La voracité ou le désir de possession

Dans une certaine mesure, la voracité existe inconsciemment chez chacun de nous. Elle représente un aspect du désir de vivre, un aspect qui, dès le premier jour de la vie, s’est confondu et fusionné avec la tendance à diriger en dehors de nous-mêmes, contre d’autres, l’agressivité et la destructivité ; en tant que telle, la voracité persiste inconsciemment tout au cours de la vie. Sa nature même fait qu’elle n’a pas de limites et qu’elle n’est jamais soulagée. Étant donné qu’elle est une expression de la pulsion de vie, elle ne cesse qu’avec la mort.

La voracité, ou le désir de posséder des choses bonnes, peut concerner n’importe quel objet imaginable qui évoque l’idée de bon, ou bien elle peut les concerner tous : possessions matérielles, dons physiques ou intellectuels, avantages et privilèges. À côté cependant de la satisfaction réelle que ces bons objets peuvent apporter, ils signifient, en fin de compte, une seule chose dans la profondeur de notre conscience. Ce sont des preuves, si nous les obtenons, que nous sommes bons nous-mêmes, pleins de choses bonnes, et que nous sommes aussi, en retour, dignes d’amour, de respect et d’honneur. En même temps que des preuves, ce sont aussi des garanties contre nos craintes d’un vide intérieur, contre nos tendances malignes qui nous font éprouver le sentiment d’être mauvais et pleins de choses mauvaises pour nous et pour les autres. Les bons objets nous servent également de défense contre notre crainte des représailles, des punitions ou des châtiments dont les autres pourraient faire preuve à notre égard, soit physiquement ou moralement, soit dans nos affections et nos relations amoureuses. Une raison importante pour laquelle une privation quelconque peut être si douloureusement ressentie est que cette privation représente inconsciemment l’idée inverse de ne pas être dignes de choses bonnes et de voir se réaliser ainsi nos craintes les plus profondes. Lorsqu’une personne dont le sentiment de sécurité est en grande partie fondé sur son désir de possession, sur le sentiment qu’elle a, ou peut obtenir, autant de choses bonnes que cela lui est nécessaire, lorsqu’une telle personne s’aperçoit que quelqu’un d’autre possède plus qu’elle, cela renverse l’édifice de sécurité qui la protégeait ; elle se sent réduite à la pauvreté, comme si elle avait en elle peu, « trop peu de choses bonnes ». Non seulement sa défense protectrice inconsciente a-t-elle disparu, mais elle s’imagine que ceux qui possèdent plus qu’elle lui ont réellement volé ce qui la faisait se sentir à l’abri, et qui maintenant a disparu. C’est pourquoi, chez ceux qui le connaissent, le sentiment de jalousie est tellement cuisant et amer. Ils ont le sentiment d’être forcés de supporter le vol et la persécution.