L’amour, la culpabilité, le besoin de réparation

J’ai dit précédemment qu’en réponse à l’amour et aux soins de sa mère, des sentiments d’amour et de gratitude s’éveillaient immédiatement et spontanément chez le bébé. Chez lui est présent, aussi bien que les tendances destructrices, le pouvoir de l’amour, manifestation des forces qui tendent à préserver la vie. L’amour trouve sa première expression fondamentale dans l’attachement du bébé au sein de la mère, attachement qui se transforme en amour pour elle en tant que personne. Ma pratique psychanalytique m’a convaincue que lorsque les conflits entre l’amour et la haine s’éveillent dans l’esprit du bébé, lorsque devient active la peur de perdre la personne aimée, un pas très important du développement s’effectue. Les sentiments de culpabilité et d’angoisse interviennent maintenant comme un élément nouveau dans l’émotion amoureuse. Ils deviennent partie inhérente de l’amour et ils l’influencent profondément, à la fois en qualité et en quantité.

Même chez le petit enfant, il est possible d’observer une inquiétude à l’égard de la personne aimée qui n’est pas simplement, comme on pourrait le penser, un signe de dépendance vis-à-vis d’une personne amicale et qui nous aide. Dans l’inconscient de l’enfant et de l’adulte, à côté des pulsions destructrices, il existe un besoin profond de se sacrifier afin d’aider et de réparer les personnes aimées auxquelles on a fait du mal ou que l’on a détruites en fantasme. Le besoin de rendre les gens heureux est lié dans les profondeurs de l’esprit à un fort sentiment de responsabilité et d’inquiétude à leur égard, qui se manifeste sous la forme d’une sympathie authentique pour les autres et d’une aptitude à les comprendre tels qu’ils sont.