29.

Vous ne répondez pas, chère amie, et je tâtonne dans les ténèbres sans savoir si vous êtes fâchée ou, selon l’expression consacrée, parce que « vous n’avez pas le temps ». Je vais donc tenter ma chance et continuer à vous raconter mes histoires de bêtes, sans bien savoir si vous autorisez la publication des lettres avec leurs fautes.

Je vous ai rapporté vos sensations à la vue d’une souris, mais je n’en ai dit que la moitié. Si la souris ne représente que le danger de la voir se glisser sous les jupes, la peur ne serait pas aussi grande qu’elle l’est en réalité. La souris, avec ses grignotements, est l’être-symbole de l’onanisme et, par conséquent, de la castration. En d’autres termes, la fille a la vague idée : c’est ma queue qui trottine là sur pattes ; elle m’a été retirée par punition et, par punition encore, a été dotée d’une vie personnelle.

C’est une espèce de croyance aux fantômes, de superstition. Quand on remonte aux sources d’une histoire de revenants, on rencontre toujours très vite le problème de l’érotisme et la Faute.

Cette singulière « symbolisation » de la souris en membre se glissant de-ci de-là sur quatre pattes me rappelle un animal apparenté à la souris, le rat, qui, à côté du loup et du chat, apparaît comme symbole châtreur. Assez curieusement, cette forme de symbole est la plus terrible et la plus repoussante des trois. A dire le vrai, le rat est moins dangereux que le loup et le chat. Mais il réunit en lui les deux intentions de castration : celle de l’enfant et celle du père. Parce qu’il ronge tout ce qui dépasse, l’enfant le considère comme dangereux pour son nez et sa verge ; mais par sa forme et sa nature, il est la queue du père personnifiée, coupée, le spectre du désir criminel d’attenter à la virilité du père. Et parce qu’il se mêle de tout et pénètre toutes les obscurités, il est en même temps la faute symbolique et la curiosité insistance des parents. Il vit dans la cave. Haï, haï.

Dans les ténèbres de la cave, il y a aussi le crapaud, humide au toucher et flasque. Et la croyance populaire le prétend venimeux. Des petits crapauds gentils, c’est quelque chose qui ne vaut rien à la lumière du jour, ce petit animal des jouvencelles, qui n’a pas encore la chaleur constante de l’amour et n’est humide que de concupiscence cachée. A lui s’adjoint en contrepartie de la souris grignotante, avec son pelage velouté, la fille précoce en quête de lard. Et tout à côté surgit, utilisé dans toutes les langues, le mot chaton ; il désigne la douce toison frisée du sexe féminin, les parties elles-mêmes et aussi la femme souple, chat noir 16, le chat qui attrape la souris, exactement comme la femme engloutit avec son sexe « la souris » de l’homme.

Vîtes-vous jamais les dessins enfantins représentant les parties sexuelles féminines que les jeunes garçons tracent sur les murs et les bancs avec une lascivité stupide ? Ils vous donnent l’explication de l’expression « mein Käfer 17 » appliquée à la jeune fille aimante et tout à coup, le sens du mot « araignée » — employé péjorativement pour désigner une femme — devient clair : l’araignée file des toiles, bâtit des pièges et suce le sang des mouches. Le célèbre proverbe à propos des araignées : matin chagrin, soir espoir 18, dépeint la position de la femme vis-à-vis de sa sexualité ; plus l’ardeur de la nuit d’amour a été brûlante, plus elle est abattue au réveil en guettant sur le visage de l’homme ce qu’il peut bien penser de ses transports nocturnes. Car la vie moderne impose toujours davantage à la femme une noblesse d’âme qui semble prohiber toute volupté.

Les symboles ont une double signification : l’arbre, quand vous en contemplez le tronc, est un symbole phallique, particulièrement décent, autorisé par les usages ; car la plus prude des demoiselles n’a pas honte de regarder au mur l’arbre généalogique de sa famille, alors qu’elle devrait savoir que les cent organes de reproduction de ses ancêtres bondissent hors de l’image de toutes leurs forces turgescentes. Néanmoins, l’arbre devient un symbole féminin aussitôt que se présente l’idée du fruit 19 — avant que j’oublie : depuis quelques semaines, je m’amuse à demander à tous les habitants de ma clinique le nom des arbres qui se trouvent à l’entrée. Jusqu’ici, je n’ai encore reçu aucune réponse exacte. Ce sont des bouleaux ; ils fournissent les ramilles desquelles on fait des verbes, tant craintes et encore plus désirées ; car dans toutes les polissonneries des enfants et des grandes personnes, il y a la nostalgie de la rougeur cuisante des coups. Et au portail, placé de façon que chacun trébuche dessus, il y a un chasse-roue, rond et saillant comme un phallus ; personne ne le voit non plus. C’est la pierre d’achoppement et de l’irritation.

Excusez cette interruption. D’autres symboles sont également à double signification, l’œil, par exemple, qui reçoit des rayons et en envoie, le soleil, qui en fécondité est la mère et par ses rayons d’un jaune doré est homme et héros. Il en est donc de même pour les animaux, le cheval, surtout ; tantôt, on le chevauche comme une femme ; telle la femme aussi, qui, pendant la grossesse, transporte le fruit de son corps, il porte un être vivant ; tantôt, comme l’homme, il traîne avec lui le fardeau de la famille et « galope » avec un enfant joyeux juché sur ses épaules ou sur ses genoux.

Cette double utilisation symbolique des animaux vient à l’appui d’un singulier processus de mon inconscient, né du complexe de castration. Quand je rencontre et regarde une charrette attelée de bêtes à cornes, je ne sais jamais si ce sont des bœufs ou des vaches qui la tirent. Je cherche pendant un bon moment avant de trouver les indices de la différence. Il n’y a pas qu’à moi que cela arrive ; beaucoup de gens sont dans mon cas et ceux capables de reconnaître si c’est un canari mâle ou femelle qu’ils ont devant eux sont vraiment rares. Chez moi, cela va un peu loin. Quand je vois une basse-cour, je sais reconnaître un coq des poules ; s’il se trouve parmi elles de jeunes coquelets, je les distingue mal et quand je rencontre une volaille solitaire, je suis obligé d’avoir recours au hasard pour établir son sexe. Je ne me souviens pas d’avoir consciemment vu un étalon, un taureau ; un mouton, un mouton, et bien que je sache théoriquement ce qu’est une jument ou un cheval hongre, un mouton ou une brebis, je ne peux pas me servir sans plus pratiquement de ces connaissances, et ne sais pas avantage où et quand je les ai acquises. Cela doit tenir à l’action prolongée d’un vieil interdit, mêlé à la phobie inconsciente de ma propre émasculation. A l’âge imposant de cinquante-quatre ans, je suis devenu propriétaire d’un beau matou. Dommage que vous n’ayez pas assisté à ma stupéfaction quand je me suis aperçu de l’existence de ses testicules.

Et me voici revenu à la castration ; je voudrais pourtant encore dire deux mots des animaux utilisés comme symboles et qui mènent dans les obscures ténèbres de l’âme humaine une vie étrange. Vous souvient-il encore de la visite que nous fîmes en commun sur la tombe de Kleist, à Wannsee ? Il y a bien longtemps ; nous étions tous deux encore jeunes et pleins d’enthousiasme et nous attendions de ce pèlerinage au mausolée de notre poète préféré Dieu sait quelle exaltation. Et cependant que, pénétrée de vénération, vous vous penchiez sur le lieu sacré et que je cueillais une feuille de lierre, une malheureuse petite chenille tomba sur votre nuque ; vous poussâtes un cri, pâlîtes, vous mîtes à trembler et Kleist et le reste furent aussitôt oubliés. Je ris, enlevai la chenille et fis l’homme fort. Mais si vous n’aviez pas été si absorbée par votre propre peur, vous auriez sans doute remarqué que j’avais retiré la chenille avec la feuille de lierre, parce que le contact de l’animal me dégoûtait. Que peuvent la force et le courage contre le symbole ? Quand, à la vue de cette petite « queue » à mille pattes et rampante, nous sommes accablés par la masse de l’inceste avec la mère, l’onanisme, la castration du père et de soi-même, nous redevenons des enfants de quatre ans et nous n’y pouvons rien.

Hier, je traversais le Rondell, où il y a cette jolie vue et où se donnent rendez-vous les voitures d’enfants, des gosses et des bonnes d’enfants. Une petite fille joufflue de trois ans apportait, toute rayonnante, un long ver de terre à sa mère. L’animal se tortillait entre les petits doigts dodus ; cependant, la mère poussa un cri et donna une tape sur la main de l’enfant : « Pfui, bah, bah… » s’exclama-t-elle, du bout de son ombrelle, rejeta le ver loin d’elle, continua pâle d’effroi, à gronder l’enfant et essuya avec zèle les mains de la petite fille qui pleurait. Je me serais volontiers fâché contre la mère, mais je ne la comprenais que trop bien. Un ver rouge qui se glisse dans un trou, que peut contre cela toute la sagesse darwinienne à propos du travail de mine du ver de terre.

« Pouah, bah, bah… » La science éducative de la mère ne va pas plus loin. C’est ainsi que l’on dégoûte l’enfant de tout ce qu’il aime. Et on ne peut rien dire là-contre. Le plaisir qu’il prend à uriner et à pousser ne peut pas être toléré, autrement, pense-t-on — je ne sais si c’est vrai — l’être humain resterait sale. Mais je vais pourtant vous prier, au nom de la recherche scientifique, de vous laisser couler l’urine sur les bras et sur les cuisses, sans cela vous ne croirez jamais que l’enfant en jouit et continuerez à tenir les adultes, qui, de temps à autre, s’offrent ce plaisir, pour pervers, contre nature, luxurieux, malades. Malade, c’est de cela qu’on a peur. Essayez. Le difficile, c’est de le faire sans préjugé. C’est d’une difficulté presque insurmontable. L’on m’a fait de cette expérience — car vous n’êtes pas la première à qui je la recommande — des descriptions et, pour autant que je sache, dune manière générale, on a commencé par éloigner de la maison quiconque s’y trouvait, s’est enfermé dans la salle de bains et installé nu dans la baignoire, ce que j’avais conseillé, afin de pouvoir aussitôt se nettoyer. Dire que l’on porte constamment en soi, sans y prêter une seconde sa pensée, ce liquide qui nous paraît si sale sur la peau ! Les gens ne sont-ils pas singuliers ? Enfon, en dépit de tous ces préparatifs, malgré la crainte de commettre un acte défendu, la jouissance vint. Il ne s’en est pas trouvé un seul qui eût osé nier en avoir éprouvé de la volupté. Quelle fantastique quantité de forces refoulées n’a-t-il pas fallu pour qu’une peur aussi démesurée pèse sur un geste accompli par l’enfant avec tant d’ingénuité ? Et que dire de la tentative de « faire » sous soi et de se rouler dedans ? Rien que la manière de s’y prendre exige des journées entières de cassements de tête et à peine deux ou trois de ceux qui, désireux de s’instruire des mouvements de l’inconscient, se livrent à son étude sous ma direction, en ont eu le courage. Ah ! chère amie, quand vous lisez quelque chose de philosophique, agissez comme on le faisait pour les devoirs de Karlchen Miessnick et opérez de même pour mes lettres. Face à l’absurde, le sérieux n’a aucune raison d’être. Seule, la vie elle-même, le Ça a une notion de ce qu’est la psychologie et le uniques intermédiaires par le verbe dont il se sert sont les quelques grands poètes qui ont existé.

Ce n’était pas de cela, toutefois, que je voulais parler, mais de l’effet que les « Pouah, bah, bah… » exercent sur notre attitude en ce qui concerne le ver de terre, effet que vous pourrez ensuite reporter à votre gré sur d’autres animaux, plantes, gens, idées, agissements et objets mis à l’index. Je laisse cela à votre bon sens. Et n’oubliez pas, ce faisant, de vous rendre un compte exact de la difficulté que présente toute étude des sciences naturelles. Freud a écrit un livre sur les prohibitions qui frappent les hommes ; il appelle cela le tabou. Lisez-le ! Et ensuite, prenez un quart d’heure et faites en imagination le tour de tout ce qui est « tabou ». Vous en serez effrayée. Et vous serez aussi étonnée de ce que le génie humain a néanmoins réussi à accomplir. Et finalement, vous vous demanderez : quel peut être le motif du Ça humain de jouer si curieusement avec lui-même, de se créer des obstacles uniquement pour les franchir ensuite avec beaucoup de peine ? En définitive, vous serez saisie de joie, une joie… vous n’avez pas idée de l’immensité de cette joie. Je pense, quant à moi, que le sentiment de la vénération doit ressembler à cela.

Vous le savez, l’éducation ne supprime pas, elle ne fait que refouler. Jusqu’au plaisir procuré par le ver de terre qui ne se laisse pas tuer ! Il reparaît sous une forme singulière, celle de l’ascaride. Les germes de cet hôte de nos intestins sont partout, du moins je le pense ; ils s’introduisent dans le ventre de tous les humains avec une fréquence répétée. Mais le Ça n’en a pas l’emploi et les extermine. Un beau jour, le Ça de telle ou telle personne, brusquement redevenu enfant et repris par ses passions puériles, est envahi par le nostalgique souvenir du ver de terre. Et vite, il s’en construit une copie avec des œufs d’ascaride. Il se rit du « Bah, bah… » de la gouvernante, lui joue un mauvais tour, et se souvient en même temps que le ver est aussi un enfant ; alors il rit encore plus fort et, grâce au ver intestinal, il « joue à la grossesse » ; une autre fois, il « joue à la castration » ou « à l’accouchement ». Pour finir, il éjecte l’ascaride — à moins que ce ne soit ces petits vers blancs, prétexte pour se mettre le doigt dans l’anus et pratiquer en grand l’onanisme par derrière — il expulse ces vers par le postérieur.

Je vous en prie, ma chère, lisez donc ce passage à M. le Conseiller Sanitaire. Vous vous amuserez fort de sa mine devant cette théorie de la prédisposition aux maladies gravement émise pas un collègue sérieux.

Mais que je vous raconte encore une histoire de limace. Elle concerne une de nos connaissances communes ; je ne vous révélerai point son nom, car je vous sais capable d’en prendre avantage pour la taquiner ! Nous nous promenions tous deux quand, soudain, elle se mit à trembler, son visage devint blanc, son cœur battit à grands coups désordonnés au point qu’on en pouvait compter les pulsations à sa veine jugulaire. Une sueur d’angoisse perla à son front et elle éprouva des nausées. Que se passait-il ? Une limace se traînait sur le chemin. Nous venions de discuter de la fidélité et elle s’était plainte de son mari, qu’elle soupçonnait de s’écarter du droit chemin. Il y avait longtemps, me confia-t-elle, que l’idée lui était venue d’arracher sa verge au coupable et de la piétiner. La limace aurait été ce membre arraché. L’explication semblait suffisante, mais, je ne sais pourquoi, je ne m’en contentai point ; je prétendis avec audace que cela devait cacher encore autre chose. Pour éprouver à ce point une fureur jalouse, il fallait que l’on ne fût pas soi-même tout à fait innocent. Cette hypothèse se confirma presque aussitôt, tant il est vrai qu’il n’est point de jalousie qui ne soit engendrée par l’infidélité du jaloux. Ce n’était pas au membre de son mari que notre amie avait pensé, mais au mien. Nous en rîmes tous deux. Comme je ne peux pas résister au plaisir de jouer au maître d’école, je lui dis : « Vous êtes prisonnière d’une ronde infernale. Si vous m’aimez, vous trompez votre mari ; si vous lui restez fidèle, c’est moi que vous trahissez et votre grand amour pour moi. Comment s’étonner dès lors que vous ne sachiez pas où donner de la tête et que vous vous voyiez placée devant l’obligation d’écraser la limace, le membre de l’un ou de l’autre d’entre nous ? » Ce cas n’est pas rare. Nombreux sont ceux qui, amoureux dans leur jeunesse, conservent de ce premier amour une image idéale, mais épousent quelqu’un d’autre. Pour peu qu’ils soient de mauvaise humeur, c’est-à-dire qu’ils se soient mal conduits vis-à-vis de leur conjoint et, par voie de conséquence, lui en gardent rancune, ils vont chercher au fond de leur mémoire les vestiges de l’amour idéal, se lamentent après comparaison de s’être mal mariés et, peu à peu, trouvent mille motifs pour se persuader de l’indignité du conjoint qu’ils ont offensé. C’est habile, mais malheureusement trop habile. Car survient alors la réflexion que l’on a été infidèle au premier amour pour en prendre un second et que l’on trahit le second pour rester attaché au premier… tu ne commettras point l’adultère !

De tels processus, dont la portée peut être très grande, sont difficiles à expliciter. J’ai longuement recherché la raison qui poussait ces gens — l’espèce n’en est pas rare — à se mettre dans ce constant état d’infidélité. Notre amie m’a apporté la solution du problème et c’est en somme à cause de cela que je vous conte l’histoire de la limace. Elle avait tout près du pli de l’aine, à la face intérieure de la cuisse, une petite excroissance de la longueur d’un doigt et semblable à une verge. Cela la tracassait beaucoup. De temps à autre, c’était à vif. Un hasard curieux voulut que cette irritation surgît quelques fois pendant que je la soignais et disparût chaque fois qu’une vague d’homosexualité refoulée était parvenue à la surface. On lui avait conseillé depuis des éternités de se faire enlever cela ; mais elle n’avait jamais pu s’y résoudre. Je me suis un peu agenouillé sur son âme jusqu’à ce que, brisée en mille éclats, jaillit la notion qu’elle portait cette petite queue pour l’amour de sa mère. Elle n’avait pas cessé de prétendre qu’elle avait détesté cette mère toute sa vie. Je ne l’ai jamais cru, encore qu’elle prît la peine d’illustrer cette haine par un grand nombre d’histoires. Je ne le croyais pas parce que son penchant, certainement très fort, pour moi, avait toutes les caractéristiques d’un transfert de l’amour pour la mère. Cela a pris du temps, mais en définitive, il s’est établi une mosaïque, bien entendu incomplète par endroits, où tout était consigné : l’amour ardent pour la poitrine, pour la mère, pour les bras de celle-ci, le refoulement au bénéfice du père en connexion avec une grossesse, la naissance de la haine avec ses restes homosexuels. Je ne peux rien vous dire des détails, mais le résultat fut que cette femme, quand elle vint me revoir l’année suivante, avait été opérée et ne craignait plus ni infidélité ni limace. Vous pouvez croire ce que vous voulez ; quant à moi, je suis convaincu qu’elle avait fait pousser cette petite queue par amour pour ma mère. Et maintenant, je puis me permettre d’ajouter que la limace est un symbole à double signification : phallus par l’aspect et au toucher, organe féminin à cause de la bave. Sur le plan scientifique, elle est également bisexuée.

Il faut aussi que je vous conte de mon mieux une petite histoire à propos de l’axolotl ; vous avez sans doute vu ce petit animal à l’aquarium de Berlin et n’ignorez pas à quel point il ressemble à un embryon. C’est à l’aquarium, devant la case de l’axolotl, qu’une femme s’est évanouie en ma présence. Elle aussi détestait soi-disant sa mère, comme c’est toujours le cas. Elle aimait beaucoup les enfants, avait également appris à haïr sa mère à l’occasion d’une grossesse et n’a jamais eu d’enfant en dépit de son grand désir d’en avoir. Observez avec attention les femmes bréhaignes quand elles sont vraiment folles des enfants. Il y a là une tragédie de la vie qu’il est souvent possible de corriger. Car ces femmes — j’ose dire toutes — nourrissent en leur cœur la haine de leur mère, mais derrière, relégué dans un coin, il y a, se faisant tout petit, l’amour refoulé ? Aidez-le à sortir de ce refoulement et la femme cherchera, découvrira un mari qui procréera avec elle un enfant.

Je pourrais encore longtemps discourir sur ce sujet, mais je suis fasciné par un spectacle duquel je veux vous entretenir. Le meilleur viendra à la fin. Il faut que vous sachiez que, pendant que je vous écris, je suis assis sur cette terrasse remplie de voitures d’enfants de laquelle je vous ai déjà parlé. Devant moi, deux enfants, une fille et un garçon, jouent avec un chien. Celui-ci est couché sur le dos et ils lui grattent doucement le ventre ; or, chaque fois qu’à la suite d’un chatouillement plus violent apparaît le pénis rouge du chiot, les enfants rient. Pour finir, ils ont tant fait que le chien a laissé échapper sa semence. Cela a rendu les enfants pensifs. Ils sont allés rejoindre leur mère et ne se sont plus occupés du chien. N’avez-vous jamais remarqué que les adultes flattent leurs chiens du bout de leur soulier ? Souvenirs d’enfance. Et comme les chiens ne parlent pas, on est obligé d’observer pour connaître leurs réactions. Beaucoup d’entre eux réagissent à l’odeur des menstrues et un grand nombre se masturbent contre les jambes des gens. Là où les chiens se taisent, adressez-vous aux humains. Il faut demander avec hardiesse sans quoi on ne vous répondra pas. Car la sodomie passe aussi pour une perversité. Et ce dont on est témoin chez les chiens est profondément refoulé. Car il n’est pas seulement un animal, mais un symbole du père, du ouaouaou.

Voulez-vous en savoir davantage sur les bêtes ? Bon. Allez-vous mettre en sentinelle devant la cage des singes au Jardin Zoologique et regardez faire les enfants ; vous pouvez vous permettre aussi de jeter un coup d’œil sur les adultes. Si pendant ces heures, vous n’en avez pas appris davantage sur l’âme humaine que dans mille livres, vous n’êtes pas digne des yeux que vous portez dans votre tête.

Les meilleurs souhaits de votre fidèle

Troll.


16   En français dans le texte.

17   Mein Käfer : litt., Mon hanneton, équivaut à « ma minette ».

18   En français dans le texte.

19   En allemand beaucoup de noms d’arbres sont féminins.