5. La vie avant la naissance

Étapes de ma vie

A : de la conception à l’implantation

B : de l’implantation à la naissance

C : ma vie postnatale

M0 : la mère avant la conception

M1 : la mère de la conception à l’implantation

M1.1 : la mère de l’implantation à l’accouchement

M2 : la mère après l’accouchement

Il nous est très difficile de comprendre que

M0 = M1 = M2

***

Possédons-nous une carte mentale génétique de tout notre cycle de vie, avec ses différentes phases – des structures mentales qui reflètent les formes et les transformations biologiques ?

Il me semble au moins plausible que toute l’expérience de notre cycle vital, à partir de la première cellule, soit assimilée et emmagasinée depuis le commencement, et peut-être surtout en ce commencement.

Comment cela peut se faire, je n’en sais rien.

Comment une unique cellule peut-elle engendrer les billions de billions de cellules que je suis maintenant ?

Nous ne pouvons exister, mais nous existons pourtant.

***

Quand je regarde les étapes embryologiques de mon cycle vital, j’ai l’impression de ressentir des ondes de sympathie, des vibrations qui me relient à ce que je sens maintenant que je sentais alors.

Les gens sont souvent très émus par des photos, des illustrations ou des films montrant les étapes embryologiques de notre cycle vital.

***

Si vous deviez mourir maintenant

et être conçu à nouveau cette nuit

dans quelle femme choisiriez-vous de passer les neuf premiers mois de votre prochaine vie ?

***

Que beaucoup de gens ressentent des ondes de sympathie (résonances, vibrations) identiques et souvent fortes, quand par mégarde ils s’autorisent à imaginer ce qu’ils pouvaient bien sentir au moment de leur conception et jusqu’à leur naissance (celle-ci comprise), ainsi que pendant leur petite enfance, est un fait.

Mais que cela signifie-t-il ?

***

Est-il possible

qu’avant et après la formation de tissus nerveux spécifiques, les cellules – nous —

reproduisent durant les phases suivantes de notre cycle vital des transformations ou des variantes de nos toutes premières expériences ?

Les structures de nos expériences prénatales

sont-elles les patrons

sur lesquels se trame

le tissu complexe de la vie postnatale ?

***

Les structures prénatales informent certains types de comportement postnatal et désorganisent la fonction postnatale normale par exemple :

utérus

sang du cordon ombilical

fœtus

placenta

crâne

pensées

esprit

cerveau

 

l’individu se sent comme un fœtus dans l’utérus de son crâne nourri par les pensées de son cerveau

son crâne est un utérus qui l’abrite (crucifié, mort et enterré) et un sein placentaire

qui le nourrit et l’empoisonne

par des pensées (sang, lait, nourriture).

***

Il me semble au moins concevable que nombre de mythes, légendes, histoires, rêves, fantasmes, comportements puissent refléter fortement notre expérience utérine.

***

Si tel était le cas, on pourrait proprement et adéquatement qualifier de tels symptômes d’hystériques (c’est-à-dire : utérins).

***

Certains mythes conviennent mieux que d’autres ; mais j’en connais suffisamment de positifs pour être amené à envisager sérieusement l’hypothèse suivante : la conception, l’implantation et toutes les aventures prénatales qui en découlent ont dans notre imagerie postnatale une correspondance mythologique.

***

La mythologie nous permet peut-être de comprendre notre expérience d’embryon.

Et je soupçonne les expériences prénatales d’être même

plus variées (d’une importance et d’un intérêt plus grands, notait S.T. Coleridge)

que les expériences postnatales.

***

« La saga type peut se résumer ainsi :

***

Le héros est le fils de parents

très illustres

ordinairement le fils d’un roi.

***

Sa conception est difficile :

continence

stérilité prolongée

rapports sexuels cachés entre les parents à cause

d’un interdit ou d’obstacles extérieurs.

***

Pendant ou avant la grossesse,

une prophétie,

sous la forme d’un rêve ou d’un oracle,

met en garde contre sa naissance,

et fait souvent allusion à un danger couru par le père

(ou son représentant).

***

Généralement,

le nourrisson est placé dans une boîte qui est jetée à l’eau.

Puis il est sauvé par des animaux,

ou par des gens du bas peuple (des bergers)

et est allaité par un animal ou par une

humble femme.

***

Après sa croissance,

il retrouve ses parents illustres

dans des circonstances fort variables.

***

Il se venge de son père,

et

son origine est reconnue.

***

Finalement, il obtient gloire et honneurs8. »

Sargon vint au monde

dans le secret

Sa mère, la vestale,

me plaça dans un coffret

en roseaux,

scella le couvercle avec du goudron

et me jeta dans

la rivière

je ne me noyai point

Conception dans la trompe utérine

***

Membrane pellucide9

***

Dans la trompe utérine les sécrétions de la trompe qui nous nourrissent ou nous affament durant les sept premiers jours et demi qui précèdent l’implantation : appelées « lait utérin » par les embryologistes

 

 

La rivière le conduisit

vers AKKI, le porteur

d’eau qui le recueillit

par charité

Il devint son jardinier

***

Nidation dans l’endomère10

 

 

Puis roi11

Début de l’implantation

stade chorionique12

fœtus mature

 

 

Sargon fut placé dans

un coffret en roseaux

le couvercle scellé avec du goudron

on me jeta dans la rivière

puis l’on m’adopta

 

Moïse fut mis dans une corbeille de joncs

enduit de boue et de goudron

déposée parmi les roseaux au bord de la rivière

puis adopté

***

Karne avait un grand panier de jonc

fermé par un couvercle

scellé avec de la cire

et flotte sur la rivière

jusqu’à ce qu’il soit adopté

***

et ainsi et de suite

***

Dans de nombreux mythes,

le héros

zygote

est placé dans un récipient

un bateau

zone pellucide

un bateau

une boîte

une sphère

un coffret

 

dans la rivière

canal/trompe/conduit utérin

ou la mer

 

aborde au rivage

endomètre

est sauvé

et nourri par

adoption du blastocyte13 par l’endomètre utérin

et nourri par

 

des animaux ou des gens du bas peuple

(mécanisme mal connu)

se développe

est adopté par

le roi et la reine

de la ville

et devient un fœtus

dans

la ville matrice

jusqu’à

part

la naissance

découvre après de nombreuses aventures

et les aventures qui en découlent

ses parents réels

Reliant M0 à M1, M2

***

Il a maintenant vingt-neuf ans.

***

À dix-huit ans, il tombe amoureux (de la fille n° 1)

Lui et son amie forment un tout

Quelque chose bouge en lui

Il se sent imaginatif, fécond, créatif

C’est très profond

Elle ne comprend pas

***

Il rencontre la fille n° 2

Elle comprend

Il commence une liaison avec n° 2, mais ne dit rien à n° 1

Lui et n° 2 se concertent pour ne pas blesser n° 1

Il quitte n° 1 pour n° 2

il se sent vide pendant un certain temps

puis il commence à sentir quelque chose qui se développe à nouveau en lui

c’est très profond

***

n° 2 ne comprend pas

il rencontre n° 3

n° 3 comprend

il commence une liaison avec n° 3

lui et n° 3 se concertent pour ne pas blesser n° 2

il quitte n° 2 pour n° 3

rien ne se passe pendant quelque temps

puis quelque chose de nouveau commence à se développer en lui c’est très profond

n° 3 n’est pas capable de comprendre

n° 4 comprend

lui et n° 4 se concertent pour mettre n° 3 au courant

il quitte n° 3 pour n° 4

il termine son premier article scientifique

il se sent vide

il commence à se sentir à nouveau créatif

n° 4 ne comprend pas

n° 5, elle, comprend

il a une liaison avec n° 5

mais ne veut pas blesser n° 4

il sait si bien ce qu’elle doit ressentir

il quitte n° 4 pour n° 5

***

actuellement, il est entre n° 6 et n° 7

***

Reconstitution

Alors qu’il avait dix-huit mois, sa mère mit au monde une petite fille.

M0 = M avant sa conception à lui

M1 = sa mère entre la conception et la naissance

M2 = sa mère après sa naissance à lui

Image2

***

Image3

Il « sait » ce que ressent n° 1 et ce qu’elle va ressentir quand il rencontre n° 2

car au moment où il rencontre n° 2

n° 2 = son père

n° 1 = lui-même en tant que bébé

lui = sa mère enceinte

son

article scien-

tifique = l’embryon à l’intérieur de sa mère

mais au début

lui (embryon) et son amie (M1) forment un tout

puis son amie devient lui-même en tant que bébé

il devient sa propre mère (M2)

l’amie suivante devient son père

Bon nombre d’hommes « hétérosexuels » épousent ainsi leur père.

mère

père

mari

femme

***

lapsus :

un mari à sa femme : « Qu’est-ce qui m’a pris d’épouser ton foutu beau-père ? »

Eh bien, vraiment !…

***

L’univers est ma matrice, et la matrice de ma mère fut mon premier univers.

***

la matrice est la première de la série

 

de contextes

contenants

quels qu’ils soient

 

***

 

une pièce

un espace

un temps

une relation

une humeur

 

***

 

quel que soit ce qui

entoure

quiconque14

est ressenti comme m’entourant

l’atmosphère

les circonstances

l’environnement

l’univers15

 

***

Blastula16

… un dôme de verre multicolore qui teinte la lumière blanche de l’éternité

un dôme géodésique

 

une sphère

soucoupe volante

un ballon

dieu-soleil

la lune

football

une capsule spatiale

 

***

le zygote et la blastula dans la zone pellucide

***

zone pellucide

une boîte

premier habit

 

un coffret

 

 

une corbeille

 

 

un cygne

 

trompe utérine

l’eau

l’océan

une rivière

***

voyage le long de la trompe utérine jusqu’à l’implantation dans la matrice

période passée sur l’océan, ou à dériver le long d’une rivière, avant d’être recueilli par des animaux ou des bergers, etc.

conception

voyage utérin

dans les mythes : la naissance voyage sur la mer ou une rivière dans une boîte ou un coffret

implantation

accueil par l’endomètre

adoption par des animaux ou des gens du bas peuple

Avant l’implantation

Les sécrétions de la trompe utérine peuvent être calmes ou orageuses

(le ver invisible qui vole

dans les ténèbres d’une horrible tempête)

***

abondantes ou rares

on peut tournoyer, tourner, flotter, viler ;

être précipité sur des rochers ;

projeté sur le rivage et emporté à nouveau par le flot,

avant la fin du voyage

***

De nombreuses aventures peuvent survenir avant l’implantation définitive, si elle a lieu. Ce voyage qui aboutit à l’implantation est peut-être le modèle, la matrice de comportements ultérieurs. La naissance se calque peut-être sur l’implantation.

L’implantation

L’implantation peut avoir été aussi horrible et aussi merveilleuse que la naissance ;

Elle peut se répercuter à travers toute notre vie, entrer en résonance avec les impressions d’être aspiré, tiré vers l’intérieur, sucé, entraîné vers le bas ; d’être sauvé, ressuscité, aidé, accueilli ; d’essayer de pénétrer tout en étant retenu à l’extérieur ; de mourir de fatigue, d’épuisement ; d’être bouleversé, désespéré, impuissant, etc.

Images de sables mouvants, de marais ; nudité (après la perte de la zone pellucide) : puis, succédant à tous ces

orages, vents, risques

de naufrage, de noyade ; sentiment

d’être brisé, démembré,

adoption par l’utérus (M1).

Les possibilités peuvent schématiquement se résumer dans la matrice à quatre éléments suivante

blastula :+ + – -

utérus : – + – +

un océan de joie extatique ou un champ de bataille

***

La matrice fondamentale de tous les accueils futurs :

s’imposer ou être attiré avec chaleur ;

se battre pour se frayer un chemin ou une étreinte d’amour réciproque.

Prend-on plaisir à plonger sans peur dans l’inconnu,

à « sortir ses antennes » (villi17, doigts) ; explorer avec amour ou haine un monde amical ou hostile ?

***

Voici mon hypothèse : la naissance est une implantation inversée, et l’accueil fait à chacun par le monde postnatal entre en résonance avec notre première adoption par notre monde prénatal18.

***

je sens que

je

suis accroché à des rochers friables

sur le point d’être entraîné

dans le torrent je m’agrippe désespérément à la vie

essaie de trouver un sol solide

c’est comme si

rien ne m’accrochait

***

Je manque de pénétration

Tout m’échappe

Je suis dans un tourbillon

comme si je tournais en rond

en rond et de plus en plus vite

je pourrais tournoyer ainsi éternellement

***

le temps m’échappe

j’ai toujours l’impression de réagir

quelques millisecondes trop tard

voilà ce qui m’arrive pendant ces millisecondes

rien à quoi m’accrocher

rien à me mettre sous la dent

***

premiers développements de l’endomètre

villosité du chorion

villosités placentaires

Doigts

Dents

Orteils

pénétrer

aller au fond des choses

s’enraciner

s’installer

trouver une prise

se fixer

Peur du chorion

J’ai l’impression d’être une éponge. Une créature des grands fonds comme une anémone

Je suis imbibé de terreur

suffoqué par la peur

une éponge terrifiée

je suis désespéré

je suis paralysé

Absurde de s’en tirer en

 

s’enfuyant

 

en parlant

je tremble de tous mes membres

***

Une femme de trente ans me raconte un de ses rêves

***

un morceau de caoutchouc descend un escalier roulant

dont les marches immobiles aboutissent

 

 

à un garage

***

Elle a consigné tous ses rêves dans un cahier. Ce rêve, remontant à plus d’un an et qu’elle avait oublié, la frappa, car d’après ses calculs elle le fit deux nuits après avoir été fécondée.

Elle n’avait même pas « rêvé » qu’elle pouvait avoir été fécondée jusqu’à ce qu’elle « manque » ses règles.

Mais elle se demande maintenant si ce rêve ne représente pas un zygote (morceau de caoutchouc) descendant la trompe utérine (escalier roulant) vers l’utérus (garage) ?

***

une femme avorte

***

elle rêve d’un cheval blanc qui s’enfuit

par l’étroite fenêtre d’une prison

***

Elle a vingt-huit ans.

***

elle est terrifiée par

aspirée vers

attirée

 

 

fascinée par

***

la mer

les ténèbres

le monde souterrain

depuis son enfance elle a l’impression

d’être un enfant substitué

plus un dauphin qu’autre chose

***

elle dit souvent

« Si je disparais, c’est que je serais retournée

 

aux flots

 

au monde souterrain »

elle a une prédilection pour

les cimetières

la mort, les tourbillons

elle a failli se noyer à deux reprises

et il s’en est fallu de peu

***

Expérience d’un homme de près de trente ans

Un jour, alors qu’il était chez lui, il monta l’escalier pour aller à la salle de bains. Là, il s’évanouit, et quand il revint à lui, il était allongé sur le plancher, « frappé de terreur, comme dans une boîte frappée de terreur ».

Je me pose cette question : aurait-il

voyagé le long de

la trompe utérine → escalier

dans la zone pellucide boîte

et au moment d’entrer dans

la cavité utérine → salle de bains

une catastrophe

se produisit → évanouissement et il est

frappé de terreur

dans une boîte frappée de terreur

frappant de terreur

son être tout entier,

une catastrophe qui se répercute encore

à travers toutes les cellules de son corps

***

Miss B…, âge cinquante ans

***

Elle flotte, dérive, est emportée, tournoie,

 

mais elle ne peut jamais trouver un foyer

jamais s’enraciner

ou en fonder un

jamais d’« ancrage »

ou s’installer

 

***

Il a trente-quatre ans.

***

Rêve :

il glisse le long d’une route

trompe utérine

près de son lieu de naissance

 

il porte un pardessus

l’humidité s’accroît

membrane pellucide

les sécrétions de « lait utérin »

 

 

il arrive dans une pièce en forme de L

il va entrer dans un bâtiment

 

qui ressemble à un théâtre

il avance un doigt là

implantation imminente

premières villosités

pour rencontrer les deux aiguilles (doigts)

d’une horloge

 

Il est assis sur un trône dans le théâtre

des enfants s’approchent de lui

implanté

premiers échanges avec les messagers de l’endomètre

 

 

la communication

n’est pas parfaite

début d’une communication

entre la mère et l’embryon

sur le site d’implantation

***

Elle a trente ans.

***

elle se vit comme une boule de peur

anxiété

elle se vit comme une éponge sphérique

blastocyte

imbibée de

anxiété

terreur

chorionique

***

dans ses rêves

***

elle apparaît elle-même

comme un globe tournoyant dont

blastocyte avant

l’implantation

la surface est recouverte

d’un dessin compliqué

 

elle est terrifiée à l’idée que

le globe puisse tomber

elle tente désespérément

anxiété

précédant

l’implantation

de gagner du temps

 

elle a peur d’être

enterrée vivante

peur de l’implantation

sa mère et la peur lui disent

qu’elle doit être enterrée

 

Miss K… est une vieille fille. Elle vit seule. Elle a cinquante-cinq ans.

Elle flotte continuellement dans l’air,

dans un tourbillon vertigineux, déracinée,

sans point d’ancrage ni repères.

***

Elle quitte l’île où elle vit pour se rendre dans de grands magasins ou des supermarchés, par bateau, en train et en métro.

***

Elle a continuellement l’« intuition » de phénomènes qui se déroulent autour d’elle.

***

Est-elle en permanence

une blastula réglée par le cycle lunaire une folle19

voyageant perpétuellement

dans des métros, des bateaux,

des trains,

trompe utérine

allant dans les grands magasins

endomètre

mais ne s’implantant jamais ?

***

Il a l’impression de vivre dans la stratosphère.

Il a besoin d’entrer dans le monde.

Son métier : conducteur d’une rame de métro.

***

Ces derniers jours, chaque fois que je me mets à écrire (ce que je fais depuis des mois), je dois surmonter une résistance intérieure. Ce ne fut pas toujours le cas ; car auparavant je me plongeais dans l’écriture aussi souvent que possible – jamais assez à mon goût. Mais je ressens maintenant comme une nausée, juste avant de m’asseoir pour écrire. Aussi j’arpente parfois mon bureau et appréhende le moment où il faudra m’y mettre. Et j’ai presque envie de hennir.

Une fois que j’ai commencé (quand je peux commencer, ce qui n’est pas toujours le cas), cela marche bien. Parfois pendant deux ou trois heures quand je suis en forme. Mais, d’ordinaire, je « fais surface » involontairement, après une heure environ. Il faut alors que je me prépare une tasse de thé ou que je mange un morceau de pain, que je sorte pour acheter un paquet de cigarettes, marche de long en large, et qu’ensuite je surmonte la répulsion, le retrait, la nausée, une sensation qui tient de l’éternuement, du nez qui coule et des larmes, et que je m’y plonge de nouveau. Rien à voir avec l’implantation ?

***

Un homme d’affaires de trente-six ans.

***

J’ai l’impression de m’agripper au rebord d’une falaise

avec mes ongles

si je lâche prise, je tomberai dans la rivière

je serai emporté

je deviendrai complètement fou

***

Un rêve d’une psychothérapeute

***

Elle marche au bord de la mer en compagnie d’un jeune homme très perturbé qu’elle a soigné pendant plusieurs années. Le sol est sableux, rougeâtre, mou, humide, spongieux, imbibé. Il y a des déclivités et des trous soudains. Elle a peur d’y tomber, ou que David disparaisse dans le sol,

puis elle l’aperçoit, dans un trou, un puits, nu, coiffé d’un casque de cosmonaute ; il tombe dans un lac.

***

Elle a trente ans passés.

***

elle paraît superficielle

mais ne semble pas pouvoir aller plus loin

arrêt

ne peut pas entrer dans une situation

fixation

un sujet

stase existentielle à

ne peut pas aller au fond des choses

elle semble arrêtée en chemin

l’implantation

***

Un professeur de linguistique âgé de quarante-trois ans.

il voyage à destination d’un pays non occidental

où il est inconnu

ne peut contacter

personne

il ne s’enfonce pas au cœur du pays

il s’engage dans de dangereux échanges de devises

court le risque de se faire tuer ou expulser par les autorités locales

***

« derrière le dos » de l’autorité locale,

il contacte une autorité supérieure

il est autorisé à rester

puis il s’en va

il visite les cimetières de ces pays non occidentaux

son imagination abonde en images

de tunnels

être enterré

dunes

être enterré vivant

trous

liées à l’implantation ?

***

En un sens, on peut s’arrêter à n’importe quel stade

On peut perdre sa propre continuité à n’importe quel stade

Après la coupure, le passé peut continuer à se répéter longtemps et même envahir le cycle vital tout entier.

***

Beaucoup de gens ont l’impression qu’ils ne sont jamais nés

D’autres, qu’ils ne se sont jamais implantés

D’autres sont tout juste implantés, instables, languissants, tristes, ils demandent la lune, qui est leur propre fantôme en tant que blastula avant l’enterrement dans la matrice.

***

« La vie de l’individu répète la vie de l’espèce. » Ainsi, l’embryon parcourt dans la matrice tous les états des dizaines de milliers d’années qui ont précédé son développement. Et il n’est aucunement ridicule de supposer que le fœtus en voie de développement soit de quelque façon influencé par les images de la mère, qui essaie parfois de toutes ses forces de s’en débarrasser. Les rapports que cette dernière entretient avec l’image du fœtus doivent différer d’une manière ou d’une autre des rapports qu’entretient une mère qui accueille avec bienveillance la nouvelle vie et en chérit l’image dans son cœur20.

Et je n’exclurai pas a priori la possibilité d’une communication de l’embryon vers la mère.

***

Elle fit une fausse couche deux heures après avoir fait ce rêve :

elle erre dans Jérusalem

tout est en ruine

il n’y a rien à quoi s’accrocher

pas de maison où entrer

***

Elle se demande si ce rêve était celui de l’embryon.

***

Un rêve, quelques heures avant une fausse couche qui se produisit dans la matinée :

Elle est dans une voiture scellée, au centre d’un carrefour en pleine nuit. Les feux rouges ne fonctionnent pas :

des voitures passent dans tous les sens en vrombissant. Elle est terrifiée. Elle tente frénétiquement de sortir mais n’y parvient pas.

***

Cette femme était convaincue que ce rêve était celui de l’embryon.

La femme : elle voulait sortir ; et elle y est arrivée. Je ne lui en veux pas.

Moi : comment savez-vous que c’était elle.

La femme : je le sais, c’est tout.

***

Enceinte de deux mois. Une nuit, elle se réveille plusieurs fois et hurle : « Il faut que je sorte. Je veux sortir. Laissez-moi sortir. »

Au matin, elle avorte spontanément, sans la moindre intention consciente.

***

Le cas suivant est familier aux psychiatres.

***

un jeune homme/une jeune femme

entre dans sa chambre

enlève ses vêtements

se pelotonne dans ce qu’on nomme communément la « position du fœtus », ou adopte une autre position

qu’il/elle garde pendant des heures,

voire des jours,

urine et défèque sans bouger,

l’individu reste silencieux, n’écoute pas les paroles d’autrui, il/elle présente des symptômes de confusion aiguë si on l’« interrompt » par des stimuli externes.

***

Ce type de comportement rappelle presque irrésistiblement à ceux qui en sont les témoins le fœtus dans la matrice.

***

Souvent, la personne concernée dira d’elle-même que c’est ce qu’il/elle ressent.

***

Un grand nombre de gens m’ont fait part de leurs propres souvenirs concernant leur naissance ou leur vie utérine,

qu’ils n’ont jamais oubliés, ou qu’ils ont oubliés jusqu’au moment où ils s’en sont souvenus spontanément au cours d’une psychothérapie, en « s’éclatant », lors d’une expérience psychédélique, ou d’une thérapie primale ou radicale.

***

Des milliers de personnes appartenant à toutes les catégories sociales, indépendamment de leur sexe, de leur revenu et de leur âge, affirment se souvenir de leur naissance et de leur vie utérine, ou vivre des expériences qui leur semblent être des reproductions ou des transformations d’expériences natales et prénatales.

***

Pendant longtemps, leur invraisemblance m’a fait douter de ces récits. Pourtant…

***

Voici un résumé de ce qui précède :

Je dois admettre que beaucoup de mes contemporains sentent que les expériences vécues par eux entre leur conception et leur naissance, celle-ci comprise, ont un certain rapport avec les adultes qu’ils sont devenus. Ces comportements émotionnels méritent la plus grande attention. Il ne me semble pas a priori absurde ou impossible que l’expérience natale ou postnatale soit calquée sur des structures prénatales.

***

Un agent de change, quarante ans.

***

impression tantôt très intense

tantôt plus faible

il se sent sans abri

nu

à vif

écorché

dépouillé du vernis

 

caséïque

sans défense

à la merci d’autrui

sans force

il se sent

comme un nouveau-né

il a mis au point une technique pour apaiser ses douleurs

il se couvre

***

ou demande à sa femme de le faire,

de cuir,

retour à l’impression

tactile du fœtus ou

couvert de cuir, il se sent comme momifié

du nouveau-né

et il se fait verser de l’huile

entre la peau et le cuir

se procurant ainsi l’une des plus

agréables et réconfortantes « émotions » – sensations

qu’il connaisse

***

Je ne me demande pas si ces simulacres sont « corrects » ; je constate simplement qu’ils existent. Je les ai tous vérifiés, ou en ai fait moi-même l’expérience avant d’en entendre parler.

***

Peut-être y a-t-il

un stade

ombilical-utérin placentaire

avant le stade oral ?

***

Peut-être certains bébés sont-ils perturbés par la disparition du cordon et du placenta ?

***

Peut-être certains

phénomènes de la petite enfance et de la vie ultérieure

sont-ils des « incarnations » plus ou moins fantomatiques du cordon et du placenta ?

Je suis frappé par le fait que « j »’étais jadis un placenta, un cordon ombilical et un fœtus.

On confond très souvent le placenta avec l’utérus. Le placenta, la poche amniotique et le cordon ombilical (toutes les « membranes » fœtales) sont, des points de vue cellulaire, biologique, physique et génétique, moi. De même, pour tout ce qui reste de moi et qui a été abandonné dans la matrice, ou amputé à jamais au moment où mon cordon a été coupé.

Je suis presque sûr que beaucoup d’entre nous souffrent des séquelles de la coupure prématurée de notre cordon ombilical.

Faut-il vraiment le couper ?

Sans intervention extérieure, le cordon se dessèche et tombe « de lui-même ». Pourquoi, alors, intervenir ? On a dit que nous risquons de perdre 30 % de notre sang si on laisse le cordon et le placenta se détacher naturellement, avec le système circulatoire qui nous relie à eux. Mais puisque c’est là ce qui se passe naturellement, pourquoi entraver le déroulement naturel des choses ?

Si tout va bien, la mère et l’enfant ne courent, semble-t-il, aucun risque quand on ne bride pas, ne coupe pas le cordon, au moins jusqu’à ce qu’il ne palpite plus.

Et le fait de ne pas couper le cordon ne paraît pas entraîner le moindre trouble respiratoire. En réalité, je soupçonne fort que dans la plupart des cas, notre respiration et notre rythme cardiaque sont gravement perturbés – et peut-être pour notre vie entière – par le bridage (étranglement) et la coupure du cordon, quand celui-ci et le placenta sont encore fonctionnellement et à part entière nous.

un rapport quelconque avec la guillotine ?

l’étranglement ?

***

la pulsation rythmique, le battement régulier

se répercutent encore jusqu’au bout des pieds

***

la communication est coupée

essayez maintenant d’être aimé

***

trop tard trop tard

la haine est la dernière amarre

***

le flux de va-et-vient

ne mène plus à rien

***

semblable disjonction brutale

engendre méditation transcendentale

***

mouvement de crainte dont

l’antidote est la seringue

***

Serions-nous hantés par notre placenta

notre jumeau

amant

rival

double intra-utérin ?

***

Le placenta serait-il

notre premier

dispensateur de vie

suceur de vie

notre premier ami ou notre premier persécuteur

bourreau21 ?

***

l’analogie entre

sol

racines

tronc

arbre

matrice

placenta

cordon

fœtus

existe de facto dès qu’elle est formulée

***

Ma fille de deux ans et demi à la nouvelle jeune fille au pair « Es-tu une Brenda ? »

Brenda était la première jeune fille au pair

***

C’est comme si

nous demandions au sein

es-tu un placenta ?

à une personne avec qui l’on va entrer en relation

es-tu une bonne matrice ?

***

Le premier terme donne son nom aux autres termes de la série.

***

Fœtus

Cordon

Placenta dans la matrice

 

Ombilical

Ombilical

 

 

Artères

Veine

 

Adam

Arbre

Eve dans le jardin

et serpent

Fruit

Arbre

Racines

Sol

 

Tronc

 

 

Flux de va-et-vient

 

 

Donner et prendre

 

Saint Georges

Lance

Dragon

Caverne

 

Deux serpents

Une vierge

 

bâton

 

 

Structure triple

 

 

caducée

 

Image1

 

excréments

 

{

Élimination des déchets

Fœtus

placenta

 

 

nourriture

 

Source de nourriture

Vie → mort

 

Mort ← Vie

 

perte

Notre organisme commencerait-il à enregistrer les premières manifestations de ces « mouvements » avant notre naissance ?

Renouvellement

donner

recevoir

aller

venir

partir

revenir

exports

imports

argent

énergie

placenta —

 

 

mon autre moi

 

mon frère jumeau, ma sœur jumelle

 

mon amant (e) incestueux (se)

 

mon moi non-moi

 

l’objet prétransitionnel

Fœtus

Placenta-matrice

Cordon ombilical

Enfant

Sein-mère

 

 

 

Lien incestueux

 

Fœtus

Cordon

Placenta

Matrice

Soi

Connexion

Autrui

contexte

Désir douloureux du placenta et du cordon

J’avais huit ans. Par un après-midi de fin d’hiver, mes parents m’emmenèrent au cinéma voir Horizons perdus, avec Ronald Coleman. De retour à la maison, je mangeai un bol de porridge.

Soudain, le goût du porridge se confondit avec la mort de la princesse de Shangri-La qui avait quitté sa grotte pour suivre ses compagnons dans la montagne, le blizzard et la neige, et avec l’image de la jeune princesse, vieillissant de plusieurs dizaines d’années en quelques secondes, se ratatinant, et se métamorphosant en une vieille sorcière ridée, pour finir par tomber en poussière.

Les deux sensations me ramenèrent à une « impression » très ancienne, d’avant les mots, d’avant les images.

Shangri-La

La princesse se métamorphose en vieille femme et tombe en poussière

Matrice

Le placenta se dessèche et meurt

On peut rester amoureux de son placenta pour toute la vie. Aurais-je enregistré le vieillissement et la mort de mon amant intra-utérin, et cette « impression » serait-elle entrée en résonance avec une impression similaire ?


8 Otto Rank : Le Mythe de la naissance du héros.

9 Membrane transparente qui entoure l’embryon (N.D.T.).

10 Muqueuse interne de l’utérus (N.D.T.).

11 Rank.

12 Chorion : enveloppe externe de l’embryon (N.D.T.).

13 Blastocyte : stade du développement de l’embryon où celui-ci se polarise (N.D.T.).

14 Une femme : « Mon père était là, bien que jamais physiquement présent. »

15 « Autant que je sache, il n’y a jamais rien d’autre qu’une matrice… Notre misère provient en grande partie de notre incapacité à reconnaître l’univers en tant que matrice. » Henry Miller : « The Enormous Womb » in the Wisdom of the Heart.

16 Blastula : nom donné à l’œuf humain quinze jours après la fécondation (N.D.T.).

17 Les villi ou villosités sont des saillies qui recouvrent la membrane enveloppant l’embryon (N.D.T.).

18 Dans L’Interprétation des rêves, Freud suggère que certains rêves sont des rêves de naissance inversés. Jones, Rank, Fodor, entre autres, sont du même avis. Avant leur renversement par l’interprétation, et du point de vue du contenu manifeste, ces rêves sont des rêves d’implantation.

19 L’auteur joue sur les mots lunar (lunaire) et lunatic (fou) (N.D.T.).

20 E. Graham Howe : Cure or Heal (Londres, Allen and Unwin, 1965).

21 Bon nombre des idées précédentes ont été formulées par Francis J. Mott dans une série d’articles et de monographies publiés à partir du début des années 30. Ce corpus jusqu’ici peu connu requiert une étude séparée. Je ne mentionnerai qu’un seul de ses livres, où lui-même donne un résumé de son travail : The Nature of the Self (Londres et New York, 1959).