1.

Chère amie, vous souhaitez que je vous écrive, rien de personnel, pas de potins, pas de phrases, mais des choses sérieuses, instructives, voire scientifiques. C’est grave.

Qu’ai-je à voir, pauvre que je suis, avec la science ? Je ne peux pourtant pas étaler devant vous ce petit peu de savoir qu’exige la pratique de la médecine, sans quoi vous verriez tous les trous de la chemise que nous autres médecins portons sous l’approbation dont nous a revêtus l’État. Mais peut-être répondrais-je à vos désirs en vous racontant pourquoi je suis devenu médecin et comment j’en suis arrivé à éprouver de l’aversion pour la science.

Je ne me souviens pas d’avoir ressenti dans mon enfance un attrait particulier pour le métier de médecin. En revanche, je sais avec certitude que, ni à cette époque ni plus tard, je n’ai rattaché cette profession à des sentiments de philanthropie ; et si parfois — ce qui a sûrement été le cas — je me suis paré de ce noble prétexte, qu’un tribunal indulgent me pardonne ces mensonges. Je suis devenu médecin parce que mon père l’était. Il avait interdit à tous mes frères de s’engager dans cette voie, probablement parce qu’il aurait bien voulu se persuader lui-même et convaincre les autres que ses difficultés financières dépendaient de la mauvaise rétribution du médecin, ce qui n’était nullement vrai, attendu qu’il jouissait auprès des jeunes et des vieux de la réputation d’être un bon praticien et qu’il était honoré en conséquence. Mais, tout comme son fils et sans doute chacun d’entre nous, il aimait à tourner ses regards vers l’extérieur quand il savait que quelque chose clochait en lui-même. Un jour, il me demanda — pourquoi je n’en sais rien — si je voulais devenir médecin ; et comme cette question me distinguait de mes frères, je dis oui. C’est ainsi que se décida mon destin, tant pour ce qui concernait le choix de ma carrière que pour la manière dont je devais l’exercer. Car dès cet instant, j’ai sciemment imité mon père, au point que quelques années après, et lorsqu’elle fit ma connaissance, une de ses vieilles amies s’écria : « Tout à fait son père, moins le génie. »

A cette occasion, mon père me raconta un incident qui, plus tard — quand s’élevèrent mes doutes au sujet de mes capacités médicales — me maintint à mon poste. Il est possible que l’histoire me fût déjà connue ; néanmoins, il est incontestable qu’elle fit sur moi une impression profonde. Il m’avait, me rapporta-t-il, observé lors de ma troisième année, en train de jouer à la poupée avec ma sœur – de très peu mon aînée et compagne habituelle de mes ébats. Lina insistait pour que l’on passât à la poupée une robe supplémentaire et je ne cédai qu’après une longue lutte, en disant pour finir : « Soit, mais tu verras, elle étouffera ! » Il aurait déduit de cet épisode que j’étais doué pour la médecine. Et j’en tirai la même conclusion, si peu fondée qu’elle fût.

Je mentionne ce petit fait parce qu’il m’offre le prétexte de parler d’un trait de mon caractère : la curieuse angoisse qui m’envahit tout à coup et apparemment sans motif devant certaines circonstances de peu d’importance. L’angoisse — ou la peur —, vous le savez, est la conséquence d’un désir refoulé ; au moment où j’exprimais l’opinion que la poupée étoufferait a dû se faire jour en moi l’envie de tuer un être quelconque, personnifié par la poupée. Qui était cet être, je l’ignore ; je suppose seulement que ce devrait être précisément cette sœur. A cause de sa santé délicate ma mère la gratifiait souvent de gâteries, qu’en ma qualité de « petit dernier » je considérais comme devant me revenir. Et voilà : vous avez là l’essentiel du médecin ; une propension à la cruauté refoulée jusqu’à devenir utile et dont le censeur est la peur de faire souffrir. Cela vaudrait presque la peine de suivre jusqu’au bout chez les êtres humains cette opposition, finement ajustée, de la cruauté et de l’angoisse, car c’est pour la vie d’une extrême importance. Mais pour ce qui concerne cette lettre, il suffira, je pense, d’établir que mon comportement envers ma sœur a exercé une grande influence sur l’évolution et l’assujettissement de mon désir de faire souffrir. Notre amusement favori consistait à jouer à la mère et à l’enfant. Il arrivait que l’enfant se montrât méchant et reçût la fessée. Tout cela sous une forme bénigne, à cause de l’état maladif de ma sœur ; on en trouve le reflet dans la manière dont j’ai pratiqué mon métier. Outre mon horreur pour la sanglante dextérité du chirurgien, j’éprouve une réelle répugnance pour les mélanges toxiques de la pharmacie et en suis venu ainsi au massage et au traitement psychique ; tous ceux ne sont pas moins cruels, mais ils s’adaptent mieux aux besoins individuels de souffrance des humains. Des exigences quotidiennement changeantes que la maladie de cœur de Lina proposait à mon sens du tact naquit alors ma tendance à m’intéresser de préférence aux patients chroniques, alors que les affections aiguës m’impatientent.

Voilà donc à peu près ce que je peux provisoirement vous apprendre au sujet du choix de ma profession. Si vous remuez un peu tout cela dans votre cœur, il vous viendra toutes sortes d’idées à propos de ma position vis-à-vis de la science. Car lorsque, dès l’enfance, on s’est constamment penché sur un malade isolé, on apprend difficilement le classement systématiquement. Cependant, là aussi, le mimétisme a dû intervenir. En médecine, mon autorité, suivait sa voie ou s’égarait, à son gré. Pour ce qui est du respect de la science, on n’en trouvait guère de traces dans ses paroles ou dans ses actes. Je me souviens encore comme il riait des espérances qui s’étaient attachées à la découverte des bacilles de la tuberculose et du choléra dogmes de la physiologie il avait, un an durant, nourri de bouillon un bébé au maillot. Le premier livre de médecine qu’il mit entre mes mains — j’étais encore au lycée — fut l’ouvrage de Radmacher sur l’enseignement de la médecine expérimentale ; comme les passages soulignés et largement agrémentés de remarques marginales, il n’y a rien d’étonnant à ce que, dès le début de mes études, je me fusse senti enclin au scepticisme.

Cette propension au doute avait encore d’autres origines. A l’âge de six ans, je perdis pour un temps l’affection exclusive de ma sœur. Elle détourna ses sentiments sur une camarade d’école, qui portait le nom d’Alma et, ce qui fut particulièrement douloureux, transmit nos petits jeux sadiques à sa nouvelle amie en m’en éliminant. Je réussis une fois à surprendre les deux fillettes pendant qu’elles se racontaient des histoires — ce qu’elles aimaient tout particulièrement. Alma discourait à propos d’une méchante mère qui, par punition, mettait son enfant pas sage dans une fosse d’aisance — que l’on se représente, en l’occurrence, une primitive fosse d’aisance de campagne. Encore aujourd’hui, je regrette de n’avoir pas entendu la fin de cette histoire. L’amitié des deux fillettes cessa et ma sœur me revint. Mais cette période de solitude a suffi à m’inculquer une profonde antipathie pour le nom d’Alma.

Pourrais-je me permettre de vous rappeler maintenant que l’on nomme l’Université Alma mater ? Cela m’a fortement prévenu contre la science, d’autant plus que l’expression Alma mater s’appliquait également au collège où j’ai reçu ma formation classique, beaucoup souffert et duquel j’aurais fort à dire s’il me fallait vous faire comprendre mon développement sur le plan humain. Toutefois, ce n’est pas de cela qu’il s’agit, mais bien du fait que j’ai transféré à la science toute la haine et les chagrins de mes années d’école parce qu’il est plus commode d’attribuer l’origine des troubles de l’âme à des réalités extérieures que d’aller la chercher au tréfonds de l’inconscient.

Plus tard, infiniment plus tard, il m’est apparu que l’expression Alma mater — « mère nourricière » — rappelle pour moi les premiers et les plus terribles conflits de ma vie. Ma mère n’a allaité que l’aîné de ses enfants ; elle avait été atteinte à cette époque d’une grave inflammation des seins, à la suite de laquelle ses glandes mammaires se tarirent. Ma naissance a probablement dû se produire quelques jours avant la date prévue. Quoi qu’il en soit, la nourrice qui m’était destinée n’était pas sur place et, pendant trois jours, je fus nourri tant bien que mal par une femme qui venait me donner le sein deux fois par jour. Ma santé n’en fut pas altérée, m’a-t-on dit. Mais qui peut juger des sentiments d’un nourrisson ? Souffrir de la faim n’est pas une agréable bienvenue pour un nouveau-né. J’ai rencontré çà et là des gens qui ont passé par la même épreuve et, bien que je ne puisse démontrer que leur âme en ait souffert quelque dommage, cela me paraît cependant probable. Et par comparaison avec eux, j’ai l’impression de m’en être exceptionnellement bien tiré.

Il y a, par exemple, une femme — je la connais depuis de longues années — dont la mère s’était détournée lors de sa naissance ; elle ne l’allaita point, bien qu’elle l’eût fait pour ses autres enfants, l’abandonna à la bonne d’enfants et au biberon. Mais la petite fille préféra rester sur sa faim plutôt que de sucer la tétine de caoutchouc ; elle dépérit, allant au-devant de la mort, jusqu’à ce qu’un médecin réveillât la mère de son indifférence coupable. Du coup, la mère sans cœur se transforma en maman inquiète. On fit venir une nourrice et la mère ne laissa pas s’écouler une heure sans s’occuper du bébé. L’enfant prospéra, grandit, devint une femme pleine de santé. Elle a été le bourreau de sa mère, laquelle, jusqu’à sa mort, l’accabla de ses attentions. Mais la haine de la fille demeura vivace. Sa vie est une chaîne d’hostilités d’une dureté d’acier ; chacun de ses anneaux a été forgé par la vengeance. Elle a torturé sa mère tant qu’elle a vécu, l’a abandonnée sur son lit de mort pour partir en voyage ; elle persécute sans s’en rendre compte tous ceux qui lui rappellent sa mère, et jusqu’à la fin de sa vie que lui inculqua sa faim. Elle est sans enfant. Les gens qui détestent leur mère n’ont pas d’enfants ; c’est si vrai que, dans les ménages stériles, on peut sans se tromper parier qu’un des deux époux est l’ennemi de sa mère. Quand on hait sa mère ; on redoute son propre enfant ; car l’être humain vit selon le précepte : « A beau jeu beau retour… » Et pourtant, cette femme est dévorée du désir d’avoir un enfant. Sa démarche est celle d’une femme enceinte. Quand elle voit un nourrisson, ses seins gonflent et quand ses amies sont grosses, son ventre enfle. Pendant des années, cette femme, que la vie a par ailleurs comblée, s’est rendue chaque jour dans une maternité, et y a rempli les fonctions de garde-malade, nettoyant les enfants, lavant les couches, soignant les parturientes et, à la dérobée, avec des gestes de criminelle, elle collait à son sein sans lait la bouche des nouveaux-nés. Mais elle s’est mariée par deux fois avec des hommes qu’elle savait à l’avance incapables de procréer. Elle vit de haine, d’angoisse, de jalousie et de la torture incessante née d’une soif de l’inaccessible.

Il y en a une autre ; elle aussi, elle a souffert de la faim dans les premiers jours qui suivent immédiatement sa naissance. Elle n’a jamais pu se décider à s’avouer à elle-même la haine qu’elle éprouvait pour sa mère ; mais le sentiment d’avoir tué cette mère la poursuit sans cesse, si insensée que lui apparaisse cette idée. Car cette mère mourut d’une opération qui avait lieu à l’insu de sa fille. Depuis de nombreuses années, elle vit seule, malade, enfermée dans sa chambre, nourrit une haine générale contre l’humanité, ne voit personne, jalouse tout le monde et hait.

En ce qui concerne personnellement, la nourrice a fini par venir et elle est restée trois ans à la maison. Avez-vous déjà songé aux tribulations d’un petit enfant allaité par une nourrice ? C’est une situation un peu compliquée, du moins quand l’enfant est aimé de sa mère. Voilà une mère, dans le ventre de laquelle on a vécu pendant neuf mois, sans souci, bien au chaud, et nageant dans le bonheur. Comment ne pas la chérir ? Et puis, voici un deuxième être, au sein duquel on se nourrit chaque jour, dont on boit le lait, sent la peau fraîche et respire l’odeur. Comment ne pas l’affectionner ? Dès lors, à qui s’attacher ? Le bébé, allaité par la nourrice, est placé dans un état d’incertitude et n’en sortira jamais. Ses capacités de croyance sont ébranlées dans leurs fondements et le choix dans cette alternative devient plus difficile pour lui que pour d’autres. Et que peut évoquer l’expression Alma mater pour un être humain dont on a ainsi à la naissance, scindé en deux la vie sentimentale, que l’on a trompé sur la puissance absolue de la passion, sinon l’hypocrisie et le mensonge ? La science lui paraîtra stérile dès l’abord. Il sait : celle-là, là-bas, qui ne te nourrit pas, est ta mère et elle te réclame comme son bien ; mais l’autre te nourrit, et pourtant, tu n’es pas son enfant. On se trouve devant un problème que la science n’arrive pas à résoudre, qu’il faut éviter ; devant cette question importune, il vaut mieux chercher refuge au royaume de la fantaisie, autant dire une spécialité, dotée de tous les avantages et de tous les dangers d’une spécialité.

Il existe aussi des êtres qui ne se sentent pas à l’aise au royaume de la fantaisie et c’est d’un de ceux-là que je veux brièvement vous entretenir. Il n’aurait jamais dû naître, vint pourtant au monde ; en dépit du père et de la mère. Le lait de la mère tarit : survint une nourrice. Le petit garçon grandit en même temps que ses joyeux frères et sœurs, qui, eux, avaient été allaités par la mère ; il demeura parmi eux un étranger, comme il resta pour ses père et mère un inconnu. Et sans le vouloir ou même s’en rendre compte, il a peu à peu dénoué les liens qui unissaient ses parents. Sous la pression d’une culpabilité à demi consciente que des yeux neufs finirent par déceler dans leur attitude insolite vis-à-vis de ce fils, ils en arrivèrent à se fuir mutuellement et ne savent plus rien l’un de l’autre. Le fils, lui, est devenu un incrédule. Sa vie se dissocia. Et parce qu’il n’ose pas se laisser aller à son imagination — car il se doit d’être un homme honorable et ses rêves sont ceux d’un aventurier sans foi ni loi — il s’est mis à boire, un destin souvent réservé à ceux qui ont été obligés de se passer d’affection dans les premières semaines de leur existence. Mais comme tout le reste, chez lui, l’éthylisme est dissocié. Par époques, pendant quelques semaines ou quelques mois, il est pris du besoin de boire. Je me suis donné la peine de remonter un peu à la source de son aberration et je sais que cette histoire enfantine de nourrice reparaît toujours avant qu’il n’ait à nouveau recours à la dive bouteille. Cela me donne l’assurance de sa guérison. Et maintenant, un détail curieux : cet homme a choisi pour épouse une fille, nourrissant, elle aussi, une haine profonde pour ses parents, et qui, comme lui, adore les enfants, tout en redoutant comme la mort d’en mettre au monde. Et comme cela ne suffisait pas à l’âme déchirée de l’homme, pour être certain qu’il ne lui naîtrait pas quand même un enfant qui le punirait, il a attrapé une affection vénérienne qu’il a transmise à sa femme. Il se passe dans la vie des gens bien des tragédies cachées.

Ma lettre est terminée. Mais puis-je finir l’histoire physique, je ne sais plus que son nom : Bertha, la resplendissante. Mais j’ai gardé de très claires réminiscences du jour de son départ. Elle me fit don, comme cadeau d’adieu, d’une pièce de bronze de trois groschen, dite « Dreier », et je me souviens fort bien qu’au lieu, comme elle le voulait, de la dépenser en sucreries, je me suis assis sur les marches de pierre de l’escalier de la cuisine pour la faire briller. Depuis, je suis poursuivi par le chiffre trois. Des mots comme trinité, triplice, triangle ont pour moi une résonance suspecte ; et pas seulement les mots, mais les notions qui s’y rattachent, jusqu’à des complexes d’idées, édifiés à ce propos et sur ce sujet par le cerveau têtu d’un enfant. C’est ainsi que j’ai, dès ma petite enfance, écarté le saint-Esprit, parce qu’il était le troisième, qu’à l’école, la construction des triangles devint pour moi un cauchemar et que la politique, si vantée à une certaine époque, de la Triple-Alliance, a d’emblée recueilli ma désapprobation. Je vais plus loin : ce trois est devenu pour moi une sorte de chiffre fatidique. Quand je médite sur ce qu’a été ma vie sentimentale, je m’aperçois que si souvent que parlât mon cœur, je suis toujours arrivé en troisième entre deux êtres unis par un certain penchant, que j’ai chaque fois séparé de son partenaire la personne qui excitait ma passion et que mes propres sentiments refroidissaient sitôt que j’y étais parvenu. Je me souviens même que, pour rendre un peu de vie à mon inclination défaillante, j’attirai à nouveau un troisième larron, pour l’évincer ensuite. C’est ainsi qu’ont été renouvelés par moi sans que je m’en fusse rendu compte, et dans un sens qui n’a certes pas été sans importance, les affects des doubles relations avec la mère et la nourrice et la lutte à propos de la séparation ; un fait qui donne à réfléchir et démontrant pour le moins qu’il se passe dans l’âme d’un enfant de trois ans des choses étrangement confuses et pourtant orientées dans un sens unique.

Je n’ai revu ma nourrice que plus tard — je devais avoir huit ans — pendant quelques minutes seulement. Je ne la reconnus pas et j’éprouvai en sa présence un pénible sentiment d’oppression.

Il faut encore que je vous raconte deux historiettes ayant une certaine signification au sujet du mot « Dreier ». Quand mon frère aîné commença à apprendre le latin, mon père lui demanda un jour à déjeuner comment se disait « larmes ». Il l’ignorait ; je ne sais pour quelle raison, j’avais, la veille au soir, pendant que Wolf récitait sa leçon, retenu le mot « lacrima » et je répondis à sa place. On me donna en récompense une pièce de cinq groschen. Après le repas, mes deux frères m’offrirent d’échanger ces cinq groschen contre une pièce luisante de trois groschen, ce que je fis avec plaisir. Outre le désir de mettre dans leur tort ces garçons qui m’étaient supérieurs, des souvenirs et des sentiments confus ont dû m’y engager.

Le deuxième incident m’amuse chaque fois que j’y songe. Une génération plus tard, j’ai écrit pour mes enfants une petite comédie où apparaissait une vieille fille desséchée, racornie, une pédagogue qui donnait des leçons de grec et prêtait à rire. J’ai donné à cette enfant de mon imagination, à la poitrine plate et au cheveu maigre, le nom de « Dreier ». C’est ainsi que la fuite devant la première douleur sans réminiscence précise de l’adieu a fait de la fille pleine de vie et d’amour qui m’a nourrie et à laquelle j’étais attaché la représentation de ce qu’est pour moi la science.

Ce que je vous ai écrit est sans doute suffisamment sérieux ; sérieux pour moi… Mais seuls, les dieux savent si c’est là ce que vous désirez dans notre échange de lettres. Quoi qu’il en soit, je suis, comme toujours,

Votre fidèle

Patrick Troll.