9. Échantillons psychiatriques

Si le feu s’allume dans l’eau

Comment fera-t-on pour l’éteindre ?

***

Si celui qui protège provoque la peur

Qui vous protégera de la peur ?

Nagarjuna : L’Arbre de la sagesse, vers 7925.

***

J’étais en quatrième année de médecine quand j’assistai à ma première « présentation de malade » en psychiatrie.

Il se déroula dans un petit amphithéâtre de l’hôpital de Glasgow. Environ deux douzaines d’étudiants en médecine – dont deux ou trois étudiantes – étaient assis sur les gradins, et au-dessous de nous, le médecin consultant « interviewa » plusieurs malades qui venaient tous « de l’extérieur ».

Il demandait à chacun ses nom, âge, adresse, la composition de sa famille, s’il avait déjà été malade, puis l’interrogeait sur sa maladie.

Cet après-midi-là, le premier malade était un type de dix-sept ans, maigre, pâle, portant des lunettes. Son visage était couvert d’acné. Il avait été dirigé vers le département de psychiatrie par son généraliste, qu’il avait consulté à propos de son acné. Le généraliste croyait aux vertus de la médecine « psychosomatique », spécialité des psychiatres.

Le médecin consultant et le malade se voyaient donc pour la première fois.

Pendant deux minutes, il répondit correctement aux questions posées (son docteur avait déjà fourni tous ces renseignements par lettre ; le but des questions n’était donc pas de nous renseigner sur « les faits de sa vie » : son nom, âge, etc., mais d’établir s’il avait sonné à la bonne porte ou non).

Médecin consultant : et de quoi souffrez-vous, à part cet acné que chacun peut voir ?

Malade : j’ai peur que les gens me regardent dans la rue.

Médecin : vous avez peur qu’ils sachent que vous vous masturbez.

Malade : (son visage blanc vire au cramoisi, tandis que ses boutons rouges blanchissent)

oui.

Médecin : vous vous masturbez souvent ?

Malade : deux ou trois fois par semaine.

L’interview se poursuivit ainsi pendant environ un quart d’heure (plus longtemps qu’à l’ordinaire).

Le malade fut ensuite renvoyé, et son cas fut discuté pendant environ cinq minutes avant l’entrée du suivant.

C’était la première fois que j’entendais « en public » l’expression « se masturber ».

Je frissonnai de terreur à l’idée que le médecin consultant puisse nous poser les mêmes questions ; mais, heureusement, il n’en fit rien. La masturbation, expliqua-t-il, était d’ordinaire considérée comme une cause de dégradation mentale ; cependant, aujourd’hui, certains milieux médicaux plus avancés n’y voyaient plus forcément un « facteur étiologique », mais simplement un symptôme précoce. Il souligna le fait suivant : le malade avait répondu à toutes les questions posément, calmement, et, mis à part les changements vasculaires de son visage, sans modification du comportement.

Sauf cas extraordinaire, la « psychothérapie » était contre-indiquée, ayant la réputation de rendre les malades « encore plus malades ». On comptait sur une « rémission spontanée », un « arrêt » dans le « processus », etc.

***

Le Dr MacKenzie, de Stobhill, avait une façon bien à lui de soigner la « mélancolie d’involution ».

On voyait souvent arriver un de ces presbytériens sexagénaires des Lowlands pour qui l’hôpital était le dernier refuge, car personne dans son entourage ne pouvait plus le supporter. Genre d’individu constipé, sans appétit et larmoyant, qui passait son temps à se lamenter sur sa damnation inéluctable et méritée (avec tant de péchés mortels…), plein de pitié et de mépris envers soi-même, désespéré.

Le remède du docteur consistait en une piqûre de 10 cm3 de térébenthine dans les fesses. Il s’ensuivait une forte fièvre (pyrexie stérile), heureusement sans danger, et des fesses enflées, brûlantes, délicieusement douloureuses.

« Nous allons lui donner une petite idée de ce qu’il croit être son sort (la fièvre, une souffrance aiguë et le délire : avant-goût du feu infernal et des tortures à venir, etc.), et l’on verra bien, quand ça se sera calmé (dix jours après), s’il ne va pas la boucler et rendre grâce au ciel. »

Personne n’est jamais revenu pour une seconde piqûre.

Taux de guérison : 100 %. Taux de malades renvoyés chez eux : 100 %. Taux de rechute : 0 %.

Discussion clinique

Elle est hospitalisée. Chaque fois que son mari, voyageur de commerce, revient chez eux, elle se met à vomir, et cela jusqu’à ce qu’il parte.

***

Elle nie en avoir marre de lui.

***

En a-t-elle vraiment marre,

elle n’arrive pas à l’admettre,

le nie

mais cette métaphore somatique

ressemble à

un symptôme de conversion hystérique ?

(sans doute une sexualité génitale difficile et des problèmes au niveau de l’oralité infantile)

peut-être vomit-elle

le sang ombilical via sa bouche

en le prenant (son mari) pour son placenta ?

Peut-être désire-t-elle vomir sur lui pour se venger de ses départs ? peut-être désire-t-elle se débarrasser de sentiments « difficiles à digérer », ce qu’elle fait en un sens en « convertissant » des sentiments en contenus stomacaux, puis en les niant par ses vomissements ?

Peut-être la transformation de… ?

Peut-être un micmac ectohormonal ?

Peut-être un traumatisme de naissance ?

Peut-être une psychothérapie ?

Peut-être des tranquillisants ?

Peut-être une thérapie du comportement ?

Peut-être une interview avec son mari ?

Peut-être une thérapie de couple ?

Peut-être la visite d’une assistante sociale ?

Peut-être un examen de la femme par un médecin ?

Peut-être des tests par un psychologue clinicien ?

Peut-être une psychothérapie de groupe ?

***

Elle est très déprimée avant le début des vomissements

d’accord, ou avant son retour à lui

d’accord

d’accord eh bien, pourquoi ne pas lui coller quelques chocs dans le caisson avant le retour du mari ou avant le début des vomissements, ça pourrait peut-être désorganiser l’association et la périodicité…

peut-être on va y réfléchir

Discussion d’un cas

Début des années 70, côte est des États-Unis.

Un homme de vingt-quatre ans : schizophrène catatonique sur le point d’être renvoyé chez lui, guéri après huit mois d’électrochocs, de tranquillisants et de psychothérapie.

Patient (à moi) : quand je suis revenu du Vietnam, tout s’embrouillait. Je ne comprenais plus rien.

C’était trop compliqué. Il fallait que je me débarrasse des vieux clichés.

Finalement je n’ai plus fait le moindre mouvement.

On m’a transporté ici. Et on a commencé à s’occuper de moi. J’ai compris que leur traitement ne ferait qu’embrouiller les choses, et j’ai recommencé à me déplacer et à parler normalement ; ils ont donc réduit les tranquillisants, arrêté les électrochocs et je crois qu’ils vont me laisser partir bientôt.

Le psycho-thérapeute du patient : mais John je croyais que tu étais réellement guéri ; et maintenant je m’aperçois que tu nous as simplement joué la comédie pour pouvoir partir. John, tu me déçois.

Discussion d’un cas

Début des années 70, Royaume-Uni.

Le père et la mère

deux filles

une de treize ans

l’autre, Anne, de douze

celle qui fait problème, c’est la cadette

elle fait sans arrêt des fugues

elle ne s’applique pas à l’école

elle est désordonnée

elle est sale

***

en réalité, sa mère ne supporte même pas de la regarder

elle ne voulait pas d’un autre enfant juste après le premier et, le cas échéant, elle voulait un garçon

***

depuis qu’elle a eu Anne

elle a grossi

perdu son charme

son mari ne la trouve plus séduisante

elle la déteste

lui en veut

elle la bat souvent

Anne ne peut rien faire correctement

***

Anne est en psychothérapie. Schizophrène

***

Anne n’a semble-t-il rien de spécial.

elle fait des fugues parce que sa mère la fouette

sa mère la fouette parce qu’elle fait des fugues

***

sa mère prendra-t-elle sa revanche en la rendant folle

ou bien sa mère pourra-t-elle se repentir et s’adoucir ?

***

pardonner,

et peut-être être pardonnée

***

pardonnez-nous nos offenses,

comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

***

Il a vingt-quatre ans. Il subit un électrochoc toutes les trois semaines parce que

l’effet de l’électrochoc s’atténue après dix jours et ensuite il continue à se plonger dans ses pensées

pour cela il doit aller dans une pièce

il ne doit pas être interrompu

il doit se concentrer de toutes ses forces

il ne peut s’offrir le luxe de compliquer les choses

en faisant le moindre mouvement

en prononçant la moindre parole

il reste éveillé le plus longtemps possible, car le sommeil interrompt le processus

il n’a aucun goût pour la nourriture

il ôte ses vêtements

il pisse et chie à l’endroit où il est, debout, assis, allongé, immobile

au fur et à mesure qu’il s’immerge

il sent qu’il s’approche

une énorme pression commence à se faire sentir, venant de toutes les directions

cela ressemble à la naissance, dit-il

***

chaque fois qu’on arrête le processus de force, à coup d’électrochocs,

il doit recommencer à zéro.

***

Je ne connais pas une seule institution psychiatrique au Royaume-Uni, et peut-être en existe-t-il deux ou trois aux États-Unis, où on lui « permettrait » de, l’« aiderait » à aller jusqu’au bout du voyage qu’il se sent contraint d’entreprendre.

Je ne connais pas un seul endroit où un psychiatre, jeune ou vieux, serait autorisé à observer le déroulement naturel de ce processus au nom de la recherche pure,

peut-être une tentative pour vivre une expérience de naissance ?

Il est possible que dans un environnement approprié et avec l’aide de thérapeutes habiles faisant fonction d’accoucheurs, il puisse être « accouché ».

« Bien » interprétés, ses « symptômes » véritables seraient-ils le biais par où il pourrait se libérer de son agonie ?

De fait,

il dit qu’il se tuera si on lui interdit de « s’immerger » dans ses pensées,

un indice de plus pour lui donner de nouveaux électrochocs.

Mieux, les psychiatres pensent maintenant que les électrochocs ont créé chez lui une accoutumance

puisqu’il les force sans cesse à les lui administrer. Il faut trouver un moyen pour le désaccoutumer. Peut-être la chirurgie du cerveau avant qu’il ne soit trop tard.

Un petit morceau de son cerveau en moins maintenant peut lui éviter un gros morceau en moins plus tard.

***

Un psychiatre me dit regretter qu’il n’y ait pas eu d’électrochocs du temps de Shakespeare. Car, dans ce cas, il n’aurait jamais eu besoin d’écrire Le Roi Lear : on lui aurait fait des électrochocs à la place.

***

Une femme demandait, comme folle : « Si je ne sens pas que j’existe, pourquoi ne pas me suicider ? »

« Problème philosophique sans intérêt », répondit le président de son département de philosophie.

Discussion d’un cas

Ils se rencontrèrent en Autriche, son pays à elle. Allèrent en Australie, où ni l’un ni l’autre n’avait jamais vécu. Puis il fut envoyé en Amérique du Sud. Et maintenant ils vivent quelque part au nord-est des États-Unis.

Il part toute la journée.

Elle ne connaît personne.

Un jour, à son retour, elle lui dit qu’elle a envie de hurler. Il téléphone au docteur. Ce dernier lui fait une piqûre et appelle une ambulance. On l’envoie dans une maison de santé. Elle a envie de hurler. On la met sous tranquillisants – elle a encore plus envie de hurler – et on lui fait des électrochocs. Dès la disparition de l’effet de l’électrochoc, elle recommence à avoir envie de hurler.

On la met en psychothérapie. Arrêt des électrochocs, diminution des tranquillisants.

Elle est retournée chez elle il y a trois mois.

Elle en est au même point.

Elle a toujours envie de hurler.

Elle n’a jamais hurlé.

Chicago, 1972

Son père est ouvrier dans le bâtiment. Corpulent.

Sa mère a des proportions semblables.

Ses deux gros frères sont flics.

Elle a quatorze ans

est internée dans un asile d’aliénés depuis trois mois

diagnostic : schizophrène.

***

Elle a subi de nombreux examens physiques et psychologiques.

Elle a un psychothérapeute particulier.

Elle suit une thérapie de groupe.

Elle suit une thérapie occupationnelle.

Sa mère est suivie par une assistante sociale.

Le père et la mère ont été examinés par les psychiatres à plusieurs reprises.

Sa mère prend des pilules sur l’ordre de son généraliste.

À l’hôpital, un psychiatre s’occupe d’elle.

Hors de l’hôpital, un psychiatre s’occupe d’elle.

Tous les membres de sa famille s’accordent à dire qu’elle a été envoyée à l’hôpital pour les raisons suivantes :

Elle s’asseyait dans sa chambre et fixait le mur.

***

Elle se laissait dépérir.

***

***

***

Elle pesait moitié moins que la normale.

***

Elle se lavait les mains et le visage à l’eau froide.

Elle voulait sortir si elle ne pouvait pas regarder le mur.

***

***

***

Elle ne supportait pas les cris et le bruit ; elle découvrit qu’elle pouvait y échapper en fixant le mur.

Elle avait l’impression qu’on se moquait d’elle à l’école à cause de sa maigreur.

Elle voulait rester à l’école

alors qu’elle aurait dû être en bas à regarder la télévision avec le reste de la famille.

***

Elle se servait dans le frigo et buvait un litre de lait par jour mais refusait de toucher aux « plats » préparés par sa mère.

Elle était plutôt maigre, mais le reste de la famille pesait deux fois le poids normal.

au lieu d’utiliser l’eau chaude comme tout le monde.

D’après eux, ils étaient une famille de « grandes gueules » : chacun voulait être le patron. Les rues n’étaient pas sûres pour elle.

Sa mère sentait qu’en faisant cela, elle pourrait lui « échapper ».

***

C’était vrai. Mais on n’a pas voulu la traumatiser en admettant qu’elle avait raison.

On a pensé qu’il serait plus gentil de la retirer de l’école.

Je suis certain d’avoir passé beaucoup plus de temps que cette fille à regarder un mur.

Dans certains milieux, on appelle cela la méditation – un moyen de reposer, calmer, vider, apaiser l’esprit. Cela me paraît être une de nos fonctions naturelles, tout comme dormir, rêver, être éveillé, s’intéresser à certains sujets. Tout comme l’inspiration et l’expiration, la systole et la diastole, s’ouvrir et se fermer.

Elle ne pouvait pas supporter le bruit – moi non plus,

elle ne pouvait pas sortir dans la rue

elle ne pouvait pas se concentrer sur son travail —

très difficile, en effet

Elle avait découvert un moyen naturel, normal, issu de sa sous-culture.

Il y avait peut-être en ville un professeur de méditation compétent (quelqu’un qui a passé des années et des années à regarder un mur, ou autre chose)…

Pourtant, au lieu d’y voir le moyen d’une fuite temporaire (dans certaines situations, la meilleure chose à faire est de prendre la fuite – cela n’est pas une apologie de la fuite), et un refuge (dont elle avait désespérément besoin), on y voit les premiers symptômes de la schizophrénie.

***

Autant que je sache, les membres de sa famille ne sont pas envoyés dans un centre du complexe médico-industriel pour être « recyclés » de façon à ne plus passer leur temps devant le poste de télévision.

Il paraît que le « Canadien moyen » regarde la télévision cinq heures par jour.

Cela leur ferait-il plus de mal de regarder un mur nu pendant cinq heures ? Je me le demande.

***

Mais en plus (pour ne rien vous cacher)

« c’est un cas de permutation jour-nuit »

autre symptôme alarmant de désordre mental

il faut faire cesser cela,

soit :

elle veille la nuit quand le calme règne et que le reste de sa famille ne s’adonne pas à son activité favorite : se bagarrer et brailler.

Le problème, c’est qu’elle est « hors contrôle ». Sa programmation sociale est désorganisée (elle n’aurait d’ailleurs peut-être jamais « pris »). Aurait-elle une déficience génétique qui rendrait plus difficile sa socialisation que celle de ses frères, les flics, par exemple…

***

Elle ne mange pas ce qu’on lui prépare

quand on doit manger.

Elle ne dort pas

quand il faudrait dormir

quand il est normal de dormir pour une fille de son âge

quand toutes les autres filles de sa classe dorment.

Elle ne se lave pas les mains et le visage

à l’eau chaude, comme tout le monde.

***

Sans aucun doute des indices de négativisme, de conduite asociale,

voire de conduite anti-sociale.

Parfois elle ne répond pas quand on lui parle.

Parfois elle est en larmes

parce qu’on se moque d’elle à

l’école à cause de sa maigreur

 

sans aucun doute des indices d’inadaptation sociale,

voire de manipulation sociale,

qui suggèrent une psychopathologie

hystérique, plutôt que schizophrénique

Sa mère se fait beaucoup de soucis

pour elle : elle a peur qu’elle lui échappe

elle ne mange pas normalement

elle ne dort pas normalement

pensez donc à la réprobation sociale (il faut le reconnaître) causée par sa fille qui devient un objet de plaisanteries.

***

mais la fille ne se

fait pas de soucis

elle ne voit pas pourquoi sa mère devrait s’en faire.

elle n’a aucune affection malgré ses larmes égoïstes, elle paraît manquer de…, c’est difficile à dire, mais vous devez comprendre ce que je veux dire, un manque d’affection, de sentiments ;

indifférence, ou pire, plus près de la schizophrénie que de l’hystérie, bien qu’il ne faille pas établir des catégories trop rigides.

à la regarder

elle paraît en très bonne santé,

elle est la seule de la famille à n’avoir pas la peau épaisse, jaunâtre et grasse.

***

Ses yeux sont brillants et vivants au lieu d’avoir la froideur de ceux des autres

en fait elle est plutôt agitée.

***

Elle dit qu’elle veut rester seule et désire retourner à l’école

que l’hôpital est mauvais pour elle

et qu’elle a maintenant perdu tous ses amis.

les schizophrènes « semblent » parfois en meilleure santé que les gens normaux, et sont souvent plus résistants aux microbes.

***

***

***

Peut-être des éléments hypomaniaques ou des indices de tendances catatoniques, voire hébéphréniques.

***

On dirait qu’elle commence à rationaliser ses propres échecs et,

manifestement, à développer une pensée à tendance paranoïde.

Au vu de ce qui précède,

le « traitement » – qui est exactement aux antipodes d’une thérapie – consiste en

1. hospitalisation

contre son gré on la met à l’écart pour l’empêcher de se mettre à l’écart

2. cure préventive, arrêt du processus pathologique

(I) on l’empêche de fixer un mur, au lieu de la laisser faire, voire de l’encourager

(II) on l’empêche de trouver la tranquillité en lui donnant des « tranquillisants »

(III) on endommage son cerveau

et l’on dérange son esprit

en lui faisant subir une série d’électrochocs (huit)

(IV) on accélère chimiquement sa puberté,

avec des hormones

pour provoquer la menstruation et gonfler sa poitrine, car la croissance de cette fille est peut-être retardée par une cause organique (ce qu’on suppose être souvent le cas chez les schizophrènes).

***

Elle ne s’est jamais plainte de son traitement, mais on ne peut pas s’attendre à ce qu’elle sache de quoi se plaindre, car sinon pourquoi serait-elle dans cet hôpital ?

***

Il y a des chances qu’elle ait un sentiment « inconscient » d’échec et d’infériorité, parce qu’elle n’a jamais été « rencardée » et culbutée par les garçons, parce que sa poitrine ne s’est pas développée et qu’elle n’a pas ses règles.

***

Et, en plus, les garçons ne l’intéressent pas. En provoquant chimiquement des transformations sexuelles, on pourrait lui donner un « coup de fouet » biologique à un moment critique de son cycle de vie.

7 octobre 1973, Londres

le présentateur de la TV (âge moyen) :

« … elle a gagné quelques courses l’an passé

et puis elle a eu des jumeaux

et évidemment

les jumeaux ne valent rien pour la course

on s’en est donc débarrassé,

et maintenant elle court à nouveau

et j’en fais la favorite de cette course

tous mes vœux l’accompagnent,

pour sa carrière future… »

***

Je pensai tout d’abord qu’il parlait d’une athlète,

mais il parlait d’une jument de course

***

Pourtant,

une jument aujourd’hui

une femme

demain

 

où est la différence ?


25 Traduction de W. L. Campbell.