Avant-propos

Ce livre est une étude sur des schizoïdes et des schizophrènes ; son objet essentiel est de rendre compréhensibles la folie et le processus qui y conduit. Il appartient aux lecteurs de décider si ce but a été atteint ou non, mais je souhaiterais pourtant que cet ouvrage ne fût pas tenu pour ce qu’il ne prétend pas être. Je n’ai pas tenté de présenter une théorie exhaustive de la schizophrénie, ni d’explorer ses aspects constitutionnels ou organiques, ni encore de décrire mes rapports avec mes patients ou ma propre méthode thérapeutique.

Mon objectif a été de rendre compte, dans un langage accessible à tous et dans une optique existentielle, de certaines formes de folie. Je crois que cette tentative est la première du genre. Beaucoup de lecteurs s’étonneront de l’emploi inhabituel de certains termes dans les premiers chapitres. Qu’ils sachent bien que je ne l’ai pas fait à la légère, mais seulement lorsque j’en sentais la nécessité. Ici encore, je voudrais essayer d’éviter tout malentendu en précisant ce que je n’ai pas essayé de faire. Le lecteur familiarisé avec la littérature existentielle et phénoménologique s’avisera vite que cette étude n’est pas une application formelle de quelque philosophie existentielle reconnue que ce soit. Il s’apercevra notamment de l’existence d’importantes divergences entre ce qu’il lit et l’œuvre de Kierkegaard, Jaspers, Heidegger, Sartre, Binswanger ou Tillich. Discuter ces divergences – ou ces convergences – m’eût écarté de mon entreprise, et ce n’en était pas le lieu. C’est pourtant à l’égard de la tradition existentielle que je me sens la plus lourde dette.

Je voudrais exprimer aussi ma gratitude aux patients et à leurs proches dont il est question dans ces pages, et qui ont bien voulu m’assurer de leur accord. Les noms de personnes ou de lieux et tous détails qui eussent permis une identification ont bien entendu été changés, mais il ne s’agit en aucun cas de faits inventés.

Je voudrais enfin remercier le Dr Angus MacNiven et le Pr T. Ferguson Rodger de leurs encouragements et des facilités qu’ils m’ont procurées pour la partie clinique de mon travail, ainsi que le Dr Karl Abenheimer, Mrs Marion Milner, le Pr T. Ferguson Rodger, le Pr J. Romano, le Dr Charles Rycroft, le Dr J. – Schorstein, le Dr J. D. Sutherland et le Dr W. Winnicott, dont les remarques constructives m’ont été précieuses1.

R.D. Laing