Avant-propos

Les deux études réunies ici sous un même titre et inspirées, l’une par la projection d’un film, l’autre par une représentation à l’Opéra de Vienne, ont, quoique écrites à huit années d’intervalle1, une étroite corrélation entre elles. Dans l’une comme dans l’autre, il est question de problèmes, remontant aux origines les plus reculées de l’homme, qui continuent à exercer sur l’art une influence de premier plan. Nous nous efforcerons de démontrer que cette influence découle d’un sentiment profondément ancré dans l’âme humaine, à savoir : les relations de l’individu avec son propre Moi et la menace de sa destruction complète par la mort, que l’homme essaye d’annihiler par toute cette série de Mythes basés sur la croyance en son immortalité que la religion, l’art et la philosophie lui offrent pour le consoler.

Pour chacune de ces deux études, qui paraissent présentement réunies dans cette traduction française, nous étions partis de points de vue différents et c’est sans le vouloir que nous avons été amenés à des conclusions identiques. Le lecteur aurait pu mieux voir le lien qui unit le « Double » au « Don Juan » si nous avions eu à écrire maintenant ces deux études ; mais nous n’avons pu procéder qu’à une refonte partielle.

Un des résultats les plus étonnants de ces recherches a été la conviction que l’artiste créateur est, au point de vue psychologique, le continuateur du héros tel qu’il a vécu dans l’humanité préhistorique. Cette constatation explique comment l’artiste, pendant les grandes périodes créatrices de la culture, remplit la fonction sociale du héros antique qui lui fournit toujours le sujet et le modèle.


1 Le Double a été écrit en 1914 et Le Personnage de Don Juan en 1922.