerne la deuxième confusion, la raison en est facile à deviner. Du prêtre à Pater, le père, qui doit être châtré, il n’y a qu’un pas et au mot pater s’assimile Patrick, à cause de l’analogie sonore. La menace exercée sur ma propre personne par les dents de l’animal me poussa au refoulement et à l’erreur de mémoire. On découvre là le singulier humour du Ça. Il permet que ma peur écarte le pater-Patrick, mais m’oblige à prendre à la place un paysan (et Georg — paysan — est, comme vous le savez, mon second prénom). C’est ainsi que nous nous raillons nous-mêmes.

Néanmoins, pourquoi ai-je transformé l’innocent chat et chasseur de souris en ce loup infiniment plus dangereux ? Pater et « Kater 14 », cela rime et pour quelqu’un comme vous ayant le goût des rimes, le mot « Vater 15 » vient aussitôt l’esprit ; et l’inconscient a, lui aussi, le goût des rimes. Donc, le « Vater » — le père — a été refoulé. Il est sans aucun doute plus terrible que le loup. Ce ne sont pas les couteaux qui lui manquent, car il était médecin, alors que Frère Wolf — loup — avait tout au plus un canif, le dimanche s’alignait à côté de l’assiette de mon père tout un assortiment de couteaux à découper, dont quelques-uns offraient une fâcheuse ressemblance avec le couteau de l’Ogre. L’idée aurait pu lui venir d’essayer sur ma petite queue le fil de ces couteaux ; quand il les avait aiguisés un instant sur le rebord de son assiette retournée, cela prenait un aspect dangereux. Et voici que je me souviens pourquoi je le comparais à un matou. Une de ses admiratrices avait loué ses belles jambes et pour lui plaire, il se promenait, tout en trébuchant, dans de hautes bottes. « Le Chat Botté », c’est cela qu’il était et, à cette époque, je faisais de cette lecture mes délices ; je venais, de plus, de me procurer, plus ou moins en fraude, une série de petites images d’album qui illustraient le conte « en couleurs ».

A présent, tout est clair : pour qui est atteint de la peur de la castration, le père est plus dangereux que le frère, le « chat », qu’il voit tous les jours, plus redoutable que le loup, qu’il ne connaît que par ouï-dire ou par les contes. Et puis, le loup ne dévore que les moutons, et je ne me croyais pas plus bête à cette époque que je ne le fais aujourd’hui ; en revanche, le chat, le matou mange les souris — même dans le Roman de Renart — et la partie menacée de castration, la queue, est une souris qui rentre dans son trou ; la peur que les femmes ont de souris en témoigne ; la souris se glisse sous les jupes, veut se réfugier dans le trou qui y est caché.

Derrière cette peur que le « Père Botté » ne mangeât ma « souris », se dissimule encore quelque chose, quelque chose de démoniaque, d’horrible. Le « Chat Botté » oblige l’enchanteur, qui se transforme en un éléphant, à prendre aussi l’aspect d’une petite souris. Les symboles de l’érection et de la relaxation sont évidents et comme à l’âge où je lisais ce conte et regardais les illustrations de Kaulbach pour Renart, je ne connaissais certainement pas ces phénomènes par expérience corporelle personnelle, je ne serais pas loin de conclure que l’enchanteur qui devient successivement un animal à trompe et une souris était mon père, son château et son royaume ma mère et le Chat Botté moi-même, comme j’étais aussi le propriétaire du Chat, le plus jeune fils du meunier. Comme je me rendais compte que je ne pourrais jamais anéantir l’homme tout entier dans sa taille d’éléphant, il me sembla judicieux d’avaler au moins le petit père symbolique, la souris, le membre du père. Et j’ai comme une impression que j’ai dû porter à cette époque les premières bottes à revers de ma vie. Dans le conte comme dans les images je percevais vaguement ma propre castration et, bien plus affreux encore, le désir criminel d’engloutir la souris du père pour pouvoir posséder la mère ; les deux furent refoulés et il ne resta plus que la rivalité sans danger avec le frère Wolf-Loup. Ainsi, la transformation de prêtre pater en paysan Georg peut être certainement puni par la castration du coupable. Mon Ça, lequel, semble-t-il, est nanti d’une conscience malheureuse fort vulnérable, refoula le crime et ne laissa subsister que la pénitence, en sorte que le désir n’eût pour ainsi dire aucune existence.

Puis-je encore attirer un instant votre attention sur les bottes ? On les rencontre aussi dans le conte du Petit Poucet et elles doivent probablement être considérées comme le symbole de l’érection. Ceci dit, vous êtes libre de choisir l’interprétation qui vous conviendra. D’abord, les bottes pourraient être la mère, ce qu’elles sont, à mon avis ; la mère, donc la femme qui, avec les orifices du derrière et du vagin, possède deux tiges de bottes. Ce pourrait être aussi les testicules dans leur parité, les yeux, les oreilles, peut-être aussi les mains, lesquelles, par le jeu préliminaire, préparent au bond de sept lieux de l’érection et à l’onanisme.

Et me voici arrivé au troisième motif de refoulement, l’onanisme, un prétexte de refoulement qui m’est tout à fait personnel ; il n’est pas supporté par le conte, mais probablement par des expériences intimes. A cette époque, j’appris que, de temps à autre, le matou dévore ses petits. Si je suis le matou, mon « petit » aura été ma queue, que le jeu de bottes des deux mains de l’onanisme voue à la disparition. Mauvaise habitude.

Vous le voyez, pour peu que je m’en donne la peine, je suis capable de trouver de passables raisons à mes erreurs. Mais je répugne à ce genre de procédé. Je m’octroie le droit de me tromper, quand ce ne serait que parce que je tiens la vérité et la réalité pour des biens douteux.

Mille choses pour vous et les vôtres

Patrick


14   Kater — le matou, en allemand.

15 Vater — père.