2. Le thème du double dans la littérature

J’imagine mon moi comme dans un prisme ; tous les personnages qui tournent autour de moi sont des moi qui m’agacent par leurs agissements.

E. Th. A. HOFFMANN.

Il est hors de doute que Ewers, le Hoffmann moderne comme on l’appelle, s’est inspiré de celui-ci dans son film. Cependant d’autres influences se sont également exercées4.

Hoffmann est le poète classique du Double, qui est un des thèmes favoris de la poésie romantique. Dans presque tous les ouvrages de Hoffmann, et ils sont nombreux, on trouve une allusion à ce thème et, dans quelques-uns parmi les plus importants, c’est même le thème dominant. Le modèle du personnage créé par Ewers se trouve dans le tome II, chap. III, des Contes fantastiques d’Hoffmann, et est intitulé « L’histoire du reflet perdu ». Hoffmann raconte comment Érasme Spikher, un honnête bourgeois allemand, père de famille, tombe, pendant un séjour à Florence, dans les filets de l’amour tendus par une Giuletta démoniaque, et comment après avoir tué son rival, il s’enfuit en laissant son reflet à sa bien-aimée, sur sa demande. – Ils sont juste devant le miroir qui reflète leurs doux embrassements. Érasme voit Giuletta, pleine d’ardeur, tendre ses bras vers le miroir, et son reflet à lui en sortir, glisser dans les bras de Giuletta et disparaître avec elle dans les airs. Déjà pendant son voyage de retour Érasme se voit la risée de ceux qui fortuitement ont découvert l’absence de son reflet dans un miroir. Partout où il arrive, il prétexte une aversion naturelle pour tous les miroirs et il les fait couvrir en hâte. On l’appelle, en se moquant de lui, général Souwarow, qui faisait de même. À la maison, sa femme le repousse, son fils se moque de lui. Désespéré, il voit arriver le mystérieux compagnon de Giuletta, le docteur Dapertutto, qui lui promet de lui rendre l’amour de Giuletta et son reflet perdu si, en échange, il lui sacrifie sa femme et son fils. Giuletta lui apparaît et excite de nouveau sa folie amoureuse. Elle montre, en retirant la couverture du miroir, avec quelle fidélité elle garde l’image d’Érasme. Celui-ci voit avec ravissement son reflet enlacer tendrement Giuletta, sans s’occuper aucunement de lui. Il est déjà sur le point de conclure ce pacte infernal, qui le livre, lui et les siens, aux puissances étrangères, quand, brusquement encouragé par l’arrivée de sa femme, il chasse les esprits de l’enfer. Sur le conseil de sa femme, il part à la recherche de son reflet. Il rencontre Peter Schlemihl, l’homme qui a vendu son ombre. On voit que Hoffmann a voulu faire, avec ce conte fantastique, un pendant à l’étrange histoire de Chamisso, que nous supposons connue de nos lecteurs.

Entre ces trois histoires existent de nombreux traits de ressemblance. Comme Balduin et Spikher, Schlemihl abandonne son âme au diable. Lui aussi devient un objet de dérision et de mépris. Ces contes présentent aussi une autre analogie : l’admiration de son image dans l’un ; l’auto-admiration de son ombre dans l’autre (Du reste la vanité est un des principaux caractères de Schlemihl5).

La catastrophe, ici comme dans les deux cas précédents, est amenée par la femme. La belle Fanny déjà est effrayée par l’absence de l’ombre de Schlemihl, et cette même absence fait perdre à Schlemihl son bonheur auprès de l’amoureuse Minna. La folie, qui devient manifeste chez Balduin à la suite de la catastrophe, existe aussi, bien qu’à peine dessinée, chez Spikher et Schlemihl qui, du reste, finissent par échapper à l’emprise du mal. Après sa rupture avec Minna, Schlemihl parcourt dans une course folle les bois et les prairies. La sueur de l’angoisse perle sur son front, un gémissement sourd sort de sa poitrine. La folie hante son esprit. Ces analogies prouvent bien que l’ombre et l’image représentent ici un Moi devenu indépendant, ce qui sera encore confirmé par d’autres preuves.

Des autres imitations de Peter Schlemihl, nous ne mentionnerons ici que le conte délicat d’Andersen, intitulé L’ombre. C’est l’histoire d’un savant qui vit dans les pays chauds où son ombre se sépare de lui. Plusieurs années après, cette ombre, devenue homme, rencontre le savant. Au début le savant n’est nullement gêné par la perte de son ombre, exactement comme Schlemihl. Il en a même retrouvé une nouvelle (mais plus petite). Mais l’ombre (originale), devenue un homme riche et puissant, arrive peu à peu à s’asservir le savant, son véritable possesseur. D’abord elle lui demande seulement le silence parce qu’elle a l’intention de se fiancer. Bientôt elle pousse l’audace jusqu’à traiter son ancien maître comme sa propre ombre. Entre-temps l’ombre-homme attire l’attention de la fille d’un roi qui le demande en mariage. L’ombre essaye, en lui promettant une forte somme, de décider son ancien maître à jouer le rôle de l’ombre devant tout le monde. Le savant se révolte contre cette proposition et prend des mesures pour démasquer celui qui a usurpé ses droits sur sa propre personne. Mais l’ombre déjoue les plans de son maître et le fait jeter en prison. En assurant à sa fiancée que son ombre est devenue folle et se prend pour un être vivant, il lui est facile de faire disparaître, le soir de son mariage, l’homme dangereux et d’assurer ainsi son bonheur.

Ce conte, écrit volontairement en opposition à l’histoire de Peter Schlemihl, relie le thème de la perte de l’ombre et de ses graves conséquences à celui traité dans l’Étudiant de Prague, car dans le conte d’Andersen, il ne s’agit pas seulement d’une absence, comme chez Chamisso, mais aussi d’une persécution par le Double devenu indépendant, qui s’oppose partout et toujours à son Moi, jusqu’à l’effet catastrophique amené par l’amour.

La perte de l’ombre a été utilisée aussi par Lenau dans sa poésie Anna, qui reprend le mythe suédois6 d’une jeune fille qui craint de perdre sa beauté en devenant mère.

Dans son désir de rester toujours jeune et belle, Anna court avant son mariage chez une sorcière, qui, par un sortilège, la libère des sept enfants que le destin lui assigne. Elle garde pendant les sept années de son mariage une beauté immuable, jusqu’à ce que son mari s’aperçoive, au clair de lune, qu’elle ne jette point d’ombre. Questionnée, elle avoue sa faute. Chassée par son mari, elle passe sept nouvelles années d’une vie de pénitence et de remords qui se marquent profondément sur sa figure. À la fin, un ermite lui donne l’absolution et, réconciliée avec Dieu, elle meurt, après avoir vu dans une chapelle l’ombre des sept enfants qu’elle a évité de concevoir.

Parmi les autres contes traitant de ce même thème, mentionnons un conte de Goethe qui narre l’histoire d’un géant habitant le bord d’un fleuve. Son ombre, faible et impuissante à midi, devient énorme au lever et au coucher du soleil. Si à ce moment on s’assied sur la nuque de l’ombre, on est transporté sur l’autre rive. Pour se rendre indépendant de ce moyen de communication, on a bâti un pont à cet endroit. Mais quand le géant se frotte les yeux le matin, l’ombre de ses poings tombe si formidable sur les hommes et les bêtes qui traversent le pont, qu’ils sont tous renversés.

On pourrait encore citer L’Ombre, une poésie de Moerike. Un comte, sur le point de partir pour la terre sainte, se fait jurer fidélité par sa femme. Le serment est faux car la femme a un amant. Elle envoie même du poison à son mari et le tue ainsi. Mais au même moment, la femme infidèle meurt aussi et seule son ombre reste indélébile dans la salle. Il existe aussi un charmant poème de Richard Dehmel, L’ombre, écrit d’après R. L. Stevenson7, dans lequel une petite enfant se demande pourquoi son ombre existe.

De ces créations littéraires où le Double mystérieux se sépare du Moi et devient indépendant (ombre ou reflet), il faut distinguer le véritable Double (Sosie) où des personnes, en chair et en os, extraordinairement ressemblantes, se rencontrent et s’opposent. Le premier roman de Hoffmann : Les Élixirs du Diable (1814), repose sur une ressemblance analogue entre le moine Médardus et le comte Victorin, qui sans le savoir sont fils du même père. Leurs aventures bizarres ne sont possibles et compréhensibles que par l’identité de leur apparence extérieure. Tous deux, chargés d’une lourde hérédité paternelle, ont des troubles psychiques, dont la description magistrale constitue le principal attrait du roman. Devenu fou à la suite d’une chute, Victorin croit être Médardus et se fait passer pour lui. Son identification avec Médardus va si loin qu’il exprime même à haute voix les pensées de l’autre, de sorte que Médardus croit s’entendre parler lui-même et percevoir ses pensées intimes proférées par une voix étrangère. Ce tableau paranoïaque est complété par l’idée des persécutions auxquelles Victorin sera exposé une fois dans le couvent, par l’érotomanie provoquée par le portrait entrevu d’une femme aimée, et par une misanthropie morbide. Enfin l’apparition du moine à l’esprit troublé provoque chez Victorin l’idée torturante d’avoir un Double malade.

Dans une œuvre ultérieure : Le Double, Hoffmann a traité un sujet analogue en le liant à un autre : la rivalité en face de la femme aimée. Il s’agit de deux adolescents qui se ressemblent à tel point qu’on les prend l’un pour l’autre. Une parenté mystérieuse lie les deux jeunes gens. Ces faits, et leur amour pour la même jeune fille, provoquent les aventures les plus folles qui se terminent quand tous deux se trouvent face à face devant la jeune fille et renoncent librement à elle. Dans Les opinions du chat Murr on rencontre la même ressemblance physique entre deux personnes, Kreisler, candidat à la folie, et Ettlinger, un peintre réellement fou. Eux aussi se ressemblent comme des frères. Kreisler, qui voit se refléter dans l’eau son image, la prend pour le peintre fou et l’invective. Bientôt après il croit que son propre moi marche à côté de lui. Saisi d’effroi il se sauve chez maître Abraham et lui demande de tuer son persécuteur d’un coup d’épée. Impulsion funeste assez semblable à celle que l’Étudiant de Prague paye de sa vie.

Hoffmann a encore traité le problème du Double dans d’autres ouvrages, La princesse Brambilla, Le cœur de pierre, Le choix d’une fiancée, L’homme de sable. Quoique Hoffmann ait eu une tendance impulsive à traiter ce sujet, l’influence qu’a exercée sur lui Jean-Paul, qui à cette époque était à l’apogée de sa gloire et qui a introduit le motif du Double dans le romantisme, n’est pas à dédaigner8.

Ce thème, avec toutes ses variantes psychologiques, domine dans l’œuvre de Jean-Paul. Il ne peut entrer dans nos intentions de traiter ici à fond cette matière immense. D’un autre côté, il est particulièrement difficile d’exposer sommairement le motif du Double chez Jean-Paul, car cet auteur précisément se plaît à inventer les situations les plus compliquées et, en outre, souvent ne nous laisse pas voir de façon précise s’il est sérieux ou ironique, ou si même il ne se raille pas lui-même. Ceci est en rapport avec toute la mentalité du romantisme, qui en Allemagne inclinait beaucoup plus vers l’ironie et la moquerie de soi-même que par exemple en France9. (Celui que le motif du Double chez Jean-Paul intéresse dans ses détails, peut se reporter aux traductions françaises dont précisément ces derniers temps a paru toute une série10.) Ici, nous ne pouvons que citer quelques exemples que nous détachons de l’ensemble de l’œuvre. Dans le roman Siebenkäs, le point central est formé par la confusion constante du héros Siebenkäs avec son ami Leibgeber : les deux se ressemblent à un cheveu près, et vont même jusqu’à échanger leur nom. En effet, Jean-Paul a exprimé d’une façon tout à fait symbolique jusque dans le nom même de son héros en proie au Double : « Leib-Geber » (qui se sépare de son corps), toute cette tendance à se dépersonnaliser. Nous retrouvons ceci dans le Titan, l’autre grand roman de l’auteur, où Roquairol, qui est représenté comme un égoïste sans bornes, voit l’idéal de l’amitié dans la complète fusion de deux personnalités : « Le Moi doit devenir Toi. »

On sait que Jean-Paul, surtout dans le Titan, a pris position vis-à-vis de la philosophie du Moi de Fichte, et a voulu montrer jusqu’où l’idéalisme transcendantal, poussé dans ses conséquences les plus extrêmes, pouvait mener. On a discuté pour savoir si l’auteur se bornait à exposer ses idées vis-à-vis du philosophe, ou s’il voulait mettre celui-ci en face de son absurdité. Quoi qu’il en soit, il semble cependant clair que tous deux ont cherché, d’après leur façon particulière, à s’expliquer le problème du Moi qui les touchait personnellement. De même que Jean-Paul est hanté par le problème du Moi, de même ses héros et personnages secondaires sont traqués sous les formes et les apparences les plus diverses par leur propre individu scindé et détaché. À côté du Double corporel qui nous montre le héros comme deux êtres différents, et qui conduit aux quiproquos les plus terribles et les plus tragiques (dans le sens du motif d’Amphitryon), Jean-Paul a aussi représenté le problème du Moi dans ses héros qui souvent donnent l’impression de personnages pathologiques. Victor (le personnage principal d’Hespérus) est dès son enfance empoigné par de semblables histoires où les héros sont atteints de cette faculté de dédoublement. Souvent, le soir avant de s’endormir, il contemple son corps si longtemps qu’il le voit se séparer de lui et se tenir et gesticuler à côté de son Moi, comme un objet étranger.

La folie destructrice d’un Double persécuteur, nous la retrouvons dans le Titan, où Albano est poursuivi hors de ce temple de rêve, où il s’est égaré, par tous les reflets de son Moi qui le poursuivent dans des miroirs. Cette idée du reflet du Moi dans le miroir, qui terrifie Leibgeber (dans Siebenkäs) également, s’intensifie dans le Titan jusqu’à devenir la douleur la plus horrible : Schoppe, une des figures les plus pathologiques de ce roman, ne peut regarder aucune partie de son corps, comme ses mains ou ses pieds, sans être pris par l’angoisse de son Double. Il faut recouvrir les glaces, comme chez l’étudiant Balduin. Mais cette angoisse pousse Schoppe si loin que de haine il brise les glaces, car son Moi grimace dans chacune d’elles. Finalement Schoppe meurt fou, avec aux lèvres la phrase de Fichte sur l’identité.

Nous trouvons chez Jean-Paul une telle abondance de formes du Double, qu’on pourrait presque retracer tout le développement de ce thème d’après ses romans. Développement qui conduit d’un Double corporel, personnifié par deux figures semblables, aux manifestations d’abord tout à fait subjectives et finalement folles de scission de la personnalité. Les différents aspects de ce problème du Double ont trouvé chez l’auteur viennois Ferdinand Raimund, une expression assez particulière. Dans sa pièce comique et romantique, Le roi des Alpes et le Misanthrope, la guérison du misanthrope Rappelkopf (Loufoque) est amenée par le fait que le roi des Alpes, Astragale, montre au héros apparaissant sous la forme de son beau-frère, ses propres fautes et faiblesses. Cette action se meut à la limite du tragique et du comique, de même que toute la vie de Raimund a été un essai de vaincre au moyen de l’humour sa mélancolie profonde, qui l’a malgré tout poussé à se suicider. Plus tragiquement, Raimund a traité ce même sujet dans le Dissipateur où le riche Flottwell est pendant une année suivi par un mendiant, qui vingt ans après se révèle comme son Double qui a épargné sou à sou, c’est-à-dire mendié et économisé de l’argent pour lui et pour son avenir. Cette représentation presque allégorique de l’avenir sous l’aspect de sa propre personnalité vieillie, forme le pendant du type représenté par l’Étudiant de Prague, qui ne peut pas se débarrasser de son propre passé.

Cette crainte de vieillir et de perdre sa beauté, que nous avons rencontrée dans le folklore suédois, constitue le principal problème du roman de Wilde : Le portrait de Dorian Gray, 1890. Le jeune et beau Dorian, admirant son portrait, exprime le désir insensé de rester toujours aussi jeune et aussi beau, et de pouvoir reporter sur le portrait les traces de la vieillesse et des passions. Ce souhait devait se réaliser de façon tragique. Dorian voit pour la première fois une altération sur le portrait quand il repousse cruellement Sybille qui l’aime par-dessus tout, car, comme la plupart des gens de son tempérament, il doute de lui-même devant l’amour. À partir de ce moment, le portrait vieillissant constamment, et trahissant les traces des passions, devient la conscience visible de Dorian. Lui, qui a un culte démesuré pour lui-même, apprend sur ce portrait à détester son âme. Il fait cacher ce portrait qui lui inspire crainte et horreur. De temps en temps il le contemple pour le comparer à ses propres traits qui n’ont pas changé. L’ancien ravissement que lui cause sa propre beauté fait peu à peu place au dégoût de son moi. Enfin il maudit cette beauté, il jette le miroir par terre et, avec son talon, le casse en mille morceaux. Par un tour artistique très heureux de Wilde, la phobie du miroir constitue le sujet d’un roman que Dorian Gray aime particulièrement et où le héros, en complète opposition avec Dorian, a perdu sa rare beauté dans sa jeunesse. Depuis il a gardé une peur grotesque des miroirs, des surfaces polies et de l’eau tranquille. Après avoir tué le peintre du portrait tragique, et poussé Sybille au suicide, Dorian ne trouve plus de repos. Il est convaincu qu’il est poursuivi, traqué jusqu’à la mort. Pour en finir et pour se débarrasser d’un passé insupportable, il décide de détruire le portrait. Au moment où il fait le geste de le pourfendre il tombe mort, vieilli, défiguré, le couteau dans le cœur, tandis que le portrait réapparaît dans sa jeune beauté11.

Presque tous les romantiques ont traité le motif du Double d’une façon ou de l’autre12.

Mentionnons brièvement seulement Henri Heine parce que, d’après la critique littéraire, le motif du Double est un des principaux que Heine ait traités. Seulement, chez Heine13, le Double ne paraît pas corporellement mais plutôt sous une forme spiritualisée. Dans Radcliff, Henri Heine peint le sort de deux hommes dont la vie, par la tyrannie d’une existence double, est dépourvue de tout sens commun, et qui sont obligés de s’entretuer tout en s’aimant. Leur vie de tous les jours est troublée par la vie de leurs ancêtres qu’ils sont obligés de revivre. Radcliff obéit à une voix intérieure qui lui conseille de tuer quiconque approche de Marie. Le même motif, mais traité d’une autre façon, se retrouve dans Les nuits de Florence. L’auteur décrit la double existence de Mme Laurence, dont la vie calme et rangée le jour se transforme la nuit en des orgies de danses, dont le lendemain elle parle avec tranquillité comme d’une chose arrivée depuis longtemps. Dans le même ordre d’idées est traitée l’histoire de Laskaro dans Atta Troll, auquel l’amour maternel rend, la nuit, une vie miraculeuse, grâce à une pommade avec laquelle sa mère le frictionne. Dans Allemagne, un conte d’hiver (chap. VI), le poète voit, dès qu’il s’assied la nuit à sa table pour écrire, un compagnon étrange. Questionné, ce compagnon répond : « Je suis le fruit de tes pensées. » On trouve des choses analogues dans plusieurs poésies de Henri Heine, dont la plus connue est Le Double, mise en musique par Schubert.

En poursuivant ce motif jusque dans ses manifestations les plus extrêmes, nous nous éloignons de notre véritable but. Qu’il s’agisse d’un Double en chair et en os (nous l’avons même étudié jusque dans ses modifications, tel qu’on le rencontre dans les comédies et les vaudevilles)14, ou qu’il s’agisse d’une image séparée du Moi et devenue indépendante (reflet, ombre, portrait), nous voyons que l’état psychique d’une personne est représenté par deux existences distinctes, grâce à un état amnésique qui lui permet de se manifester sous deux formes distinctes, le plus souvent contradictoires. Ces cas de double conscience ont été observés cliniquement15 et ont trouvé leur utilisation dans la littérature16, mais pour notre étude ils sont inutiles17.

Délaissons ces cas-limites et retournons vers ces œuvres plus intéressantes pour nous, dans lesquelles le double paraît bien avoir une forme plus ou moins définie, mais que nous reconnaissons néanmoins comme la création d’une imagination maladive. Entre ces formes, dont nous venons d’étudier quelques exemples, et les cas de double conscience que nous n’étudions pas, mais qui constituent la base psychologique et, pour ainsi dire, une étape préliminaire de la folie du Double, se place la nouvelle impressionnante de Maupassant, le Horla, 1887. Le héros de l’histoire, qui a écrit son journal, est sujet à des états anxieux qui le tourmentent, surtout la nuit, le poursuivent dans ses rêves et ne cèdent à aucun traitement. Une nuit, il s’aperçoit, épouvanté, que la carafe d’eau, qui était pleine le soir, avait été complètement vidée, quoique personne n’ait pu entrer dans la chambre fermée. Depuis ce moment, tout son intérêt est concentré sur un esprit invisible, le Horla, qui vit en lui ou à côté de lui. Il essaye de lui échapper par tous les moyens possibles. En vain. Il devient de plus en plus convaincu de l’existence d’un mystérieux inconnu par lequel il se sent épié, observé, scruté, dominé, poursuivi. Souvent il se retourne rapidement pour pouvoir enfin le voir et le saisir. Il se précipite dans sa chambre obscure où il croit trouver le Horla « pour le saisir, l’étrangler, et le tuer ». À la fin, cette pensée de se débarrasser de ce tyran invisible l’obsède. Il fait barricader les portes et les fenêtres de sa chambre avec des plaques de fer, après s’être furtivement glissé dehors, pour enfermer le Horla. Ensuite il met le feu à la maison et la regarde de loin brûler avec tout son contenu. Mais bientôt il doute que le Horla, pour lequel tout cela a été fait, puisse être tué et il ne voit plus que le suicide comme dernière chance de salut18. Ici aussi la mort destinée au Double frappe le héros. Maupassant nous montre dans une scène devant la glace, qui se passe avant la catastrophe, jusqu’à quel point l’individu peut se séparer de son Moi. Le héros a éclairé sa chambre pour guetter le Horla :

Derrière moi, une très haute armoire à glace, qui me servait chaque jour, pour me raser, pour m’habiller, et où j’avais coutume de me regarder de la tête aux pieds, chaque fois que je passais devant.

Donc, je faisais semblant d’écrire, pour le tromper, car il m’épiait lui aussi ; et soudain, je sentis, je fus certain qu’il lisait par-dessus mon épaule, qu’il était là, frôlant mon oreille. Je me dressai, les mains tendues en me tournant si vite que je faillis tomber. Eh bien ?… on y voyait comme en plein jour, et je ne me vis pas dans ma glace !… Elle était vide, claire, profonde, pleine de lumière. Mon image n’était pas dedans et j’étais en face, moi ! Je voyais le grand verre limpide du haut en bas. Et je regardais cela avec des yeux affolés, et je n’osais plus avancer, je n’osais plus faire un mouvement sentant bien pourtant qu’il était là, mais qu’il m’échapperait encore, lui dont le corps imperceptible avait dévoré mon reflet.

Comme j’eus peur ! Puis voilà que tout à coup je commençais à m’apercevoir dans une brume, au fond du miroir, dans une brume comme à travers une nappe d’eau ; et il me semblait que cette eau glissait de gauche à droite, lentement, rendant plus précise mon image, de seconde en seconde… Je pus enfin me distinguer complètement, ainsi que je le fais chaque jour en me regardant.

Je l’avais vu ! L’épouvante m’en est restée, qui me fait encore frissonner19.

Dans un autre conte, Lui, qui est comme une esquisse du Horla, Maupassant a marqué plus distinctement encore quelques traits qui nous intéressent. L’histoire de ce mystérieux Lui nous paraît être la confession d’un homme qui, malgré lui, veut se marier et doit se marier, uniquement parce qu’il ne supporte plus de rester seul depuis qu’en rentrant une fois la nuit, il a trouvé « Lui » installé dans un fauteuil près de la cheminée, qu’il avait l’habitude d’occuper20. Il se sent constamment persécuté, mais il sent aussi que c’est de la folie pure. Son persécuteur ne vit que dans sa peur, dans son angoisse : quand il aura quelqu’un près de lui l’autre ne viendra plus.
Le même état d’âme affiné, jusqu’à une résignation pleine de mélancolie, trouve une expression saisissante dans
La nuit de décembre, de Musset (1835). Dans un dialogue avec la Vision, le poète raconte que partout et toujours depuis son enfance, un « Double » sous forme d’une ombre le suit, qui lui ressemble comme un frère. Dans les moments décisifs de sa vie, lui apparaît ce compagnon, vêtu de noir, auquel il ne peut pas se soustraire, aussi loin qu’il fuie devant lui, et dont il ne peut pas reconnaître la nature. De même qu’un jour, jeune amoureux il était seul avec son Double21, de même beaucoup d’années plus tard, une nuit où il était plongé dans les doux souvenirs qui le ramènent au temps de son amour, l’apparition se montra de nouveau. Le poète cherche à découvrir son essence. Il l’appelle mauvais destin, ange gardien, et comme les souvenirs de l’amour ne se laissent pas chasser, il l’appelle sa propre image :

Mais tout à coup j’ai vu dans la nuit sombre

Une forme glisser sans bruit.

Sur mon rideau, j’ai vu passer une ombre ;

Elle vient s’asseoir sur mon lit.

Qui donc es-tu, morne et pâle visage,

Sombre portrait vêtu de noir ?

Que me veux-tu, triste oiseau de passage ?

Est-ce un vain rêve ? est-ce ma propre image

Que j’aperçois dans ce miroir ?

Enfin l’apparition se fait connaître comme étant la solitude.

A première vue, il peut paraître bizarre que Musset, ainsi que l’a fait Maupassant, représente la solitude sous la forme concrète d’une personne ennuyeuse. Mais déjà Nietzsche a fait remarquer qu’il s’agit de l’ennui dans la société de son propre moi. C’est ce que les poètes ont objectivé sous la forme du Double.

Un dialogue semblable avec le Moi personnifié se trouve aussi chez Jean-Paul dans La confession du diable chez un grand dignitaire de l’État22.

Plus soutenu par des détails psychologiques, le même motif se trouve dans un conte de J.-E. Poritzky23, intitulé Une nuit. Le héros fait une nuit la connaissance d’un « Faust en âge et sagesse », qui a une conversation profonde et pleine de souvenirs. Le vieillard raconte l’aventure qui lui est arrivée la veille à minuit. Il se trouvait devant une glace, quand une superstition de son enfance lui est revenue à l’esprit, d’après laquelle il était défendu de se mirer à minuit. « Je souriais et me mis devant le miroir comme si je voulais défier et mépriser les légendes de la jeunesse. Je regardais dans la glace, mais j’étais tellement pris par mes souvenirs d’enfance, je me voyais tellement petit garçon, j’avais tellement oublié mon existence actuelle que je vis avec un étonnement hébété le visage ridé du vieillard qui me regardait dans la glace. » Cette désorientation alla si loin qu’il appela au secours avec son ancienne voix d’enfant et que le vieillard qu’il était voulut aller au secours de l’enfant, qui brusquement disparut. Le héros essaya de se rendre compte de cet événement : « Je connais parfaitement la scission de la conscience. Tout le monde a déjà ressenti dans sa vie, plus ou moins profondément, cette scission dans laquelle on voit son propre Moi vous passer comme une ombre devant les yeux dans toutes sortes de situation vécues24. Nous avons aussi en nous la possibilité de nous voir parfois dans notre développement futur. Cette vision de notre moi futur est parfois si forte que nous croyons voir des personnages étrangers se détacher en chair et en os de nous, comme un enfant du corps de sa mère. Nous rencontrons dans l’avenir ces apparitions que nous avons pressenties et nous les saluons. Ceci est ma découverte mystérieuse25. Le psychologue français Ribot a donné quelques exemples étranges de cette scission de l’âme qu’on ne peut considérer simplement comme des hallucinations. Un homme très intelligent avait la possibilité d’évoquer devant lui son Double pour se moquer de lui. Le Double lui répondait avec le même rire. Ce jeu dangereux l’amusa fort longtemps, mais se termina tragiquement. Ayant peu à peu gagné la conviction qu’il était poursuivi par lui-même et que l’autre Moi ne cessait de le taquiner, de l’agacer, de le tourmenter, il résolut de mettre fin à sa triste existence. » Après avoir cité un autre exemple, le vieillard demande à son compagnon si, malgré ses trente-cinq ans, il ne s’est jamais encore senti vieux. Sur sa réponse négative, le vieillard prend congé. Le jeune homme veut lui donner la main et, à son grand étonnement, ne saisit que le vide. De près ou de loin, pas une âme. « J’étais seul ; vis-à-vis de moi était une glace dont j’étais le prisonnier et maintenant seulement que je pouvais en détacher mes yeux, j’ai vu que la bougie était entièrement brûlée… M’étais-je parlé à moi-même ? Avais-je quitté mon corps et n’y suis-je rentré qu’à l’instant même ? Qui sait ?… Ou m’étais-je tourné vers moi-même comme Narcisse. Ai-je rencontré les différents personnages de mon Moi futur et leur ai-je souri ? Qui sait ?…»

Edgar Poe a donné au motif du Double, dans sa nouvelle William Wilson, une forme qui est devenue un modèle largement utilisé par des imitateurs. Le héros, qui s’appelle William Wilson, raconte son histoire. Quand il entre pour la première fois à l’école, il rencontre un garçon qui, non seulement a le même nom, est né le même jour que lui, mais lui ressemble en silhouette, parole, démarche, allure, de telle façon qu’on les prend pour des frères, voire même des jumeaux. Bientôt ce double bizarre, qui imite le héros en tout, devient son compagnon inséparable, mais à la fin aussi son rival le plus redouté. C’est seulement par sa voix, qu’il ne peut pas élever au-dessus du chuchotement, que le Double se différencie de lui. Mais ce chuchotement est, par sa modulation et son accent, à tel point identique à sa parole que « son chuchotement particulier est devenu un écho parfait de sa propre voix »26.

Malgré cette singerie antipathique, le héros ne peut pas haïr son imitateur. Il ne peut pas non plus se soustraire aux conseils qu’il lui suggère clandestinement et auxquels il obéit avec répugnance. Cette tolérance est en partie inexplicable par le fait que seul le héros s’aperçoit de cette imitation, qui échappe aux camarades de classe. Le simple appel de son nom pouvait mettre le héros en colère. « Cet appel était insupportable à mes oreilles. Quand, le jour de mon entrée en classe, j’appris qu’il y avait un second William Wilson, j’étais en colère contre lui parce qu’il portait ce nom détesté. J’étais doublement ennemi de ce nom parce qu’il appartenait aussi à un étranger qui serait la cause que je l’entendrais maintenant deux fois aussi souvent. » Une nuit, le héros se glisse dans la chambre à coucher de son Double et est obligé de se rendre compte que les traits du dormeur ne peuvent pas être le résultat d’une imitation voulue et moqueuse.

Épouvanté, il s’enfuit de l’école. Après quelques mois passés à la maison, il devient étudiant à Eton. Là, il commence une vie dévergondée. Il a depuis longtemps oublié l’épisode de son enfance, quand, un soir, à une beuverie, son Double lui apparaît, vêtu élégamment comme lui, mais avec des traits indistincts. Il lui chuchote comme un avertissement les mots « William Wilson » et disparaît. Toutes les recherches faites pour savoir qui il est et où il demeure restent vaines. On apprend seulement qu’il a quitté l’école le même jour que le héros.

Bientôt après, le héros se rend à Oxford où il continue sa vie de dilapidations effrénées. Il se gâte moralement de plus en plus, et ne recule pas devant la tricherie au jeu. Un soir où il a ainsi gagné une forte somme, le Double entre brusquement dans la salle de jeu et dévoile la tricherie. Humilié et chassé, Wilson se retire, quitte le lendemain Oxford pour parcourir sans repos l’Europe entière. Partout le Double contrarie ses entreprises, mais toujours de façon à éviter un malheur. Enfin, après avoir décidé de se débarrasser à tout prix de la tyrannie de cet inconnu, Wilson provoque la catastrophe à Rome, au cours d’un bal masqué. Wilson est juste en train de s’approcher de la charmante femme de son hôte déjà vieux, quand une main se pose sur son épaule. Dans l’homme masqué, habillé comme lui, Wilson reconnaît son Double. Il l’entraîne dans une pièce voisine où il le provoque en duel. Après une courte lutte, il enfonce son épée dans le cœur du Double. Au même moment on secoue la porte. Wilson se détourne, mais dans ce laps de temps, la situation a changé de façon surprenante. « Dans mon désarroi, il me parut qu’il y avait une grande glace, là où auparavant il n’y en avait pas. Quand, dans mon exaltation, j’allai vers la glace, mes propres traits pâles et tachés de sang, ma propre personne, d’un pas dolent, sortirent du miroir. Je dis que ceci paraissait ainsi, mais cela n’était pas. Mon rival Wilson était là, agonisant devant moi. Son masque et son manteau étaient par terre, là où il les avait jetés. Pas un fil de son vêtement, pas une ligne des traits marqués et particuliers de sa figure qui ne fussent pas miens jusqu’à la complète identité ! C’était Wilson, mais sa voix n’était plus qu’un chuchotement. J’aurais pu croire que c’était moi-même qui me disais : « Tu as vaincu et je succombe, cependant, à partir de maintenant, toi aussi tu es mort. Mort pour le monde, pour le ciel, pour l’espérance ! En moi tu as vécu, et maintenant que je meurs, vois dans cette image qui est la tienne propre, comment tu t’es tué toi-même. »

C’est probablement Dostoïewsky qui, dans son roman de jeunesse, Le Double, 1846, a traité notre thème de la façon la plus impressionnante et la plus approfondie, au point de vue psychologique. Il décrit l’explosion d’un trouble psychique chez un homme qui, ne comprenant pas son état, ne se croit pas malade. Tous les ennuis qu’il ressent lui paraissent dus aux persécutions que ses ennemis lui font subir. La façon lente avec laquelle le héros glisse dans la folie, ce mélange de folie et de réalité, tout cela fait le grand mérite de ce conte pauvre en événements extérieurs, mais écrit avec une maîtrise inégalable. Cette maîtrise se caractérise par la description absolument objective d’un état paranoïaque où pas un trait n’est omis, mais aussi par l’action de l’entourage sur la folie de la victime. L’histoire qui, depuis le début jusqu’à la catastrophe, se précipite en quelques jours, ne pourrait être racontée qu’en réimprimant la nouvelle de Dostoïewsky. Ici, nous n’en voulons mentionner que quelques étapes.

Le malheureux héros de l’histoire, le conseiller Goliâdtkine, au lieu d’aller à son bureau, s’habille un matin avec une élégance choisie, pour se rendre en voiture à un déjeuner chez le conseiller d’État Berendejeff. Celui-ci est son bienfaiteur « depuis des temps immémoriaux et en quelque sorte a remplacé son père ». Mais déjà, pendant le trajet, il a une série d’aventures qui le décident à changer d’avis pour le moment. De sa voiture, il aperçoit deux jeunes collègues dont l’un, comme il le croit, l’aurait montré du doigt, tandis que l’autre l’aurait appelé par son nom. Déjà agacé par ces « stupides garçons », il est troublé par un autre événement plus pénible encore. Sa voiture est croisée par l’équipage élégant de son chef de bureau, André Philippovitch, qui est évidemment étonné de rencontrerson subordonné dans cet appareil. Goliâdtkine, en proie à une anxiété pénible, indescriptible, se demande : « Dois-je le reconnaître ou dois-je me comporter comme si je n’étais pas moi, mais quelque autre qui me ressemble à s’y méprendre… Eh bien, je ne suis pas moi… tout simplement je suis un tout autre, rien de plus », et il ne salue pas son chef. À la réflexion, il regrette cette bêtise, à laquelle la méchanceté de ses ennemis l’a obligé. Pour se tranquilliser, Goliâdtkine a un besoin impérieux de dire quelque chose de très important à son médecin, Christian Ivanovitch. Comme il ne connaît le docteur que depuis peu de temps, il est très embarrassé en sa présence. Avec beaucoup de circonlocutions et dans des termes imprécis, ce qui caractérise les paranoïaques, il raconte au docteur que des ennemis pleins de haine, qui ont juré de le perdre, le poursuivent. Il remarque nonchalamment qu’on n’hésiterait même pas devant le poison, mais qu’on cherche surtout à le perdre moralement. Une femme aurait le rôle principal dans cette intrigue mystérieuse. Cette femme est une cuisinière allemande avec laquelle il aurait, au dire de ses calomniateurs, des rapports. Cette cuisinière et Claire Olsoufievna, la fille de son ancien protecteur, chez lequel il se rendait au début de l’histoire, dominent ses fantaisies d’érotomane, décrites d’une touche fine et caractéristique. Convaincu que dans ce nid d’abjectes Allemandes se cache toute la puissance des forces ennemies, il avoue plein de honte au médecin que son chef de bureau et le neveu de celui-ci, dernièrement avancé en grade, et qui fait la cour à Claire, répandent sur lui des histoires scandaleuses : il aurait, comme prix de pension, donné à la cuisinière chez laquelle il habite, une promesse de mariage par écrit et, en conséquence, il serait déjà le fiancé d’une autre.

Il arrive un peu en avance chez le conseiller. On lui fait dire qu’il ne sera pas reçu. Il s’en va honteux, voyant que les autres invités, parmi lesquels son chef de bureau et le neveu de celui-ci, sont reçus. Plus tard, il se glisse tout de même dans des conditions humiliantes dans la fête qui est donnée en l’honneur de l’anniversaire de Claire. Il lui offre ses vœux d’une façon très maladroite et provoque ainsi un étonnement général. Quand, pour comble, en dansant avec Claire, il manque de tomber, on l’éloigne de force de la réunion. Vers minuit, par un temps effroyable, il court à travers les rues vides de Pétrograd pour se sauver de ses ennemis. Il avait l’air comme s’il voulait se cacher devant lui-même, se sauver de lui-même. Êpuisé, en proie à un désespoir extrême, il s’arrête au canal et s’appuie à la balustrade. Brusquement, « il a l’impression que quelqu’un vient de s’arrêter près de lui, tout près de lui, s’appuyant également à la balustrade et – chose bizarre – il lui semble que cet homme vient juste de lui dire quelque chose, vite et brièvement, et d’une façon peu distincte, mais quelque chose de très important, quelque chose qui le touche personnellement ». Il essaye de se calmer après cette étrange impression. En continuant sa marche, il rencontre un homme qu’il considère comme le principal organisateur de la cabale montée contre lui. Comme il s’approche de lui, il est saisi de terreur en voyant de quelle façon extraordinaire il lui ressemble. Il marchait aussi très vite, et était emmitouflé comme lui… Il avait comme Goliâdtkine une démarche à petits pas rapides, sautillants… A son extrême étonnement, Goliâdtkine rencontre le même inconnu une troisième fois. Il court après lui, l’appelle et puis, à la lueur d’une lanterne, il s’excuse de son erreur. Cependant, il ne doute pas, il connaît bien cet homme. Il sait même comment il s’appelle, quel est son nom patronymique et son nom de baptême, et néanmoins, pour tout l’or du monde, il ne l’appellerait pas par son nom. Mais plus il réfléchit, plus il désire maintenant provoquer la rencontre, qui lui paraît inévitable, avec cet homme mystérieux. En effet, l’inconnu est bientôt à quelques pas de lui. Notre héros se trouve sur le chemin de sa maison que ce Double doit parfaitement connaître. Il entre dans la maison en même temps que Goliâdtkine, escalade rapidement un escalier raide, pénètre enfin dans l’appartement dont le domestique ouvre largement la porte. Quand Goliâdtkine, essoufflé, entre à son tour dans sa chambre, l’inconnu est assis sur son lit, en chapeau et manteau. Incapable de proférer un son, Goliâdtkine, raide de peur, s’assied à côté de lui… Il reconnaît bientôt son ami nocturne, mais cet ami nocturne n’est personne d’autre que lui-même – oui : Goliâdtkine lui-même, un autre Goliâdtkine et tout de même M. Goliâdtkine lui-même – bref, il est en tout point ce qu’on appelle un Double. L’effet de ces événements de la veille se manifeste le lendemain par un redoublement des idées de persécution. Elles paraissent provenir de plus en plus du Double, qui bientôt prend une forme corporelle et devient le centre autour duquel tournent les idées folles de Goliâdtkine.

A son bureau, où il doit craindre « un blâme pour avoir négligé son service », il trouve à côté de sa place un nouvel employé qui n’est autre que le second M. Goliâdtkine. Mais c’est « un autre M. Goliâdtkine, un tout autre, et tout de même quelqu’un qui ressemble absolument au premier. Même taille, même allure, même forme, habillé comme lui, chauve comme lui, bref, rien, mais absolument rien, ne manque à la ressemblance complète. Les aurait-on mis l’un à côté de l’autre, personne n’aurait pu dire lequel était le véritable Goliâdtkine et lequel était son sosie, lequel était l’ancien, lequel était le nouveau, lequel l’original, lequel la copie ». Mais cependant ce Double fidèle, qui porte aussi le même prénom et est né dans la même ville (de sorte qu’on les prend pour des jumeaux), a un caractère qui est pour ainsi dire l’opposé de celui de son modèle. Il est crâneur, simulateur, bluffeur, arriviste. Il sait se faire aimer partout et il a vite fait d’évincer son concurrent qui est d’une maladresse, d’une timidité, d’une sincérité véritablement pathologiques27. Les rapports qui s’établissent maintenant entre Goliâdtkine et son Double constituent la partie principale du roman. Nous en résumerons seulement quelques phases. Au début il s’établit entre le Double et lui une intimité très grande, et même une sorte d’alliance contre les ennemis du héros, qui raconte à son nouvel ami ses secrets les plus importants. « Je t’aime, je t’aime, je t’aime comme mon frère, je te le dis. Mais ensemble, Sacha, nous voulons leur jouer un tour. » Mais bientôt Goliâdtkine soupçonne son sosie d’être son principal ennemi et il essaye de se garantir contre lui. Au bureau, son Double lui paraît voler la faveur de ses collègues et de ses supérieurs. Dans sa vie privée, il semble réussir auprès de Claire. Cet être abject poursuit le héros jusque dans ses rêves, dans lesquels, toujours en fuite devant son Double, il se voit entouré d’un grand nombre de personnes qui lui ressemblent et auxquelles il ne peut pas échapper28.

Cette situation le tourmente aussi pendant le jour, de sorte qu’en fin de compte, il provoquera son ennemi à un duel au pistolet. À côté de ce motif principal, les scènes du miroir ne manquent pas. Leur importance ressort déjà du fait que le roman commence par une semblable scène de miroir. À peine était-il sorti du lit, qu’il se précipita sur un petit miroir rond qui était sur une commode. Quoique la figure endormie, avec des yeux de myope et la chevelure clairsemée, qui le regardait dans la glace, fût d’une médiocrité telle que certainement elle n’eût attiré l’attention de personne, son propriétaire semblait très content de ce qu’il voyait. À l’époque où il se sent le plus vivement persécuté par son Double, au buffet d’un restaurant, Goliâdtkine veut payer un petit pâté qu’il vient de manger, mais on lui demande d’en payer dix, en lui affirmant qu’il en a mangé autant. Son étonnement cesse quand, en levant les yeux, il voit une porte, « que notre héros a prise tout à l’heure pour une glace », et qu’il en voit sortir l’autre Goliâdtkine avec lequel on l’a confondu, et qui a osé le ridiculiser, lui faire subir cet affront. Notre héros commet une semblable erreur quand, en proie à un désespoir extrême, il se rend auprès de son chef hiérarchique pour lui demander sa protection « paternelle ». Sa conversation maladroite avec l’Excellence est brusquement interrompue par « un hôte bizarre ». Dans la porte que notre héros a prise jusqu’à présent pour une glace, ce qui lui est déjà arrivé une fois, apparaît – nous savons déjà qui – l’homme bien connu et l’ami de Goliâdtkine.

Goliâdtkine se comporte de façon si étrange envers ses collègues et ses supérieurs, qu’il est renvoyé. Mais la véritable catastrophe provient, comme dans les autres histoires de Doubles, d’une femme, de Claire Olsoufievna. Mêlé à une correspondance avec son Double et avec le « défenseur de la cuisinière allemande », Goliâdtkine reçoit secrètement une lettre qui excite de nouveau son érotomanie. Dans cette lettre, Claire lui demande de la sauver d’un mariage qui lui est imposé et de fuir avec elle, qui est déjà devenue la victime d’un misérable ; elle se met sous la protection de son noble chevalier. Après de longues hésitations et réflexions, et malgré sa méfiance, Goliâdtkine se décide à suivre l’appel et à attendre Claire, comme convenu, dans une voiture devant sa maison. Mais au moment d’aller au rendez-vous, il essaye, dans une dernière tentative, un autre arrangement. Il veut se jeter aux pieds de l’Excellence et lui demander, comme à un père, de le sauver de son Double exécrable. Il lui dirait : « Lui est un autre homme, Excellence, et moi aussi je suis un autre homme. Il est lui et moi je suis moi. Réellement moi, je suis moi », mais, devant son chef, il s’intimide, commence à bredouiller, de sorte que son chef et les invités sont intrigués. C’est surtout le docteur, celui qu’il a déjà consulté, qui l’observe avec insistance. Naturellement, son Double, qui jouit de la haute faveur du chef, se trouve présent et finit par le mettre à la porte.

Goliâdtkine a attendu longtemps caché dans la cour de la maison de Claire, étudiant le pour et le contre de l’entreprise. Brusquement, il est aperçu des fenêtres très éclairées de la maison, et invité par son Double, de la façon la plus aimable, à entrer dans la maison. Il croit son plan découvert et se prépare au pire. Mais il n’en est rien. Au contraire, tous le reçoivent avec amabilité et prévenances. Un sentiment de bonheur s’empare de lui. Il se sent plein d’amour non seulement pour Olsoufi Ivanovitch, mais aussi pour tous les invités, même pour son dangereux Double. Celui-ci d’ailleurs n’est plus méchant, il n’a même plus l’air d’être son Double, il paraît un homme indifférent et poli. Cependant le héros a tout de même l’impression que parmi les invités il se trame quelque chose contre lui. Il croit qu’on veut le réconcilier avec son Double et, en effet, il lui tend sa joue pour un baiser. Mais il sent que quelque chose de méchant va surgir dans la figure commune de Goliâdtkine le jeune, quelque chose comme la grimace du baiser de Judas. La tête de Goliâdtkine bourdonne, devant ses yeux tout devient subitement noir, une série infinie de Goliâdtkine lui paraît faire irruption avec fracas à travers la porte. En vérité, un seul homme entre, à l’aspect duquel notre héros est saisi d’effroi, quoique depuis longtemps il se fût attendu à quelque chose d’analogue. « C’est le docteur », lui souffle triomphalement le méchant Double. Le médecin entraîne avec lui le pauvre Goliâdtkine qui essaye de se justifier aux yeux des invités, et monte avec lui dans une voiture qui se met tout de suite en mouvement. Des cris stridents, poussés par ses ennemis le suivent comme adieux. Pendant un certain temps plusieurs formes courent encore à côté de la voiture et y jettent des regards. Bientôt, leur nombre diminue jusqu’à ce qu’elles disparaissent toutes, excepté le Double éhonté « qui tantôt à droite, tantôt à gauche, courant près de la voiture lui envoie des baisers ». Enfin, lui aussi disparaît et Goliâdtkine perd complètement connaissance. Quand il revient à lui au milieu de la nuit, son compagnon lui apprend que dorénavant il sera entretenu aux frais de l’État. « Notre héros poussa un cri, prit sa tête dans ses mains. Hélas ! Il avait pressenti cela depuis longtemps. »

Quoique les auteurs aient choisi des types différents pour figurer le Double, tous ces contes présentent tant de motifs analogues qu’il nous paraît presque inutile de les mentionner de nouveau en détails. Il s’agit toujours d’un Double qui ressemble trait pour trait au héros, même dans son nom, dans sa voix, dans son habillement, comme si l’auteur « l’avait volé à une glace ». Ce Double contrarie toujours les entreprises du héros et généralement c’est à propos d’une femme qu’éclate la catastrophe, qui est souvent le suicide, par la voie détournée de l’assassinat du persécuteur abhorré. Dans quelques contes, les événements sont liés à l’évolution d’une véritable folie de la persécution, dans d’autres, la description de cette folie est l’unique sujet du conte qui alors se développe avec tous les caractères de la folie paranoïaque29.

Nous avons souligné l’identité des traits principaux de ces différentes œuvres, non pas tant pour montrer la dépendance littéraire de leurs auteurs, certaine chez les uns, impossible chez les autres, que pour faire remarquer combien la structure intellectuelle de ces auteurs est la même. C’est ce que nous voulons maintenant étudier.


4 Cette remarque ne tend nullement à diminuer le mérite de cet auteur. Des connaisseurs de ses œuvres savent que Ewers s’est toujours intéressé aux phénomènes bizarres et occultes de l’âme humaine. Il suffit de citer sous ce rapport son drame, Das Wundermädchen von Berlin (L’enfant du miracle de Berlin), 1912, qui a une certaine analogie avec l’Étudiant de Prague.

5 Dans Peter Schlemihl, l’homme en gris dit : « Pendant le court laps de temps où j’ai eu l’avantage de me trouver près de vous, j’ai pu – permettez-moi monsieur de vous le dire – observer avec une admiration inexprimable la belle ombre que vous projetez au soleil, presque avec un noble mépris et sans même vous en apercevoir. »

6 Le même mythe a été utilisé par Frankl dans une ballade (voir Œuvres, t. II, p. 116, éd. 1880) et par Hans Muller von der Leppe, dans son recueil de chansons, Francfort, 1895, p. 62, sous le titre : Fluch der Eitelkeit (Malheur à la vanité).

7 Stevenson a traité l’existence du Double dans sa nouvelle Le cas étrange du Dr Jekyll et Mr Hyde (voir plus loin le dédoublement de la Personnalité).

8 Voir F. J. Schneider, Jean-Pauls Jugend und sein Auftreten in der Literatur, Berlin, 1905 ; J. Czerny, Jean-Paul Beziehungen zu Hoffmann ; Wilhelmine Kraus, Das Doppelgängermotiv in der Romantik, Berlin, 1930 ; Hugo Horwitz, Das Ich-Problem in der Romantik.

9 Sur l’ironie dans le romantisme allemand, cf. Fritz Lubbe, Die Wendung von Individualismus zur sozialen Gemeinschaft im romantischen Roman, Berlin, 1931 (L’évolution du roman de l’individu vers le roman de la société à la période romantique).

10 Hesperus (Stock). – Le Jubilé (Stock). – Choix de rêves (Fourcade). – Voyage du proviseur Fœlbel, suivi de La vie de Maria Wutz, par Jean-Paul Richter (éditions Montaigne).

11 Claude Farrère a traité magistralement le motif du vieillissement brusque dans La maison des hommes vivants.

12 Chez Tieck, Arnim, Brentano ce motif est traité par son côté extérieur, soit par la confusion, soit par l’identification des différents personnages, comme l’exige à tout moment l’action. Chez Novalis, dans un clair-obscur mystique ; chez Fouqué (Der Zauberring, t. II, 13) et chez Kerner (Die Reiseschatten) d’une façon épisodique seulement.

13 Hélène Hermann, Studien zu Heines Romanzero (Études sur le Romanzero de Heine), Berlin, 1906 ; cf. W. Siebert, Heines Beziehungen zu Hoffmann.

14 Le sujet inépuisable pour ces comédies de confusion va des Ménechmes de Plaute jusqu’aux Jumeaux de T. Bernard, avec les exemples très connus de Shakespeare : Comedy of errors, de Lecoq : Giroflé-Girofla, de Nestroy : Der Färber und sein Zwillingsbruder.

15 Voir la publication de Max Dessoir, Das Doppel-Ich, 2ᵉ éd., Leipzig, 1896, et encore Th. Ribot, Les maladies de la personnalité et les publications de Myers, concernant le problème de la personne double.

16 Georges Du Maurier, Trilby ; Hugh Conway, Called back ; Dick May, L’affaire Allard ; Paul Lindau, Le procureur Hallers (filmé aussi) ; Georg Hirschfeld, Das zweite Leben.

17 Nous laissons tout à fait de côté le Double comme on le comprend dans l’occultisme, c’est-à-dire la présence simultanée du même individu dans deux endroits différents. Dans les œuvres biographiques de Strindberg, cette scission de l’individu est poussée à l’extrême. On a publié un grand nombre de travaux pathographiques sur la personnalité paranoïaque de Strindberg.

18 Dans un conte analogue de Poritzky, l'« Inconnu » est le mort qui, constamment invisible, poursuit le héros.

19 G. de Maupassant, le Horla, p. 43-44 (Œuvres complètes, Paris 1909, Louis Conard, édit.).

20 De même dans Kipling, The Knife and the naked chalk (Rewards and Fairies), Hummil se voit déjà assis à la table quand il veut s’y mettre. Mais soudain cette vision disparaît, « except that it cast no shadow ; it was, in all respects, real ».

21 À l’âge où l’on croit à l’amour,

J’étais seul dans ma chambre un jour

Pleurant ma première misère.

Au coin de mon feu vint s’asseoir

Un étranger vêtu de noir

Qui me ressemblait comme un frère.

22 On trouve d’autres analogies chez Coleridge, Poems, et chez Baudelaire, les Fleurs du mal. Chez Coleridge, nous trouvons dans le poème Transformation, un dialogue entre le poète et son Moi ayant une ressemblance avec les vers de Musset. Du poème de Baudelaire, Le jeu, les vers suivants :

« Voilà le noir tableau qu’en un rêve nocturne

Je vis se dérouler sous mon œil clairvoyant ;

Moi-même, dans un coin de l’antre, taciturne,

Je me vis accoudé, froid, muet, enviant. »

23 Geistergeschichten, Munich, 1913. Dans le même volume se trouve aussi le conte intitulé Im Reiche der Geister (Dans le royaume des esprits) où l’étudiant Oreste Najaddin voit son double.

24 Comme dans les vers de Musset.

25 Qu’on compare ce que Hebbel écrit dans son journal (3 juin 1847) à propos d’un rêve de sa femme qui dans un miroir prévoit toute sa vie future. « Elle se voit d’abord toute jeune, ensuite vieillissant de plus en plus jusqu’à ce que, craignant de voir son squelette, elle se détourne. » A la date du 15 décembre 1846, Hebbel note aussi : « Quelqu’un qui se voit dans une glace crie au secours, croyant voir un étranger, parce qu’on lui a barbouillé la figure auparavant. »

26 Cf. Poe, Shadow (une parabole dans le tome des Nouvelles dans Everyman's Library, p. 109).

27 Quelques traits rappellent le motif principal du conte de E.-Th.-A. Hoffmann : Klein Zaches.

28 Un cauchemar analogue se trouve raconté par Jérome K. Jérome.

29 Une pareille persécution forme aussi le contenu de la nouvelle de Charles Dickens : The haunted man, « qui essaye de se débarrasser de tous les souvenirs désagréables de son passé ». Dans le Christmas Carrol, Scrooge rencontre également son propre Moi. Dans ces derniers temps, peut-être sous l’influence d’un intérêt grandissant de notre époque pour les études psychologiques, le motif du Double paraît de nouveau venir à la mode. Mentionnons ici les titres de quelques ouvrages seulement. Osbert Sitwell : The man who lost himself, où le Double apparaît deux fois dans la vie du héros. Une fois à un tournant de sa carrière, occasion à laquelle le héros tombe en syncope, et une deuxième fois à l’apogée de sa carrière et où le héros meurt de cette apparition. Dans le roman de Julien Green : Le voyageur sur la terre, le héros solitaire, Daniel O'Donovan, est poussé au suicide par son double qui lui veut du bien. Comme dans d’autres ouvrages antérieurs sur le même sujet (cf. William Wilson), le caractère paradoxal de cet ange gardien est mis en relief. Enfin, mentionnons encore un livre de Edward Everett Hale : My double and how he undid me, et un conte de Conan Doyle : The great Keinplatz experiment.