IX.

Parmi les progrès importants que nous observons vers le milieu de la première année, se trouve l’élargissement du domaine des relations d’objet, et, en particulier, l’importance croissante du père pour le bébé. J’ai montré autre part, que les sentiments dépressifs et la peur de perdre la mère, s’ajoutant à d’autres facteurs de la croissance, donnent une impulsion nouvelle au désir du bébé de se tourner vers son père. Les premiers stades du complexe d’Œdipe et la position dépressive sont étroitement liés et se développent ensemble. Je citerai un seul exemple, la petite fille B…, que j’ai déjà mentionnée.

À partir de l’âge de cinq mois, à peu près, sa relation avec son frère plus âgé de plusieurs années, joua dans sa vie un rôle très important et remarquable ; ce rôle différait, comme on pouvait le voir très facilement par plusieurs signes, de sa relation avec sa mère. Elle admirait tout ce que disait ou faisait son frère, et elle lui faisait la cour de façon persistante. Elle se servait de toutes sortes de petits artifices pour lui plaire, pour attirer son attention, et elle adoptait envers lui une attitude visiblement féminine. À cette époque, le père était absent, sauf pour de très courtes périodes. Ce ne fut qu’à partir de dix mois qu’elle le vit plus souvent, et qu’elle développa une relation très étroite et très affectueuse avec lui ; cette relation, dans ses traits essentiels reproduisait sa relation avec son frère. Au début de sa seconde année, elle appelait souvent son frère « papa » ; le père était devenu le favori à cette époque. Le plaisir qu’elle avait à le voir, le ravissement qu’elle avait à entendre ses pas ou sa voix, la façon de parler de lui sans cesse en son absence, et bien d’autres expressions de ses sentiments, ne peuvent se décrire que d’une façon : elle était amoureuse de lui. La mère se rendait compte très clairement qu’à ce moment la petite fille, de plus d’un point de vue, aimait mieux son père qu’elle-même. Nous avons ici un exemple de la première situation œdipienne, qui a été vécue d’abord, en ce cas, avec le frère, puis transférée au père.