Cinquante-sixième séance – Jeudi

Richard était allé à la rencontre de Mme K. en s’aventurant beaucoup plus avant que d’habitude. (En général, lorsqu’il était en avance, il l’attendait soit devant la salle de jeu, soit au coin de la rue ; c’est-à-dire qu’il lui restait à faire une ou deux minutes de trajet en sa compagnie.) L’enfant était très excité parce que sa mère lui avait confié une lettre pour Mme K., la priant d’apporter deux modifications aux rendez-vous de la semaine suivante afin que Richard puisse rester plus longtemps avec son frère qui serait en permission. Richard demanda à Mme K. ce qu’elle avait décidé pour le dimanche de la semaine prochaine et les suivants ; son père serait alors rentré à la maison. Richard se montra très content quand Mme K. lui annonça quelle changerait l’heure des deux rendez-vous et qu’à partir de la semaine prochaine, elle ne le recevrait plus le dimanche133. L’enfant paraissait soulagé par la décision de Mme K. Il lui passa le bras autour de l’épaule déclarant qu’il l’aimait bien. Il se rappela soudain qu’il avait laissé sa flotte à la maison ; il avait eu l’intention de l’apporter, dit-il. (D’habitude, lorsqu’il oubliait ses bateaux, il en donnait toujours les raisons précises ou avouait simplement qu’il n’avait pas voulu les amener.) Richard jeta un coup d’œil dehors et remarqua que M. Smith passait par là et qu’il aurait bien pu rencontrer Mme K. toute seule si Richard n’avait pas été avec elle. Il se remit aussitôt à parler des changements d’horaire des séances134.

Une fois dans la salle de jeu, Mme K. en revint à ce que Richard avait dit à propos de ses rencontres avec M. Smith. En l’attendant près de chez elle, Richard avait peut-être voulu découvrir si elle voyait quelquefois M. Smith en se rendant à la salle de jeu. Il avait souvent exprimé sa jalousie et sa méfiance à propos des visites de Mme K. chez M. Evans et chez l’épicier.

Richard considéra Mme K. d’un œil inquisiteur et lui demanda si M. Evans l’aimait bien et s’il lui « donnait » beaucoup de bonbons.

Mme K. interpréta : Richard était jaloux de tous les hommes qu’elle rencontrait ou qu’elle avait connus autrefois. Il était jaloux de M. K. tout en sachant qu’il était mort. Il parlait de lui comme s’il vivait encore, c’est-à-dire qu’il l’imaginait toujours à l’intérieur de Mme K. ; il représentait pour Richard tous les hommes avec lesquels Mme K. pouvait avoir des relations sexuelles. Il soupçonnait sa mère autant que Mme K.

Richard s’assit devant la table et pria Mme K. de lui donner le papier et les crayons. Mme K. s’aperçut qu’elle avait oublié le bloc de papier chez elle. Elle s’en excusa. Richard essaya de contrôler son émotion et déclara qu’il dessinerait au dos des dessins précédents. Il commença par faire trois drapeaux – la croix gammée, le drapeau anglais et drapeau italien – et chanta l’hymne national anglais. Puis il dessina quelques notes de musique et entonna un air correspondant à ces notes ; il écrivit : 3 plus 2 égalent 5, mais ne fit aucune association.

Il se mit ensuite à griffonner au dos d’une autre feuille, faisant des points, écrivant son nom et le recouvrant de gribouillis. Ses gestes et les expressions de son visage exprimaient le chagrin et la colère qu’il avait essayé de réprimer. Il était pâle et semblait malheureux ; sa colère contre Mme K. se doublait de tristesse.

Mme K. interpréta : en oubliant le bloc de papier, elle était devenue, aux yeux de Richard, la mauvaise mère alliée au père hostile – ici M. Smith ; le drapeau anglais, représentant Richard, ne se trouvait-il pas entre deux drapeaux ennemis (italien et allemand) ? D’autre part, Richard s’imaginait que sa mère et Mme K. étaient ses ennemies, car comme chaque fois qu’il se sentait frustré par sa mère, ne recevait pas assez d’amour, de lait et d’attention d’elle, il la salissait secrètement avec son urine et ses fèces et il s’attendait à ce qu’elle le punisse en le privant davantage135. Mme K. ajouta que lorsque Richard était jaloux des hommes qui étaient en relations avec elle – M. Smith, M. Evans, l’épicier – il essayait de les trouver gentils ; il les soupçonnait d’être des traîtres et des gredins envers Mme K. et lui-même. De la même façon, la gentille Mme K. et la mère bleu clair semblaient paisibles, cependant, il s’en méfiait aussi ; dès qu’elles le privaient d’amour, de gentillesse – le bloc de papier – elles se transformaient en ennemies.

Richard gribouillait avec fureur ; il imita un instant la voix de Larry l’agneau, mais ne tarda pas à pousser des cris de colère. Il avait taillé tous les crayons et, regardant du coin de l’œil si Mme K. ne le voyait pas, il mordit le crayon vert qui avait souvent représenté sa mère (et qu’il n’avait encore jamais mordu ou abîmé) ; il entama la gomme du crayon en essayant de le tailler… Il gribouilla le 43e dessin qui représentait un canon antiaérien tirant sur un cercle. Mme K. avait dit que c’était Richard visant le sein de sa mère.

Mme K. interpréta : Richard avait mordu le crayon et avait abîmé la gomme avec le taille-crayon ; il exprimait par là son impression d’avoir mordu, détruit et sali le sein de sa mère. De tels sentiments apparaissaient chez lui chaque fois qu’il était frustré. Cependant, il percevait chaque frustration et chaque déception comme une punition qu’il méritait parce qu’il avait attaqué et endommagé le sein maternel. Mme K. lui inspirait des sentiments semblables, le crayon vert la représentant aussi bien que sa mère ; il avait pris garde qu’elle ne s’aperçoive pas de ce qu’il lui faisait subir.

Richard sortit et remarqua un homme dans le jardin qui se trouvait de l’autre côté de la rue. (L’homme ne pouvait entendre la conversation étant donné la distance à laquelle il était.) « Ne parlez pas, il nous observe », murmura Richard d’une voix inquiète ; « Je vous en prie, dites-lui : “Allez-vous-en” », ajouta-t-il. Mme K. s’exécuta, puis, comme l’homme ne partait pas, Richard rentra dans la salle de jeu. Une fois à l’intérieur, il marchait encore sur la pointe des pieds. Il trouva un palet, sur une étagère ; le lança contre les tabourets, puis au plafond. « Pauvre vieille chose », dit-il à voix basse. Richard le rattrapa promptement alors qu’il roulait en direction du placard (que l’enfant avait eu soin de fermer pour empêcher le palet d’y pénétrer).

Mme K. lui expliqua, que la « pauvre vieille chose », représentait son sein et ses organes génitaux lorsqu’ils se trouvaient poussés avec violence contre les organes génitaux des hommes (les tabourets) – M. Smith, M. Evans, l’épicier – dont Richard était jaloux.

Il punissait ainsi ses parents en les maltraitant ; il les soupçonnait tous les deux mais avait pitié d’eux (Note I).

Richard écrivit quelque chose qu’il lut sur un ton plein de défi « Lundi, je rentre à la maison pour voir Paul, ha-ha-ha !, ho-ho-ho haw-haw-haw ! »

Mme K. interpréta : Richard voulait lui montrer qu’il était content de la quitter et qu’il pouvait fort bien se tourner vers Paul, parce qu’il se sentait frustré par elle (elle n’avait pas apporté le bloc de papier) et jaloux ; il croyait en effet qu’elle lui préférait M. Smith ou M. Evans. D’autre part, il désirait lui prouver que ça lui était égal et qu’il la punissait en l’abandonnant. Peut-être éprouvait-il les mêmes sentiments lorsqu’il s’alliait avec Paul contre la nurse (représentant sa mère). Il venait d’écrire « haw-haw », ce qui signifiait qu’il avait l’impression d’être Lord Haw-Haw, le pire des traîtres. Richard s’imaginait que s’il attaquait secrètement ses parents, les mordait et les bombardait, il serait semblable à Lord Haw-Haw.

Richard regarda par la fenêtre, puis dit à voix basse : « Pourquoi ne me prenez-vous pas deux heures par jour ? » (Note II.)

Mme K. lui demanda s’il voulait dire deux fois par jour.

« Non », répondit Richard, « deux heures de suite. »

Mme K. interpréta : Richard avait été terriblement contrarié par l’oubli de Mme K. : le bloc de papier blanc représentait en effet ses bonnes relations avec elle ainsi que son bon sein. Quand il était bébé, il avait eu l’impression de ne pas avoir assez de lait maternel ; peut-être avait-il été déçu et furieux qu’on le nourrisse au biberon qu’il détestait et soupçonnait d’être mauvais. Lorsque Mme K. lui avait donné le papier jaune et l’avait, croyait-il, privé du papier blanc, il s’était senti dans la même situation que jadis, au moment du sevrage. En fait, aujourd’hui, il n’avait eu ni l’un ni l’autre.

Richard dessina le 49e dessin en s’appliquant ; ce faisant, il déclara que le dessin n’était pas comme les autres. Quand il eut terminé, il expliqua que c’était un aigle ; les sections claires du centre figuraient le bec et la tête de l’oiseau. Richard remonta alors sa veste au-dessus de ses oreilles, se cachant la moitié du visage dedans ; c’était ce que faisait l’aigle, dit-il.

Mme K. interpréta : l’aigle dans la veste représentait Richard à l’intérieur de Mme K. (et de sa mère) ; il avait pénétré en elle, la dévorait et la blessait. L’aigle noir symbolisait également le pénis dévorant du père qui noircissait et détruisait la mère. En outre, l’oiseau figurait l’intérieur de Richard dans lequel sa mère et Mme K. se trouvaient toutes deux. Mme K. rappela alors à l’enfant la reine à la couronne bleu clair qui s’était transformée en oiseau « vorace » muni d’un grand bec et lâchant une « grosse commission horrible » (Quarante-cinquième séance). Richard avait l’impression de contenir cet oiseau « vorace » – qui apparaissait à présent sous la forme d’un aigle. Les gribouillis noirs qui composaient l’aigle signifiaient que Richard avait, avec sa « grosse commission », noirci la mère-oiseau, qui, à son tour, lui noircissait l’intérieur (Note III).

Richard prit le calendrier et en regarda les images. Il admira les paysages, notamment les jonquilles devant lesquelles il s’était déjà extasié.

Mme K. interpréta : Richard, en contemplant de beaux paysages, essayait d’oublier son inquiétude à propos de l’intérieur de sa mère et du sien qu’il imaginait sales et dangereux.

Richard demanda à Mme K. si elle avait été au cinéma la veille, sinon à quoi avait-elle occupé sa soirée.

Mme K. lui rappela que le jour précédent, en regardant le calendrier, il l’avait suppliée de lui révéler ses secrets. Aujourd’hui, il la soupçonnait d’avoir des relations sexuelles avec plusieurs hommes.

Vers la fin de la séance, Richard escalada une haute étagère, ouvrit une pharmacie de secours qui s’y trouvait, en examina le contenu puis se mit à secouer l’étagère, se demandant si elle lui tomberait dessus… Il raconta à Mme K. qu’il avait été à la boutique de poisson-pommes frites ; il avait mangé des frites mais pas de poisson car il aurait été incapable de l’avaler, dans ce lieu « de cauchemar » plein d’enfants sales – c’était absolument dégoûtant136.

La petite fille rousse n’était pas là mais il y avait l’idiot, un être ignoble ; Richard l’aurait tué si la loi ne l’eût pas interdit.

Mme K. interpréta : quelque temps auparavant, Richard n’aurait jamais osé s’aventurer tout seul chez le marchand de poisson-pommes frites ; il y était allé, ce qui prouvait qu’il avait beaucoup moins peur des enfants. D’autre part, il désirait découvrir l’intérieur du corps de sa mère qu’il croyait plein d’enfants sales qui étaient malpropres parce qu’il les avait bombardés et souillés. Mme K. rappela à Richard les taudis qu’il avait décrits en jouant et qu’il s’imaginait grouillants de maladies et d’enfants sales (Seizième séance).

Mme K. et Richard quittèrent la salle de jeu. L’enfant fut surpris que Mme K. rentre directement chez elle et sembla contrarié, bien qu’il eût déclaré, au cours de la séance, qu’il savait que tous les jeudis, Mme K. n’allait pas au village. C’était peut-être cette frustration qui l’avait poussé à attendre Mme K. près de chez elle, ce qu’il faisait rarement.

La mère de, Richard signala à Mme K., au téléphone, que cet après-midi-là, Richard s’était montré inquiet et triste. Il le lui avait même avoué et était allé se coucher, ce qu’il ne faisait que lorsqu’il était malade. Depuis l’arrivée de son père, il était insupportable, irritable et de mauvaise humeur mais cet après-midi-là, il avait été encore plus triste et déprimé.

Notes de la cinquante-sixième séance

I. Au cours de ces dernières séances, l’angoisse paranoïde et l’angoisse dépressive alternaient beaucoup plus rapidement. Richard était très près de la position dépressive comme en témoignait également sa compassion accrue pour l’ennemi (que j’ai déjà remarquée dans une note précédente). J’ai déjà indiqué que la position dépressive suppose la présence d’angoisse persécutive, mais se caractérise surtout par la prédominance de l’angoisse dépressive, de la culpabilité et des tendances réparatrices.

II. Il est évident que le désir d’être nourri au sein de façon satisfaisante se manifestait violemment. (J’ai déjà mentionné que l’allaitement de Richard avait été décevant et de courte durée.) L’importance primordiale de la relation au sein maternel était déjà apparue dans toute sa force au cours des séances précédentes. Dans la Cinquante-quatrième séance, par exemple, la vive déception provoquée par le bloc de papier jaunâtre exprimait le désir, jamais satisfait, du bon sein de la mère (le bloc de papier blanc, la voie lactée de ma robe). Cependant, le bloc de papier blanc signifiait également que Richard pouvait se fier à une mère digne de confiance. En n’apportant pas le bon bloc de papier, j’avais trahi la confiance de l’enfant et réveillé les doutes qu’il éprouvait envers sa mère lorsqu’il était nourrisson. À la Cinquante-sixième séance, Richard me demanda pour la première fois pourquoi je ne lui accordais pas deux séances de suite ; à ce moment-là, il était évident qu’il désirait être allaité de façon satisfaisante – les deux seins donnant tout ce qu’il désirait exprimaient ce souhait. Mais cela n’était pas uniquement une régression à la petite enfance ; Richard était également contrarié parce que je lui semblais ne plus mériter sa confiance. De façon générale, je dirais que dans ce type de situation, de tels éléments se trouvent, en même temps que la régression, toujours agir à des niveaux divers et impliquent que le moi le plus développé soit toujours, dans une certaine mesure, actif en dépit de la régression. C’est avec cette partie du moi qui n’a pas subi de régression que nous entrons en contact en interprétant. Nos interprétations ne sont efficaces que grâce à cette partie du moi. Quant à Richard, il avait l’impression d’être trahi par moi parce que je lui avais d’abord apporté le bloc de papier jaune, puis plus rien. Cet incident ne fit que renforcer la méfiance qu’il éprouvait déjà envers moi à cause de mon départ et confirma ses doutes à l’égard de sa mère. L’analyse de ces sentiments m’a permis d’examiner également les déceptions et les doutes qu’il avait éprouvés lors de la petite enfance.

Au début de la Cinquante-sixième séance, Richard était jaloux de M. Smith ; il me soupçonnait de rencontrer cet homme pendant son absence. Or, ce jour-là, j’avais oublié d’apporter le nouveau bloc de papier blanc. L’ambivalence de la relation au sein une fois ravivée, Richard éprouva une jalousie exagérée et ouverte pour tous les hommes qu’il pensait être en rapport avec moi. J’ai découvert que la jalousie et la méfiance qu’éprouve le nourrisson à l’égard du père vient du fait que, lorsqu’il ne retire aucune satisfaction du sein ou en est privé, il s’imagine que quelqu’un d’autre – le père – s’en est emparé. (Cf. Essais de psychanalyse, chap. VI ; ces conclusions sont déjà amorcées dans mon ouvrage La Psychanalyse des enfants, chap. VIII.) Cette conception est très importante et permet de comprendre la nature des premiers stades du complexe d’Œdipe que cette jalousie et cette méfiance influencent.

J’ai déjà avancé l’hypothèse selon laquelle la paranoïa est fondée sur la méfiance et la haine du pénis paternel intériorisé (voir à ce propos mes remarques concernant « l’homme aux loups », La Psychanalyse des enfants, chap. IX). Des travaux ultérieurs m’ont permis de faire le lien entre d’une part cette méfiance et cette haine du pénis intériorisé et d’autre part, la méfiance du sein qui se reporte sur le pénis paternel. Ces facteurs sont d’une importance extrême pour la compréhension de la paranoïa.

Le lien entre paranoïa et homosexualité est bien connu. L’élément positif de l’homosexualité réside, comme je l’ai déjà dit (et je rappellerai ici les conclusions de Freud sur Léonard de Vinci), dans le transfert de l’amour du sein sur le pénis et dans l’équation entre ces deux objets partiels. L’élément agressif de l’homosexualité qui accompagne plus ou moins la diminution ou l’augmentation des sentiments paranoïdes, est la conséquence des facteurs énoncés ci-dessus, notamment la méfiance et la haine du sein, la méfiance à l’égard du père-intrus (du pénis) et le besoin d’apaiser ce dernier. Il y a donc un rapport très étroit entre la jalousie paranoïde, telle qu’elle s’exprimait au cours de la présente séance, et le fait de se tourner vers les hommes afin de les apaiser. Certes de nombreux autres facteurs interviennent dans l’homosexualité ; j’ai fait allusion à certains d’entre eux dans des notes antérieures et dans divers ouvrages.

Richard était en même temps jaloux de M. Smith et attiré par lui. De la même façon, il était jaloux à cause des bonbons et des cigarettes que M. Evans me donnait. Au cours des dernières séances, la composante homosexuelle s’était manifestée clairement dans les relations de Richard avec son père – pendant le séjour de celui-ci à « X ». Cette composante homosexuelle avait subi l’influence des efforts que faisait l’enfant pour affronter la jalousie œdipienne et les doutes paranoïdes.

III. Voici un exemple d’identification projective suivie d’intériorisation (celles-ci étant peut-être simultanées). La peur de l’objet attaqué par identification projective hostile (par exemple l’introduction des mauvaises fèces dans l’objet), fait croître l’impression que ledit objet va, à son tour, pénétrer de force à l’intérieur du sujet. Dans l’analyse, il faut distinguer cette crainte d’être envahi par l’objet contre lequel était dirigée l’identification projective, du mécanisme d’introjection de l’objet hostile. Dans le premier cas, c’est le moi qui est victime de l’intrusion de l’objet, tandis que dans l’introjection, c’est le moi qui met le mécanisme en mouvement, même si ce dernier engendre obligatoirement de l’angoisse persécutive.


133 J’avais laissé le choix à Richard mais ce n’était pas une bonne solution puisqu’il n’arrivait pas à se décider.

134 Richard m’avait rencontrée au coin de la rue la plus proche de chez moi, rue parallèle à celle où se trouvait la salle de jeu. L’enfant avait remarqué que certaines personnes empruntaient ce chemin pour se rendre aux magasins. Quelques jours auparavant, il n’avait pas vu passer M. Smith devant la salle de jeu et m’avait demandé si je ne l’avais pas rencontré en roule avant lui. Il avait dit entre ses dents qu’il n’aimait pas que je le rencontre toute seule. C’était pour cette raison que, contrairement à son principe de ne pas s’imposer a moi, il était venu à ma rencontre, s’aventurant presque jusque chez moi afin que je ne rencontre pas M. Smith toute seule.

135 Joan Rivière, In Journal of Psycho-anal, vol. VIII, suggère qu’il y a un lien entre la privation et le surmoi maternel. Cf. aussi Ernest Jones, Early Development of Female Sexuality, ibid.

136 Richard exprimait souvent son mépris pour les enfants pauvres et sales, surtout lorsqu’il s’agissait des petits réfugiés qu’il haïssait. Sa mère m’avait dit que Richard n avait aucune estime pour les gens appartenant aux classes inférieures comme les domestiques, bien qu’il n’eût jamais entendu de tels propos chez lui.