1. La situation analytique

Dans cette exploration de l’inconscient que je me propose d’entreprendre pour mon propre compte, j’utilise, en plus des expériences et observations déjà acquises, un principe de travail qui avait jusqu’à présent présidé à la recherche psychanalytique en général. Freud avait déjà attiré l’attention sur le fait que la psychanalyse proprement dite a été découverte par la première malade que Breuer avait traitée en 1881 et dont l’observation (Anna 0...) n’a été publiée que beaucoup plus tard (en 1895) dans Studien über Hystérie. La jeune malade, qui, dans ses crises, ne comprenait que l’anglais, avait donné le nom de talking cure (« cure de conversation ») à ses entretiens avec son médecin pendant ses états d’hypnose. Et quelquefois, en plaisantant, elle parlait de cette cure comme d’un « ramonage de cheminée » (chimney sweeping). Lorsque la nouveauté surprenante des expériences et des données de la psychanalyse eurent soulevé contre celle-ci des adversaires impitoyables qui n’hésitèrent pas à déclarer que ces expériences et ces données étaient le produit de l’imagination corrompue de Freud, celui-ci ne trouva à opposer aux attaques dont il était l’objet qu’une réponse bien simple, mais décisive : nul cerveau humain, avait-il l’habitude de dire, n’aurait été capable d’inventer des faits et enchaînements pareils, en dehors de l’observation directe de la réalité. Aussi est-on bien en droit de dire que non seulement l’idée fondamentale de la psychanalyse, mais aussi son élaboration ultérieure sont en grande partie l’œuvre des malades eux-mêmes et que c’est à eux que nous sommes redevables des matériaux qui ont permis à Freud de réunir en une synthèse compréhensive et de ranger sous des lois générales ses observations partielles, fragmentaires et isolées.

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C’est en suivant cette voie sur laquelle l’analyse s’est avancée pas à pas, en dépit de tous les obstacles et de toutes les résistances, qu’on constate combien Freud avait raison de dire que les malades sont tout à fait de bonne foi lorsqu’ils prétendent ignorer ce qui se passe en eux. La tâche de l’analyste consiste précisément à les mettre en présence des faits les plus intimes de leur vie psychique, à rendre manifestes les enchaînements réprimés, à combler les lacunes amnésiques, à faire ainsi ressortir, aux yeux du malade, le « sens » de sa maladie et la signification de ses symptômes. La prétention des malades, autrement dit l’ignorance qu’ils accusent, se justifie donc parfaitement au point de vue psychologique, étant donné que les manifestations qu’ils présentent sont des manifestations (ayant subi, il est vrai, une déformation pathologique) de l’inconscient, tout comme celles de l’homme de génie, du visionnaire, du fondateur d’une religion, du philosophe, du poète, de l’auteur d’une grande découverte. Si la connaissance psychologique, qui repose sur une intuition psychique, n’est possible qu’à la faveur d’une apercep-tion et d’une compréhension progressives de l’inconscient, on peut dire que l’aptitude à connaître elle-même a pour condition une élimination, une dissociation des refoulements qui cachent à nos yeux ce que nous cherchons. La valeur scientifique des psychanalyses pratiquées sur autrui consiste uniquement en ce qu’elles nous obligent à supprimer chez les autres, souvent au prix de grands efforts, des répressions qui nous échappent, lorsqu’il s’agit de nous-mêmes, et en ce qu’elles nous permettent ainsi d’obtenir un accès ver 5 de nouvelles régions de l’inconscient. C’est la seule méthode d’exploration psychanalytique qu’on puisse qualifier d’objective, et c’est sous l’influence d’un nombre incalculable d’impressions concordantes que je me suis décidé à prêter de nouveau une oreille attentive aux enseignements de l’inconscient, en pénétrant dans des régions devant lesquelles on s’était arrêté jusqu’à présent avec beaucoup d’incrédulité et d’hésitation.

En soumettant à la psychanalyse un assez grand nombre de cas, j’ai été frappé par le fait que, dans la phase finale de l’analyse, la guérison, lorsqu’elle commençait à s’effectuer, se reflétait régulièrement dans l’inconscient sous une forme symbolique, qui était celle de la naissance. J’ai essayé, dans un autre travail (1), de donner de ce fait une explication théorique, en le rattachant à d’autres particularités caractéristiques du processus de guérison (à l’identification avec le médecin, entre autres). Je disais dans ce travail qu’il s’agissait là manifestement d’un phantasme bien connu, celui de la seconde naissance, familier à tous les psychanalystes et dans lequel s’exprime la volonté de guérison des malades : n’entendons-nous pas souvent des convalescents déclarer qu’ils se sentent « renaître à une vie nouvelle »? Et, dans le même travail, je proposais d’interpréter ce fait comme une véritable sublimation, le malade, une fois entré en convalescence, se trouvant en état de renoncer, à la faveur de l’analyse, à la fixation infantile de la libido qui trouve généralement son expression dans le complexe d’Œdipe. Autrement dit, renonçant à la fantaisie infantile qui consiste dans le désir d’offrir en don à son père un enfant, par une sorte de substitution à la mère, il en vient à se considérer lui-même comme l’enfant (spirituel) nouveau-né du psychanalyste.

Bien que les matériaux réunis dans le travail en question, ainsi que toutes les particularités du processus de la guérison, semblent justifier et confirmer pleinement cette manière de voir, je n’en avais pas moins à tenir compte aussi bien du caractère infantile que du caractère « anagogique » du « phantasme de la seconde enfance », auquel Jung, négligeant ses tendances libidinales, avait accordé une valeur exagérée et théoriquement fausse. L’existence de l’enchaînement d’idées dont je m’occupe ici n’a jamais été niée (2) ; mais ce

(1)    Zum Verstündniss der Libidoentwicklung im Heilungsvor-gang, « Internat. Zeitschr. f. Psychoanal. », IX, 4, 1923.

(2)    Voir Freud : Aas der Geschichte einer infantilen Neurose, in Klein. Schr., IV, p. 691 et suiv., et la discussion qui se rattache à

3ui me troublait, c’était l’impossibilité où je me trouvais e découvrir le substrat réel d’une manifestation gui n’a fait défaut dans aucun des cas que j’ai eu l’occasion d’observer.

Les choses en étaient là, lorsque je me suis trouvé un jour en présence d’un cas particulièrement net, dans lequel une résistance excessivement forte contre les tentatives de dissociation de la libido de transfert, pendant la phase finale de l’analyse, avait revêtu la forme de la fixation infantile à la mère. L’analyse de nombreux rêves m’a révélé d’une façon indiscutable que cette fixation à la mère, qui semblait se trouver à la base de la fixation analytique, représentait les premiers rapports, purement physiologiques, entre l’enfant et le corps de la mère. Cette découverte m’a fourni l’explication de la reproduction régulière du « phantasme de la seconde naissance » et m’a permis de saisir, grâce à la psychanalyse, son substrat réel. Le «phantasme de la seconde naissance » de mon malade n’était pas autre chose qu’une répétition de sa naissance au cours de l’analyse : en se détachant de l’objet libidinal, représenté par le psychanalyste, le malade avait l’illusion de reproduire exactement sa séparation d’avec le premier objet libidinal, autrement dit sa séparation d’avec sa mère, au moment de sa première, de sa véritable naissance.

Tous les malades, sans distinction de sexe, auxquels j’ai eu affaire, ayant imaginé cette situation finale, indépendamment et en dehors de toute influence de ma part (influence qu’il m’aurait été difficile d’exercer, étant donné que j’ignorais moi-même ce dont il s’agissait), il devint évident que je me trouvais en présence d’un phénomène ayant une importance théorique et qu’il fallait avoir le courage de suivre l’inconscient dans cette nouvelle voie, de le prendre au sérieux sur ce point, comme nous l’avons fait sur tant d’autres. M’étant conformé à ce programme jusqu’au bout, j’ai pu m’assurer que la partie essentielle du travail analytique, à savoir la suppression de la « fixation » de la

cette question, discussion que nous allons essayer de reprendre et de mener à bonne fin dans l’avant-dernier chapitre de ce livre.

libido au psychanalyste, se ramène à la reproduction exacte, par le malade, de sa première naissance, purement physiologique, c’est-à-dire à la séparation, plus complète d’ailleurs que lors de la première naissance, d’avec le corps de sa mère. Qu’on sache bien toutefois qu’il ne s’agit là nullement d’une métaphore, même au sens psychologique du mot : dans la situation analytique, le malade reproduit, pour ainsi dire, biologique-ment la période de sa vie intra-utérine, tandis qu’à la fin de l’analyse, qui est marquée par sa séparation d’avec l’objet de substitution (c’est-à-dire d’avec le médecin), il reproduit l’acte de la naissance presque dans tous ses détails. C’est ainsi que l’analyse a pour effet ultime de délivrer le malade, tardivement, mais d’une façon définitive, de la hantise du traumatisme de la naissance, hantise qui n’avait jamais disparu de son inconscient.

Cette conclusion, qui m’avait pour ainsi dire été imposée par mes expériences et mes observations aussi multiples que variées, surtout par les résultats des analyses de rêves dont quelques-unes ont été publiées ailleurs, avait soulevé de ma part quelques objections que je ne mentionnerai qu’en passant, vu que mes expériences ultérieures m’ont montré que ces objections n’étaient pas fondées. Je m’étais demandé notamment si l’influence exercée par ma personnalité et ma manière particulière de manier la technique, qui, d’après la méthode classique de Freud lui-même, a pour point de départ (et non pour point d’arrivée) la décomposition des « complexes », n’avaient pas pour effet de faire rétrograder le moi du malade vers des situations libidinales de plus en plus anciennes, jusqu’à celle de la phase intra-utérine (1). Et il était permis de supposer que tel devait être en effet le résultat d’analyses prolongées outre mesure. Mais l’inanité de cette objection me fut démontrée par les faits suivants : en premier lieu, il s’agissait, non d’un de ces phénomènes de régression qui, comme le « phantasme utérin », sont depuis longtemps connus à tous ceux qui s’occupent de psychana-

(1) C’est ainsi que Ferenczi a essayé d’expliquer la dissociation organique qui se produit au cours de la paralysie progressive (Hol-lôs-Ferenczi, Zar Analyse der paralytischen Geistesstôrung, Bei-heft V, 1922).

lyse, mais de reproductions effectuées sous la pression d’une pulsion réelle et impérieuse ; en deuxième lieu, mes analyses comptent, autant que je sache, parmi les moins longues, puisque aucune n’a dépassé une durée de huit mois, et que quelques-unes n’ont même duré que quatre mois en tout.

Mais ces objections, et d’autres analogues, que je m’étais moi-même faites au début, ont disparu définitivement devant une constatation surprenante que j’ai pu faire, dès que mon attention analytique a été attirée sur les faits dont nous nous occupons, à savoir qu’avant même d’avoir subi la moindre influence théorique ou thérapeutique, c’est-à-dire dès les premiers pas de l’analyse, tous les sujets manifestaient au même degré la tendance à identifier la situation créée par l’analyse avec la situation intra-utérine. Quelques malades, hommes et femmes appartenant aux catégories névrotiques les plus diverses, qui subissaient le traitement psychanalytique presque simultanément, avaient identifié dès le début, et cela de la façon la moins équivoque, l’analyste avec la mère et s’étaient replacés, dans leurs rêves et autres réactions, dans la situation pré-natale (1). Il en résulte que la véritable libido de transfert, celle que le psychanalyste a pour tâche de supprimer chez les sujets des deux sexes, n’est autre que la libido maternelle, telle qu’elle est présentée par le lien physiologique qui rattache l’enfant à la mère.

Lorsqu’on a réussi à se familiariser avec cette manière de voir, on obtient l’impression qu’elle avait toujours été tacitement ou, plutôt, inconsciemment admise. Mais on est en même temps étonné de constater combien nombreuses sont les preuves témoignant en sa faveur et avec quelle rapidité tous les côtés obscurs et énigmatiques de l’analyse, et surtout du processus de guérison, s’évanouissent, dès qu’on a compris la nature véritable et saisi la signification réelle de ce fait.

En premier lieu, la situation analytique, qui se rattache historiquement à la situation hypnotique dont

(1) Je me propose de publier les matériaux qui se rapportent à cette question dans un travail que je prépare sur la technique de l’interprétation des rêves dans la psychanalyse.

elle découle (1), semble nous imposer une comparaison entre l’inconscient et l’état primitif : on sait notamment que, pendant l’analyse, le malade demeure tranquillement étendu dans une pièce à peine éclairée, sentant près de lui l’invisible présence de l’objet de sa libido (du médecin), tandis que son imagination, affranchie de toutes les exigences de la vie réelle, peut se donner libre cours et s’égarer dans toutes sortes de phantasmes (état hallucinatoire). Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que le malade en vienne spontanément, à la faveur de ses associations dont l’objectif inconscient est constitué par la situation primitive, intra-utérine, à se replacer dans son enfance et à ramener l’analyste vers ses impressions infantiles. Les associations ainsi orientées, alors même qu’elles sont vues par la conscience, correspondent à un rapprochement asympto-tique vers cette attitude de transfert primaire dans laquelle l’inconscient du malade se trouve dès le début.

L’hypermnésie, surtout pour les impressions oubliées (refoulées) de l’enfance, qu’on observe au cours de l’analyse, s’explique donc, tout comme celle qui se manifeste dans l’hypnose, par la tendance de l’inconscient, encouragée par 1’ « insistance » (transfert) du médecin, à reproduire 1’ « essentiel », c’est-à-dire la situation originelle : fait analogue à celui, par exemple, qui se produit automatiquement dans les états, également hypermnésiques, du rêve, dans certains états névrotiques (double conscience) ou certaines régressions psychotiques (« mode de pensée archaïque »). C’est en ce sens que tous les souvenirs infantiles peuvent être considérés comme étant, dans une certaine mesure, des « souvenirs-écrans » et, d’une façon générale, la faculté de reproduction serait due à l’impossibilité où se trouvent les malades d’évoquer précisément la « scène originelle », à cause des associations qui, à cette scène,

(1) Le sommeil hypnotique qui, comme tous les états analogues, intervient dans les rêves relatifs à la seconde naissance, à titre d’élément typique de l’état intra-utérin, permet de supposer que la nature de l’hypnose elle-même et de la suggestibilité hypnotique s’expliquent par les rapports primitifs qui rattachent l’enfant à la mère. Paul Bjerre a d’ailleurs exprimé, il y a quelques années, une opinion analogue (Das Wescn der Hypnose).

rattachent le plus pénible de tous les « souvenirs »: le traumatisme de la naissance. C’est ainsi que la sûreté, la certitude presque incroyable de la technique de 1’ « association libre » (consistant à faire énoncer au sujet toutes les idées qui lui passent par la tête) reposeraient sur une base biologique. Nous n’allons cependant pas céder à la tentation d’aborder tout le problème psycho-physique de la mémoire à la lumière de ce fait capital qui constitue le point de départ du processus de refoulement et, en même temps, le levier qui permet à la psychanalyse de surmonter ce processus (1). Nous nous contenterons de formuler ici une hypothèse, en disant que le refoulement primitif du souvenir portant sur le traumatisme de la naissance serait la cause de la mémoire en général, c’est-à-dire de la faculté de retenir certains détails qui sont attirés dans la zone de refoulement originelle, pour pouvoir être reproduits plus tard à titre de substitution, c’est-à-dire à la place du traumatisme de la naissance (2).

C’est pour avoir réellement traversé cette phase de fixation à la mère que le sujet résiste, au cours de l’analyse, aux tentatives de le ramener vers le père (ou vers son substitut) : considéré comme la principale cause de la séparation d’avec la mère, le père devient de ce fait l’objet de la première et de la plus durable inimitié de l’enfant. L’analyste, qui représente, pendant la durée du traitement, les deux objets de la libido infantile, a alors pour tâche (tâche que le patient lui-même

(1)    Voir le dernier chapitre de ce livre.

(2)    Nous serions entraînés trop loin, si nous voulions nous livrer ici à une discussion détaillée de cette importante question. Chez une malade qui présentait une mémoire phénoménale, l’analyse avait permis d’établir que tout son art reposait sur un refoulement intensif d’un grave traumatisme de la naissance. Son appareil d’associations avait pour base une quantité incalculable de dates se rapportant à la naissance de parents, de personnes de sa connaissance, de personnages historiques, et ces dates lui servaient de point de départ pour d’autres associations concrètes. Ce fait projette une nouvelle lumière sur le fait si problématique que la psychanalyse connaît sous le nom d’« idées de nombres » : ces nombres, que les sujets énoncent sans aucun choix apparent, sans aucune intention, auraient toujours pour centres d’association des dates de naissance. Voir ce que nous disons plus loin au sujet du temps.

est incapable de remplir) de rompre la fixation originelle à la mère et de créer des conditions favorables au transfert ultérieur de cette fixation soit sur 1’ « image » du père, soit sur celle de la mère, selon le sexe du sujet. Lorsque l’analyste a réussi, en ce qui concerne tout d’abord sa propre personne, à vaincre la résistance originelle, représentée par la fixation à la mère, il a posé à l’analyse des limites fixes, à l’intérieur desquelles le patient se détache automatiquement, et une fois de plus, de la figure qui sert de substitution à la mère (c’est-à-dire de la personne du médecin), et ce faisant, il reproduit l’acte de la naissance, réalise pour ainsi dire une seconde naissance.

C’est ainsi que se trouve résolue la question, si souvent posée, de savoir à quel moment une analyse peut être considérée comme terminée. Il reste entendu toutefois que le déroulement de tous ces processus exige une certaine durée, laquelle se trouve en rapport, dans une certaine mesure, avec le but thérapeutique qu’on poursuit, et subit pour autant le contrôle de l’analyste (1). Il va sans dire que, derrière toutes les résistances du malade, se dissimule le désir de prolonger indéfiniment la situation analytique qui lui procure toujours une grande satisfaction (2). Aussi l’analyse de sa tendance à la fixation doit-elle avoir en vue ce point dès le début et y porter son principal effort.

On y parvient en se conformant rigoureusement à la règle de Freud qui prescrit de voir le malade tous les jours pendant une durée égale : une heure. Chacune de ces heures présente pour l’inconscient du malade une analyse in nuce, avec nouvelle fixation et séparation

(1)    Voir sur ce sujet mes considérations dans le travail fait en collaboration avec Ferenczi : Entwicklungswege der Psychoanalyse, 1924.

(2)    On sait que les malades s'arrangent souvent de façon à faire durer cette situation pendant sept à dix mois (durée d’une grossesse), ce qui ne s’explique pas seulement par le « phantasme de la grossesse » bien connu (« avoir un enfant du père »)> mais présente des rapports intimes et profonds avec la propre naissance du sujet. — Déjerine a obtenu des guérisons en traitant ses malades comme des prisonniers : après les avoir tenus enfermés dans une pièce sombre où ils ne recevaient leur nourriture qu’à travers un judas percé dans la porte, il les rendait à la liberté qu’ils accueillaient avec la joie la plus intense.

progressive, ce que la plupart des malades supportent assez mal au début (1). Déjà la séparation d’avec la mère leur apparaît comme un « traitement trop actif », tandis que, d’autre part, leurs velléités d’échapper à l’analyse en général se révèlent comme une tendance à la répétition trop directe du traumatisme de la naissance, répétition à laquelle l’analyse doit s’efforcer à substituer une séparation graduelle.

(1) Beaucoup de malades ne veulent pas attendre que l’analyste mette fin à la séance, mais entendent en fixer eux-mêmes le terme et regardent à chaque instant l’heure ; d’autres attendent avec impatience la poignée de main finale. Voir la description donnée par Ferenczi d’un symptôme passager consistant dans « une sensation de vertige survenant à la fln d’une séance d’analyse * (Zeit-schr., 1914) : au traumatisme psychique déterminé par une brusque séparation le malade réagit par un trouble d’équilibre (symptôme hystérique) tout aussi subit.