Les relations à l’école

L’école offre l’occasion d’accroître l’expérience déjà acquise dans les relations avec les personnes ; en ce sens, elle constitue un champ d’expérimentation nouvelle. Parmi un plus grand nombre de camarades, l’enfant pourra en trouver un, ou deux, ou plusieurs, qui correspondront mieux à sa personnalité que ses frères ou ses sœurs. Les amitiés nouvelles, outre les satisfactions qu’elles apportent, lui donneront peut-être l’occasion de réviser et d’améliorer ses premières relations avec ses frères et sœurs qui ont pu ne pas le satisfaire. Il se peut qu’il ait été vraiment agressif, par exemple envers un frère plus faible ou plus jeune, ou qu’une culpabilité inconsciente résultant de la haine et de la jalousie, ait perturbé ses relations avec eux d’une façon qui pourra persister dans la vie adulte. Cette situation, qui n’est pas satisfaisante, peut avoir plus tard des conséquences profondes quant à ses attitudes affectives à l’égard des gens en général. Nous savons que certains enfants sont incapables de se faire des amis à l’école, ceci parce qu’ils transposent leurs anciens conflits dans un milieu nouveau. Par contre, chez ceux qui peuvent suffisamment se détacher de leurs premières complications affectives et qui peuvent se faire des amis à l’école, on observe souvent que s’améliore la relation avec les frères et les sœurs. Les nouvelles amitiés prouvent à l’enfant qu’il est capable d’aimer et d’être aimé, que l’amour et la bonté existent, ce qui est inconsciemment ressenti comme la preuve qu’il peut réparer le mal qu’il a fait aux autres en imagination ou en fait. C’est ainsi que les amitiés nouvelles contribuent à résoudre des difficultés affectives plus anciennes sans que la personne soit consciente de la nature exacte de ces premiers troubles ou de la façon dont ils sont en train de se résoudre. Par tous ces moyens les tendances à réparer trouvent un champ d’expression, la culpabilité est diminuée, la confiance en soi et dans les autres est accrue.

L’école offre aussi l’occasion d’une séparation entre l’amour et la haine plus grande que celle qui était possible dans le petit cercle de famille. À l’école, il est possible de détester certains enfants ou tout simplement de ne pas les aimer et d’en aimer d’autres. De cette façon, les sentiments refoulés d’amour et de haine (refoulés à cause du conflit relatif au fait de haïr une personne aimée) peuvent mieux s’exprimer dans des voies plus ou moins acceptables du point de vue social. Les enfants se groupent entre eux de diverses manières et élaborent certaines règles relatives aux limites dans lesquelles ils exprimeront leur haine ou leur aversion des autres. Les jeux et l’esprit d’équipe qui les anime sont, dans ces alliances et dans la manifestation de l’agressivité, un facteur de régulation.

Bien qu’elles puissent être très puissantes, la jalousie à cause du professeur, la rivalité pour s’attirer son appréciation et son amour, sont vécues dans une situation différente de celle de la vie familiale. Dans les sentiments de l’enfant, les professeurs ne prennent généralement pas autant de place que les parents ; ils apportent moins d’émotion dans la situation ; par ailleurs, leurs sentiments sont divisés parmi de nombreux enfants.