L’amour et les conflits par rapport aux parents

Le combat entre l’amour et la haine, et tous les conflits auxquels il donne naissance, a ses origines, ainsi que j’ai tenté de le démontrer, dans la toute première enfance et il opère tout au cours de la vie. Il commence en même temps que s’établit la relation de l’enfant avec ses parents. Dans la relation du nourrisson avec sa mère, la sensualité est déjà présente et elle se manifeste dans les sensations agréables de la bouche associées au processus de la succion. Bientôt la sensualité génitale prévaudra et le désir ardent du sein de la mère diminuera. Ce désir, cependant, ne disparaît pas tout à fait, mais il reste actif dans l’inconscient et aussi, en partie, dans la conscience. Dans le cas de la petite fille, l’intérêt porté au sein se transforme en un intérêt, en grande partie inconscient, pour le pénis du père qui devient l’objet de ses souhaits et de ses fantasmes libidinaux. Au fur et à mesure qu’elle grandit, la petite fille désire son père plus que sa mère et elle a des fantasmes conscients et inconscients de prendre la place de sa mère, d’avoir le père à elle-même et de devenir sa femme. Elle est également très jalouse des enfants de sa mère et elle souhaite que son père lui donne des bébés à elle. Ces sentiments, ces souhaits et ces fantasmes s’accompagnent de rivalité, d’agressivité et de haine à l’égard de la mère, et ils s’ajoutent aux griefs qu’elle avait contre celle-ci à cause des toutes premières frustrations au sein. Néanmoins, dans l’esprit de la petite fille, des fantasmes et des désirs sexuels restent activement dirigés vers sa mère et, sous leur influence, elle désire prendre la place du père auprès d’elle ; il arrive que ces désirs et ces fantasmes se développent plus que ceux concernant le père. Ainsi, à côté de l’amour éprouvé pour ses deux parents, coexistent des sentiments de rivalité envers eux ; ce mélange de sentiments va se manifester dans sa relation avec ses frères et sœurs. Les désirs et les fantasmes en rapport avec la mère et les sœurs sont ultérieurement le fondement de relations franchement homosexuelles aussi bien que celui de sentiments homosexuels qui s’expriment indirectement dans les amitiés et les affections entre femmes. Dans le cours ordinaire des choses, ces désirs homosexuels passent à l’arrière-plan, sont détournés et sublimés, tandis que prédomine l’attraction vers l’autre sexe.

Une évolution correspondante se fait chez le petit garçon, qui éprouve bientôt des désirs génitaux à l’égard de sa mère et des sentiments de haine pour son père qu’il considère comme un rival. Mais, chez lui aussi, se font jour des désirs génitaux à l’égard du père, ce qui constitue la racine de l’homosexualité chez l’homme. Ces situations donnent naissance à de nombreux conflits car la petite fille, bien qu’elle déteste sa mère, l’aime aussi, de même que le petit garçon aime son père et voudrait le mettre à l’abri du danger provenant de ses tendances agressives. De plus, l’objet principal de tous les désirs sexuels : le père chez la fille, la mère chez le garçon, éveille haine et vengeance parce que ces désirs ne sont pas satisfaits.

L’enfant est aussi intensément jaloux de ses frères et de ses sœurs dans la mesure où ce sont des rivaux dans l’amour des parents. Il les aime aussi cependant et c’est ainsi que surgissent à nouveau des conflits violents entre les pulsions agressives et l’amour. Ces conflits engendrent des sentiments de culpabilité et, là encore, des souhaits de faire bien. Ce mélange de sentiments a une conséquence importante non seulement dans nos relations avec nos frères et sœurs, mais aussi, étant donné que nos relations avec les gens en général s’établissent suivant le même modèle, en ce qui concerne nos attitudes sociales, nos sentiments d’amour et de culpabilité, notre souhait de faire bien ultérieurement.