La culpabilité inconsciente

Nous savons tous que si nous décelons en nous-mêmes des pulsions de haine à l’égard d’une personne que nous aimons, nous éprouvons un sentiment d’inquiétude ou de culpabilité. Ainsi que Coleridge l’exprime :

… c’est être comme fou

Que d’être courroucé contre la bien-aimée.

Du fait que ces sentiments de culpabilité sont pénibles, nous avons tendance à les faire passer au deuxième plan. Ils s’expriment cependant de maintes façons déguisées et sont source de difficultés dans nos relations personnelles. Certaines personnes, par exemple, sont facilement peinées de ne pas être appréciées, même de ceux qui ont peu d’importance à leurs yeux. La raison en est que, dans leur inconscient, elles ne se sentent pas dignes de la considération des autres et un accueil réservé confirme leur soupçon de leur peu de mérite. D’autres (pour des raisons qui ne sont pas objectives) ne sont pas contentes d’elles-mêmes ; elles invoquent les motifs les plus variés, par exemple leur physique, leur travail ou leurs aptitudes générales. Quelques-unes de ces manifestations sont bien connues et ont été qualifiées dans le langage ordinaire de « complexe d’infériorité ».

Les découvertes psychanalytiques montrent que de tels sentiments ont des racines plus profondes qu’on ne le suppose généralement et sont toujours liés à une culpabilité inconsciente. La raison pour laquelle certaines personnes ont un besoin tellement grand d’être louées et approuvées réside en général dans leur besoin de la preuve qu’on peut les aimer, qu’elles sont dignes d’être aimées. Ce sentiment provient de la peur inconsciente d’être incapable d’aimer suffisamment ou vraiment les autres et, en particulier, de leur incapacité de maîtriser leurs pulsions agressives à l’égard des autres : elles ont peur d’être un danger pour la personne aimée.