Chapitre V – Le leader

« Que la psychanalyse n’ait pas rendu meilleurs, plus dignes, les analystes eux-mêmes, qu’elle n’ait pas contribué à la formation du caractère, reste pour moi une déception. J’avais probablement tort de l’espérer. »

S. Freud (Lettre à James J. Putnam, le 13 novembre 1913).

Freud et Fliess

Dans les années qui précédèrent la publication de L’interprétation des rêves (1900), Freud fut extrêmement lié à un jeune oto-rhino-laryngologue berlinois, de deux ans son cadet, Wilhelm Fliess. Ce dernier avait publié à Vienne, en 1897, un étrange ouvrage traitant des « relations entre le nez et les organes génitaux féminins », ouvrage dans lequel il prétendait démontrer le caractère bisexuel de l’être humain, ainsi que les cycles biologiques, respectivement de vingt-huit et de vingt-trois jours pour les composantes féminine et masculine, auxquels nul n’échappe. Ces « périodes », en connexion étroite avec le mouvement des astres, détermineraient tous les stades de notre évolution, jusqu’à notre mort.

Si les théories de Fliess ont été reléguées au chapitre des bizarreries qui jalonnent l’histoire des sciences, en revanche l’amitié passionnée et l’admiration que Freud eut pour lui pendant plus de dix ans n’ont pas cessé d’intriguer les psychanalystes. Ne le considérait.il pas comme un « autre lui-même » ? Ne le qualifiait-il pas dans sa correspondance de « Képler de la biologie » ? Semblable égarement, de même que la fin lamentable de leur relation ont été attribués tantôt aux tendances homosexuelles latentes de Freud, tantôt à son auto-analyse.

Quant aux fantasmes scientifiques de Fliess, s’ils n’ont pas bouleversé les sciences de la nature, ils ont néanmoins connu un singulier destin : en effet, le symbolisme sexuel du nez est demeuré le modèle d’un type de déplacement qu’aucun psychanalyste n’ignore et la « périodicité » a joué un rôle dans la psychologie freudienne avec l’introduction de l’« automatisme de répétition » ; quant à la théorie de la bisexualité, objet de sombres et sinistres querelles de priorité qui signèrent la rupture entre les deux hommes, Freud ne l’abandonna jamais. Qu’un délire scientifique ait fécondé la science de l’inconscient n’est pas l’un des moindres paradoxes à l’origine de la psychanalyse.

Le premier cercle

Dès 1900, Freud donna des conférences à la clinique psychiatrique de l’Hôpital général, conférences peu suivies, mais qui captivaient les rares auditeurs. Parmi eux, l’écrivain et médecin Fritz Wittels a raconté comment Freud parlant des insuffisances de la psychologie traditionnelle avait un jour cité le passage de l’Orlando Furioso de l’Arioste où l’on voit un géant, qui vient d’avoir la tête coupée au milieu de la bataille, continuer à se battre, trop occupé pour se rendre compte de ce qui lui arrive. Freud compara les tenants de la psychologie universitaire à ce guerrier : « On ne peut s’empêcher de penser, ajouta-t-il, que cette dernière a été tuée par ma théorie sur le rêve, mais elle ne s’en rend pas compte et elle s’enseigne toujours. »

Freud était non seulement conscient du caractère révolutionnaire de ses travaux, mais il excellait en outre dans l’art de les présenter. Il parlait sans notes, s’attachant toujours à dire les choses les plus compliquées dans le langage le plus simple.

Les débuts de la Société psychanalytique de Vienne – qui, dans un premier temps, s’appela plus modestement la Société psychologique du Mercredi – remontent à l’initiative que prit Freud, en 1902, d’adresser des cartes postales à quatre médecins viennois (Adler, Kahane, Reitler et Steckel) pour leur proposer une réunion hebdomadaire, le mercredi soir, chez lui, pour discuter de ses travaux. D’autres chercheurs se joignirent progressivement au groupe, en particulier Federn, Sachs, Hitschmann et Ferenczi, au point que Freud, jugeant d’un réel intérêt les discussions, engagea un secrétaire qui avait pour tâche essentielle d’établir les comptes rendus des séances. Ce secrétaire, alors un étudiant brillant et pauvre, devait se révéler un des psychanalystes les plus inventifs. Il s’agit d’Otto Rank. C’est à lui que nous devons les Minutes de la Société psychanalytique de Vienne26. En 1908, la Société comptait 22 membres, mais il était inhabituel de voir plus de 10 personnes assister à une réunion.

Freud s’évertuait à maintenir un caractère « scientifique » aux discussions, mais elles prenaient souvent entre les disciples un ton venimeux. Citons à ce propos le jugement d’un psychanalyste berlinois avisé, Karl Abraham, qui assista à la séance du 18 décembre 1907 :

« Je ne suis guère enthousiaste des disciples viennois… Il a, lui (Freud), trop d’avance par rapport aux autres. Sadger est comme un étudiant talmudiste : il interprète et applique toute règle édictée par le maître avec la rigueur du juif orthodoxe. Parmi les médecins du groupe, celui qui m’a fait la meilleure impression est le Dr Federn. Steckel est superficiel, Adler inégal, Wittels trop verbeux, les autres insignifiants. Le jeune Rank semble très intelligent, ainsi que le Dr Graf. »

Comme Freud, les premiers psychanalystes étaient des intellectuels de la classe moyenne, dépourvus de tout idéal ou de toute conviction religieuse, politique ou philosophique. Ni socialistes, ni sionistes, ni catholiques, ni juifs orthodoxes, ils adhérèrent, selon Erich Fromm27, au mouvement psychanalytique comme à une mystique substitutive ; d’où le rôle considérable que jouent dans la psychanalyse orthodoxe le dogme, le rituel, les anathèmes et le culte idolâtre de la personnalité de Freud.

À propos de ce dernier, on peut d’ailleurs se demander pourquoi il a cherché à fonder un mouvement à caractère « politico-religieux ». Fromm avance l’hypothèse suivante : trop sensible et trop sceptique pour devenir un leader politique, Freud parvint, par le biais de la psychanalyse, à réaliser son vieux rêve, celui d’être le Moïse qui a montré à la race humaine la terre promise, c’est-à-dire la conquête du ça par le moi et surtout le moyen de réussir cette conquête. Le drame de Freud fut de terminer ses jours au moment même ou le rationalisme et le libéralisme étaient vaincus par le nazisme, c’est-à-dire par les forces les plus irrationnelles que le monde occidental eût connues depuis l’époque des procès de sorcières.

La fin de l’isolement

On peut dire que jusqu’en 1906, année où débute sa correspondance avec Carl Gustav Jung, Freud est encore un homme seul. Il a derrière lui quelques découvertes fondamentales – sur l’hystérie, le refoulement, l’inconscient, la structure et la signification des rêves, la sexualité infantile – mais, mis à part quelques médecins viennois, tous juifs comme lui, nul ne s’intéresse à ses travaux. En six ans, 351 exemplaires seulement de son maître livre, L’interprétation des rêves, ont été vendus. Il est, en outre, en butte aux critiques d’une constante malveillance des mandarins de la psychiatrie institutionnelle allemande (Aschaffenbourg, Ziehen et Kraepelin) ; la psychanalyse est bel et bien alors un mouvement maudit, doublement maudit, car il est le fait de juifs et qu’il traite, pour l’essentiel, de sexualité.

On conçoit aisément alors l’intérêt qu’a pu présenter aux yeux de Freud ce jeune psychiatre suisse, Carl Gustav Jung, de quinze ans son cadet, suffisamment ouvert à la psychanalyse pour avoir cherché dans ses Études diagnostiques d’association à en vérifier expérimentalement le bien-fondé.

En outre, Carl Gustav Jung travaillait dans l’une des plus prestigieuses cliniques psychiatriques d’Europe, la clinique du Burghölzli, à Zurich, que dirigeait alors Eugène Bleuler, curieux, lui aussi, de l’œuvre freudienne. Les convertir l’un et l’autre à la Cause, c’était sortir la psychanalyse du ghetto juif viennois, lui assurer enfin un avenir scientifique.

Dès les premières lettres cependant, il est évident que Jung recule devant la sexualité – ou, plus précisément, devant le rôle exorbitant, selon lui, que Freud attribue dans sa théorie à la libido. Le positivisme du Maître l’indispose également. Mais quoi ! il a tout à apprendre et, plutôt que de critiquer, il préfère se laisser instruire.

Aussi, en mars 1907, accompagné par son épouse et par Ludwig Binswanger, rend-il une première visite à Freud ; elle sera concluante. Jung peut désormais écrire : « Qui connaît votre science a goûté à l’arbre du paradis et est devenu voyant. » Quant à Freud, il considère de plus en plus Jung comme son dauphin, celui qui achèvera son travail : « Ce sera vous qui, comme Josué, si je suis Moïse, prendrez possession de la terre promise de la psychiatrie, que je ne peux qu’apercevoir de loin. »

Bref, nous sommes en pleine lune de miel analytique. On échange de beaux cas à forte connotation érotique, on parle de la Gradiva de Jensen, ce court récit poétique auquel Freud vient de consacrer une étude, on médit des collègues (Janet est présenté comme un « plat causeur et le type du bourgeois médiocre »), on s’inquiète de l’ambivalence de Bleuler à l’égard de la psychanalyse, on échange des impressions sur les nouvelles recrues (Abraham, Jones, Pfister…). On s’analyse également : C. G. Jung se dépeint comme « hystérique » et Freud comme « obsessionnel », vivant à l’intérieur d’un monde fermé. Et, dans une lettre tout à fait étonnante, Jung confesse à Freud qu’il redoute sa confiance : « Ma vénération pour vous a le caractère d’un engouement passionné “religieux”, qui, quoiqu’il ne me cause aucun autre désagrément, est toutefois répugnant et ridicule pour moi à cause de son irréfutable consonance érotique. Ce sentiment abominable provient de ce que comme petit garçon j’ai succombé à l’attentat homosexuel d’un homme que j’avais auparavant vénéré. »

Entre Freud et Jung faut-il parler d’amitié ? Oui, mais comme le remarque Jung, non d’une amitié entre égaux, plutôt d’une amitié entre père et fils. Pour l’instant, il s’en félicite encore. Quelques années plus tard, il reprochera à Freud de produire des « fils-esclaves ».

Dauphin du Maître, Jung, s’il n’est pas toujours un élève docile, se révèle être un allié efficace et un remarquable organisateur ; il pourfend les adversaires de l’extérieur, rallie les hésitants, prend en main discussions, congrès et publications. Freud ne se lasse pas d’admirer son activité : « Quels plans magnifiques : il est certain que vous ne manquez pas d’énergie. » Il l’admire d’autant plus qu’il n’a pour ses alliés viennois que le plus profond mépris. À Binswanger qui lui demande pourquoi parmi les psychanalystes austro-hongrois plusieurs ont quelque peu l’air d’aventuriers, il répond : « J’ai toujours pensé que se jetteraient d’abord sur ma doctrine les spéculateurs et les cochons. » Et à Carl Gustav Jung, il écrit : « Je suis d’ailleurs maintenant si souvent fâché de mes Viennois que je leur souhaite parfois un seul postérieur pour les fesser tous avec un seul bâton. »

Chaque fois que Wilhelm Stekel est mentionné, c’est accompagné du qualificatif de « cochon » – un cochon, il est vrai, habile à dénicher les truffes de l’inconscient. Quant à Otto Gross, psychanalyste autrichien qui s’adonne à la cocaïne et qui prêche, outre la perversité polymorphe, la révolution sexuelle et matriarcale – un précurseur ! – Freud s’en méfie : il risque d’aggraver encore la mauvaise réputation de la psychanalyse. Nul souci de cet ordre ne vient troubler sa relation avec C. G. Jung ; il est comme lui un homme d’ordre, vertueux et puritain, pour qui « la morale va de soi » ; « Je n’ai jamais eu de maîtresse ; je suis vraiment le mari le plus inoffensif que l’on puisse imaginer », lui confesse Jung pour son plaisir.

Le souci éthique chez Freud est tel qu’en 1910 il suggère à C. G. Jung que tous les psychanalystes devraient adhérer à cet Ordre international pour l’éthique et la culture qu’un pharmacien bernois, Knapp, est en train de constituer. La réponse ironique de Jung ne manque pas de saveur : « On ne peut remplacer la religion que par la religion. Y a-t-il par hasard un nouveau sauveur dans l’Ordre international ? Quel nouveau mythe nous donne-t-il dans lequel nous puissions vivre ? Seuls les sages sont éthiques par seul plaisir de la raison ; les autres ont besoin du mythe éternellement vrai. »

En lieu et place de cet Ordre international sera fondée en mars 1910, au Congrès de Nuremberg, l’Association internationale de psychanalyse dont Jung sera le premier président. Une année plus tard, en 1911, une première scission secoue le mouvement analytique : elle est le fait d’Alfred Adler et de son groupe. Commentaire de Freud : « Qu’un psychanalyste puisse insister tellement sur le Moi, je ne m’y serais pas attendu. Le Moi ne joue-t-il pas le rôle du stupide Auguste au cirque, qui met son grain de sel partout pour que les spectateurs croient que c’est lui qui dirige tout ce qui se passe. »

Une année encore, et c’est le départ de Stekel, au grand soulagement de Freud, cette fois.

Freud et Jung travaillent tous deux sur la théorie de l’inceste, mais dans des perspectives opposées. Leur relation se détériore progressivement ; les lettres de Zurich se font rares. On s’analyse mutuellement, non sans malveillance cette fois. C’est l’occasion pour Jung de « constater avec douleur qu’une assez grande partie des psychanalystes abuse de la psychanalyse afin d’ôter leur valeur aux autres et aux progrès de ces derniers par les insinuations de complexes bien connus (…). Le psychanalyste utilise sa psychanalyse très malheureusement comme un lit de paresse, comme nos adversaires font de leur croyance à l’autorité ».

Jung cite Nietzsche (« On rend mal son dû à un maître quand on reste toujours seulement l’élève ») et dit de lui-même qu’il a l’hérésie dans le sang. Bref, la rupture est proche. « On ne se quitte jamais bien, car si on était bien, on ne se quitterait pas », observe Proust. Jung reproche maintenant à Freud de ne pas l’avoir laissé analyser ses rêves et lui rappelle qu’au cours de leur voyage aux États-Unis, en 1909, il lui avait refusé tout accès à sa vie privée « de peur de risquer de perdre son autorité ».

Et, pour finir, cette dernière lettre importante où Jung lâche le morceau : « J’aimerais vous rendre attentif au fait que votre technique de traiter vos élèves comme vos patients est une fausse manœuvre. Vous produisez par là des fils-esclaves ou des gaillards insolents. Je suis assez objectif pour percer votre truc à jour. Vous montrez du doigt autour de vous tous les actes symptomatiques, par là vous rabaissez tout l’entourage au niveau du fils et de la fille, qui avouent en rougissant l’existence de penchants fautifs. Entre-temps vous restez toujours bien tout en haut comme le père. Dans leur grande soumission, aucun d’entre eux n’arrive à tirer la barbe du prophète… »

Faute de pouvoir tirer la barbe du prophète – et aussi, bien sûr, parce qu’il ne fut jamais freudien –, Jung, en 1914, démissionne de l’Association internationale de psychanalyse. Dès lors, il n’échangera plus qu’une lettre avec Freud en 1924 pour lui faire part du désir d’un de ses patients d’être traité par lui. Freud donnera suite à cette requête. Déçu par son analyse auprès de Freud, ce patient, un diplomate juif, retourna auprès de Jung. Ainsi va la vie.

Freud éducateur

Il y a dans l’œuvre de Freud une cible constante : la religion. « Pensez donc, écrit-il en 1927 dans L’avenir d’une illusion, au déprimant contraste entre la rayonnante intelligence d’un enfant sain et la faible capacité intellectuelle d’un adulte moyen. Sommes-nous tout à fait certains que ce ne soit pas précisément l’éducation religieuse qui serait en grande partie responsable de cet étiolement relatif de l’esprit ? »

C’est que la religion, aussi bien que le marxisme d’ailleurs, dont on sait que, pour Freud, il n’a fait que créer de nouvelles chimères, enserre l’individu, et d’abord l’enfant, dans un carcan dogmatique déréel, n’autorisant ni le doute, ni le libre choix par chacun du sens à donner à ses actes. On ne dira, à ce propos, jamais assez combien Freud est profondément libéral et individualiste. Il n’a de cesse de dénoncer la mainmise sur la personne humaine par la religion ou par les doctrines collectivistes.

La seule éducation qu’il admet, et qui s’insère dans la théorie psychanalytique, est une « éducation à la réalité », ni volontariste, ni moraliste, mais « éclairée » – et d’abord par ce que la psychanalyse nous a appris sur l’être humain.

« Essayons, écrit Freud, de bien saisir quel est le but principal de l’éducation moderne : l’enfant doit apprendre à maîtriser ses pulsions. En effet, il n’est pas possible de lui octroyer l’entière liberté de suivre toutes ses pulsions sans limite. (…) En conséquence, l’éducation doit inhiber, interdire, réprimer, et c’est à quoi elle s’est, depuis toujours, largement appliquée. Mais nous avons appris par la psychanalyse que c’est précisément cette répression des pulsions qui crée le risque de névrose. (…) L’éducation doit donc se frayer un chemin entre le Scylla du laisser-faire et le Charybde de la prohibition. Comme ce problème ne peut recevoir de solution totalement satisfaisante, on devrait inventer un optimum pour l’éducation, de sorte qu’elle serve le plus et nuise le moins. »

Soucieux d’atteindre cet optimum, l’éducateur, le « bon » éducateur, celui qui n’entretient pas avec sa propre enfance un rapport pathologique et qui est au fait du développement psychosexuel de l’enfant, acceptera la masturbation comme un phénomène naturel, et non comme un vice ; il n’imposera pas au nourrisson une propreté trop précoce ; il répondra aux questions de l’enfant ayant trait à la sexualité, sans donner néanmoins dans l’optimisme naïf de ceux qui croient – nouvelle illusion – qu’une éducation sexuelle aura nécessairement des effets positifs. Il saura que l’école n’a pas à reprendre à son compte la lutte inexorable pour la vie, mais que, selon le mot de Freud, « elle ne doit pas prétendre à autre chose qu’à jouer la vie ». Surtout, il aura compris qu’il n’y a pas d’éducation psychanalytique possible si les éducateurs eux-mêmes n’ont pas été éduqués à la psychanalyse.

L’éducation psychanalytique, c’est donc d’abord une éducation d’où l’illusion est bannie ; elle suit ou devrait suivre les voies de la raison et de la science. Elle n’offre aucune consolation, aucune foi et se veut sans préjugés.

La devise de Marx : « Doute de tout ! » eût séduit Freud s’il l’avait connue. C’est ce doute qui dépouille le « bourgeois » Freud des illusions qu’il aurait pu nourrir sur l’éducation, fût-elle psychanalytique, et sur la science – sa dernière idole.

C’est ce doute qui le rapproche de ceux qui ont toujours tenu les propos les plus chagrins et les plus « désabusés » sur l’humaine condition. Pourtant, c’est ce même doute qui confère un caractère de sagesse et de sérénité à sa méditation et l’amène à écrire : « Il me semble que la psychanalyse est la troisième de ces professions “impossibles” où l’on peut d’avance être sûr d’échouer, les deux autres étant l’art d’éduquer les hommes et l’art de gouverner. »


26 Éd. Gallimard.

27 La Mission de Sigmund Freud par Erich Fromm, Éd. Complexe, 1975.