Quarante-huitième séance – Mercredi

Richard avait quelques minutes de retard mais il n’arriva pas en courant (Mme K. l’avait vu venir par la fenêtre). Il paraissait très calme et, contrairement à son habitude, ne s’excusa pas de son retard. Il annonça qu’il avait apporté sa flotte et la plaça en position de combat, les deux cuirassés à l’avant et tous les autres bateaux derrière. Il raconta à Mme K. qu’il avait fait des rêves désagréables toute la nuit ; il ne voulait pas en parler et ne se rappelait que, les passages plaisants. Avant son arrivée, Mme K. avait-elle vu passer les méchants enfants, notamment la petite fille rousse ? Les avait-elle rencontrés en route ? Comment s’étaient-ils comportés avec elle ? demanda Richard. Puis il regarda M. Smith (le quincaillier) qui discutait de l’autre côté de la route avec l’homme qui émondait la haie et que Richard avait surnommé « l’ours ». Richard déclara que M. Smith était « doux » et gentil, puis il alla boire au robinet. Quand il revint, M. Smith était toujours là et l’enfant avoua qu’il aimerait bien qu’il s’en aille, car tant qu’il resterait il ne pourrait rien faire. Il répéta plusieurs fois : « Allez-vous-en, monsieur Smith, au travail !… » puis pria Mme K. de dire trois fois : « Allez-vous-en, monsieur Smith… » pour le faire partir. Mme K. répéta la phrase trois fois et, à la demande de Richard, six fois encore. M. Smith finit par partir, mais bien plus tard ; cependant, Richard attribua sa retraite aux pouvoirs magiques de Mme K. Il le regarda s’éloigner, puis observa le vieil homme avec lequel M. Smith avait parlé ; en fait, ces deux hommes avaient l’air gentil, avoua-t-il. L’enfant se demandait sans doute pourquoi la présence de M. Smith l’avait tant troublé. Pendant cet épisode, il avait fait manœuvrer les bateaux : tout d’abord, le Nelson avança jusqu’à l’autre bout de la table, suivi du Rodney, et les deux cuirassés restèrent tous les deux seuls ; un peu plus tard le reste de la flotte les rejoignit. Ils attendaient que les ennemis surgissent, expliqua Richard.

Mme K. interpréta : Richard avait dit : « Allez-vous-en, monsieur Smith » au moment où il avait placé le Nelson à l’autre bout de la table. Cela signifiait qu’il désirait que son père soit très loin. La veille, il avait déjà tracé la route de la gare où son père prenait le train pour se rendre au bureau ; si Richard avait fait la route beaucoup plus longue qu’il n’en avait eu l’intention au départ, c’est qu’il visait à écarter son père. Le cochon et l’âne figuraient peut-être les deux mauvais fils, Paul et lui-même, qui désiraient que leur père soit mort ou banni, afin de posséder leur mère en exclusivité. Dès que Richard éprouvait des sentiments hostiles à l’égard de son père, ce dernier devenait un ennemi.

Richard sortit, piétina quelques orties, regarda autour de lui, mais ne tarda pas à regagner la salle de jeu. Il se mit à dessiner. Soudain il demanda à Mme K. : « Quand êtes-vous chez vous ? J’aimerais vous rendre visite un de ces jours, mais pas pour le travail, simplement pour vous voir. »

Mme K. interpréta : Richard désirait qu’elle soit son amie et non pas l’analyste ; il croyait qu’ainsi, ses doutes et ses angoisses concernant sa mère et Mme K. disparaîtraient et que, par conséquent, elle resterait la bonne mère bleu clair. Mme K. lui rappela qu’il y a peu de temps, il l’avait admirée et qu’il avait déclaré que sa robe brillait comme de l’argent (Quarante-cinquième séance). Cependant, tout de suite après, il avait évoqué l’horrible vieille de la rue. Il s’efforçait de ne pas considérer Mme K. comme la mère-« brute » qui s’alliait avec le père-Hitler et abandonnait Richard. Il voulait donc que Mme K. soit dans son camp et que, par magie, elle fasse partir M. Smith (représentant son père).

Richard répliqua que c’était exactement l’explication qu’il attendait de Mme K. Celle-ci lui demanda pourquoi ; peut-être avait-il pensé comme elle, suggéra-t-elle. Richard répondit que oui, puis il la questionna : l’analyse une fois terminée, serait-il autorisé à lui rendre visite ?

Mme K. lui dit que ce serait possible.

Richard s’enquit des patients de Mme K. : en avait-elle beaucoup à Londres ? Puis il poursuivit son questionnaire : irait-elle au village à la fin de la séance ? Entrerait-elle d’abord chez l’épicier ? Il n’aimait pas qu’elle y aille, avoua-t-il.

Mme K. lui demanda pourquoi.

Quand Mme K. allait chez l’épicier, dit Richard, elle ne faisait qu’un tout petit bout de chemin avec lui parce que l’épicier était bien plus proche que les autres magasins du village. Richard demanda alors à Mme K. si elle avait trouvé des Players chez M. Evans ; la veille, il l’avait vue entrer chez lui, aussi pensait-il qu’elle en avait acheté. Richard ajouta qu’il était indigné et traita M. Evans de menteur et de sale bête. La veille, ce dernier avait dit à sa mère qu’il n’avait pas de Player’s et la plupart du temps, il refusait de lui en vendre. L’enfant parla ensuite du directeur de l’hôtel, le qualifiant de méchant et de curieux.

Mme K. lui demanda pourquoi il était méchant.

« Oh ! comme ça », répondit Richard. Puis il précisa que la veille, le directeur lui avait interdit de cueillir les roses du jardin de l’hôtel ; cela ne l’avait d’ailleurs pas empêché de le faire.

Mme K. interpréta : M. Smith, M. Evans, et le directeur représentaient tous trois M. K. et son père. Richard avait deux raisons d’être en colère : d’une part, son père ne lui donnait pas le bon pénis qu’il désirait sucer mais le donnait à sa mère (représentée ici par Mme K.) sous la forme des cigarettes que M. Evans refusait de vendre à sa mère (sa mère représentait ici son propre soi frustré) ; d’autre part Richard voulait avoir sa mère pour lui tout seul, et souhaitait donc que son père soit très loin, ou plutôt mort. De la même façon il ne fallait pas que Mme K. ait d’autres patients, un fils ou un petit-fils. Malgré sa colère, Richard avait de la peine pour son père parce qu’il l’aimait autant qu’il le haïssait. Il se sentait coupable à l’égard de l’un et l’autre de ses parents et, par conséquent, souhaitait les réunir. Dans son jeu, le Rodney n’avait-il pas suivi le Nelson ? Puis leurs enfants les avaient rejoints. Tous les membres de la famille s’entendaient bien et leur agressivité était dirigée uniquement contre le père-Hitler. La flotte attendait l’apparition des ennemis. Mais l’ennemi, c’était aussi le Richard hostile et jaloux qui voulait attaquer ses parents et troubler la paix familiale.

Richard déclara qu’il se méfiait de M. K. parce que ce dernier s’était battu contre les Anglais pendant la première guerre mondiale. Cependant il avait confiance en Mme K. Il demanda à celle-ci si elle aimait son travail ; pourquoi trouvait-elle cette salle de jeu pratique pour l’analyse des enfants ? Était-ce parce qu’elle était tranquille ?

Mme K. répliqua qu’elle avait déjà expliqué qu’une salle de jeu était indispensable.

Richard répéta plusieurs fois : « Oh ! c’est à la place d’une salle de jeu. » Puis il poursuivit son questionnaire : Mme K. louait-elle cette pièce ? Comment se nommait le patient qu’il avait rencontré (ce n’était pas John) ? De quoi les patients adultes pouvaient bien avoir peur ? Les adultes avaient-ils peur des autres adultes, les femmes des autres femmes ? Si c’était le cas, c’était encore pire, parce que, dit-il, il y avait beaucoup plus d’adultes que d’enfants qui étaient effrayants. Il savait que Mme K. ne lui dirait pas grand-chose au sujet de son patient, ajouta-t-il, mais il ne pouvait s’empêcher de lui poser des questions sur lui (Note I). Richard se plongea dans ses pensées ; au bout d’un instant de silence, il déclara qu’il aimerait savoir ce qu’était vraiment la psychanalyse. Il aurait voulu en atteindre « le cœur ».

Mme K. interpréta : il voulait connaître la psychanalyse, mais désirait surtout découvrir tous les secrets de Mme K. Il aurait aimé entrer dans sa chambre au moment où elle se trouvait avec un patient adulte pour voir ce qu’elle faisait avec lui – vœu comparable à celui de pénétrer dans la chambre de ses parents. Le « cœur » signifiait leurs secrets, leurs pensées secrètes et leurs organes génitaux. La principale inquiétude de Richard venait de sa méfiance à l’égard de sa mère (et maintenant à l’égard de Mme K.). Son plus grand désir était de garder sa mère bleu clair bonne et fidèle, désir qu’il exprimait en s’efforçant de conserver la Mme K. argentée et belle. Toutefois, il ne pouvait s’empêcher de douter de cette dernière parce qu’elle avait été dans le camp des ennemis lors de la première guerre mondiale. Il soupçonnait également ses parents d’avoir, lorsqu’ils étaient seuls, des relations sexuelles. Cela le rendait jaloux et il les attaquait mentalement. Par conséquent, il s’imaginait qu’ils s’unissaient contre lui et que sa mère devenait une étrangère, une espionne, une ennemie. Mme K. lui rappela que pendant son opération, il avait eu l’impression que sa mère complotait contre lui avec le méchant docteur.

Richard sortit. Il demanda à Mme K. de quelle couleur étaient ses cheveux quand elle était jeune ; étaient-ils noirs ? Maintenant, ils étaient blonds – ou blancs, peut-être.

Mme K. interpréta : il refusait d’admettre que ses cheveux étaient blancs parce qu’un tel aveu signifierait que Mme K. était vieille ; or, il redoutait sa mort.

Richard répliqua que le noir lui faisait penser à la mort. Tout en parlant, il piétinait les orties.

Ils regagnèrent la salle de jeu ; Mme K. rappela à l’enfant qu’il avait fait un rêve et lui demanda de le lui raconter.

Richard rapporta son rêve, malgré une résistance manifeste :

Il se trouvait dans un tribunal. Il ignorait de quoi on l’accusait ; le juge apparut, il avait l’air gentil et ne dit rien. Richard entra dans un cinéma, celui-ci semblait aussi faire partie du tribunal. Puis tous les bâtiments du tribunal s’écroulèrent. Richard était devenu géant, et de son énorme chaussure noire, donnait des coups de pied dans les murailles en ruine qui se redressaient aussitôt. Il reconstruisit tous les édifices démolis.

Tandis qu’il parlait, Richard fit le 38e dessin.

Mme K. interpréta : le juge de son rêve n’était pas sans rapport avec l’accusation portée contre lui d’avoir cueilli des roses. Ce geste symbolisait le vol du pénis du père et du sein de la mère. Mme K. rappela à l’enfant que, la veille, il était allé boire au robinet après avoir dit que M. Smith était « doux ». Il avait déclaré que le juge était gentil et avait souvent proclamé la gentillesse du directeur de l’hôtel. On pourrait en dire autant de son père ; néanmoins, dès que Richard désirait lui dérober son pénis ou le sein de sa mère, celui-ci devenait terrifiant. Dans son rêve Richard ne savait pas de quoi on l’accusait. En fait on lui reprochait d’avoir démoli les bâtiments du tribunal. Ceux-ci représentaient ses parents : il avait l’impression de les avoir attaqués et désirait les réparer. Il était devenu géant, c’est-à-dire qu’il contenait la mère géante et le père-monstre et qu’il était extrêmement puissant et malfaisant. [Toute-puissance de la pensée.] Au cours de la précédente séance, il avait déjà évoqué la mère géante et le monstre ; peu après, il avait démontré à Mme K. que, lorsqu’il tenait tous les crayons pointus dans sa main, c’est-à-dire lorsqu’il contenait les parents puissants, il était capable de combattre Hitler. Les coups de pied qu’il avait donnés dans les bâtiments du tribunal étaient une allusion au fait qu’il avait réellement été accusé d’avoir commis des destructions. Son rêve éludait l’accusation ; cependant, la chaussure-Hitler noire signifiait que non seulement il relevait les ruines, mais qu’à l’aide de cette chaussure, il avait démoli parents et édifices.

Richard ne réagit point à ces interprétations ; il montra à Mme K le 38e dessin : les personnes qui y figuraient voyageaient chacune dans une direction. Mme K. se rendait à Londres, en train.

Mme K. demanda à l’enfant qui voyageait en sens inverse (a).

Richard répondit que c’était M. K. ; il rencontrait Mme K. au carrefour des voies mais il la quittait et poursuivait son voyage en pleurant.

Mme K. rappela à Richard qu’un peu plus tôt, il avait dit à M. Smith de s’en aller, sans succès. Il avait suffi que Mme K. lui dise : « Allez-vous-en » pour qu’il parte, pensait Richard. Maintenant, c’était M. K. qu’elle renvoyait. Cela signifiait aussi que sa mère avait rejeté son père.

L’analyste demanda alors à l’enfant qui voyageait dans l’autre direction (b).

Richard répliqua que c’était lui : il se rendait à « Z », sa ville natale.

Mme K. interpréta : Richard redoutait la fin de l’analyse représentée dans le dessin par le départ de Mme K. pour Londres.

Richard demanda avec inquiétude : « Vous ne partez pas tout de suite, n’est-ce pas ? »

Mme K. répondit qu’elle s’en irait dans un peu moins de deux mois et que Richard le savait bien.

Richard déclara d’une voix rauque et triste qu’il devrait peut-être aller à Londres, lui aussi.

Mme K. interpréta : Richard était ennuyé que l’analyse prenne fin à cause de ses difficultés. Il avait peur de l’avenir ; ses questions sur les craintes des adultes en témoignaient ; il supposait même que les angoisses de ces derniers étaient pires que celles des enfants. Il avait déjà fait part à Mme K. de sa crainte de devenir idiot. D’autre part, il redoutait que sa mère l’abandonne, meure ou devienne mauvaise à cause des actes dangereux et malfaisants de son fils ; il éprouvait un sentiment analogue à propos du départ de Mme K.

Richard interrompit Mme K. au milieu de ses interprétations pour dire qu’il connaissait le montant de ses honoraires ; sa mère le lui avait dit.

Mme K. interpréta : qu’elle se fasse payer le choquait parce que cela signifiait quelle n’était pas la bonne mère qui l’aidait et le nourrissait par amour.

L’enfant répliqua qu’il fallait bien payer Mme K. parce qu’elle avait besoin d’argent.

Mme K. dit que c’était vrai ; néanmoins, ajouta-t-elle, Richard se méfiait d’elle parce qu’elle percevait des honoraires. Voilà qui expliquait son désir de lui rendre visite en ami.

Richard demanda alors à l’analyste si elle irait au cinéma ce soir-là. (Question qu’il posait fréquemment.) Elle semblait ne jamais y aller, ajouta-t-il. Quant à lui, sa mère l’accompagnerait ce soir.

Mme K. interpréta : il désirait qu’elle se joigne à eux ; Richard acquiesça aussitôt. Il avait l’impression, poursuivit l’analyste, que si Mme K. n’allait pas au cinéma, c’était lui qui l’en empêchait.

Richard décida d’apporter des modifications aux voyages du 38e dessin : auparavant, M. et Mme K. partaient de « X » et se séparaient au carrefour ; Mme K. ne rencontrait pas Richard puisqu’il voyageait seul de « X » à sa ville natale. À présent, au contraire, Mme K. revenait de Londres, empruntait la bifurcation puis rencontrait Richard à un autre carrefour (Richard était de retour de « Z »). Richard et Mme K. se rendaient alors à « X » ; celle-ci y retrouvait M. K. qui était rentré à « X », lui aussi. Le nom Valeing figurait plusieurs fois dans le dessin ; « après tout », dit l’enfant, « ils sont tous dans la même région ».

La séance, touchait à sa fin, Richard regarda les crayons et demanda à Mme K. où elle avait acheté les, nouveaux et combien ils lui avaient coûté.

Mme K. interpréta : Richard souhaitait qu’elle dépense de l’argent pour lui ; il lui avait déjà demandé si elle payait un loyer pour la salle de jeu ; il avait plaisir à penser qu’elle ne percevait pas ses honoraires par amour de l’argent. Et en dépensait une partie pour lui.

À la fin de la séance, Richard regarda par la fenêtre et vit sa mère qui l’attendait. Mme K. n’avait pas fini de ranger ses affaires ; elle proposa à Richard d’aller rejoindre sa mère tout de suite. L’enfant refusa catégoriquement, déclarant qu’il voulait attendre Mme K. et l’aider à mettre de l’ordre. Quand il fut sorti, il dit à sa mère : « J’ai l’impression d’être quelqu’un d’autre ou dans un nouveau pays ; je me sens Américain » (Note II).

Pendant toute la séance, Richard avait scruté la route. Son angoisse persécutive avait augmenté et il était plutôt contrarié. Il réagit cependant aux interprétations de Mme K. sauf à celles se rapportant au rêve.

Note : J’ai retrouvé dans mes notes un élément de matériel que je ne sais où placer et qui appartient à cette séance. À un certain moment, j’ai interprété le désir de Richard d’attaquer sa mère et de lui prendre les bébés se trouvant à l’intérieur de son corps. Richard répondit qu’il avait mangé un bébé, ce matin même : il avait découvert dans son œuf le petit morceau destiné à devenir un poussin ; ça avait dû lui arriver des milliers de fois mais, ce jour-là, il avait refusé de finir son œuf.

Notes de la quarante-huitième séance

I. Dans la psychanalyse des enfants ou des adultes, l’analyste interprète la signification du silence en fonction de la situation. Nombre de patients ont des difficultés à entamer la conversation ; dans ce cas, je pense qu’il faut leur donner le temps de vaincre ces difficultés. Cependant, lorsque le silence se prolonge plus de quinze ou vingt minutes, l’analyste doit en interpréter les causes ; on peut les trouver dans le matériel de la séance précédente. En revanche, certains silences expriment le bien-être du patient, son plaisir de se trouver en compagnie de l’analyste, d’être étendu tranquillement sur le divan. Il n’est pas bon d’interrompre ces silences-là par des interprétations. Ce sentiment de bien-être a souvent été confirmé par les paroles du patient qui exprimait son bonheur d’être couché là, et en rapport silencieux avec l’analyste intériorisé.

À ce moment précis de la séance, il semble que Richard s’était tu pour réfléchir, pour tenter de trouver quelque chose en lui ; je n’ai donc pas essayé d’interrompre son silence.

II. J’ai déjà dit que Richard, après l’analyse des angoisses intenses qu’il éprouvait à propos des situations de dangers intérieurs – les persécuteurs internes et toxiques qui l’empoisonnaient – (Quarante-quatrième séance), avait adopté une attitude nouvelle (Quarante-cinquième séance) : cette attitude se traduisait par la concentration des intérêts et des sentiments sur le monde extérieur, et l’apparition de souvenirs passés. Dans la présente séance, l’agressivité et l’hostilité de l’enfant n’étaient pas seulement extériorisées, mais encore dirigées contre Hitler qui figurait le mauvais objet dans le monde extérieur. Jusque-là, ses sentiments à l’égard du bon et du mauvais père avaient varié avec une telle rapidité qu’aucune de ses relations d’objet n’avait pu être durable, si bien que l’enfant ne savait jamais qui il attaquait vraiment. Le combat contre ses ennemis extérieurs – c’est-à-dire l’agressivité ouverte qui s’était déjà manifestée lorsque Richard avait parlé d’attaquer Oliver, son ennemi, et la bande adverse – faisait apparaître une angoisse paranoïde concernant ces adversaires, angoisse qu’il essayait de neutraliser par des défenses maniaques. Cependant, lorsque la synthèse des bons et mauvais aspects de l’analyste, de la mère ou du père augmentait, le balancement entre ce qu’il croyait bon et ce qu’il croyait mauvais diminuait. De tels mécanismes d’extériorisation et de synthèse des objets s’accompagnent d’une meilleure intégration du moi et d’une plus grande capacité pour le sujet de distinguer entre ses objets et les parties de soi-même. Toutefois, les progrès de l’intégration et de la synthèse éveillent l’angoisse du patient tout en le soulageant. C’est ce que montre le dessin des avions (Quarante-sixième séance) où Richard apparaît à la fois sous la forme d’un avion anglais et d’un avion allemand ; ceci implique une plus grande clairvoyance de la coexistence de pulsions destructrices et de pulsions d’amour inconscientes.