IV.

Voyons maintenant les mauvais mangeurs. Le fait de prendre la nourriture très lentement implique souvent un manque de plaisir, c’est-à-dire de gratification libidinale : si cela s’accompagne d’un intérêt marqué envers la mère et d’autres personnes, cela suggère que les relations d’objet sont utilisées en partie pour échapper aux angoisses de persécution attachées à la nourriture. Bien que de bonnes relations avec les personnes puissent se développer chez ces enfants l’angoisse excessive qui se manifeste dans cette attitude à l’égard de la nourriture reste un danger pour leur stabilité émotionnelle. L’une des diverses difficultés qui peuvent se produire plus tard est une inhibition à ingérer la nourriture sublimée ; autrement dit : un trouble du développement intellectuel.

Un refus marqué de la nourriture (si nous le comparons avec le fait de prendre la nourriture lentement) est l’indication claire de l’existence d’un trouble grave, bien que chez certains enfants cette difficulté diminue quand on introduit de nouveaux aliments dans leur régime ; par exemple : le biberon au lieu du sein, les aliments solides au lieu des liquides.

Un manque de plaisir à manger, ou un refus total de la nourriture, s’ils sont combinés avec une déficience dans l’établissement de relations d’objet, indiquent que les mécanismes schizoparanoïdes, qui sont à leur point culminant dans les trois ou quatre premiers mois de vie, sont excessifs ou n’ont pas été administrés adéquatement par le moi. Ce qui fait penser par suite que les pulsions destructrices et l’angoisse de persécution sont prédominantes, que les défenses du moi sont inadéquates, et que la modification de l’angoisse est insuffisante.

C’est un autre type de relation d’objet déficiente qui caractérise certains enfants exagérément voraces. Chez eux la nourriture devient presque la seule source de gratification, et ils développent peu d’intérêt à l’égard des personnes. J’en concluerais que, eux, non plus, n’élaborent pas avec succès la position schizoparanoïde.