Épilogue

Voici la fin du dialogue de Platon Le Parménide

Parmenide. Eh bien, tenons-le pour dit et ajoutons ceci : selon toute apparence, qu’il y ait de l’Un ou qu’il n’y en ait pas, de toute façon, lui-même ainsi que les autres choses, dans leurs rapports à soi, respectivement aussi bien que réciproquement, de tous les attributs, sous tous les rapports, ont l’être et le non-être, l’apparence et la non-apparence.

Aristote. C’est la vérité même40 !

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Le déroulement du dialogue vous oblige à souscrire aux conclusions – fort inquiétantes – d’Aristote : soit je dois nier la validité de ma propre pensée, soit je continue à penser et aboutis à une conclusion très désagréable pour ma pensée.

Certains philosophes, dont David Hume, semblent avoir l’honnêteté de poser l’alternative entre une raison faillible ou pas de raison du tout.

De toute façon, si l’on réfléchit à ce qui est et à ce qui n’est pas, sérieusement, intensément et suffisamment longtemps, il semble qu’on arrive soit à se rendre fou, soit à cette conclusion que presque tous les gens le sont, ou que nous le sommes tous « métaphysiquement », pour ainsi dire.

Quelques Écossais à la tête solide (Reid et les philosophes du « bon sens41 ») affirment que même si notre pensée devait nous conduire par un chemin pavé de logique jusqu’à un cauchemar métaphysique, un enfer spirituel, un nihilisme moral et un cul-de-sac intellectuel fait de paradoxes irréductibles, même dans ce cas ils n’abdiqueraient à aucun prix leur bon sens.

Mais je suis incapable de « croire en », ou de « faire confiance à » mon bon sens, même en dernier recours. J’aimerais le pouvoir, mais je ne pense pas que « je » décide en la matière.

Malgré tout, « par-delà » ces problèmes, j’ai conservé pendant presque toute ma vie – et maintenant encore plus que jamais – certaines – je ne sais quel mot choisir – convictions. Mais qui ou quoi les fonde ?

Dieu ? Mon hérédité ? Ma culture ? Un choix ? Et, dans ce dernier cas, un choix correct ?

Mais, quels que soient la dérision et le ridicule dont il m’arrive de les couvrir, ces convictions paraissent déterminer, ou au moins influencer, la direction de ma vie. Les observations empiriques que je fais sur ma vie et sur celles des autres me convainquent de cela.

Je respecte certaines valeurs, pas toujours avec fidélité ni constance, mais je me sens lié à elles, je ne peux pas leur échapper. Et si je ne puis démontrer qu’elles sont vraies, je ne puis davantage démontrer qu’elles sont fausses. Elles ne contredisent pas les conclusions de mon bon sens, bien qu’elles aillent souvent à l’encontre de mes intérêts immédiats et certainement de mes inclinations du moment.

Mais non de mes inclinations à long terme. Je désire que ma vie soit « juste ». Une vie « juste » ne peut pas se tromper ; et une vie « juste » doit être possible. Elle doit être en accord avec la nature de la vie et avec les « faits de la vie ».

Quel est notre environnement ?

Ce qu’il est réellement inclut-il les environnements spirituel, mental, émotionnel, qui ne dérivent pas de notre environnement physique au deuxième, troisième ou quatrième degré ?

Il est inutile d’essayer de découper et de fragmenter le problème sous prétexte que cela revient à l’analyser.

Par exemple : la vérité et le mensonge.

Il existe très peu de textes de psychologie sur le mensonge, et cela pour des raisons évidentes. Il y a de nombreuses variétés de mensonges. Je m’explique.

J’ai souvent été le témoin du scénario suivant, aussi bien dans mon travail professionnel qu’en dehors. Ce scénario est suffisamment banal, typologiquement, pour tranquilliser quiconque craindrait de se trouver identifié par lui.

Une simple histoire d’infidélité, de tromperie, de jalousie, etc. La liaison secrète d’un homme avec la meilleure amie de sa femme. La liaison (parfois simultanée) entre une femme et le meilleur ami de son mari, qui a épousé sa meilleure amie à elle.

Si les intéressés décident de garder leur liaison secrète, il faut au fil du temps et parfois pendant des années tisser et entretenir avec une certaine cohérence un réseau extraordinairement complexe et serré de fausses représentations, d’équivoques et de mensonges.

C’est ainsi qu’une femme de soixante-dix ans découvre que son mari a une maîtresse depuis trente ans. Que toutes ses amies à elle le savaient. Ces réunions d’affaires… et tous ces prétextes. Elle est peut-être jalouse, mais elle est surtout secouée physiquement : elle affirme – et je n’ai aucune raison de ne pas la croire – que son sens de la réalité s’est totalement effondré. Elle passe en revue toutes ces années, et découvre qu’elle a été enfermée dans un tissu de mensonges pendant tout ce temps. Elle est bien au-delà de l’indignation. Elle est désespérée parce qu’on lui a volé la réalité. On l’a privée de la vérité. Je suis sûr que le sevrage de vérité est parfois aussi nocif que le manque de vitamines.

Nous avons besoin de vérité. Vérité et réalité sont parfois virtuellement identiques, parfois séparables, mais toujours très intimement liées.

La réalité doit inclure mon environnement, et pour que ma vie soit « juste », mes gènes ont besoin de connaître la réalité.

En dernier recours, la question qui permet de décider légalement si quelqu’un est complètement « parti » ou non est la suivante : Distingue-t-il/elle la vérité de l’erreur ?

Après vingt-cinq ans de pratique « psychiatrique », j’aurais dû arriver au moins à quelques hypothèses scientifiques vérifiables. Rencontrer de ces faits qui indiquent au moins une certaine direction.

Mais les faits paraissent indiquer plusieurs directions. Ils paraissent eux-mêmes dépendre énormément de nous pour le statut, la forme que nous leur donnons.

Il semble que nous ne puissions nous en remettre à eux ; car même si nous ne les fabriquons pas de toutes pièces, comme certains l’ont dit, nous ne pouvons apparemment toujours pas en rendre compte selon un schéma qui leur est extérieur.

Et nous nous retrouvons face à nous-mêmes ; nous sommes nos propres sujets d’étude. Beaucoup d’esprits aigus refusent d’outrepasser cette position que nous sommes peut-être si limités et/ou si déments que, pour parler de la vérité, nous avons autant de chances qu’un sourd qui voudrait parler de musique.

Les paroles attribuées à des personnalités spirituelles, religieuses, intellectuelles, nous attribuent – et parfois même s’attribuent – ignorance absolue, confusion, obscurité spirituelle, dépravation morale fondamentale, etc.

Sur ce point, les avis diffèrent. Mais si tel est le cas, y a-t-il un remède ? L’effort humain ? Ou uniquement la grâce divine – si un Dieu existe ?

Dans cette confusion, je suis comme une chauve-souris aveugle et désorientée qui s’enfonce dans les sables mouvants. Et je ne peux même pas me réconforter avec la certitude que d’autres sont en meilleure posture.

Pourtant « Au-delà de la dernière chaîne de montagnes bleues couvertes de neige

vit sûrement un homme qui sait pourquoi naissent les hommes ? »

Questions

Ils sont mariés depuis quatre ans. Ont un enfant. Il a étudié les disciplines spirituelles et mentales du nord de l’Inde et du Tibet. Est particulièrement attiré par l’univers tantrique.

Il a des liaisons avec d’autres femmes. En particulier avec une autre femme qu’il a installée chez eux.

Un après-midi, sa femme entre dans le salon ; ils sont sur le sofa.

« Ça suffit ! J’en ai assez ! Fous cette femme dehors ! hurle-t-elle.

— Ce n’est pas une femme, répond-il en montrant l’objet qui est à côté de lui, sur le sofa,

— c’est une cascade. »

Je ne sais pas si j’ai réellement un problème c’est pour cela que je suis venue vous voir

pour résumer une longue histoire

il s’agit de ma fille elle a six ans ça marchait très mal à l’école elle était en retard en lecture en écriture en arithmétique elle était insupportable avec moi ne faisait rien de ce que je lui disais je ne pouvais rien faire d’elle et puis il y a de ça deux mois environ elle s’est mise à jouer à la petite fille modèle et elle a commencé soudain à lire à écrire est devenue une des plus fortes de sa classe en arithmétique j’ai compris qu’il y avait anguille sous roche je lui ai demandé ce qui s’était passé elle m’a dit « Rien maman » mais je savais qu’elle mentait alors je l’ai fait parler c’était incroyable tout simplement incroyable elle avait une liaison avec mon mari elle lui suçait le pénis de temps en temps et tout ça se passait sous mon toit je lui ai demandé pourquoi elle ne m’en avait pas parlé elle a dit « Je ne voulais pas te faire de peine maman » et je ne peux pas avertir la police parce que je l’aime et qu’elle ne me le pardonnerait jamais et maintenant il a une liaison avec sa meilleure amie à elle et j’ai l’impression que toute la classe va y passer… Vous ne croyez pas ? Quand j’ai accusé mon mari il m’a simplement demandé de faire comme elles et puis j’ai pensé c’est probablement ce que je désirais faire à mon père si j’avais fait ça à mon père je ne serais sûrement pas aussi sens dessus dessous je souhaiterais qu’il ait été mon père vous croyez qu’il y a quelque chose qui cloche ?

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Une rivière dans la jungle. Clair de lune.

Le jeune homme a une présence extraordinaire : calme, charmant, réservé, beau. Ses disciples sont tous indiens. Ils pensent qu’il est le Mahavatar Babaji.

Une Indienne âgée et cultivée me parle de ses rencontres avec Babaji, tandis qu’il est assis à ses côtés et écoute attentivement.

Elle a rencontré Babaji trois fois au cours de sa vie. À cette troisième rencontre, elle est une vieille femme et lui est ce jeune homme près de qui nous sommes assis. À la rencontre précédente, qui remonte à environ trente ans, tous deux étaient d’âge mûr. La première rencontre remonte à très très longtemps : il était alors un homme très âgé et elle-même une très jeune fille.

Un professeur de chimie de Bénarès.

Spécialiste de la recherche sur le laser.

Il me raconta qu’alors qu’il poursuivait ses recherches au Japon, un Indien de haute caste, vêtu d’un dhoti, était entré dans son laboratoire.

Il avait dit au professeur de retourner à Bénarès pour y continuer ses recherches. La conversation s’était arrêtée là.

Ils s’étaient dirigés vers la porte du laboratoire. Son visiteur avait posé la main sur son épaule et s’était volatilisé.

Le professeur était allé immédiatement trouver son collègue japonais avec qui il travaillait, l’avait informé de la visite et lui avait dit qu’il abandonnait ses recherches pour retourner en Inde.

Personne ne s’était opposé à son départ, et il était retourné à Bénarès où il travaille actuellement.

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Un de mes amis a demandé à un tulku42 tibétain – qu’on disait être un Boddhisattva – s’il croyait aux prodiges d’un gourou indien, par exemple la création ex nihilo de corps complexes.

Le Tibétain répondit : « Je ne sais pas s’il faut croire à ce genre de choses ou non. »

Mon ami avait été interloqué, car il pensait qu’une personnalité spirituelle tibétaine devait savoir s’il fallait « croire à ce genre de choses ou non ».

Quand je racontai cette anecdote à un autre ami, grand spécialiste des religions du monde entier, il ne manifesta aucune surprise : « Tout à fait le genre de réponse qu’ils affectionnent. »

Les nombreuses conversations auxquelles j’ai assisté en Inde entre gens cultivés m’ont appris qu’ils voyaient les choses très différemment de nous (cela est difficile à saisir et à définir). Pour eux (c’est là une généralisation hâtive), tout est possible. Dans la vie de tous les jours, il y a de fortes chances pour que le passé entraîne certains événements et en interdise d’autres. Mais la conscience du saint, la conscience d’au-delà la conscience, est unie à l’Un et au Tout, où se retrouvent tous les possibles. Et pas uniquement nos prévisions. L’homme propose, Dieu dispose.

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Un théologien chrétien me dit : il ne s’agit pas de ce que Dieu peut faire, il s’agit de ce qu’il fait réellement.

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Quand j’avais quatorze ans, on me demanda ce que je voulais étudier quand je serais plus grand. Je répondis sans hésiter : « La psychologie, la philosophie et la théologie. » Mais l’on se moqua bien vite de moi quand je ne pus que très vaguement définir ces termes.

Disons que la psychologie est l’étude de la psyché, la philosophie l’amour de la sagesse, et la théologie une tentative pour articuler les rapports entre la création et le divin.

À l’heure actuelle, la majorité de ceux qu’on appelle psychologues ne croient probablement pas à l’existence de la psyché, si ce n’est comme manifestation de certaines fonctions physiques ; de nombreux philosophes contemporains pensent que les méthodes et les conclusions de la majorité de leurs prédécesseurs sont erronées ; et de nombreux théologiens contemporains seraient tenus pour hérétiques et/ou athées par la quasi-totalité de leurs prédécesseurs.

Les philosophes que j’avais lus à dix-sept ans arrivaient par des détours plus ou moins convaincants à des conclusions qui me semblaient totalement contradictoires. Ils n’étaient pas d’accord. Ceux que le monde entier appelait « sages » enseignaient des doctrines divergentes, y compris la doctrine qui enseignait : pas de doctrine. De même en psychologie et en théologie. Comment nous, débutants, pouvions-nous bien séparer le juste et le faux, la vérité et l’erreur ? Et l’essence même d’un fait était décrite différemment par chacun.

J’abandonnai toutes ces disciplines et me mis à l’étude de la science. Non des faits que la science nous présentait provisoirement comme tels, mais à l’étude de la méthode scientifique. Dans ce domaine au moins, l’esprit humain avait mis au point une démarche – le bon sens aiguisé jusqu’à la perspicacité – peut-être incapable de jamais résoudre l’énigme de l’univers, mais qui pouvait nous faire accepter de plus ou moins bonne grâce l’inévitable désenchantement qu’on éprouve à admettre ses limites.

Je désirais particulièrement étudier l’embryologie et la neuro-physiologie ; mais je ne pouvais laisser de côté la psychanalyse. Je doutais fortement de sa nature scientifique puisque, selon moi, sa méthode ne l’était pas. Cependant, ma fascination l’emporta sur mes doutes, et je me suis aperçu que, malgré moi, mon esprit s’était toujours attaché à des questions psychologiques, philosophiques et théologiques. Souvent avec l’impression très désagréable que ces réflexions étaient vaines.

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Examinons quelques mots pour illustrer ce qui précède.

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Une des connotations les plus fortes du mot qui est à l’origine du verbe « pécher » est « manquer la cible » dans l’art du tir à l’arc, être « à côté » du but. Même si ce n’est qu’une connotation parmi d’autres, elle change pour moi le sens de ce mot avec lequel j’ai grandi au sein de ma culture presbytérienne écossaise. Elle rapproche ce terme d’autres, tel « erreur », et d’expressions comme « L’erreur [le péché ?] est humaine, le pardon est divin ».

Kierkegaard me fit comprendre que la contrition n’était pas ce que j’entendais par « culpabilité ».

« Donne-nous chaque jour notre pain quotidien. » “Quotidien” est la traduction d’un mot grec qui signifie littéralement “superessentiel”.

Un spécialiste du Nouveau Testament m’assure que « Qui – n’est pas pour toi est contre toi » est une mauvaise traduction ; il faut traduire : « Qui n’est pas contre toi est pour toi. »

Et ainsi de suite. Non seulement l’exactitude des premiers manuscrits les plus authentiques est contestée, mais aussi leur traduction.

Étudier ces manuscrits de première main prendrait une vie entière, et il serait de toute façon impossible de se faire une opinion sur d’innombrables problèmes requérant une grande érudition, une intelligence exceptionnelle et de très rares qualités de caractère.

Chaque champ d’étude est si vaste qu’un bon spécialiste d’une seule discipline mérite le respect.

Pourtant, il y a aussi un piège : que les arbres cachent la forêt. Difficile si l’on est soi-même un arbre dans la forêt, et pas même l’un des plus grands. Difficile s’il n’y a pas de point de vue, hors de la forêt, d’où la forêt soit visible.

Il semble hors de doute que quelqu’un ait dit que quelqu’un a dit qu’il était le chemin, la vérité et la vie. Et qu’à ce titre il promettait que chaque fois que deux ou trois personnes se rassembleraient au nom du Chemin, de la Vérité, et de la Vie, « je » serais parmi elles.

Même si nous ne connaissons pas le chemin ou ne pouvons croire qu’il y a un chemin, même si nous ne connaissons pas la vérité ou ne croyons pas qu’existe la vérité, et même si la Vie avec un V majuscule paraît dépourvue de sens, si en leurs noms nous nous rassemblons, alors « Je » – qui n’est pas ce « je », produit de nos fantasmes – est parmi nous.

Voilà une affirmation qui me paraît être très profonde.

Oserai-je la croire ? N’oserai-je pas ?

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Une question hante ce livre : Comment mener une vie « juste » ? Quand, grâce à un interprète, je posai cette question à un célèbre saint du Cachemire, qu’on disait âgé de plus de cent ans (il ressemblait à un vieil oiseau), sa réponse immédiate, une fois traduite, fut :

Que ton cœur soit pareil au soleil

Qui brille sur chacun.

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D’où tirait-il ce savoir ? Ou n’était-ce qu’une simple conviction ?

« Le monde scientifique et technique de l’homme moderne, écrit C.F. von Weizsäcker, est le résultat d’une entreprise aventureuse : la connaissance sans l’amour43. » Glaçant. Je ne vois pas comment la connaissance sans l’amour pourrait engendrer la connaissance de l’amour ; comment une méthode sans cœur qui donne des résultats sans chaleur pourrait ne pas extirper à coups d’explications le cœur d’un monde apparemment sans chaleur.

Dans un discours prononcé sur la colline de la Pnyx, à Athènes, en 196444, Werner Heisenberg, après avoir parlé de notre capacité de « comprendre » le monde en termes mathématiques, suggère que « les structures de nos esprits [les archétypes platoniciens] reflètent peut-être la structure interne du monde » mieux que les mathématiques. « Quel que soit le fonctionnement de ces modes de compréhension [autres que les mathématiques], le langage des images, des métaphores et des comparaisons est probablement la seule voie d’approche vers l’“un”. »

« Vous autres théologiens écossais, me dit un jour un théologien suisse, vous vous contentez de raconter des histoires. Vous ne faites pas de la théologie. » Pourtant, dans certains cas, les métaphores sont peut-être notre seul recours.

Ce livre ne prétend pas être le bréviaire des âmes perplexes. Je suis moi-même perplexe. Mais j’ai essayé de décrire de mon mieux la nature de ma perplexité.

Ce qui est moralement faux peut-il être scientifiquement vrai ? Deux mondes entrent en collision.

Vers la fin de sa vie, C.G. Jung eut assez d’audace pour écrire : « Il nous faut abandonner complètement l’idée selon laquelle la psyché aurait un quelconque rapport avec le cerveau…45 »

Je suis sûr qu’il ne souffrait pas de démence sénile et que ce n’était ni un lapsus ni une idée en l’air.

Pour Lévi-Strauss et bien d’autres, Bergson, Sartre et, je pense, Jung sont des exemples typiques de « pensée sauvage » au milieu de notre vingtième siècle civilisé. En 1913, Albert Schweitzer entreprit une analyse psychiatrique de Jésus, et contre l’opinion d’un certain nombre d’éminents psychiatres, il en conclut qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour Le déclarer fou.

Pourtant, il ne put Lui accorder le bénéfice du doute qu’en laissant de côté un certain nombre de Ses paroles, et en relativisant sur le plan culturel Sa vision du monde.

On attribue à sainte Catherine de Sienne cette remarque :

Tout le chemin vers le Ciel

est le Ciel.

Car n’a-t-Il pas dit :

Je suis le chemin ?


40 Platon : Œuvres complètes (Bibliothèque de la Pléiade), trad. de Léon Robin.

41 S. A. Grave : The Scottish Philosophy of Common Sense (Londres, Oxford University Press, 1960).

42 Tulku : mot tibétain désignant une personne reconnue comme l’incarnation d’un être spirituellement très élevé (N.D.T.).

43 The History of Nature (Chicago, University of Chicago Press, 1949), p.190.

44 Natural Law and the Structure of Matter (London, The Rebel Press, 1970), p. 44-45.

45 « Synchronicity » in The Interprétation of Nature and the Psyche (New York, Panthéon, 1955), p. 123.