La régression du patient et l’analyste

par Michael Balint140

Contrairement aux conférenciers précédents, qui ont pu acquérir une expérience sans égale dans le domaine de la psychothérapie des schizophrènes en travaillant avec Frieda Fromm-Reichman à Chestnut Lodge141, je ne peux me prévaloir que d’une connaissance superficielle du sujet. Et cette connaissance est encore limitée par deux facteurs qui me paraissent importants. D’une part je ne quitte qu’exceptionnellement mon fauteuil d’analyste au cours des séances. D’autre part mes patients demandent une analyse de leur propre gré et sont généralement capables de se plier aux exigences d’une situation analytique normale, c’est-à-dire de s’étendre sur le divan. Il est vrai qu’exceptionnellement il leur arrive de se lever, mais même dans ce cas je reste assis. Quoi qu’il en soit, puisque en tant qu’analystes nous nous référons tous aux mêmes concepts de base, j’espère que mon expérience, fondée sur ce qui se passe entre mes patients et moi-même, pourra contribuer à une meilleure compréhension de la régression, qu’elle soit schizophrénique ou non.

I.

Dans le cadre de la situation analytique tous les patients, sans exception, régressent jusqu’à un certain point, c’est-à-dire qu’ils deviennent infantiles et éprouvent à l’égard de leur analyste certaines émotions primitives d’une grande intensité. Ceci de toute évidence est un facteur constant dans ce que nous avons coutume d’appeler le transfert.

L’impact d’une telle charge émotionnelle introduit dans les relations entre l’analyste et son patient une curieuse inégalité. L’analyste est vécu comme une personne puissante et d’importance vitale, mais seulement pour autant qu’il est capable ou disposé à gratifier ou à frustrer les espoirs, les désirs ou les besoins de son patient ; au-delà de ces limites, l’analyste existe à peine en tant que personne réelle dans sa vie quotidienne. Il est vrai que le patient nourrit un certain nombre de phantasmes concernant son analyste, mais ceux-ci sont davantage fonction de la vie intérieure du sujet que du mode de vie et de la véritable personnalité de l’analyste. Bien qu’en se comparant à lui le patient se sente un être faible, il est pourtant celui qui importe et qui compte énormément : ce sont ses désirs et ses besoins qui doivent être comblés et ses intérêts qui doivent constamment retenir l’attention.

Encore qu’il n’existe guère d’exceptions à un tel schéma, sa durée et son intensité sont essentiellement variables, suivant les patients. Certains ne dépassent jamais un certain point : les processus thérapeutiques ainsi amorcés suffisent à amener une réadaptation, et, après un temps variable, le patient émerge spontanément de cette relation primitive et duelle pour se trouver guéri. Dans d’autres cas cependant on voit se dérouler des processus surajoutés.

Dans un article précédent j’avais longuement passé en revue ces processus, tels qu’ils apparaissent au thérapeute142. Je me bornerai ici à énumérer les points principaux : les mots ont perdu leur valeur référentielle courante (reliability) en tant que moyen de communication conventionnel entre l’analyste et l’analysé ; et tout particulièrement les interprétations sont ressenties par le sujet comme des signes de l’hostilité, de l’agressivité ou encore de l’affection de l’analyste. Le patient commence à trop bien connaître l’analyste : il est fréquent que l’analysé perçoive mieux les états d’âme de l’analyste que les siens propres. Et parallèlement il semble s’intéresser de moins en moins à ses propres problèmes, ceux qui l’avaient amené à demander une psychanalyse, et s’attacher de plus en plus à deviner les « véritables raisons » de telle ou telle parole, de tel comportement ou de telle « humeur » de l’analyste. Tout ceci absorbe une quantité considérable de sa libido et c’est peut-être pourquoi le sujet, à ce stade, semble avoir perdu une bonne part de son envie de guérir et de son désir, voire de sa capacité, de changer. Mais en même temps il s’attend de la part de l’analyste à quelque chose qui n’est pas en rapport avec une position réaliste : que ce soit dans le sens positif en espérant de la sympathie, de la compréhension, des petits cadeaux ou d’autres signes d’affection ; ou que ce soit dans un sens négatif en redoutant des attaques violentes, une vengeance implacable, une froide indifférence ou une extrême cruauté ! On pourrait le résumer d’une phrase en disant que le passé a perdu toute importance pour le patient et que seul importe le présent de l’analyse. Si nous essayons de le formuler par un vocabulaire analytique nous pourrions dire que l’on assiste à une exacerbation de la névrose de transfert, ou de l’amour de transfert, qui domine et impose sa loi à toute la situation analytique ; le transfert a atteint en fait une telle intensité qu’il devient inaccessible à nos interprétations habituelles. Certains analystes supposent qu’une telle évolution témoigne du fait que le transfert s’est trouvé envahi par des fantasmes paranoïaques ou de persécution. Quant à moi, de telles formulations me paraissent trop modérées et passer à côté de l’essentiel143.

Nous savons tous que même les meilleurs analystes, et ceux qui possèdent une très longue expérience, se heurtent de temps en temps à des difficultés avec certains de leurs patients, et que l’analyse peut même se terminer par un échec. Aussi désagréable que soit une telle constatation il semble que cette règle ne souffre guère d’exceptions. Je soutiens que ces difficultés et ces échecs se rencontrent au cours d’analyses avec des patients qui présentent les signes que nous venons de décrire. Nous en parlons en disant qu’un tel sujet est « gravement atteint », « très dissocié », « très schizophrène ou paranoïaque », « qu’il présente une profonde blessure narcissique » ou « qu’il a un Moi trop faible ou trop immature », etc. ; toutes ces descriptions impliquent que l’origine des symptômes siège au-delà ou plus profondément que le complexe d’Œdipe qui est notre préoccupation habituelle dans la moyenne des cas.

Afin de mieux comprendre la nature de certaines difficultés rencontrées au cours de l’analyse de ces malades que nous venons de décrire, j’avais proposé, dans mon article précédent, d’envisager l’appareil psychique (ou seulement une de ses parties que nous appelons le Moi) comme une structure tri-partite : les trois domaines du complexe d’Œdipe, du défaut fondamental, et de la création ; chaque domaine étant caractérisé par une structure spécifique de la relation objectale, par une forme spécifique de l’énergie mentale (mental force), et enfin par un niveau spécifique auquel se déroulent les processus mentaux.

Dans le domaine du complexe d’Œdipe, la structure spécifique est une relation triangulaire comprenant le sujet et deux objets. La force spécifique y procède d’un conflit, et le niveau des processus mentaux qui s’y déroulent correspond au langage conventionnel de l’adulte, langage qui permet une expression adéquate.

Dans le domaine du défaut fondamental la structure est celle d’une relation exclusivement duelle, plus primitive que la relation prévalente entre les adultes. La forme de l’énergie mentale, dont je parlerai plus loin, n’est pas celle d’un conflit ; dans certaines circonstances elle peut apparaître comme une assuétude (addiction) ou, pour employer un terme plus littéraire, comme de l’avidité (greed). On peut qualifier de préœdipien, de pré-génital ou de pré-verbal le niveau auquel s’y déroulent les processus, et plus particulièrement au cours du traitement. Dans mon article précédent j’avais critiqué l’usage de ces termes pour autant qu’ils me paraissaient pouvoir nous induire en erreur et j’avais proposé d’appeler ce niveau le niveau du défaut fondamental144.

Le domaine de la création, enfin, est caractérisé par l’absence de tout objet extérieur. Puisque notre méthode analytique est basée sur le transfert – c’est-à-dire qu’elle est indissolublement liée à la présence d’au moins un objet externe – nous ne disposons d’aucune voie d’accès directe pour étudier ce niveau des processus mentaux, ni les forces qui y opèrent145. Pourtant ces processus ont pour nous une grande importance du point de vue de la technique, comme par exemple l’abord des problèmes posés par le patient silencieux.

Puisqu’il leur arrive d’être ainsi confrontés à trois modalités différentes du processus thérapeutique, les analystes devraient pouvoir disposer de trois modèles de mesures thérapeutiques, chacun de ces modèles étant destiné à l’un des trois domaines correspondants de l’appareil psychique. D’autre part, la situation analytique étant essentiellement une relation duelle, possédant un certain nombre de traits bien plus primitifs que ceux qui caractérisent le niveau œdipien, on pourrait supposer que nos connaissances théoriques concernant le domaine du défaut fondamental, ainsi que les techniques qui servent à aborder les problèmes qu’on y rencontre, seraient bien plus avancées et mieux fondées que celles concernant les autres domaines.

En fait nous nous trouvons dans une situation diamétralement opposée. L’ensemble de notre théorie concerne surtout les structures et les processus appartenant au niveau œdipien. Ce que nous désignons par le terme de « technique classique », la mieux fondée sans doute de toutes les techniques analytiques, s’applique presque exclusivement aux problèmes dont la situation dynamique est sous-tendue par quelques conflits, qui peuvent être formulés dans un langage conventionnel, c’est-à-dire des problèmes relevant du domaine de l’Œdipe.

Pour illustrer la différence qui existe entre les problèmes techniques liés au domaine de l’Œdipe et ceux posés par le domaine du défaut fondamental, j’envisagerai le phénomène de la régression sous un angle différent. Une des premières constatations cliniques fut de s’apercevoir qu’arrivé à un certain stade de leur analyse, certains patients cessaient de collaborer, soit en refusant tout changement ou toute amélioration, soit en devenant apparemment incapables de supporter des conditions extérieures défavorables ou encore de tolérer une tension accrue. Lorsqu’une telle phase de non-collaboration est limitée dans le temps nous parlons volontiers de résistance passagère ou d’un phénomène de dissociation (splitting) ; si, par contre, une telle période se prolonge nous l’attribuons à la prédominance de mécanismes scbizoïdes ou paranoïaques. D’autres modalités interprétatives rattachent ces états à une rancune indissoluble à l’égard de la mère (ou de ses représentants ultérieurs) pour avoir frustré le sujet de l’affection, de la sympathie et de la compréhension qui lui étaient dues. Bien qu’on ait toujours admis un certain manque de coopération chez tous les patients, on a toujours négligé d’examiner les raisons qui font qu’une certaine partie du patient est susceptible de coopérer à un certain degré, à tel moment donné, dans une situation analytique spécifique. Dans le cas d’une régression grave le patient semble incapable de comprendre ce qu’on exige de lui, par exemple en ce qui concerne sa soumission à la « règle fondamentale ». À de tels moments, il semble absolument inutile de rappeler au patient les symptômes qui l’avaient amené à l’analyse, car ses préoccupations sont exclusivement centrées sur ses relations à l’analyste et sur les gratifications et les frustrations qu’il peut en attendre. Toutes les raisons de poursuivre le travail analytique semblent avoir disparu. Lorsque nous reconnaissons qu’un tel transfert, qui absorbe la quasi-totalité de la libido du patient, est structuré suivant une relation presque exclusivement duelle (alors que le transfert « normal », œdipien, est nettement une relation triangulaire) nous retrouvons du même coup un élément diagnostique supplémentaire qui nous permet d’affirmer que le sujet a atteint le domaine du défaut fondamental.

Ceci m’amène au cœur même de mon sujet, à savoir comment nous pouvons amener la partie non-coopérante du patient à collaborer, c’est-à-dire de permettre au malade de profiter de l’aide analytique. Il ne s’agit pas tant ici de lever des résistances (c’est-à-dire de résoudre des conflits) au niveau de l’Œdipe, ou de réduire une « dissociation », que de quelque chose de différent, plus proche d’une stimulation, voire de l’éveil d’une nouvelle volonté chez le malade d’accepter la réalité et d’y vivre, une sorte de réduction de sa rancune, de son absence de vie146, éléments qui apparaissent dans sa névrose de transfert sous la forme d’entêtement, de maladresse, de stupidité, d’une exacerbation de ses critiques, de l’avidité, de sa susceptibilité, d’une extrême dépendance, etc.

C’est pour expliquer cette impression clinique totalement différente que j’avais formulé l’hypothèse de quelque chose que j’avais appelé le défaut fondamental, qui n’est ni un complexe, ni un conflit, ni une dissociation, mais qui se rapproche bien plus d’un manque ou d’une cicatrice au niveau de la structure fondamentale de la personnalité. La majorité de nos patients sont évidemment incapables de nous donner les raisons de leur rancune, de leur absence de vitalité, de leur dépendance, c’est-à-dire de ce qui leur fait défaut ou est en défaut. Pourtant certains d’entre eux peuvent l’exprimer par son contraire : par le truchement de leurs fantasmes concernant un partenaire parfait, une parfaite harmonie avec le milieu environnant, un bonheur parfait et sans mélange ou une parfaite satisfaction d’eux-mêmes et du monde qui les entoure. Mais cependant l’expression la plus fréquente et constamment répétée en est que le patient sent qu’il a été « dupé », « lâché », que rien dans sa vie ne saurait lui apparaître comme « valant la peine », tant que ce quelque chose dont il a été privé ou qui lui a été refusé – quelque chose qui est désormais hors d’atteinte – ne lui aura été rendu. Dans les cas graves, le patient peut même considérer que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue, tant que cette perte n’aura pas été pleinement réparée, et il se comporte comme si cela devait être vrai.

J’aimerais, pour illustrer cette ambiance particulière, rapporter deux récits de rêves d’une patiente qui étaient survenus comme deux rêves consécutifs au cours d’une même nuit ; ces rêves rappellent beaucoup d’autres qu’elle rapporta au cours d’une certaine période de son traitement147 :

« Elle marchait dans une forêt, lorsque soudainement un oiseau, couleur de chair, plongea et la frappa en la blessant au front. La malade fut assommée et s’écroula inconsciente. Ce qui lui parut particulièrement affreux c’est que l’oiseau poursuivit sa route sans même se retourner : ce qu’il venait de faire ne semblait pas l’inquiéter.

« Plus tard, la patiente se trouvait dans une chambre avec quelques amis qui jouaient à des jeux auxquels elle participait d’habitude. Étant blessée, elle ne faisait plus partie de ce groupe. Personne ne fit attention à elle. Ce qui lui parut affreux, c’était de se sentir seule, pour toujours, parce qu’elle ne pourrait jamais oublier que l’oiseau ne se fût même pas retourné. »

Sous une autre forme, le patient peut répéter indéfiniment qu’il sait très bien qu’il devrait essayer de coopérer, mais avant de pouvoir y changer quelque chose il lui faut d’abord s’améliorer, voire guérir. Mais simultanément il se rend parfaitement compte de la situation réelle, à savoir qu’aucune amélioration ne saurait survenir sans sa coopération. Le fait de le savoir ne peut qu’exacerber son désespoir. Le patient est sincèrement convaincu que ce cercle vicieux ne pourra être rompu que si ce qui a été endommagé peut être remplacé, ou s’il peut reconquérir quelque chose qu’il avait possédé et perdu à un certain moment de sa vie.

Certains malades – et certains analystes – plus « sophistiqués » peuvent reconnaître que ce quelque chose d’irrémédiablement perdu ou « détraqué », n’est rien d’autre que le pénis ou le sein, qui avaient été investis de qualités magiques : ils parlent alors de l’envie du pénis, de l’envie du sein, de l’angoisse de castration. Parmi ces concepts il faut ranger l’aphanisis, décrite par E. Jones148 et les idées de Mélanie Klein concernant la jalousie innée et l’envie149. Cependant, dans la grande majorité des cas ceci s’associe à un sentiment irrépressible et incontestable que le sujet ne peut avoir aucune valeur et qu’il vaudrait mieux sombrer dans la folie ou dans la mort si cette perte ne pouvait être réparée.

Tous ces phénomènes régressifs, tels qu’on peut les observer dans la pratique analytique, nous frappent par leur caractère primitif, qui rappelle les comportements de la première enfance : un argument de poids en faveur de l’hypothèse que toute névrose ou psychose contient forcément quelques traits infantiles et doit rappeler, à tout psychothérapeute, qu’il aura affaire, d’une façon ou d’une autre, à « l’enfant qui est dans le patient ».

Nous savons qu’il existe de grandes difficultés lorsque cet « enfant » dans le patient est à l’âge du conflit œdipien. Mais l’abîme qui sépare l’analyste de cet « enfant dans le patient », lorsque cet enfant est à l’âge du défaut fondamental – l’infans au sens propre du mot, celui qui ne sait pas parler, ou du moins ne sait pas parler le langage des adultes – est bien plus large et plus profond que celui qui sépare l’analyste du patient qui se situe au niveau de l’Œdipe, où, à tout prendre, chacun se sert d’un langage admis et conventionnel. Et pourtant, cet abîme doit être franchi si l’on veut poursuivre le travail thérapeutique. Il faut néanmoins se rendre compte que le patient – c’est-à-dire l’enfant qui est dans le patient et qui a l’âge du défaut fondamental – est incapable de franchir cet abîme par ses propres moyens. La véritable question posée par la technique psychanalytique est de savoir comment le franchir. Quelle partie de cette tâche doit être entreprise par l’analyste et quelle partie en incombe au patient lui-même ?

Pour éviter tout malentendu, il me faut souligner que dans ce qui suit j’envisage les problèmes techniques que nous posent ceux des patients qui ont régressé au niveau du défaut fondamental. Il est probable qu’il ne s’agit là que d’une des formes possibles des régressions dites « profondes ». Je pense qu’une recherche analytique approfondie concernant les vrais schizophrènes (et non pas des « caractères » schizoïdes) devrait révéler des signes particuliers qui nous permettraient de distinguer la régression schizophrénique des régressions dont nous parlons ici.

II.

Les analystes ont, bien entendu, depuis longtemps reconnu ces deux problèmes techniques et proposé diverses méthodes pour les résoudre : d’une part, comment franchir cet abîme qui les sépare de « l’enfant dans le patient », et d’autre part, comment surmonter l’incapacité du malade à accepter la réalité et comment obtenir sa collaboration au travail thérapeutique. À ce propos on n’a pas mis suffisamment en évidence, dans la littérature psychanalytique, que le thérapeute qui cherche à franchir ainsi la distance le séparant du patient régressé, s’expose à certains risques, surtout si la régression atteint le niveau du défaut fondamental. Ces risques sont fonction de ses réactions à l’égard des phénomènes appartenant au domaine du défaut fondamental.

L’analyste peut essayer de limiter ses réactions (c’est-à-dire des interprétations) à l’égard de la régression à celles dont il a déjà éprouvé l’efficacité dans le cas des conflits siégeant au niveau de l’Œdipe : il peut espérer ainsi qu’une technique prudente permettra au malade de sortir de sa régression et qu’il sera attiré de nouveau par les reliquats de ses investissements antérieurs qui existaient dans les relations triangulaires de la vie réelle, sous les diverses formes orales, anales et génitales de la sexualité, etc. Mais ces analystes prudents semblent ignorer qu’une telle technique peut forcer le patient soit à demeurer au niveau œdipien tout au long de son analyse, soit à y retourner rapidement après de très courtes régressions aux autres domaines. Dans le cadre d’une telle technique, la majorité des phénomènes appartenant au domaine du défaut fondamental sont interprétés en tant que symptômes du complexe de castration ou d’envie du pénis. Ces interprétations seront correctes dans la mesure où elles mettront en lumière certains facteurs surdéterminants ; mais en laissant dans l’ombre tous les autres facteurs provenant du défaut fondamental ces interprétations doivent, dans un certain nombre de cas, rester inefficaces du point de vue thérapeutique. Il est vrai que ces thérapeutes peuvent obtenir des résultats appréciables, mais seulement lorsque leurs malades ont été soigneusement sélectionnés. Cependant, les auteurs appartenant à cette tendance n’ont publié dans la littérature que très peu de choses sur la nécessité, et a fortiori, sur les critères d’une telle sélection.

D’autres analystes préconisent d’interpréter les phénomènes régressifs en se référant à ce qu’on appelle le niveau « pré-œdipien ». Ils le font en se servant d’un langage admis, conventionnel, mais en y introduisant largement des mots tels que sein, lait, contenu du corps, intérieur du corps, objets partiels, etc. : ils supposent que le sujet régressé a abandonné toute relation aux objets réels et entiers, et qu’il n’est capable d’établir de rapports qu’avec des objets partiels. Il est à remarquer que les mots sein, lait, intérieur du corps avaient commencé leur carrière en tant que des mots ordinaires, ayant un sens conventionnel, admis par tous ; avec le temps ces mots ont subi une curieuse évolution et leur sens est devenu à la fois plus vague, plus étendu et plus global (comprehensive), ce que je considère comme résultant du fait qu’ils servent à décrire des phénomènes appartenant au domaine du défaut fondamental. C’est au moyen d’une telle expansion sémantique constante que les analystes essaient – et souvent réussissent – à donner un nom aux choses et aux expériences vécues qui, jusqu’alors, ne pouvaient être nommées et donc ne pouvaient s’exprimer en mots. Il est possible, par exemple, que c’était bien le sein ou le lait que le nourrisson désirait, mais à cette période de la vie il ne pouvait pas avoir connu ces mots et son vécu émotionnel ne pouvait donc d’aucune façon être aussi clairement défini que l’impliquerait l’usage des mots adultes de sein et de lait. Je pense que cette technique revient à admettre le défaut fondamental, mais d’en imputer la faute du patient150, en se référant à ce qu’il a fait de ses propres objets intériorisés. Je pense, pour ma part, qu’au niveau du défaut fondamental l’enfant n’établit pas de relations avec des objets partiels, et encore moins avec des objets entiers, mais avec un « climat », des substances sans contours précis, des odeurs, des goûts, etc., c’est-à-dire avec des états qui présupposent une interpénétration, une intrication du sujet et de son milieu151. C’est seulement plus tard que des objets, qui ne sont peut-être au départ que des objets partiels, se dégagent de cette confusion.

Pour désigner le risque inhérent à un tel mode d’interprétation le terme qui semble convenir le mieux est celui d’« intropression surmoïque » (superego-intropression) que nous empruntons à Ferenczi152. L’analyste qui emploie cette technique se présente constamment à son patient comme un personnage omniscient et inébranlable. Ainsi, le patient est sans cesse maintenu dans l’illusion que non seulement l’analyste comprend tout, mais qu’il dispose de moyens infaillibles, et les seuls valables, pour tout exprimer : les expériences vécues, les affects, les émotions, etc. Après avoir surmonté la haine et l’ambivalence qui, d’après moi, ne peuvent manquer d’être provoquées pour une large part par le recours constant à cette technique, le patient apprend à parler le langage de son analyste et, pari passu, en introjecte l’image idéalisée. Dans les cas favorables le patient peut acquérir une structure mentale passablement – mais non absolument – homogène, qui est sans aucun doute très efficace, bien qu’elle puisse demeurer, et peut être pour toujours, mal intégrée et quelque peu artificielle. Les auteurs qui emploient de telles techniques ne font pratiquement jamais état de leurs échecs dans leurs publications et n’en discutent donc pas les raisons.

Il existe encore un autre risque qui est inhérent à tout système cohérent d’interprétations. Lorsque les symptômes, dont se plaint le malade, ses récriminations et ses accusations restent vagues et ne peuvent être rattachés à quoi que ce soit de spécifique, il est toujours possible de les « analyser » – quelle que soit leur signification réelle – voire de les faire disparaître par l’analyse pour quelque temps. Mais le malade revient invariablement à ses récriminations, à ses symptômes, à ses accusations. À un malade régressé au niveau du défaut fondamental une telle technique doit donner l’impression que l’analyste a essayé d’écarter ce dont s’est plaint le patient comme d’une chose sans intérêt ou de la faire disparaître efficacement par quelques interprétations profondes et intelligentes.

Il m’a été donné bien souvent de rencontrer les effets accessoires inattendus d’une telle conduite thérapeutique au cours de mon travail de recherche avec les médecins omnipraticiens et, plus récemment, avec certains spécialistes153. La majorité des médecins ont un besoin irrésistible « d’organiser » les symptômes de leurs malades en un tableau clinique, une « maladie » précise, qui porte un nom et s’intègre dans une nosologie ; une maladie qu’ils pourraient alors traiter. Malade et médecin se trouvent déconcertés, ou même complètement désemparés, s’il s’avérait impossible d’arriver rapidement à un tel résultat. Et si cela est impossible le médecin dit souvent au patient « qu’il n’a rien », ce qui instaure une relation faite d’irritation et de malentendus interminables entre le patient, qui se sent malade, et le médecin bien intentionné qui ne trouve aucun repère qui lui permettrait d’ordonner les symptômes en une bonne maladie. L’orientation de la pensée médicale actuelle ne permet pas aux médecins d’apprécier à sa juste mesure le fait que le malade se plaigne, quelle qu’en soit la raison sous-jacente ; pas plus qu’elle ne les prépare à comprendre l’immense possibilité thérapeutique de cette relation tout à fait unique entre le malade et le médecin, qui permet au malade de se plaindre.

Je pense que ce besoin d’organisation est tout aussi urgent chez la plupart des analystes. Nous nous sentons obligés de trouver à tout prix une explication aux symptômes que présentent les patients afin d’y mettre un terme. Il est vrai que nous avons, plus ou moins, abandonné l’idée de « maladies », mais nous sommes pourtant animés du besoin d’organiser ces symptômes en un « conflit » ou une « situation », connotée d’un nom et d’une place bien définie, aussi « archaïque » ou « profonde » que le permet notre hiérarchisation chronologique. Il est vrai que nous ne prescrivons pas de sédatifs, de tranquillisants ou d’autres médicaments à nos patients, comme le font les médecins, mais cela ne fait que rendre leurs doléances plus insupportables. Pour pouvoir leur faire face, pour y mettre fin en donnant quelque chose, nous avons recours aux interprétations que nous offrons à nos patients. Et si celles-ci ne suffisent pas à arrêter leurs doléances, nous essayons de découvrir un responsable : soit en nous accusant nous-même d’une technique défectueuse, soit en accusant le malade de sa maladie incurable, de ses pulsions de destruction, de sa profonde régression, de son Moi dissocié, etc. ; soit en accusant l’entourage, et plus particulièrement les parents, d’avoir manqué de compréhension à l’égard du patient et d’avoir été des éducateurs trop rigides, etc. Récemment, on a même ressuscité à cet usage un vieux bouc émissaire : l’hérédité.

Ainsi s’amorce une spirale interminable. Le patient se plaint et l’analyste interprète suivant une technique dont il a pu éprouver l’efficacité au niveau œdipien ou pré-œdipien. Pourtant on ne constate aucun véritable changement de son état. Les sentiments de culpabilité et d’échec s’emparent à la fois de l’analyste et du patient ; leur intensité va croissant et aboutit à de nouvelles doléances et un redoublement d’interprétations, encore plus perspicaces et plus profondes que les premières.

L’analyste court encore un autre risque, celui de se laisser prendre aux interminables souffrances endurées par le patient dans sa régression et se sentir obligé de créer des conditions qui épargneraient enfin au patient de nouvelles souffrances. Aussi rigoureux que puisse apparaître un tel raisonnement, l’expérience prouve que sa mise en pratique est rarement couronnée de succès. Il existe de nombreuses raisons à ces résultats décevants. En réagissant de cette façon à la régression on ne fait que signifier au patient que son défaut fondamental était dû au « mauvais » entourage, et que l’analyste est prêt, et capable, de modifier la structure du monde extérieur d’une façon telle que le patient se trouve libéré des influences malignes et pernicieuses. Et puisqu’il s’agit d’un vécu appartenant au domaine du défaut fondamental, il importe peu que l’analyste l’ait clairement énoncé ou qu’il ait tacitement permis au patient d’interpréter son comportement dans ce sens : de toute façon le patient en attendra la même chose. Ceci permet de comprendre à quel point il est difficile d’éviter l’installation de ce malentendu tragique qu’est la véritable confusion des langues.

Si l’on permet à un tel climat de s’installer, le patient attendra le retour de ce monde harmonieux dans lequel il avait vécu avant la survenue du « trauma » qui fut la cause de son défaut fondamental. Dans ce que j’ai nommé le monde de l’amour primaire154, il ne doit et il ne saurait y avoir de conflit d’intérêt entre le sujet et son milieu environnant. Ceci n’est possible que pour autant que les besoins instinctuels du sujet et ses objets primaires trouvent à se satisfaire dans un seul et même événement. Ceci est réalisé dans le cas de la mère et de son enfant, l’une nourrissant et berçant l’autre, l’autre étant nourri et bercé : il ne s’agit en fait que d’un événement unique, bien qu’on se soit servi de mots différents pour le décrire. Dans une certaine mesure ceci s’applique tout aussi bien au patient et à l’analyste : être analysé et analyser est un seul et même événement, et jusqu’à un certain point il peut gratifier les deux partenaires de cette relation thérapeutique. Mais on peut se demander si un tel parallèle peut être poussé plus loin ; si l’analyste peut remplir la fonction de cet objet primaire – voire le devenir – pour permettre au patient de revivre dans la relation thérapeutique ses expériences prétraumatiques précoces. Ce qui plus est, un tel climat devrait être maintenu pendant un temps suffisant pour permettre au patient de découvrir des voies nouvelles de développement, qui éviteraient une répétition du traumatisme originel et amèneraient la réparation du défaut fondamental. Il semble que tout ceci soit plus facile à concevoir qu’à réaliser, peut-être parce que aussi profonde que soit la régression de l’adulte, ses besoins instinctuels restent néanmoins plus complexes que ceux du nourrisson. Il en découle que la réalisation d’une identification impeccable à tous ces besoins dépasse généralement les moyens dont dispose l’analyste, aussi sensible et compréhensif qu’il soit. Au niveau du défaut fondamental une telle divergence est ressentie par le malade comme une véritable tragédie ravivant toutes les déceptions anciennes qui furent à l’origine de son défaut fondamental.

Un des effets involontaires mais fréquents d’une telle technique est l’émergence d’un certain état d’accoutumance chez le patient. Celui-ci fonde des espoirs et formule des exigences bien au-delà de toute limite raisonnable (realistic limit) ; la tension ainsi créée, tant chez l’analyste que chez le patient, peut atteindre une telle intensité qu’elle met en danger la situation analytique. À l’encontre d’autres, les thérapeutes qui recourent à cette technique font état de leurs échecs et ne dissimulent pas la nature souvent partielle de leurs réussites. Ils donnent l’impression que souvent ils arrivent seulement à améliorer considérablement les patients ; mais il s’agit de malades graves, profondément atteints et que d’autres thérapeutes, analystes inclus, avaient considérés comme étant au-delà des ressources thérapeutiques.

J’ai ainsi énuméré trois risques auxquels se trouve exposé le thérapeute :

— il peut soumettre sa technique à certaines restrictions entraînant la nécessité de sélectionner les malades ;

— il peut se maintenir strictement au niveau verbal : l’intropression surmoïque en sera la conséquence inéluctable ;

— il peut accepter la responsabilité d’un maniement (management) du patient en régression, mais provoquant ainsi les états de pseudo-accoutumance.

Tous ces risques sont la conséquence de la façon de réagir de l’analyste qui se trouve confronté avec un patient dont la régression a atteint le domaine du défaut fondamental.

III.

J’envisagerai maintenant ma propre technique concernant les patients dont la régression atteint le niveau du défaut fondamental. Assez précocement dans ma carrière d’analyste j’avais abouti à la conclusion qu’en gardant les paramètres d’une technique classique il fallait se résigner à quelques limitations strictes. À mon enthousiasme de débutant ceci parut inacceptable et sous l’influence de Ferenczi j’ai commencé à utiliser la communication non verbale ; j’ai rapporté ces expériences et leurs résultats dès 1932 dans un certain nombre d’articles155. Il est évident que mes techniques et mon mode de pensée ont subi depuis lors des modifications considérables. Bien que je sois conscient du fait que mes idées actuelles soient loin d’être définitives, elles ont pourtant atteint un stade où il m’est devenu possible de les « organiser », c’est-à-dire de les exposer sous une forme suffisamment concrète pour en permettre la discussion et surtout la critique.

Au cours de mes efforts pour venir à bout des difficultés dont je viens de faire mention, j’ai depuis plusieurs années mis à l’épreuve une technique qui permet au patient de vivre une relation duelle qui ne peut pas, n’a pas besoin, et peut-être même ne doit pas être traduite en paroles ; mais à certains moments cette relation s’exprime par ce qu’on a coutume d’appeler l’acting out dans la situation analytique. Je m’empresse d’ajouter que toutes ces communications non verbales, cet acting out, seront par la suite soumis à une élaboration (working through) dès que le malade se sera dégagé de ce niveau et aura atteint le niveau œdipien : dès ce moment, mais pas avant.

Un certain nombre de considérations m’avaient amené à tenter ces expériences. J’avais constaté à plusieurs reprises, à mon grand regret et à mon grand désespoir que les mots cessaient d’être un moyen de communication adéquat (reliable) lorsque le travail analytique dépassait le niveau de l’Œdipe. L’analyste peut s’efforcer de rendre ses interprétations aussi claires et aussi peu ambiguës que possible, l’analysé arrive toujours, d’une façon ou d’une autre, à les percevoir comme quelque chose d’essentiellement différent de ce que fut l’intention de l’analyste. À ce niveau, les explications, les discussions, les versions revues ou améliorées de l’interprétation ne servent à rien : l’analyste doit se résigner à reconnaître que dans ce domaine les mots, loin d’éclaircir la situation, sont mal compris et mal interprétés et ne font qu’aggraver la confusion des langues entre lui et son patient. On ne peut plus se fier aux mots devenus imprévisibles dans leurs effets.

Cette constatation clinique me paraît d’une telle importance pour mon propos que je l’aborderai encore d’un point de vue différent. À de tels moments les mots cessent de servir de moyen d’expression aux associations libres ; les mots perdent leur caractère vivant, deviennent répétitifs et stéréotypés ; comme un vieux disque usé, qui force l’aiguille à parcourir indéfiniment le même sillon. Souvent ceci s’applique tout aussi bien aux interprétations de l’analyste : à de tels moments ses interprétations aussi paraissent labourer indéfiniment la même ornière. L’analyste découvre alors, à son grand dépit, qu’il est absolument inutile de continuer à interpréter les communications verbales du patient. Au niveau œdipien – et même au niveau dit pré-œdipien – une interprétation correcte qui rend conscient un conflit refoulé et arrive ainsi à vaincre une résistance ou résoudre une dissociation, permet de relancer les libres associations du sujet. Au niveau du défaut fondamental ceci ne se vérifie pas forcément. L’interprétation est ressentie comme une gêne, une exigence ou une ingérance injustifiée ; comme un acte hostile ou un signe d’affection.

Mais l’interprétation peut aussi être ressentie comme une chose morte ou inanimée, ne pouvant produire aucun effet.

Une autre série de considérations avait été induite par la découverte de ce que j’ai appelé la déviation ocnophilique de notre technique156. De nos jours, on encourage les analystes à interpréter tout ce qui se passe dans la situation analytique, tout particulièrement en termes de transfert, c’est-à-dire d’une relation d’objet. Une telle technique, qu’on peut considérer par ailleurs comme raisonnable et efficace, signifie que d’une part nous nous présentons continuellement à nos malades comme un objet auquel ils peuvent s’accrocher, et que d’autre part nous pouvons interpréter tout ce qui est à l’opposé d’une telle attitude comme faisant partie des résistances, de l’agressivité, du narcissisme, de la susceptibilité, une angoisse paranoïaque, l’angoisse de castration, etc. On crée ainsi un climat de tension et d’ambivalence dans lequel le patient lutte pour son désir d’indépendance, mais sa route est barrée à chaque instant par nos interprétations ocnophiliques de « transfert ».

Le patient « silencieux » m’a fourni le point de départ d’une troisième série de réflexions. Nous reconnaissons de plus en plus que le silence peut avoir beaucoup de significations différentes, chacune nécessitant un abord technique particulier. Le silence peut représenter un vide, aride et effrayant, peu favorable à la vie et au développement, et dont il faut délivrer le patient au plus tôt. Mais le silence peut aussi être une étendue, amicale et stimulante, qui l’invite à s’aventurer dans les régions encore inexplorées de sa vie fantasmatique ; dans un tel cas l’interprétation ocnophilique peut être une intervention inopportune, voire gênante. Enfin le silence peut représenter une tentative de rétablir l’interpénétration harmonieuse de l’amour primaire qui avait existé entre le patient et son milieu environnant avant l’apparition des objets : dans ce cas toute intervention, que ce soit sur le mode interprétatif ou n’importe quel autre, est formellement contre-indiquée car elle risque de rompre l’harmonie en formulant une exigence à l’égard du patient.

Cette dernière série de remarques se rapporte aussi à ma conception du domaine de la création, un domaine où aucun objet extérieur organisé n’existe, où toute intrusion d’un tel objet – par exemple sous la forme d’interprétations qui réclament l’attention du patient – détruit inévitablement toute possibilité qu’aurait le malade de créer quelque chose de lui-même. Le processus de création qui pourrait aboutir à organiser un objet dans ce domaine, requiert, avant tout, du temps. Comme nous le montre l’histoire des créations artistiques et poétiques, ce temps peut être étonnamment court (comme dans le cas du Wanderers Nachtlied de Goethe, ou l’ouverture du Don Juan de Mozart) ou, au contraire, désespérément long (comme pour le Faust sur lequel Goethe travailla toute sa vie, la Recherche du temps perdu de Proust ou La Joconde de Léonard de Vinci) ; mais quelle qu’en soit la durée, celle-ci ne saurait être influencée du dehors. Cela est tout aussi vrai lorsqu’il s’agit de créations que les patients édifient à partir de leur inconscient. Ceci explique peut-être pourquoi les interprétations habituelles de l’analyste sont ressenties comme inadmissibles par le patient qui aurait régressé à ce niveau. Les interprétations sont des pensées ou des objets entiers « organisés », qui interfèrent avec les contenus brumeux, non encore « organisés » du domaine de la création ; une telle interférence peut provoquer des désastres ou amener une organisation prématurée et artificielle.

Le patient silencieux constitue la manifestation extérieure de tous ces différents états : le patient silencieux se soustrait au travail normal de l’analyse ; son acting out remplace les libres associations ; ses répétitions prennent la place de la remémoration, et, last but not least, on pourrait y reconnaître une régression vers un comportement archaïque au lieu d’une progression qui consisterait à suivre la règle fondamentale. Toutes ces descriptions, pour justes qu’elles soient, restent incomplètes et peuvent ainsi induire une démarche thérapeutique erronée.

J’ai été ainsi amené à élaborer une technique dont j’ai pu constater l’utilité avec les patients ayant régressé au niveau du défaut fondamental : j’ai appris à tolérer leur régression pendant un certain temps sans essayer d’imposer une intervention interprétative. Ce certain temps peut aussi bien durer quelques minutes que s’étendre sur une partie plus ou moins grande de la séance. Comme je l’ai dit plus haut, les mots cessent d’être un moyen valable de communication pendant ces périodes. Les paroles du patient ne servent pas de support aux libres associations ; les paroles ne sont pas vivantes, mais répétitives et stéréotypées : elles ne signifient plus ce qu’elles semblent dire. Les règles de la technique classique gardent toute leur valeur : le travail de l’analyste consiste à comprendre ce qui se dissimule derrière les paroles du patient. Reste à savoir comment l’analyste peut communiquer cette compréhension à son patient en pleine régression. À cela je réponds que nous devons admettre sans restriction que les mots ont perdu leur validité, et nous devons renoncer franchement, pendant un certain temps, à toute tentative qui tendrait à ramener le patient au niveau verbal. Ceci revient à dire que nous devons renoncer à « organiser » le matériel que le patient nous apporte, car, de toute façon, il ne s’agit pas du « vrai » matériel, et nous devons apprendre à tolérer cet état de fait. Ainsi ce matériel va probablement rester incohérent, absurde, non organisé jusqu’au moment où le patient, après être revenu au niveau œdipien du langage conventionnel, sera capable de fournir à l’analyste la clé pour le déchiffrer.

Pour illustrer ce que je viens de dire, je rapporterai un épisode emprunté à une analyse qui s’était poursuivie depuis deux ans. La séance débuta par un silence de plus de trente minutes ; l’analyste, acceptant ce silence et comprenant ce qui pouvait se passer, attendait sans essayer d’intervenir d’aucune façon. En fait, il ne ressentait aucune gêne et ne se sentait pas obligé de faire quoi que ce fût. Je dois ajouter qu’au cours de ce traitement des silences étaient survenus à plusieurs reprises et que le patient et l’analyste avaient appris à les supporter. Le silence fut finalement rompu par quelques sanglots et le malade soulagé put alors commencer à parler. Il put dire à l’analyste qu’il avait été enfin capable de « s’atteindre », que jamais, depuis son enfance, on ne l’avait laissé tranquille, qu’il y eut toujours quelqu’un pour lui dire ce qu’il fallait faire. À quelques séances de là, il me dit qu’au cours de ce silence il eut quelques associations, mais qu’il les rejeta comme étant insignifiantes, simples interférences ennuyeuses et superficielles.

Ce silence aurait pu être interprété évidemment comme une résistance, un repli, un signe d’angoisse persécutive ou une incapacité de tolérer une anxiété dépressive, comme un symptôme d’une compulsion de répétition, etc. Il aurait même été possible pour l’analyste, qui connaissait assez bien son patient, d’interpréter ou de deviner de quel ordre étaient ces associations et pour quelle raison le malade les avait écartées comme étant sans importance. Toutes ces interprétations auraient pu être exactes à tous les points de vue, à ceci près qu’elles auraient rompu le silence et empêché le malade de « s’atteindre », du moins à cette occasion. Toute interprétation, aussi exacte qu’elle aurait pu être, aurait cependant produit un effet fortuit supplémentaire : celui, inévitable, de renforcer le besoin de répétition du malade. Une fois de plus quelqu’un lui aurait indiqué ce qu’il fallait qu’il sente ou dise, en tout cas lui aurait montré ce qu’il devait faire.

Rappelons que tout ceci se déroule dans le cadre d’une relation exclusivement duelle. Le problème dynamique dont il s’agit n’est pas structuré comme un conflit à « résoudre ». Une telle situation requiert de la part de l’analyste plus de savoir-faire que s’il s’était agi, par exemple, de comprendre des associations verbales. Si l’analyste avait trouvé la véritable réponse à ce silence, il aurait couru le risque de faire naître chez le malade l’espoir qu’un tel événement pourrait se renouveler indéfiniment et déclencher ainsi l’installation d’un état de pseudo-accoutumance. Et enfin dans une telle situation les mots n’auraient pas pu jouer leur rôle habituel : ils auraient probablement obligé le malade à s’engager prématurément dans le domaine de l’Œdipe et grevé ainsi le travail analytique d’obstacles supplémentaires au lieu d’en dégager l’issue. Tout ceci ne fait que confirmer que le travail de l’analyse a atteint le domaine du défaut fondamental.

Aussi longtemps que la régression du malade se maintient à ce niveau, la seule technique correcte est d’accepter cet acting out dans la situation analytique en tant que moyen de communication valable, sans essayer de l’organiser trop hâtivement par des interprétations. Soulignons que cela ne signifie pas que durant ces périodes le rôle de l’analyste soit négligeable ou se borne à une bienveillante passivité. Tout au contraire sa présence est essentielle car il doit être ressenti comme présent et il doit se trouver tout au long à la bonne distance : ni trop loin, pour que le malade ne se sente perdu ou abandonné ; ni trop près, pour que le malade n’en soit encombré ou entravé. En fait, l’analyste doit se trouver à une distance qui corresponde aux besoins réels du patient, et l’analyste doit savoir apprécier quels sont ces besoins, pour quelles raisons ils sont ainsi, et ce qui détermine leurs fluctuations et leurs modifications.

En se plaçant d’un point de vue différent on pourrait décrire ce même rôle en d’autres termes. Durant ces périodes, la fonction de l’analyste est de mettre à la disposition du malade du temps et un milieu157. Cela signifie que l’analyste ne doit pas se sentir obligé de compenser les privations auxquelles le patient s’est trouvé exposé à son jeune âge, ni qu’il doive assurer au malade davantage de soins, d’amour ou d’affection qu’il n’en avait trouvé auprès de ses parents ; à supposer que l’analyste s’y essaie, il échouerait certainement. Ce que l’analyste doit fournir (et même ceci seulement au cours des séances régulières), c’est suffisamment de temps, libre de toutes les tentations, stimulations et exigences extérieures, y compris de celles que l’analyste pourrait y introduire de son propre fait. Le but recherché est de permettre au malade de se trouver, de s’accepter et de se supporter, tout en sachant tout au long qu’il porte une cicatrice, son défaut fondamental, qui ne saurait être supprimé à force d’analyse158. Il faut en outre lui permettre de trouver sa propre voie vers le monde des objets et ne pas lui montrer le « bon » chemin, fût-ce par des interprétations profondes et correctes : ainsi il ne se sentira pas envahi et opprimé par les objets. De cette façon l’analyste met à la disposition du patient un milieu plus « compréhensif mais seulement de cette façon et non pas sous la forme de plus de soins, d’amour, d’attention, de gratifications ou de protection.

Durant ces périodes, notre principe directeur est d’éviter toute intervention qui ne soit pas absolument indispensable. Il faut surtout scruter méticuleusement toutes les interprétations car elles sont ressenties le plus souvent comme autant d’exigences injustifiées, d’agressions, de tentatives de séduction ou de stimulation. Il ne faut interpréter que lorsqu’on est certain que le patient en a besoin, car c’est de ne pas les donner alors qui serait ressenti comme une exigence ou une stimulation injustifiée. Envisagé sous cet angle on comprendra mieux ce que j’ai appelé le danger des interprétations ocnophiliques : bien que le patient ait besoin d’un milieu environnant et d’un monde objectal, de tels objets (et parmi ceux-là, cet objet qu’est l’analyste) ne doivent pas être vécus comme une exigence, une gêne, ou une intrusion, car cela ne ferait que renforcer cette inégalité primitive, qui en l’opprimant, sépare le sujet et l’objet.

IV.

J’ai mentionné plus haut l’abîme qui sépare « l’enfant dans le patient » de l’analyste adulte ; j’ai dit qu’un patient ayant régressé au niveau du défaut fondamental était généralement incapable de franchir cet abîme par ses propres moyens. J’ai posé la question de savoir quelle part de ce travail incombait à l’analyste et quelle part en revenait au patient. La première réponse qui vient à l’esprit concernant ce franchissement de l’abîme est une réponse classique : l’analyste doit comprendre ce que le patient attend de lui159. Cette compréhension n’a pas besoin d’être (et à certains moments ne doit pas être) communiquée au patient ayant régressé au moyen d’interprétations, mais en créant un climat dont il a besoin. Ceci oblige l’analyste à tolérer et à respecter l’acting out du patient, et, plus précisément, de s’abstenir d’exercer toute pression pour transformer immédiatement ses moyens d’expression non verbaux en une forme d’expression œdipienne et verbale. J’ai essayé de résumer quelle doit être la conduite de l’analyste à cet égard. Si j’ai raison sur ce point, cela permettrait de comprendre les nombreuses difficultés qui surgissent inévitablement lorsque l’analyste, en se laissant prendre aux souffrances de son patient, essaye d’en faire plus.

Pour autant que l’analyste réussisse à se plier sincèrement et sans réserve, à la plupart de ces recommandations, on pourra voir s’installer un nouveau mode de relation qui permettra au patient de faire le « deuil » de son défaut originel et de son manque primitif qui ont abouti à cette faille ou à cette cicatrice dans sa structure psychique. Ce deuil est essentiellement différent de celui qu’entraîne la perte réelle d’une personne aimée ou celui consécutif à un dommage que subit un objet interne ou à la destruction d’un tel objet, et qui est spécifique de la mélancolie. Le « deuil » auquel je me réfère concerne le fait indélébile d’un défaut ou d’une faille du sujet et qui projette son ombre sur la vie entière et dont les effets ne pourront jamais être complètement effacés. Même si ce défaut venait à guérir, il laisserait une cicatrice permanente, c’est dire que certains de ses effets resteront toujours décelables160.

On doit permettre à cette période de deuil de suivre son cours, et elle peut parfois être d’une longueur exaspérante. Bien qu’on ne puisse pas hâter ce processus, il est essentiel qu’il y ait un témoin. Puisque ce deuil appartient au domaine du défaut fondamental, il est apparemment impossible qu’il s’accomplisse sans l’aide de quelqu’un : ce deuil ne peut se faire que dans le cadre d’une relation duelle, telle que la réalise la situation analytique. Si l’analyste peut tolérer ce deuil pendant une durée suffisamment longue et y maintenir le climat nécessaire grâce à cette tolérance et à l’absence d’interprétations inopportunes le patient pourra commencer à coopérer d’une façon nouvelle ; comme s’il était prêt et capable d’assumer à nouveau sa position vis-à-vis des objets et de réenvisager la possibilité d’accepter le monde environnant, dans sa laideur et son indifférence.

L’attitude thérapeutique que nous venons de décrire ne diffère essentiellement, par aucun de ses détails, de celles qu’adoptent les analystes avec les patients ayant atteint le niveau œdipien ; on retrouve cette identité jusque dans les thèmes évoqués. Et pourtant, il existe une différence qui est plutôt une question de climat, d’atmosphère. Cette différence se fait sentir tant chez l’analyste que chez l’analysé. L’analyste n’est pas tellement pressé de tout « comprendre » immédiatement, et ne ressent pas le besoin irrésistible d’ « organiser » et de modifier tout ce qui lui paraît indésirable, par des interprétations correctes. Il se montre plus tolérant à l’égard des souffrances du patient et il est capable de les supporter – d’admettre une certaine impuissance à le soulager – au lieu de vouloir à tout prix les faire « disparaître par l’analyse » pour prouver son omnipotence thérapeutique. L’analyste peut aussi résister à cette autre tentation d’affirmer son omnipotence sous la forme d’une intervention dans la vie du sujet régressé au moyen d’un maniement bienveillant, pour épargner désormais au malade de se trouver exposé aux exigences insupportables du monde extérieur. Pas davantage l’analyste ne se propose-t-il de fournir au malade une « expérience émotionnelle correctrice », au sens où les médecins cherchent à traiter un état déficitaire, qui serait une troisième forme de réaction d’omnipotence. En fait, il est permis de dire que si l’analyste sent la moindre tentation de réagir à l’égard du patient régressé par une de ces formes de comportement omnipotent, il devrait y reconnaître immédiatement un indice certain que le travail analytique vient d’atteindre le domaine du défaut fondamental. J’aimerais insister une fois de plus sur le fait qu’une telle tentation éprouvée par l’analyste doit être évaluée en tant que symptôme du malade, mais ne devrait en aucune circonstance déterminer l’analyste à agir – une recommandation qu’il est plus facile à faire qu’à suivre.

Si l’analyste réussit à éviter ces pièges tendus par la séduction du comportement omnipotent, le patient réagira, en partie à cette tolérance accrue, en montrant sa volonté (difficile à déceler ailleurs) d’en venir à bout, d’accepter un certain nombre de choses (on pourrait dire : à l’essai), pour les comprendre ou simplement les regarder en face.

Ainsi le patient peut graduellement sortir de sa régression. Ceci peut ne pas être la fin de son évolution ; on verra parfois survenir des rechutes. Mais de toutes façons il s’agit d’un premier pas fait sur ce long parcours. Ce que je viens de décrire dans cet article n’est donc pas la fin de l’histoire, ni l’histoire dans son entier. Il s’agit pourtant de l’instauration d’une relation nouvelle entre le patient et une partie de son monde, dont il avait été séparé jusqu’ici par l’abîme, créé par son défaut fondamental : ceci constitue une première démarche en direction d’une meilleure intégration de son Moi.

Comme je viens de le dire, ce que j’ai condensé dans cet article est loin de constituer toute l’histoire. Je peux même en indiquer certains chapitres manquants. Je n’ai rien dit, par exemple de la fonction de répétition, de l’acting out au cours de la cure analytique ; en d’autres termes je n’ai pas défini quand, jusqu’à quel point et dans quelles conditions la répétition peut devenir une fonction thérapeutique. Il aurait fallu consacrer un autre chapitre aux voies diverses qui s’offrent au malade pour modifier son mode intérieur, ce qui détermine dans une large mesure sa relation aux objets externes. De même, il aurait fallu un chapitre pour discuter les moyens thérapeutiques dont dispose l’analyste pour aider son patient à mener à bien une telle modification. Et un chapitre, étroitement articulé avec le précédent, devrait nous permettre de définir avec plus de précision ce que j’appelle la technique d’interprétation sans interférence (non interfering technique of interprétation). Enfin, on devrait consacrer un important chapitre aux divers rôles que jouent les interprétations – je me réfère ici à l’ancienne interprétation classique – au cours des périodes intercalaires qui séparent les épisodes régressifs. Ce qui m’intéresse du point de vue de la technique est de savoir comment on peut concilier les deux tâches importantes qui sont dévolues à cette même interprétation. La première consiste à créer et à entretenir un climat favorable au déroulement de certains événements d’ordre thérapeutique ; la seconde est de permettre au patient de comprendre quelles furent les parts respectives de sa propre contribution et de celle de l’analyste, dans l’établissement de ce climat, quelles furent leur interaction et leur influence sur le résultat final. Quel que soit le climat créé il impose certaines interprétations et en exclut d’autres ; mais d’autre part certaines interprétations créent un climat particulier alors que de les éviter crée un climat radicalement différent.

Il n’y aurait peut-être pas d’endroit plus favorable pour entreprendre une étude de l’interaction du climat et des interprétations au cours du traitement psychanalytique des malades qui présentent une régression profonde, que celui offert par Washington, et Chestnut Lodge tout particulièrement, où le travail thérapeutique continue à subir l’influence de Frieda Fromm-Reichman.

 


140 Titre original : The Regressed Patient and his Analyst, in Psychiatry, XXIII, 231-243, août 1960 ; traduit de l’anglais par Victor Smirnoff.

(Cet article est la deuxième partie, technique, du travail inauguré par les considérations théoriques dans The Three Areas of the Mind, paru dans La Psychanalyse, vol. 6.)

141 Le présent travail fut présenté au cours de la réunion scientifique (Frieda Fromm-Reichman Memorial Lecture) qui eut lieu le 19 octobre 1959 au Clinical Center du National Institute of Health à Bethesda, Maryland. Au cours de ce séminaire figurèrent deux autres contributions : celle de Leslie H. Farber sur le Therapeutic Despair et celle de Otto Allen Will, Jr., Human Relatedness and Schizophrénie Reaction.

142 M. Balint, The Three Areas of the Mind, Internat. J. Psycho-Anal. (1958), 39, 328-340 (traduction française in La Psychanalyse, loc. cit.).

143 Margaret Little a abordé ce même problème dans une contribution intéressante où elle parle du « transfert délirant » : On Delusional Transference (Transference Psychosis), Internat. J. Psycho-Anal. (1958), 39, 134-138.

144 Cf. la n. 2, « The Three Areas, etc., loc. cit., pp. 336-337.

145 Quelques indices nous permettent de croire que les objets qui existent dans le domaine de la création sont d’une nature si primitive qu’il est difficile de les considérer comme des objets « organisés » ou « entiers ». C’est seulement lorsque le travail de création arrive à les « organiser » ou à les rendre « entiers » que peut s’installer une interaction « œdipienne » entre eux et les objets extérieurs. Il est probable que des formes d’interaction plus primitives existent de tout temps ; mais ces interactions sont d’observation difficile et encore plus difficile à décrire de façon adéquate. (Cf. les chap. 8 et 11 de mon ouvrage Thrills and Régressions, International Psycho-Analytic Library, Hogarth Press, London, 1959.)

146 Lifelessness.

147 Je voudrais ici remercier ma femme à qui je dois ce matériel clinique.

148 E. Jones, The Early Development of Female Sexuality (1927), supra, chap. XXV des Papers on Psychoanalysis (5th Ed.), Baillère, Tindall & Cox, London, 1948 (traduit en français dans le présent volume).

149 Mélanie Klein, Envy and Gratitude, Basic Books, New York, 1957.

150 Making it the patient's own fault.

151 J’ai exposé ce point de vue dans mon livre Thrills and Régressions, loc. cit.

152 Sàndor Ferenczi, Notes and Fragments (1932), p. 279, in Final Contributions to the Problems and Methods of Psychoanalysis, Basic Books, New York, 1955.

(La note à laquelle se réfère l’auteur est la suivante : « Psychanalyse de l’enfant. L’éducation est une intropression surmoïque (par les adultes) » ; N. d. T.)

153 Cf. mon livre The Doctor, his Patient and the Illness, Internat. Univ. Press, 1957 (traduction française aux Presses Universitaires de France, 1960) ; voir aussi Enid et Michael Balint, Psychotherapeutic Techniques in Medicine, Tavistock Publications, 1961.

154 Cf. mon livre Primary love and psychoanalytic technique (1952), Hogarth Press, London ; et Thrills an Regressions, loc. cit.

155 Cf. mon livre Primary love and psychoanalytic technique op. cit.

156 Cf. le chap. XII de mon livre Thrills an Regressions, loc. cit.

157 A provider of time and milieu.

158 Which cannol be « analijzed » ont of existence.

159 Au sens de son besoin ou de ses besoins : what the patient needs from him.

160 Comme je l’avais déjà décrit dans mon article New Beginning and the Paranoid and Depressive Syndromes (1952), reproduit dans Primary Love and Psycho-Analytic Techniquet loc. cit., ce deuil se rapporte au fait que le sujet abandonne une image narcissique qu’il a de lui-même, image qui à l’origine a pu être instaurée en tant que surcompensation de son défaut fondamental. Une surcompensation analogue a pu faire croire aux analystes qu’une analyse véritablement menée à son terme (fully terminated) éviterait au patient d’avoir désormais recours à des inhibitions ou à des refoulements devenus inutiles. On peut peut-être atteindre un tel idéal, plus ou moins parfaitement, au niveau œdipien, mais il serait vain d’espérer un tel résultat au niveau du défaut fondamental. Comme je l’ai souligné à plusieurs reprises au cours de cet article, le défaut fondamental ne peut être supprimé, résolu ou dénoué ; il peut guérir dans certains cas en laissant une cicatrice, ce qui signifie qu’il sera toujours possible de reconnaître son existence passée. Le processus de deuil dont il s’agit ici, est celui qui aboutit au renoncement définitif de l’espoir de jamais réaliser cet idéal parfait de soi-même. Une analyse réussie doit aboutir à faire accepter au sujet l’existence du défaut fondamental et amener le sujet à s’adapter à ce fait d’une façon réaliste.