Avant-propos

Cet ouvrage a été rédigé dans le même esprit que l’Abrégé de Psychopathologie de l’Enfant dont il reprend le cadre général. Les auteurs ont tenu à conserver la répartition en cinq grandes parties, généralités, étude des conduites, regroupements nosographiques, influence de l’environnement, orientations thérapeutiques, d’une part pour marquer la continuité entre la psychopathologie de l’enfant et celle de l’adolescent mais aussi parce que la clarté de cette présentation a déjà reçu un accueil très favorable de la part des lecteurs, enseignants, étudiants et cliniciens divers.

L’ouvrage de Psychopathologie de l’adolescent comprend donc cinq grandes parties. La première partie s’ouvre sur un chapitre, essentiel selon les auteurs, consacré aux « modèles de compréhension » à l’adolescence. L’ambition d’un tel chapitre n’est pas d’apporter toutes les connaissances sur la physiologie pubertaire, la compréhension sociologique et culturelle de l’adolescence, l’apport de la psychanalyse ou de l’épistémologie génétique (plusieurs ouvrages n’y suffiraient pas !), mais de montrer comment la compréhension théorique et surtout l’approche clinique et thérapeutique de l’adolescent s’étayent, se nourrissent constamment de ces divers modèles même si leurs champs de pertinence et de validité ne s’accordent pas toujours aisément les uns avec les autres. En effet, trop souvent s’agissant de l’adolescence, le praticien ou le chercheur utilise, parfois de façon explicite mais en général de façon implicite, un modèle unique pour expliquer et comprendre les conduites de l’adolescent. L’objectif de ce premier chapitre est d’expliciter les principaux modèles dont se sert le clinicien, en cherchant à évaluer leur antinomie ou leur interférence car ainsi que le précise bien D. Widlôcher (1983) : « l’interdisciplinarité explicative appliquée à l’étude psychologique des actions, c’est-à-dire la confrontation de différents systèmes explicatifs à un même ensemble d’actions, repose sur l’interférence des modèles ». Le chapitre suivant tente de décrire les particularités de l’interaction clinique avec l’adolescent et sa famille à travers le déroulement des premiers entretiens et du bilan psychologique. Une attention toute particulière a été portée au concept de « crise d’adolescence » qui fait l’objet d’un chapitre complet où sont reprises les origines historiques du terme, les divers tableaux cliniques, décrits par certains auteurs ; ce chapitre s’achève par une critique du concept de crise opposé au concept de processus et par une discussion sur le normal et le pathologique à l’adolescence.

La seconde partie est consacrée à l’étude des conduites, que nous avons regroupées en quatre grands chapitres : un chapitre consacré au vaste problème de l’agir et des divers passages à l’acte de l’adolescent chapitre qui inclut l’étude des tentatives de suicide de l’adolescent ; un chapitre consacré aux conduites centrées sur le corps, en particulier les conduites alimentaires, dont l’anorexie mentale, et les conduites de sommeil et d’endormissement ; un chapitre consacré aux conduites internes de mentalisation où les questions telles que les angoisses hypocondriaques, les dysmorphophobies, la timidité ou l’inhibition sont analysées dans leurs rapports à la période spécifique de l’adolescence ; enfin un chapitre consacré à la sexualité et aux conduites sexuelles clos cette partie car selon les auteurs, à travers la sexualité et les conduites sexuelles fantasmées ou agies, peut s’observer la mise en harmonie, ou non, des trois conduites précédentes centrées sur l’agir, le corps et la mentalisation.

La troisième partie, plus traditionnelle, comprend l’étude des grands regroupements nosographiques. Toutefois tous ces chapitres ont pour objet essentiel de montrer comment la crise ou le processus de l’adolescence colore l’expression symptomatique ou suscite des particularités structurelles. C’est pourquoi ces chapitres ne sont pas, comme on le voit trop souvent, une simple duplication de ce qu’on peut lire sur la psychopathologie de l’enfant ou de l’adulte. Aussi le chapitre sur la dépression est centré sur le problème du processus de deuil décrit par beaucoup d’auteurs comme le processus essentiel de cet âge, et son articulation avec la clinique de la dépression. Le chapitre sur la névrose s’interroge sur la place d’une telle entité à la lumière des notions d’« après coup » et d’« idéal du moi » si actuelles à l’adolescence. Le chapitre sur les différents états psychotiques tente d’articuler les manifestations cliniques observées avec les problèmes-clefs de l’adolescence sur le corps, l’identité, l’équilibre entre investissement d’objet-investissement narcissique. Les trois chapitres suivants abordent des regroupements contestés ou qui, du moins, ne sont compréhensibles qu’en tenant compte des modèles théoriques utilisés. La notion d’état limite à l’adolescence est indissociable du modèle analytique : l’extension actuelle de ce cadre « nosographique » est discutée en rapprochant le processus de l’adolescence et la symptomatologie des états limites de l’adulte. L’étude des conduites psychopathiques et des toxicomanies précède un bref chapitre sur la consommation d’alcool à l’adolescence, chapitre qu’il nous a paru souhaitable d’isoler, en raison de l’augmentation actuelle de celle-ci, de ses particularités cliniques à cet âge et de ses évidentes implications sociologiques.

La quatrième partie aborde l’étude de l’adolescent et de son environnement après avoir cerné les notions de pathologie situationnelle et de facteurs de risque. On trouvera regroupée dans un chapitre l’analyse des relations entre l’adolescent et sa famille, centrées sur la notion de crise familiale ou crise parentale, mais en abordant aussi les interactions pathologiques où dominent les mécanismes de projection et d’identification projective. Quelques situations particulières sont détaillées : adolescent adopté, adolescence et divorce parental, adolescent enfant unique. Le chapitre suivant traite des difficultés scolaires à l’adolescence avec une attention particulière portée au passage de l’école au travail et aux conséquences sur l’adolescent du fréquent chômage. Quelques problèmes de pathologies somatiques (retards pubertaires, pathologies chroniques telles que diabète, insuffisance rénale chronique, hémophilie) et l’évolution à l’adolescence des encéphalopathies infantiles sont ensuites abordés. Un bref chapitre sur l’adolescent et les structures sociales a pour objet de préciser les notions de marginalité, d’espace social, puis s’attache à analyser les interactions entre la situation d’adolescent migrant et le processus psychique propre à cet âge. Cette partie se termine par un chapitre original sur le « Droit à l’adolescence », écrit par un magistrat qui nous donne là des informations utiles, condensées et, pensons-nous, précieuses.

La cinquième partie enfin est consacrée aux diverses approches thérapeutiques. De même que pour la partie introductive, il n’était pas question d’être exhaustif : notre but a été de montrer comment certaines approches thérapeutiques doivent tenir compte du processus de l’adolescence ou inversement comment les particularités de ce processus rendent telle approche particulièrement fructueuse. Sont successivement étudiés le problème de la psychanalyse, ses modalités, ses indications, les thérapies de types analytiques, les psychothérapies brèves, les thérapies familiales, les thérapies de groupe, les thérapies institutionnelles. Un court paragraphe tente de délimiter l’utilisation des médicaments psychotropes à l’adolescence en montrant surtout les multiples aléas d’une telle utilisation à cet âge de la vie.

Afin de ne pas alourdir le texte et d’éviter les répétitions, nous avons assez souvent effectué des renvois dans le cours même de cet ouvrage ainsi que des renvois à l’« Abrégé de Psychopathologie de l’Enfant ». Toutefois les auteurs ont voulu que cet ouvrage soit un tout par lui-même : il ne nécessite pas la lecture et/ou la connaissance préalable de la psychopathologie de l’enfant même si celles-ci sont hautement souhaitables lorsqu’on aborde la psychopathologie de l’adolescent. Précisons, pour finir, que le mot « adolescent » quand il apparaît dans le texte désigne aussi bien le garçon que la fille. Lorsque cela est nécessaire, le sexe est explicitement précisé.

Les auteurs remercient le P' Ag. J.E. Toublanc, M“M. Chadeville

Prigent et M“N. Duplant qui ont accepté de collaborer à la rédaction de certains chapitres.

Les auteurs tiennent enfin à remercier le P J. de Ajuriaguerra sous la tutelle duquel l’un d’entre eux avait déjà rédigé VAbrégé de Psychopathologie de l’Enfant, et qui, de nouveau, nous a exhorté et donné l’élan nécessaire à la rédaction du présent ouvrage. Ils remercient également Madame Catherine Marcelli qui, une fois encore, a assuré l’essentiel du travail de sécrétariat avec le même dévouement et la même bonne humeur.