Le développement ultérieur et la modification de l’angoisse

I.

La névrose infantile peut être considérée comme une combinaison des processus par lesquels des angoisses de nature psychotique sont liées, élaborées et modifiées. Des progrès fondamentaux dans la modification de l’angoisse de persécution et de l’angoisse dépressive font partie du développement pendant la première année. La névrose infantile, telle qu’elle m’apparaît, commence donc dans la première année de vie, et arrive à son terme quand, avec le début de la période de latence, la modification des premières angoisses a été obtenue.

Tous les aspects du développement contribuent au processus de modification de l’angoisse, c’est pourquoi les vicissitudes de l’angoisse ne peuvent être comprises que dans leur interaction avec tous les facteurs du développement. Par exemple, l’acquisition d’habiletés physiques ; les activités de jeu ; le développement du langage et les progrès intellectuels en général ; l’habitude de la propreté ; l’accroissement des sublimations ; l’élargissement de la série des relations d’objet ; le progrès de l’enfant dans l’organisation libidinale – tous ces progrès sont inextricablement entrelacés avec des aspects de la névrose infantile, en dernière instance avec les vicissitudes de l’angoisse et les défenses établies contre elle. Je ne peux ici que choisir quelques-uns de ces facteurs en interaction et indiquer comment ils contribuent à la modification de l’angoisse.

Les premiers objets persécuteurs, internes et externes sont – cela a déjà été examiné – le sein « mauvais » de la mère et le pénis « mauvais » du père ; et les craintes de persécution liées aux objets internes sont en interaction avec celles qui sont liées aux objets extérieurs. Ces angoisses centralisées d’abord sur les parents, trouvent leur expression dans les premières phobies, et affectent sérieusement les relations de l’enfant avec ses parents. L’angoisse de persécution et l’angoisse dépressive à la fois contribuent fondamentalement à créer les conflits qui naissent dans la situation œdipienne28, et influencent le développement libidinal.

Les désirs génitaux à l’égard des deux parents, qui marquent le début des premiers stades du complexe d’Œdipe (vers le milieu de la première année) sont d’abord entrelacés avec des désirs et des phantasmes oraux, anaux et urétraux, à la fois de nature libidinale et agressive. Les angoisses de nature psychotique qu’éveillent les pulsions destructrices provenant de toutes ces sources, tendent à renforcer ces mêmes pulsions, et, si elles sont excessives, créent de fortes fixations aux stades pré-génitaux29.

Le développement libidinal est ainsi influencé à chaque phase par l’angoisse. En effet l’angoisse mène à la fixation aux stades prégénitaux et, à maintes reprises, à la régression jusqu’à eux. D’autre part, l’angoisse et la culpabilité, avec la tendance consécutive vers la réparation, activent les désirs libidinaux et stimulent la marche en avant de la libido, car donner et ressentir des gratifications libidinales allège l’angoisse et satisfait le besoin de réparer. Ainsi l’angoisse et la culpabilité, parfois enrayent et d’autres fois encouragent le développement libidinal. Cela varie non seulement d’un individu à l’autre, mais cela peut varier chez un seul et même individu, selon l’interaction intriquée entre les facteurs internes et externes à un moment donné.

Toutes les angoisses primitives sont vécues dans les positions fluctuantes du complexe d’Œdipe direct et inverti, car la jalousie, la rivalité et la haine dans ces positions éveillent constamment l’angoisse de persécution et l’angoisse dépressive. Les angoisses centralisées sur les parents comme objets internes s’élaborent cependant peu à peu et diminuent à mesure que le bébé tire un sentiment croissant de sécurité de sa relation avec ses parents externes.

Dans l’alternance entre la progression et la régression, qui est puissamment influencée par l’angoisse, les tendances génitales arrivent peu à peu à dominer. Par suite, la capacité de réparation s’accentue, son domaine s’élargit et les sublimations gagnent en force et en stabilité ; car au niveau génital, elles sont liées avec l’aspiration humaine vers la création. Les sublimations génitales dans la position féminine sont liées à la fertilité – au pouvoir de donner la vie, et de recréer ainsi les objets perdus ou endommagés. Dans la position masculine, l’élément de création de la vie est renforcé par les phantasmes de rendre fertile la mère blessée ou détruite et ainsi de la guérir ou de la faire revivre. L’organe génital ne représente donc pas seulement l’organe de la procréation mais aussi le moyen de réparer et de créer à nouveau.

La prédominance des tendances génitales implique un grand progrès dans l’intégration du moi, car ces tendances reprennent à leur compte des désirs libidinaux et réparateurs de nature prégénitale, ce qui produit une synthèse entre les tendances réparatrices prégénitales et génitales. Par exemple, la capacité de recevoir « de la bonté », d’abord l’aliment et l’amour qu’on désire de la mère, et le besoin de l’alimenter en retour, et ainsi de la réparer – la base des sublimations orales – sont une condition préalable à un développement génital satisfaisant.

La force croissante de la libido génitale, qui inclut un progrès dans la capacité de réparer, marche parallèlement avec une diminution progressive de l’angoisse et de la culpabilité éveillées par les tendances destructrices, bien que dans la situation œdipienne les désirs génitaux soient cause de conflit et de culpabilité. Il s’ensuit que la primauté génitale implique une diminution des tendances et des angoisses orales, urétrales et anales. Dans le processus d’élaboration des conflits œdipiens et d’accès à la primauté génitale, l’enfant devient capable d’établir ses objets « bons » en sécurité dans son monde intérieur et d’édifier une relation stable avec ses parents. Tout cela signifie que peu à peu il élabore et modifie l’angoisse de persécution et l’angoisse dépressive.

Il y a des raisons de supposer qu’au moment où l’enfant tourne son intérêt vers des objets autres que le sein de sa mère – des parties du corps de la mère, d’autres objets de son entourage, des parties de son propre corps, etc. – débute un processus fondamental pour l’accroissement des sublimations et des relations d’objet. L’amour, les désirs (libidinaux aussi bien que destructeurs) et les angoisses sont transférés du premier et unique objet, la mère, vers d’autres objets ;

de nouveaux intérêts se développent alors, qui deviennent les substituts de la relation avec l’objet primitif. Cet objet primitif, cependant, n’est pas seulement le sein « bon » extérieur, mais aussi le sein « bon » intériorisé ; et cette déviation d’émotions et de sentiments créateurs qui se rapportent maintenant au monde extérieur est liée à la projection. Dans tous ces processus, la fonction formatrice de symboles et l’activité phantasmatique ont une grande importance30. Quand l’angoisse dépressive s’éveille, et en particulier avec le début de la position dépressive, le moi se sent amené à projeter, dévier et distribuer des désirs et des émotions, aussi bien que la culpabilité et la nécessité de réparation, vers de nouveaux objets et de nouveaux intérêts. Ces processus sont à mon avis la source principale des sublimations pendant toute la vie. Il y a cependant une condition préalable à un développement satisfaisant des sublimations (aussi bien que des relations d’objet et de l’organisation libidinale), c’est que l’amour pour les premiers objets puisse être maintenu pendant que les désirs et les angoisses sont déviés et distribués. Si en effet les griefs et la haine à l’égard des premiers objets prédominent, ils tendent à mettre en danger les sublimations et la relation avec les objets substitutifs.

Une autre perturbation de la capacité de réparation, et, par suite, des sublimations, se produit si, à cause d’une incapacité de surmonter la position dépressive, on perd l’espoir de pouvoir réparer, ou, en d’autres termes, si l’on désespère de porter remède à la destruction infligée aux objets aimés.

II.

Comme on l’a dit plus haut, tous les aspects du développement sont liés à la névrose infantile. Les premières phobies sont un trait caractéristique de la névrose infantile ; elles commencent pendant la première année de vie, et, changeant de forme et de contenu, elles apparaissent et reparaissent tout au long des années d’enfance. Les angoisses de persécution et les angoisses dépressives sous-tendent ensemble les premières phobies, qui comprennent les difficultés d’alimentation, le pavor nocturnus, l’angoisse pour l’absence de la mère, la peur des inconnus, des troubles dans les relations avec les parents et les relations d’objet en général. Le besoin d’externaliser des objets persécuteurs est un élément intrinsèque dans le mécanisme des phobies31. Ce besoin dérive de l’angoisse de persécution (par rapport au moi) aussi bien que de l’angoisse dépressive (centrée sur les dangers qui menacent les objets bons internes du fait des persécuteurs également internes). Les craintes de persécution interne trouvent aussi leur expression dans les angoisses hypocondriaques. Elles contribuent aussi à une quantité de maladies physiques, par exemple, les rhumes fréquents chez les jeunes enfants32.

Les angoisses orales, urétrales et anales (qui interviennent à la fois dans l’acquisition et dans l’inhibition des habitudes de propreté), sont des traits essentiels dans la symptomatologie de la névrose infantile. C’est aussi un trait caractéristique de la névrose infantile que des rechutes de toutes sortes se produisent dans les premières années de vie. Comme on l’a vu plus haut, si l’angoisse de persécution ou l’angoisse dépressive est renforcée, il se produit une régression aux stades antérieurs et aux situations d’angoisse correspondantes. Cette régression se manifeste, par exemple, dans la rupture des habitudes de propreté déjà acquises, ou bien des phobies apparemment surmontées peuvent reparaître avec de légères transformations.

Pendant la seconde année, des tendances obsessionnelles arrivent au premier plan ; elles expriment et lient à la fois des angoisses orales, urétrales et anales. Des traits obsessionnels peuvent être observés dans les rituels du coucher, des rituels à propos de la propreté ou de la nourriture, etc., et dans un besoin général de répétition (par exemple, le désir qu’on raconte à maintes reprises la même histoire, avec les mêmes expressions, ou celui de jouer sans cesse aux mêmes jeux). Ces phénomènes, bien qu’ils fassent partie du développement normal de l’enfant, peuvent être décrits comme des symptômes névrotiques. L’adoucissement ou la liquidation de ces symptômes aboutissent à une modification des angoisses orales, urétrales et anales, ce qui en retour implique une modification des angoisses de persécution et des angoisses dépressives.

La capacité du moi de susciter à chaque degré des défenses qui lui permettent d’élaborer en partie les angoisses, est un aspect essentiel du processus de modification de l’angoisse. Au tout premier stade (schizoparanoïde) l’angoisse est neutralisée par des défenses extrêmes et puissantes, comme la dissociation, l’omnipotence et la dénégation33. Au stade suivant (position dépressive), les défenses subissent, nous l’avons vu, des changements importants qui sont caractérisés par la plus grande capacité du moi de supporter l’angoisse. Comme au cours de la seconde année de nouveaux progrès dans le développement du moi se produisent, le bébé utilise son adaptation croissante à la réalité extérieure et son contrôle croissant des fonctions corporelles pour apprécier les dangers internes par confrontation avec la réalité extérieure.

Tous ces changements sont caractéristiques des mécanismes obsessionnels qui peuvent être aussi considérés comme une défense très importante. Par exemple l’enfant diminue temporairement mais à maintes reprises ses angoisses à propos de ses matières fécales dangereuses (c’est-à-dire de sa destructivité), de ses objets mauvais internalisés et de son chaos interne, en acquérant les habitudes de propreté. Le contrôle du sphincter lui prouve qu’il peut contrôler les dangers en lui, et ses objets internes. En outre les excréments réels lui servent à mettre à l’épreuve ses craintes phantasmatiques de leur qualité destructrice. Ils peuvent maintenant être expulsés selon les exigences de la mère ou de la bonne d’enfants, qui, en manifestant leur approbation de la manière dont les excréments sont produits, semblent aussi approuver leur nature, ce qui rend les excréments « bons »34. Il s’ensuit que l’enfant peut sentir que le mal qu’il a fait dans ses phantasmes agressifs, avec ses excréments à ses objets internes et externes, peut être annulé. L’acquisition des habitudes de propreté diminue donc aussi la culpabilité et satisfait le désir de réparer35.

Les mécanismes obsessionnels constituent une partie importante du développement du moi. Ils le rendent capable de tenir l’angoisse temporairement en lisière. Ceci permet au moi en retour d’obtenir plus d’intégration et de force, ce qui rend possible l’élaboration graduelle, la diminution et la modification de l’angoisse. Cependant, les mécanismes obsessionnels ne sont qu’une des défenses de ce stade. S’ils sont excessifs et deviennent la défense principale, on peut le prendre comme une indication du fait que le moi ne peut pas administrer efficacement l’angoisse de nature psychotique, et qu’une névrose obsessionnelle grave est en train de se développer chez l’enfant.

Un autre changement fondamental dans les défenses caractérise le stade auquel la libido génitale gagne de la force. Quand cela se produit, nous l’avons vu, le moi est plus intégré ; l’adaptation à la réalité extérieure s’est améliorée, la fonction de la conscience s’est étendue ; le surmoi est, lui aussi, plus intégré ; une synthèse plus complète des processus inconscients (dans les parties inconscientes du moi et du surmoi) s’est produite ; la démarcation entre la conscience et l’inconscient est plus distincte. Ces progrès permettent au refoulement de prendre la place essentielle parmi les défenses36. L’aspect répressif et prohibiteur du surmoi est un facteur essentiel dans le refoulement ; c’est un aspect qui se renforce par suite du progrès dans l’organisation du surmoi. Les exigences du surmoi de maintenir hors de la conscience certaines pulsions et certains phantasmes, autant de nature agressive que libidinale, sont plus à la portée du moi parce qu’il a progressé à la fois dans son intégration et dans l’assimilation du surmoi.

J’ai décrit dans une partie antérieure comment, même pendant les premiers mois de la vie, le moi inhibe les désirs instinctuels, au début, sous la contrainte de l’angoisse de persécution, et, un peu après, sous celle de l’angoisse dépressive. Un pas ultérieur dans le développement des inhibitions instinctuelles se produit quand le moi peut utiliser le refoulement.

Nous avons vu la façon dont le moi utilise le clivage pendant la phase schizoparanoïde37. Le mécanisme de clivage sous-tend le refoulement (comme l’implique l’idée de Freud) ; mais, en opposition avec les toutes premières formes de clivage qui mènent à des états de désintégration, le refoulement n’aboutit pas normalement à une désintégration de la personne. Puisqu’à ce stade il y a une plus grande intégration, à la fois dans les parties conscientes du psychisme et dans les inconscientes, et puisque dans le refoulement le clivage produit surtout une division entre conscience et inconscient, aucune des parties de la personne n’est exposée au degré de désintégration qui peut se produire aux stades antérieurs. Cependant, l’étendue de l’utilisation des processus de clivage dans les premiers mois de la vie influence essentiellement l’utilisation du refoulement à un stade ultérieur. Car si les premiers mécanismes et les premières angoisses schizoïdes n’ont pas été suffisamment surmontés, le résultat peut être qu’une barrière rigide s’érige entre la conscience et l’inconscient, au lieu d’une relation fluide ; cela indique que le refoulement est excessif, et que, par suite, le développement est perturbé. Avec un refoulement modéré, d’autre part, l’inconscient et la conscience peuvent plus facilement rester « poreux » l’un pour l’autre, et les pulsions et leurs dérivés peuvent dans une certaine mesure surgir et ressurgir de l’inconscient et être soumis par le moi à un procès de sélection et de refus. Le choix des pulsions, des phantasmes, des pensées qui doivent être refoulés dépend de la plus grande capacité du moi d’accepter les normes des objets extérieurs. Cette capacité est liée à une plus grande synthèse à l’intérieur du surmoi et à l’assimilation croissante du surmoi par le moi.

Les changements dans la structure du surmoi, qui se produisent graduellement et sont toujours liés au développement du complexe d’Œdipe, contribuent au déclin de ce complexe au début de la période de latence. En d’autres termes, le progrès de l’organisation libidinale et les diverses adaptations dont le moi devient capable à ce stade sont liés à la modification des angoisses de persécution et des angoisses dépressives au sujet des parents intériorisés, ce qui implique une plus grande sécurité dans le monde intérieur.

Vus à la lumière des vicissitudes de l’angoisse, les changements caractéristiques du début de la période de latence pourraient être résumés comme suit : la relation avec les parents est plus sûre ; les parents introjectés se rapprochent plus étroitement de l’image des parents réels ; leurs normes, leurs conseils, et leurs interdictions sont acceptés et intériorisés, et par conséquent le refoulement des désirs œdipiens est plus efficace. Tout cela représente un point culminant du développement du surmoi, qui est le résultat d’un processus qui s’étend sur les premières années de vie.

Conclusion

J’ai examiné en détail les premières phases du dépassement de la position dépressive qui caractérisent la seconde moitié de la première année de vie. Nous avons vu que, dans les tout premiers stades, quand l’angoisse de persécution prédomine, les objets du bébé sont de nature primitive et persécutrice ; ils dévorent, déchirent, empoisonnent, inondent, etc., c’est-à-dire que les multiples désirs et phantasmes oraux, urétraux et anaux sont projetés sur les objets externes aussi bien que sur les objets intériorisés. L’image de ces objets s’altère peu à peu dans le psychisme de l’enfant suivant les progrès de l’organisation libidinale et la modification de l’angoisse.

Ses relations avec son monde interne et son monde externe s’améliorent simultanément ; l’interdépendance entre ces liens implique des changements dans les processus d’introjection et de projection qui sont un facteur essentiel pour diminuer l’angoisse de persécution et l’angoisse dépressive. Tout cela aboutit à une plus grande capacité du moi d’assimiler le surmoi, et de cette façon le moi se renforce.

Quand la stabilisation est obtenue, certains facteurs fondamentaux ont subi une altération. Je ne m’occupe pas maintenant du progrès du moi qui, comme j’ai essayé de le montrer, est lié à chaque phase ou développement émotionnel et à la modification de l’angoisse, mais ce sont les changements dans les processus inconscients que je désire souligner. Ces changements deviennent à mon avis plus compréhensibles si nous les relions à l’origine de l’angoisse. Je reviens ici à mon affirmation que les pulsions destructrices (l’instinct de mort) sont le facteur primordial dans la production de l’angoisse38. La voracité est accentuée par les griefs et la haine, c’est-à-dire par les manifestations de l’instinct de destruction ; mais ces manifestations sont renforcées en retour par l’angoisse de persécution. Quand, dans le cours du développement, l’angoisse diminue et est plus facilement tenue en lisière, les griefs et la haine diminuent, ce qui amène en fin de compte un affaiblissement de l’ambivalence. Ou, en termes d’instincts : quand la névrose infantile a suivi son cours, c’est-à-dire quand les angoisses de persécution et les angoisses dépressives ont diminué et ont été modifiées, l’équilibre dans la fusion des instincts de vie et de mort (et ainsi entre la libido et l’agressivité) s’est altéré en quelque façon. Cela implique des changements importants dans les processus inconscients, c’est-à-dire dans la structure du surmoi, et dans la structure et l’extension des parties inconscientes (aussi bien que conscientes) du moi.

Nous avons vu que les fluctuations entre les positions libidinales et entre la progression et la régression qui caractérisent les premières années de l’enfance sont liées inextricablement aux vicissitudes de l’angoisse de persécution et de l’angoisse dépressive qui surgissent dans la première enfance. Ainsi ces angoisses ne sont pas seulement un facteur essentiel dans la fixation et dans la régression, mais aussi elles influencent constamment le cours du développement.

C’est une condition préalable à un développement normal que, dans l’alternance entre la progression et la régression, des aspects fondamentaux du progrès déjà réalisé soient maintenus. En d’autres termes, que le processus d’intégration et de synthèse ne soit pas perturbé fondamentalement et de façon permanente. Si l’angoisse est peu à peu modifiée la progression doit prédominer sur la régression, et, au cours de la névrose infantile, la base de la stabilité mentale est établie.


28 L’interrelation entre les angoisses de persécution et dépressives d’une part, et la peur de castration de l’autre, est examinée en détail dans mon article The Œdipus Complex in the Light of Early Anxieties (Le complexe d'Oedipe éclairé par les angoisses précoces).

29 Cf. chap. V.

30 Je dois me retenir de décrire ici en détail la façon dont la formation des symboles est inextricablement liée dès le début à l’activité phantasmatique de l’enfant et aux vicissitudes de l’angoisse. Je fais ici allusion aux chap. III et VII, et aussi à quelques-uns de mes écrits antérieurs Infant Analysis (1926) et l’importance de la formation des symboles dans le développement du moi (1930).

31 Cf. La psychanalyse des enfants, pp. 142, 171-176.

32 Mon expérience m’a montré que les mêmes angoisses qui sous-tendent l’hypocondrie se trouvent aussi à la racine de symptômes hystériques de conversion. Le facteur fondamental commun aux deux affections est la crainte d’une persécution à l’intérieur du corps (attaques de la part d’objets persécuteurs intériorisés, dommage causé aux objets internes par le sadisme du sujet, par exemple par des attaques au moyen de ses excréments dangereux) tout ceci étant senti comme un dommage physique infligé au moi. L’élucidation des processus qui sous-tendent la transformation de ces angoisses de persécution en symptômes physiques pourrait contribuer à éclairer les problèmes de l’hystérie.

33 Si ces défenses persistent exagérément au-delà du premier stade où elles sont appropriées, le développement peut être affecté de plusieurs façons : l’intégration est empêchée, l’activité phantasmatique et les désirs libidinaux sont entravés ; en conséquence la tendance à la réparation, les sublimations, les relations d’objet et la relation avec la réalité peuvent être altérées.

34 Reconnaître que c’est un besoin de l’enfant que d’acquérir les habitudes de propreté, un besoin lié à l’angoisse, à la culpabilité et aux défenses contre elles, nous amène à la conclusion suivante. L’apprentissage de la propreté, s’il est réalisé sans contrainte et à un stade où son besoin devient apparent (ce qui se produit d’ordinaire au cours de la seconde année) est bénéfique pour le développement de l’enfant. S’il est imposé à l’enfant à un stade plus précoce, il peut être nuisible. En outre, à quelque stade que ce soit, l’enfant doit être seulement encouragé, et non obligé à acquérir les habitudes de propreté. Ceci est une allusion, nécessairement très incomplète, à un important problème d’éducation.

35 L’opinion de Freud sur les formations réactionnelles et sur l’ « annulation » dans le processus de la névrose obsessionnelle sous-tend mon concept de réparation, qui embrasse en outre les divers processus par lesquels le moi sent qu’il annule le mal fait par les phantasmes, répare l’objet, le préserve et le fait revivre.

36 Cf. Freud : « … Mettons toujours de côté, comme matière d’une étude ultérieure, la possibilité que le refoulement est un processus qui a un rapport particulier avec l’organisation génitale de la libido, que le moi a recours à d’autres méthodes de défense quand il a à se protéger contre la libido à d’autres stades de son organisation »… (Inhibition, symptôme et angoisse (1926), trad. Jury et Fraenckel, pp. 50 et 51).

37 Cf. chap. IX.

38 Cf. chap. VIII.