VI.

Des troubles semblables à ceux que j’ai décrits dans la relation du petit bébé avec sa mère sont déjà observables pendant les trois ou quatre premiers mois de vie. Si ces troubles sont très fréquents et durables ils peuvent être considérés comme des signes du fait que le bébé n’a pas su s’arranger de la position schizoparanoïde.

Un manque persistant d’intérêt à l’égard de la mère, même à ce premier stade, et auquel s’ajoute un peu plus tard l’indifférence à l’égard des personnes en général et à l’égard des jouets, laisse penser à un trouble du même ordre, mais plus sévère. Cette attitude peut aussi s’observer chez des enfants qui ne sont pas de mauvais mangeurs. Pour un observateur superficiel, ces enfants qui ne pleurent pas beaucoup, peuvent sembler satisfaits et « bons ». J’ai conclu de l’analyse d’adultes et d’enfants dont j’ai pu suivre les difficultés graves jusqu’à la toute première enfance, que beaucoup de ces bébés sont en fait des malades mentaux, qui se sont retirés du monde extérieur à cause d’une puissante angoisse de persécution et de leur usage excessif de mécanismes schizoïdes. En conséquence, l’angoisse dépressive ne peut être surmontée avec succès ; la capacité d’amour et celle d’établir des relations d’objet sont inhibées, de même que la vie phantasmatique ; le processus de formation des symboles est entravé, ce qui produit une inhibition des intérêts et des sublimations.

Cette attitude, qu’on pourrait qualifier d’apathique, diffère du comportement d’un enfant réellement satisfait, qui exige parfois qu’on s’occupe de lui, pleure quand il se sent frustré, présente de nombreux signes de son intérêt à l’égard des gens et du plaisir qu’il prend à leur compagnie, et cependant peut se trouver très heureux tout seul à d’autres moments. Cela indique un sentiment de sécurité à l’égard des objets internes et externes ; l’enfant peut supporter sans angoisse l’absence temporaire de sa mère parce que la mère bonne est relativement en sécurité dans son psychisme.